‹ Recherches sur les propriétés physiques, chimiques et médicinales, des eaux minérales de Bagnères de BigorreChapitre 78 sur 103 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considérations générales sur les maladies chroniques et sur leur traitement.

Ici commence la lâche la plus importante de mon travail. Elle est, sans contredit, le corollaire le plus intéressant de tout ce qui précède.

C'est la seule qui soit vraiment utile à l'homme étranger à toutes les études que doit faire le médecin.

Dès les premiers momens que j'abordai Bagnères , frappé des avantages que présente dans la pratique un remède aussi simple que celui des eaux minérales; oubliant, pour ainsi dire, tout ce que j'en avais appris, je crus devoir , pour ma propre utilité , faire de nouvelles recherches sur des eaux dont l'inspection m'était confiée. N'ayant en vue que de m'éclairer et de me convaincre , je cherchai le vrai dans les faits et non dans les opinions reçues. Obligé de m'iustruire par devoir, j'ai su changer ce devoir en plaisir. Quel but plus honorable pouvais-je désirer que celui d'être utile à l'humanité? Accoutumé à envisager la vérité nue, je l'offre avec une scrupuleuse bonne foi et sans ornement (aa). Mais elle est belle encore dans cet étal de simplicité, faite , sans doute , pour plaire aux hommes qui savent l'apprécier. C'est aussi, avec la même candeur , que j'exposerai , dans certains cas, l'impuissance de l'art : ma passion dominante étant de reculer ses limites , est aussi de les restreindre, parce que la nature l'a voulu.

Celte vérité, pour moi, est la recherche de la détermination des ressources non moins que

des bornes circonscrites de l'efficacité des eaux minérales de Bngnères - Bigorre. C'est sans doute beaucoup, dans une science aussi compliquée que la médecine, que de bien distinguer comment il faut diriger ses pas^ et le but constant et invariable qu'on doit se proposer dans l'application d'un remède à des affections déterminées. J'ai eu la noble ambition de donner de la stabilité, de la fixité à la thérapeutique des eaux minérales de Bagnères, et de leur assurer un ranff distingué dans cette science. Cette branche si importante de l'art est si bien cultivée , si sagement utilisée de nos jours, que c'est se placer au niveau des lumières de son siècle, que de proclamer le plus riche don médical de la nature.

Si j'avais pu espérer des lecteurs d'un autre ordre que ceux qui, comme moi, désirent simplement de connaître les faits, dans l'étude de l'histoire des eaux minérales, je me serais efforcé vainement , peut-être, d'embellir par les grâces du style des détails arides, qui, pour être lus avec fruit, ont besoin d'être long-temps médités.

En étudiant ces mêmes faits relatifs à l'emploi des eaux minérales de Bagnères, quelle satisfaction n'ai-je pas éprouvée en me rappelant qu'ils pouvaient être appuyés sur le témoignage.

sur le résultat des expériences de médeeias très-versés dans l'administration de ces eaux , et recueillies par des auteurs qui ont écrit sur cette matière ! His fidendum observationibus quœ apluribus viris probis 3 in arte medicâ peritis, asseruntur ; quœ in diversis regionibus observatœ, ad diversa pertinent temperamenta , quœ ad singulos spectant ( paucis mutatis ) vitœ periodos, et omnibus congruunt anni tempestatibus. Morgagni.

Quelque imparfaites que soient mes observations, je les publie avec cette confiance qu'inspire la sanction qu'elles ont déjà reçue des siècles antérieurs, sous le rapport des propriétés constantes des eaux minérales de Bagne res (bb) : heureux si elles sont avouées par les médecins éclairés qui me liront, et si elles sont jugées dignes de l'hommage que je rends à ma patrie.

On ne s'attendra pas, sans doute, à me voir passer en revue les nombreuses maladies susceptibles d'être combattues par les eaux minérales deBagnères. Les affectionslcs plus graves, celles qui sont le plus ordinairement traitées par leur secours , sont les seules que nous citerons pour développer autant qu'il est en nous la nature des modifications que chaque classe d'eau minérale imprime dans l'organisation de l'homme malade. Sous certains rapports , si la

plupart de nos observations sont incomplètes1 , il sera fort aisé aux médecies qui nous liront d'y suppléer. Il ne peut être que rarement donné aux praticiens qui dirigent l'emploi des eaux minérales de recueillir dans leur entier chaque observation , de noter le moment de l'invasion de la maladie , de suivre sa marche , ses progrès , ses complications, son accroissement, ses métastases et sa terminaison. L'ensemble de tous ces phénomènes intéresse , sans contredit , celui qui a besoin de les connaître dans leur intégrité; mais ces détails, si nécessaires à la perfection du tableau, peuvent manquer sans nuire àla connaissance de l'action principale qui s'y passe. Si nous ne pouvons , le plus ordinairement, inscrire que les faits les plus saillans , je veux dire, telle ou telle affection parvenue à des degrés bien connus, cette importance est la plus nécessaire , la plus utile dans le moment présent.

J'ai réuni , dans le même cadre , les observalions {ce) qui m'ont paru se ressembler le plus pour chaque nature de maladie chronique. Nous n'avons pu nous dissimuler que si, par leurs symptômes , elles ont fort souvent beaucoup de ressemblance entre elles, elles diffèrent néanmoins , en général , par leurs causes, par le tempérament , parle sexe, et plus sou-

33 i vent encore par le degré d'altération des organes malades. Nous n'ignorons pas , avec Morgagni , qu'il est difficile de distinguer d'une manière absolue les symptômes qui caractérisent les affections variées d'un même organe, et encore moins de préciser leur degré de lésion. Cependant, sous ce rapport, lorsqu'il est question des maladies , sur-tout des obstructions de foie, avons -nous fait tous nos efforts pour les désigner et pour nous rapprocher le plus possible de la nature. Medici autem vel summi fatentur vix très , aut quatuor ex omnibus esse morbos qui suum habeant signum patliognomonicum ità videticet proprium > ut ab aliis cunctis distinguât ; cœteros autem non nisi per conjuncta plura signa inlernosci, proptereà quia non ex simplici sunteausâ et quœ unam tantummodb partent afficiat. Morgagni , de Sed. et Causis morb. , lib. V, episl. ad Mecheîium.

Puisque les maladies chroniques sont les seules qui sont le plus ordinairement combattues par les eaux minérales, de quelque nature qu'elles soient , il doit donc être utile d'observer que leur marche étant toujours lente, leur durée de plusieurs mois , parfois de plusieurs années , comme aussi , dans un grand nombre de circonstances , elles se maintiennent ioule la vie, il ne peut qu'être fort difficile d'en

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présenter des tableaux aussi détachés , aussi distincts , aussi fortement prononcés que le sont ceux qui caractérisent les maladies aiguës qui leur sont opposées. Si des traits principaux et manifestés par des signes extérieurs avec une constante uniformité caractérisent , aux yeux de l'homme instruit et judicieux, d'une manière absolue, une affection aiguë , il ne peut, en général , en être de même de celle dont les symptômes sont infiniment moins violens ; et si , d'autre part , les traits accessoires ont des variétés innombrables attachées aux premières , ils ne peuvent qu'être plus nombreux dans les secondes. Les signes extérieurs , pris de l'état du pouls , de la chaleur , de la respiration , des fonctions de l'entendement, de l'altération des traits , de la lésion des appétits naturels, etc. , ne sont plus les mêmes. Les changemens internes qui s'opèrent dans les affections chroniques des organes , connus par leur opposition avec l'état de santé , quoique liés avec des signes sensibles , se dessinent donc avec moins de régularité. Leur histoire , quelle que soit l'influence de l'âge, des siècles, des climats, est , néanmoins , partout la même sous le rapport de leurs symptômes fondamentaux et dans leurs terminaisons favorables ou funestes. Nous t reviendrons cependant que la nature des affec-

tions chroniques, sous le rapport des faits*, sous celui de Ja structure anatornique des parties lésées, offre quelque chose de plus précis , de plus positif que dans les maladies aiguës. S'agit-il de les signaler, dans leur simplicité, par les symptômes qui désignent les dérangemens de certains systèmes , ou de plusieurs viscères de l'économie, leur aualyse offre, dans beaucoup de circonstances , assez de difficultés ; elles doivent même augmenter toutes les fois qu'il est question de s'élever à leur complication et de les décomposer.

Si, pendant des siècles, l'esprit humain a pu s'égarer jusques à considérer les fièvres comme des êtres abstraits , pour ainsi dire indépendans de quelque affection spéciale connue, il ne peut point en être de même des affections chroniques, puisque , dans toutes , il s'agit de quelque lésion déterminée d'un ou de plusieurs organes, ou de quelque système. 11 ne peut pas exister dans notre plan d'approfondir la connaissance, l'histoire entière des maladies organiques qui sont traitées par les eaux de Bagnères , comme l'a fait le judicieux Morgagni des affeclions de cette classe , en présentant dans un même cadre une foule de détails anatomiques, de faits différens observés par divers auteurs , de discussions , de réflexions critiques ; nous ne

pouvons non plus nous occuper de chercher à éclairer une foule de points encore peu discutés. Des recherches sur les propriétés des eaux minérales demandent que l'on resserre l'horizon immense de la science des maladies dans le tableau isolé, mais rapproché, de celles qui peuvent être traitées efficacement par leur emploi.

En considérant, toutefois, les affections chroniques dans leur simplicité, comme dans leurs complications , je ne pourrai pas me dispenser, après avoir décrit les symptômes qui les caractérisent , de désigner quel est l'organe que quelques-unes d'elles affectent, d'abord , pour m'élever, dans leurs complications, jusques à ceux qui sont atteints dans la suite ; car, pour faire ressortir convenablement l'action de chaque classe d'eau minérale, ce ne serait point assez que de décrire la nature et les phénomènes d'une maladie en suivant la marche tracée, dès les premiers temps , par Hippocrate. Il ne doit pas être moins important de noter quels sont les systèmes , les tissus , les membranes que chacune d'elles affecte. La considération des changemens produits dans les divers systèmes, dans les différens organes, par des lésions plus ou moins profondes portées sur l'irritabilité, la sensibilité , et marquées par des symptômes de débilité ou d'atonie, ne doit pas non plus être

omise. Dans toutes , l'état des forces vitales sera apprécié. Nous verrons que les affections chroniques ont toutes une durée variable. Si on fait altention à l'état de langueur ou d'infirmité des malades qui en sont attaqués , au caractère d'obstination bien plus marqué des symptômes de chacune des affections chroniques, à leur caractère de lenteur, à leur peu d'intimité , on sera peu surpris de la grande variation de leur durée et de leur terminaison parfois insensible. Mais quelle que soit leur nature, leur type de continuité, de rémittence ou d'intermittence, on reconnaîtra toujours une série d'efforts conservateurs de la part de la nature , une tendance constamment dirigée vers une crise favorable par une sorte de moyens continués, ou tour-à-tour suspendus et repris jusques à la convalescence. Ce n'est pas que nous préîendions qu'il n'existe nombre de cas qui attestent d'avance une direction vicieuse ou même mortelle qu'affecte la nature, et dont aucune puissance humaine ne peut arrêter ou suspendre le cours , du moins dans l'état actuel de nos connaissances ; mais il est alors des signes extérieurs d'un présage plus ou moins funeste qui dénotent la lésion des forces de la vie attaquées dans leur principe. C'est alors qu'il ne nous reste plus qu'à lutter contre leurs progrès ou contre

leur gravité. Une maladie peut néanmoins être accidentellement mortelle quand on commet des fautes dans le traitement , ou qu'on les abandonne à la nature déjà trop aîfaiblie pour les surmonter.

Nous ne pouvons pas nous occuper de celles qui , reconnues pour être incurables, ne sont néanmoins pas mortelles, parce que la vie peut subsister avec elles. Les affections organiques du cœur et de ses gros vaisseaux ne sont pas non plus de notre domaine.

Toute affection qui se change difficilement en aiguë, ou dont la coction a de la peine à se faire, devient une affection chronique , quand on l'étouffé ou qu'on supprime le travail de la crise.

Une maladie chronique peut être simple ou compliquée : dans le premier cas , il sera bien plus facile de la guérir que dans le second.

Quoiqu'il existe des fonctions générales communes à tous les individus, quoique les nerfs soient , dans tous , les modérateurs des parties , quoique l'ouvrage de la digestion , de la sanguificalion et de la nutrition reconnaissent universellement le même mode et la même matière , tous ces phénomènes sont pourtant marqués (Sans chaque individu d'un caractère propre et distinct, résultat de l'âge, du sexe et du tem-

pérament. Ce caractère . qu'on a nommé idiosyncrasie, qui se rencontre dans les animaux comme dans les végétaux de toute espèce, se remarque sur-tout dans les affections chroniques.

Si l'harmonie des fonctions vitales, naturelles et animales, constitue l'état de santé , l'aberration d'une ou de plusieurs d'entre elles doit nécessairement établir la maladie. Cette dernière doit être distinguée, selon son caractère plus ou moins marqué , en opiniâtre , en régulière ou irrégulière, en évidente ou occulte , en courte ou en longue, en grave ou légère, en bénigne ou mortelle, etc.

Les maladies sont légères, bénignes, ou même graves , quand l'harmonie ne tarde pas à s'établir dans l'individu qui en est atteint ; elles deviennent, elles sont chroniques,, lorsqu'elles passent la durée ordinaire des affections aiguës. Un observateur attentif peut remarquer dans toutes, i°. certain changement du corps, qui annonce les approches de la maladie ou sa préparation ; 2°. les phénomènes qui indiquent sa présence ou sa formation ; 3\ l'effort combiné de tous les organes , qui termine la maladie en rétablissant l'idiosyncrasie dans tous ses droits , soit en la changeant en une autre; ou bien cet effort cède lui-même à la violence du mal et

s'éteint avec la vit- du malade. Cette diversité, ce changement, qui est commun à toutes les maladies, paraît établir entre elles la ressemblance des formes qu'Hippocrate a dit leur appartenir, et que leur véhémence ou leur faiblesse , leur langueur ou leur célérité , etc. , ne sauraient leur ôter.

Maintenant qu'on regarde la maladie comme un effort salutaire que fait la nature pour rétablir l'harmonie des fonctions , ou comme un désordre dans les mouvemens qui tend à la dissolution , ce sont des questions dont l'affirmative et la négative ont été également soutenues par des écoles célèbres. L'une et l'autre ont leur danger, à cause des doutes qu'elles font naître sur le pouvoir qu'a la nature dans les maladies, la fin qu'elle s'y propose, et sur la réserve que le médecin doit y garder ou l'activité qu'il doit y apporter. Le devoir du médecin est de se prémunir contre toute espèce de système, de s'appliquer à connaître les cas où il doit agir et ceux où il doit être simple spectateur, et d'éviter sur-tout l'excès dans lequel tombent ceux qui violentent la nature ou ne lui prêtent pas assez de secours , et ceux qui lui oient les forces nécessaires ou suffisantes pour opérer ou achever le travail de la guérison , parce qu'ils

55g n'ont pas une connaissance assez exacte du caractère tics maladies , de leur temps , de leur marche , en un mot , de l'art de guérir.

Quand une fièvre aiguë dont la cause prochaine a existé soit dans les voies digestives , soit dans les poumons , soit dans un des viscères de l'abdomen, soit même ('ans le cerveau., a parcouru ses trois périodes d'une manière incomplète, elle se change alors en affection chronique. Nous avons déjà observé que toute maladie, soit aiguë, soit chronique, qui se guérit convenablement, finit toujours par quelque évacuation critique. Les plus célèbres médecins donnèrent à cette évacuation le nom de crise ou de solution, et celui d'appareilcritique à la fièvre qui le prépare. Dans toute maladie où l'effort criîique, c'est-à-dire la troisième fièvre, est assez considérable, la crise devient sensible ; quand l'effort est lent ou peu vif, co qui a lieu dans beaucoup d'affections chroniques, la coction est insensible.

Nous remarquerons que le mot d'excrétion est moins ambigu que celui de crise, qui a trop grossi l'idée figurée et systématique du combat que la nature livre à la maladie.

Comme il se fait dans l'étal de santé des évacuations qui , loin d'être utiles, sont préjudiciables, telles qu'une sueur forcée, et pareille

excrétion de lait , de semence ou de menstrues, il se fait aussi des crises imparfaites ou nuisibles, et dépendantes de la nature ou de l'art. De même aussi que certaines excrétions , par exemple celle de la semence, sont accompagnées d'une convulsion de tout le corps., tandis que d'autres se font peu-à-peu et presque imperceptiblement, comme la séparation de la bile, celle du suc pancréatique et celle des urines , il v a également des crises qui sont précédées de mouvemens très - apparens , et d'autres dont l'appareil est insensible. Toute crise encore , ainsi que toute excrétion, suppose une préparation des humeurs qui est l'ouvrage de la nature. Comme tout organe excrétoire, dans l'état naturel, s'érige et est aidé de l'action des autres organes avant et pendant l'évacuation , de même dans les crises parfaites qui s'opèrent précisément dans les mêmes organes que les excrétions , toutes les parties du corps conspirent avec l'organe qui est en travail.

La plupart des sécrétions et excrétions s'achèvent dans l'espace de vingt - quatre heures. Les crises ont aussi leurs temps , leurs heures , leurs jours, et peut-être leurs années marquées.

Enfin, comme il y a grand sujet de croire que l'ordre des excrétions répond à celui de la digestion , pareille conformité a lieu entre les

progrès de la crise et le redoublement de la fièvre qui l'accompagne. La crise se fait assez facilement dans certaines affections, et difficilement dans d'autres ; ce qui fournit encore une nouvelle distinction très-importante des maladies, qui ne mérite pas moins d'être méditée.

La crise, pour être entière et parfaite comme l'excrétion, doit s'accomplir, dans un temps déterminé, avec aisance et avec les autres caractères louables quiluiappartiennent, de manière que le corps reste en état de bien faire ses fonctions. Mais rien ne nuit tant au travail des excrétions, soit en santé., soit en maladie, que la trop grande sensibilité des nerfs ou leur agacement, qui souvent est causé par les affections de l'âme. Les maladies où cette redoutable disposition se rencontre sont nommées nerveuses, et ou nomme humorales celles où elle n'a pas lieu et où la crise se conduit bien.

Cette considération générale sur l'état des nerfs ne doit jamais être perdue de vue dans la pratique. Elle sert à distinguer les maladies bénignes des malignes, les longues des courtes , celles que l'on doit brusquer d'avec celles que le temps , la patience , le régime et quelques autres légers ou puissans secours, tels que les eaux minérales, peuvent guérir.

L'art guérit les maladies en préparant et. en

excitant la crise , soit qu'il procure l'augmentation de la fièvre ou d'autres mouvemens qui en tiennent lieu, soit qu'il détermine quelque excrétion lente que les anciens appellent fluxion, fût- elle occasionée par la nature ou par l'art. Le grand talent du médecin est toujours d'accélérer ou de retarder les crises à propos, et par conséquent de bien connaître les cas où il doit employer l'un ou l'autre moyen.

De plus, l'art doit quelquefois entreprendre de changer une maladie qui menace de prendre une mauvaise tournure; il peut, par certaine évacuation , ou par d'autres moyens, la suspendre et écarter des crises qui seraient funestes, si la maladie était livrée à sou cours.

11 existe donc une ressemblance réelle entre les maladies aiguës et les chroniques. Elles ont toutes trois temps principaux. La différence de leur marche ne change rien à leur essence, suivant Bordeu, puisqu'elles sont toutes un effort excrétoire, lorsque la maladie n'est pas mortelle ; effort qui se termine par une évacuation. Mais aussi de la différence de leur marche naît tout naturellement la division des maladies en aiguës et en chroniques, qu'une observation exacte fait connaître , et qui , comme l'on voit, mérite les plus grands égards dans la pratique.

L'usage si répandu des eaux minérales ne

contribuera pas peu, sans clou te, à nous apprendre à connaître l'ordre et les révolutions des maladies chroniques, comme on connaît celles des aiguës , où il reste pourtant encore quelques recherches à (aire. Baillou demande s'il n'y avait pas des maladies d'un, de deux, de Irois ou de sept ans ?

Mais existe-t-il des signes tellement démonstratifs ou évidens, qui établissent la différence, la ligne de démarcation entre les maladies aiguës et celles qui sont considérées comme chroniques? Nous ne craindrons pas d'assurer qu<; si l'art, est parvenu, sous ce rapport, à quelque degré de certitude, il lui reste néanmoins beaucoup à désirer, lorsqu'il s'agit de juger les affections chroniques des organes essentiels à la vie.

Pour obtenir une marche favorable , une crise salutaire, la convalescence, la guérison dans les affections chroniques ; pour ne pas attribuer quelquefois au médecin des revers qui lui sont étrangers dans leur traitement, il est une sage thérapeutique, mais bien raisonnée , à adopter dans tous les cas, et que nous cherchons à employer en faisant même usage des eaux minérales.

On doit bien s'attendre qu'on ne trouvera pas ici , pour principes généraux des traitemens que nous admettons, les prétentions exa-

gérées do ceux qui considèrent les eaux minérales co ii) me douées de vertus capables d'entraver ou de suspendre le cours d'une maladie. Nous savons que cette dernière n'est point une sorte de mécanisme dont on puisse saisir le jeu et les ressorts les plus cachés. Si nous connaissons le but que nous avons à atteindre, quelques moyens directs qu'il faut mettre en usage , nous savons aussi qu'ils ne se trouvent pas toujours à la disposition de l'art. Nous nmmes aussi loin de prétendre qu'il faille toujours admirer la puissance exclusive de la nature , et encore moins les ressources absolues de l'art. Nous ne ferons aucune promesse exagérée. En parlant de l'histoire des affections chroniques, nous réglons et le régime et l'ensemble des moyens hygiéniques et thérapeutiques qui peuvent faciliter le développement de leurs crises. Bien convaincus qu'à l'aide de quelques médicamens on ne peut , ni ne doit , dans les maladies chroniques, chercher à suspendre leur cours, notre unique intention est, dans leurs traitemens, d'éloigner d'abord tous les obstacles, toutes les causes qui s'opposent au libre développement des forces de la nature , de lui tendre à propos une main secourable; principalement à la faveur des eaux minérales, de conserver parfois à la maladie son caractère

de bénignité , de simplicité ; de réduire celles qui sont compliquées à un état simple , de suivre la nature dans ses déterminations. Les causes qui l'ont produite, le degré de lésion de l'organe malade,, l'importance de ses fonctions dans la vie générale , sont les puissantes considérations qui , dans le traitement , méritent de fixer le plus l'attention des médecins.

INous allons maintenant éclaircir, confirmer par des faits , par l'expérience , les principes que nous venons de développer, principes adoptés par le législateur de la médecine, et par ce qu'il y a eu de plus célèbre, depuis lui, parmi les médecins de tous les siècles*, principes sur lesquels nous désirons élever un édifice solide, que le laps du temps ou le faux éclat des hypothèses , des fausses théories, ne puisse détruire ni pervertir; édifice aussi solide que doivent être durables les sources de Bagnères-Bigorre , qui attirent les malades de toutes les contrées de l'Europe.

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