LB MAUGIS D'AIGREMONT ET LE RENAUD DE MONTAUBAN
L'auteur a traité complètement le sujet qu'il s'était tracé, les Enfances Maugis, et la mort d'Espiet explique suffisamment pourquoi Maugis ne veut pas conserver Bajard. D'ailleurs le frère d'Oriande, l'ami fidèle du fils de Beuves, ne figurant point dans les aventures traditionnelles des Quatre Fils Aymon, mieux valait pour la vraisemblance le supposer mort qu'indifférent. DansPulci*, Morgante disparait également au moment où l'action rentre dans le domaine des traditions consacrées sur Roncevaux. La morsure d'un crabe a raison du géant invincible.
On a pu remarquer que Renier de Vantamise, ce treizième fils de Doon, a fini par disparaître du récit sans que l'auteur s'en soit autrement occupé. On verra dans le Vivien de Monbranc, dont nous donnerons plus loin le texte, que les personnages qui ne sont point mentionnés dans le Renaud de Montauban meurent tous en temps utile : Hernaut de Monder, Othon d'Espolice, Brandoine. Le terrain est ainsi dégagé des fictions que la tradition plus ancienne ignorait, et des romans de date plus récente à la chanson de geste, le passage se fait tout naturellement et sans effort.
Mais si, dans la rédaction du Maugis et du Vivien^ l'auteur n'a jamais perdu de vue qu'il rédigeait une véritable introduction à l'histoire des fils d'Aymes, et que le plus grand mé-
* Morgante, c. xx, ott. 50-52.
rite de ses inventions serait d'y respecter les données de la légende, il a cru néanmoins qu'il pouvait sans inconvénient remanier le vieux texte, de façon à ce qu'il se reliât sans solution apparente de continuité avec son œuvre propre. Le remaniement du Renaud de Montauban^ qui a été conservé dans le manuscrit de Montpellier, ne peut être attribué qu'à un trouvère intéressé à en faire la suite naturelle du Maugis d'Aigremont.
En effet, une fois Maugis reconnu et présenté à tous comme le fils de Beuves, n'était-il pas étrange qu'il ne fût fait aucune allusion à son existence dans la première partie du Renaud de Montauban, partie très-distincte, où il ne s'agit que des démêlés de Beuves 'd' Aigrement et de Charlemagne? Dans la version de Montpellier, Maugis est à côté de sa mère, quand le corps deBeuves,qui a étéassassiné parGrifon de Hautefeuille, est rapporté à Aigrement.
De l'estour sunt partis atantli .x, serjant.
.un. lieuez plenierez ala le cors saignant Que les plaiez ne porent estanchier tant ne quant. Des jornéez qu'il font ne vos iroi contant.
5 Vindrent à Aigrement à un avesprement ; La duchoise s'estut as fenestrez devant, lui Maugis son fix que ele aime forment, Cheus a veiis venir courouchiez et dolent Qui lor seignor aloient tout adez regretant.
10 Quant la dame Toï, s'en ot le cuer dolent.
Très parmi la chité la nouvele en ala Que lor seignor est mort, forment lor en pesa. La duchoise et Maugis grant duel en démena :
«Sire Dex, fet Maugis, quel damage chi a!
15 ))Seje vif longuement, Kalles l'acatera. »
«Biau fix, dist la duchoise, ne vous esmaiez ja. »Le duc Girart, ton oncle, moult bien vous aidera. ))Ainchiez que li an passe, moult le courouchera » Et Renaut, ton cousin, que Aymez engendra. »
Par cette addition, l'accord est rétabli entre les deux ro-
mans, et Maugis apparaît déjà comme le futur vengeur de la mort de Beuves.
Mais notre trouvère ne pouvait s^en tenir là. Lldée-mère du Maugis d'Aigremont est l'explication de ce que la légende des Quatre Fils Aymon offrait d'incomplet et d'obscur. La mort de Beuves et le Renaud de Montauban une fois réunis par l'usage en un seul récit, et bien que, même dans le manuscrit de Montpellier, la première des narrations se termine par la formule consacrée or explicit la mort dus Buef d' Aigrement », on ne pouvait méconnaître que dans les querelles de la famille d'Aymes et de Cbarlemagne tous les torts n'étaient pas du côté de l'empereur, ce qui était en contradiction avec la fière loyauté des quatre fils Aymon. D'autre part, on pouvait être choqué de la facilité, assez peu naturelle, avec laquelle Cbarlemagne et le duc Aymes oublient, l'un la mort de son fils, l'autre la mort de son frère. Il y avait trop de meurtres inexpliqués dans la première partie, trop de bonne humeur et de gaieté dans le début de la seconde. Le vieux texte pouvait donc être corrigé d'une façon utile.
Déjà, dans le Vivien de Monbranc, il y a eu entre Cbarlemagne et Lohier d'un côté, et Beuves et Maugis de l'autre, une rupture complète dans des circonstances où, on le verra, l'empereur et son fils agissent de la façon la plus blessante pour les fiers barons. C'était un motif, non suffisant à notre point de vue, mais du moins un motif de haine entre Charles et Beuves, et une explication de la colère du duc d' Aigrement, quand Lohier vient lui apporter les ordres menaçants de Tempereur. Notre trouvère a fait davantage. Il a fondu ensemble la Mort de Beuves et le commencement du Renaud de Montauban de la façon suivante :
L'envoi d'un premier message de Cbarlemagne et la mort du messager, Enguerrand d'E3police,sont supprimés'. C'était un meurtre de moins à la charge de Beuves, meurtre que le trouvère n'aurait su comment excuser; c'était aussi la suppression d'un double emploi.
* Cette suppression a été également constatée par M. Rajna, dans le ms. civ, 3, 16, de Y en\se, H inaldo da Montalbano, p. 23. D'après les indications données parM. Rajna (p. 6-8), il contient des allusions à la guerre d'Espagne où Roland s'empara de Nobles.
On n'était plus sensible ^ cette sorte de gradation qui plaisait aux vieux seigneurs féodaux, aux jeux desquels se charger d'un second message, quand les premiers messagers avaient été mis à mort, était le comble de Théroïsme *.Lohier, Tennemi de Beuves, va le provoquer dans son château, et la mort est le prix de cette témérité. C'est pendant le voyage de Lohier à Aigrement, avant que sa mort soit connue et qu'il y ait du sang entre les deux familles, que l'empereur adoube chevaliers les fils d'Aymes. Dans la version plus ancienne, cette cérémonie a lieu après la mort de Beuves, lorsqu'une réconciliation est intervenue entre Charles et les frères du duc. Aymes a pris part aux deux guerres successives entre l'empereur et sa famille; mais ni l'un ni l'autre n'ont Tair de s'en souvenir, et Charles comble de caresses Renaud et ses frères. Dans la version de Montpellier, Aymes et ses fils, qui se sentaient liés envers l'empereur, n'ont pas soutenu Beuves après l'attentat qu'il avait commis. Dès qu'ils en reçoivent la nouvelle, ils quittent la cour de l'empereur et vont à Dordonne. Ils content à la duchesse tout ce qui s'est passé.
Quant la dame les vit, ses a mis à reson :
«Sire, bien vegniez vous?» — et A Dieu, beneïchon. » ))Est Renaut, mon cher fix, chevalier abandon?» » Oïl, ma douce dame, le gentil bons respont, 5 «Adoubez nous a tous l'emperere Kallon; ))Si home devenimez, feeulté li devon; » Mez j'en dont durement qu'encor nel courouchon. » «Renaut, chen dist la dame, vous ferez que bricon. » «Dame, chen dist Renaut, ne sai que nous feron. 10 » Mêliez sommez à Kalle, ja ne vous cheleron. DSans congie departimez de la court entre nous, »Querli dus Buef, mon oncle, le sire d'Aigremont, » Si a ochis Lohier qui estoit fix Kallon. »
» Dans Rolandy malgré la mort de Basan et de Basile (v. 207-209, éd. Gautier), Naimes, Roland, Olivier, s'offrent pour porter le message à Marsiie; mais l'empereur ne veut envoyer aucun des douze pairs. Il refuse également d'accepter Turpin. C'est alors que Roland propose son beau-père, el encore offre-t-il d'y aller à sa place (v. 244-316).
Quant la dame Toï, si en ot marison.
15 Bien set de vérité ch'est lor destruction.
La dame Marguerie s'ala meult dolosant, Qu'ele doute la guerre et le destruiement, «Biau fix, chen dist la dame, .i. petitet m'entent, » Sus toute créature va ton seignor servant .
20 DEt vous, sire dus Aymez, moult me vois merveillant »Que de Kallon partistes si aïréement.»
Et respontli dus Aymez, qui le cuer ot dolent, Que le duc d'Aigremont, mon frère le vaillant, A mort le fix Kallon à son acherin brant.
25 aSire, chen dist la dame, pour Dieu omnipotent, » Ne te va de lor fet pour rien entremetant ; » Mes aidiez à Kallon, mon seignor le vaillant, » Mes aidiez à Kallon, ton seignor, loialment. » Et respont li dus Aymez : «Si m'ait .S. Amant!
30 » Or soit|comme il pourra des ichi en avant. »
Aymes et ses fils suivent les conseils de la duchesse Marguerie* et ne prennent point part aux guerres que Girard do Roussillon et Doon de Nanteuil soutiennent contre Charles. Mais, quand la paix se fit, on négligea de s'assurer l'assentiment de Renaud, Alard, Guichard, Richard et Maugis. Cette négligence ne devait pas rester sans conséquence.
En tout ceci, le trouvère a été préoccupé de sauver la loyauté d' Aymes de Dordonne, assez compromise dans l'autre version. La duchesse est l'interprète exact de cette conception nouvelle de la légende.
Le début de Thistoire des Fils Aymon se trouve par suite modifié. Charles est bien disposé pour Aymes et ses fils, et veut les récompenser:
«Dus Aymez, dist le roi, moult par estez preudom ; Dje vous aim loialment, de verte le dison.
» Je donrai à vos fix moult bêle pension.
» Je feroi senescal de Renaut le baron,
1 Elle est appelée Aye dans Tédition de M. Micbelant.
5 » Aalart et Guichart porteront le dragon, » Et Richart portera mon estourin faucon. »
Aymes s'incline devant la volonté de Tempereur, tout en rappelant qu'il n'a pas oublié la mort de son frère Beuves. Renaud, Alard et Guichard expriment des sentiments pareils, et, après une violente querelle, Charlemagne chasse grossièrement Renaud. Après cette scène, le calme renaît. On dîne; puis les uns vont bekourder, les autres jouent aux tables et aux échecs. Renaud et Bertelais jouaient ensemble. Le fils de l'empereur insulte son adversaire et le frappe au visage; Renaud, d'un coup de l'échiquier d'or, étend Bertelais mort à ses pieds* . Alors s'engage un véritable combat, où se distingue le « vassal Amaugis. » Les quatre frères et « Amaugis, leur ami», quittent Paris et s'enfuient à Dordonne^. De là les fils Aymon iront bâtir Montessor sur la Meuse, tandis que Charlemagne afie leur père, qui a promis de ne pas les secourir.
La Bibliothèque bleue suit fidèlement le texte du manuscrit de Montpellier pour tout ce commencement de l'histoire des fils Aymon, et ne fait guère que le résumer ou le traduire. A propos du cheval que, d'après cette version, Renaud avait déjà quand il fut armé chevalier, elle se conforme à la tradition créée par le Maugis: « Puis Renaud monta sur son cheval ))Bayard, qui jamais n'eut son pareil; car, pour avoir couru » dix lieues, il n'était pas fatigué. Ce cheval avait été nourri » en l'île de Blescau, et Maugis, fils du duc Beuves d'Aigremont, » l'avait donné à son cousin Renaud. »
L'intérêt que présente le remaniement que contient le ma-
* Cette version des origines de la querelle de Renaud et de l'empereur est assez conforme au récit que fait Renaud lui-même dans le texte de M. Michelaat,p. 227. Cf. aussi dans Ogief^ la mort de Baudouin. Je reviendrai sur tout ceci à propos du Rinaldo da Montalbano.
^ Une des versions du Renaud de Montauban « fait retenir les trois frères » de Renaud dans la chartre de Tempereur jusqu'au moment où leur cousin » Amaugis ou Maugis vient les délivrer, grâce aux sorts qu'il jette autour de » lui; c'est encore là une pâle imitation de la prison d'Ogierdans la tour de » Reims, et l'on ne doit pas s'y arrêter. » Bibliothèque nation,^ ms. 7183, f«67. Histoire littéraire^ XXII, p. 674-675. Le ms. de Venise contient également cet épisode; mais on ne le retrouve pas dans le Rinaldo da Montalbano, P. Rajna, Rinaldo d. M,, p. 34.
nuscrit de Montpellier vient de ce qu'il a été fait par un homme qui se rendait parfaitement compte des conséquences des additions et des changements qu'il faisait à la légende. Il abrège très-souvent ; sa langue épique est de la décadence; mais il n'a pas altéré le caractère général du vieux roman et il a tiré habilement parti des données qu'il possédait. Cela explique le succès de son œuvre. J'ai dû faire souvent usage de ce texte; je crois pouvoir en reproduire un passage assez intéressant, qui permettra d'en comparer le stjle avec celui de la version imprimée*. La Bibliothèque bleue suit encore ici le texte de Montpellier.
Le roi Yon expose à ses conseillers que l'empereur exige que les fils d'Aymes soient remis entre ses mains et leur demande leur avis.
«Segnors, dist [le] roi Yon, .i. conseil vous demant : ))Ne mêle donnes mie du tout à mon talent, » Mes si que bien en diè li petit et li grant. » Kallemaines de France, l'emperere puissant, 5 )) Est entré en ma terre par moult grant mautalent. » Durement me menache, moi et toute ma gent, ))Se je les fix Aymon tous .nu. ne li rent, wNeme leira castel, bourc ne vile en estant.
» Mes onques le mien père ne tint du sien .i. gant,
10 » Non fera ja le fix en trestout son vivant. » Se il a avec lui Olivier et RouUant, » Et j'ai Renaut o moi et Richardin l'enfant ; ))Et, se il a dusNaimea, Berenguieret Bruiant, )) J'ai Guichart, Aalart, Amaugis le vaillant ;
15 ))Et, se il a aussi Ogier le combatant,
» J'ai Guichardin d'Espagne, Godefroi le puissant. » Se il a .xu. pers, et je en ai autretant ; » Se il a .G. mile hommes, de .o. mile me vant; » S'il est rois, et je rois, s'il a branc, et je branc.
20 » Je demant vo conseil, ne le m'aies chelant;
)) (Mez}conseillies moi à droit que Dex vous soit aidant.»
i Dans le texte iraprimé, ce passage comprend 218 vers (p. 154-160). Il n'y a que cinq barons dans le conseil du roi ; mais chacun parle longuement, et il y a deux délibérations successi^res.
Premerain a parlé Godefroi, che m'est vis.
« Je me merveil, dist il, par le cors S . Denis, » Que vous queres conseil que Renaus soit ochis. 25 » Il est votre linge homme et vo carnel amis, » Et de votre seror ail .11, fix nourris, DEt si vous a vengié de tous vos anemis. »
Apres avoit parlé le mal quens d'Avignon ; Dex 11 doinst maie honte, il ne dit se mal non.
30 «Riche roi de Gascoigne, entendez ma reson:
»Se vous perdez Gascoigne pour .1. tout seul baron, »Et vous toutez vos gens donnez pour .1. povre bon, » Le gieu avez perdu par le cors .S. Sjmon.
» Tout li mont vous tendroit à fol et à bricon.
35 «Délivrez lui Renaut qui me semble félon. »
Le quens de Monbendel après lui a parié :
» Riche roi de Gascoigne, sachies de vérité, » Enfin vous veut honnir qui chen vous a loé. )) Quant Renaus vint à vous de segnor esgaré,
40 » Il ne sembla pas homme qui eiist povreté . » Son mendre escuier iert de [vair] afublé*.
)) Ains que Renaus eiist son esperon ostés, » [II] vous dist moult très bien qu'à Kallon iert mellés. » Vo serour li donnastez et une ducheé
45 » Acuicié à les marchez et de lonc et de lé.
»Par ichel .S. apostre c'en quiert enNoiron pré, » Ne doit porter couronne ne tenir roialté » Qui pour paour de mort rent si riche barné . » Encor n'avez perdu ne castel ne chité.
50 » Se traïssiez Renaut, trop aves mal ouvré,
))Queren trestoutez cours serez au doi monstre. » Jamez n'arez heneur en trestout votre aé.
» Judas qui Dieu traï, serez tous jours clamé.»
Apres parla Antiaume à la barbe fleurie,
i Ms. « de vert afuble. -»~E(1. Michelant, p. 157:
Ses pires escuiers iert de gris afublés.
55 Damedieu li doinst mal le fix .S. Marie.
a Riche roi de Gascoigne, chestui ne créez mie, » Enfin vous veult traïp. Ne lerroi ne vous die : »Les .im. fils Ajmon sunt de povre lignie, )) Délivrez li Renaut, qui qu'en pleurt ne qui rie.
60 )) Miex est qu'il soit honni que vo gent soit perie. )i
Apres parla Guinant, «i. duc qui tint Baione: «Roi, chil vous veut traïr qui chest conseil vous donne. DRenaus le fix Aymon est moult noble personne, » Plus vaillant que son père n'a il jusqu'en Sessoigne . 65 wlchil roi ne doit mie à droit porter couronne » Qui pour paour de mort son baron abandonne. »
Après parla Hunalt qui le poil ot canu, Et a dit à Guinant: a Tu as le sens perdu.
» Quant tu verras chest règne gasté et confondu 70 » Et brisié maint castel et maint mort abatu,
))Toi ne caudra il gueirez qui soit pris ne vaincu. » «Assez mieXy dist Guinant, si m'ait or Ihesu. »
Apres parla Bernart qui moult ot fier courage. Le septisme des contez, et dist moult grant outrage :
75 «Riche roy de Gascongne, moult ferez grant folage » Se vous Renaut tenes contre le fort roi Kalle. » Kalles est moult cruel et de moult haut parage, x> Rendez [à] li Renaut et trestout son parage. o Quant le roi Ys l'entent, si leva le visage.
80 Or le rendra à Kalle et à tout le barnage.
Ce morceau est très-supérieur pour le fond et la forme à ce que nous lisons dans le Renaud de Montauban, Yon parle ici avec une fierté vraiment royale, et ses conseillers s'expriment avec une éloquente concision. La phraséologie épique de notre trouvère se ressent d'ordinaire de l'usure du temps; on a donné tant de coups d'épée depuis Roncevaux et Aliscans! Mais quand il sort de l'imitation trop matérielle, quand il n'est plus gêné par l'embarras des récits de batailles, et que, soit dans le Maugts, soit dans l'histoire des Fils Aymon, il exprime
des idées et des sentiments qui lui appartiennent , il devient intéressant. Le mot de Maugis à Vivien :
Ta mort si est escripte au trenchant de m'espée,
les paroles des barons reconnaissant leur cruauté envers les pauvres serfs qui gagnent le blé, le sourire du petit Maugis sur les genoux d'Oriande, bien d'autres passages, nous le montrent capable de prendre tous les tons. Il est d'ailleurs moins ignorant que la plupart de ses devanciers. Il connaît la Sicile et ses volcans; il ne sait de TOrient que ce qu'en rapportaient les pèlerins; mais du moins les noms propres ne sont pas trop altérés. Ces qualités ne sauraient remplacer le souffle épique, l'ardeur héroïque et sincère des premiers âges; mais elles donnaient le succès présent et permettaient de soutenir sans trop d'infériorité la rivalité des romans qui dérivaient directement des légendes bretonnes.
Je voudrais définir le procédé de composition de l'auteur du Maugis. Il a emprunté au Lancelot du Lac la naissance des fils de Beuves et l'éducation de Maugis par une fée, et à la légende d'Artus le lieu où se passe l'enfance de son héros. Quand il conduit Maugis à la cour de Galafre, en fait le champion de Marsile et l'amant de la reine, il imite les récits sur la jeunesse de Charlemagne et les amours de Lancelot et de Genièvre. Les fils à la recherche de leurs pères, les combats entre père et fils avant qu'ait lieu l'inévitable reconnaissance, dérivent des sources germaniques. Dans le personnage d'Espiet, nous voyons la double influence de Huon de Bordeaux et de la Table Ronde. De la Table Ronde vient aussi le caractère galant de Maugis, qui a des aventures amoureuses tout comme le bon Gauvain. Mais d'où sortent ces espions qui se hâtent à travers le récit, renseignant les princes sur ce qui se passe chez leurs ennemis? Notre auteur a trouvé le type si intéressant qu'il n'a pas hésité à présenter d'abord le neveu d'Oriande comme un espion, et dans le remaniement des Fils Aymon, ce n'est plus un messager, mais un espion qui apprend à Beuves les projets de Charlemagne ^ Le sans-façon avec lequel Maugis
* Dans Renaud de Montauban, je n'ai trouvé qu'un espion (p. 220), dont d'ailleurs Espietme semble dériver:
se met successivement au service de Marsile et de TAmustant de Mellent*, la remarque que chez les Sarrasins il y avait maint clerc renégat, indiquent la fin de Tenthousiasme religieux. Dans les romans italiens, Renaud et Roland se comporteront souvent comme le fait ici Maugis dans ses voyages en pays sarrasin.
Le monde féodal est dépeint tel que nous le voyons dans Penaud de Montauban et les chansons de la même époque. Les harons faits prisonniers, grâce à la ruse de Maugis, sont tressa lisfaits de l'aventure, parce qu'elle les dispense de tirer Tépée au profit de Tempereur dans la guerre qu'il soutient contre ses vassaux révoltés. Naymes ou Dunaymes * est le conseiller indispensable du roi, comme toujours, et Charlemagne est obligé de prier ses ennemis de lui rendre celui sans lequel il ne sait rien décider. Le roi de Saint-Denis est ce qu'il restera désormais, très-menaçant, très-violent, très-obstiné, mais malheureux dans ses entreprises, raillé, vaincu, mais néanmoins protégé de Dieu quand l'honneur de la France est en cause. Il finit par avoir l'hommage de ses barons, mais à la condition de payer leur soumission.
L'opposition des Sarrasins et des chrétiens est en général marquée des mêmes traits que partout. Cependant on ne voit plus d'allusion au royaume chrétien de Jérusalem, et les agressions viennent des mahométans. A l'époque de la composition de ce roman, l'effort des croisades n'aboutissait qu'à des échecs et à des revers. Le roi de Jérusalem n'a été conservé, à la fin
lluec ot une espie ki Pinax avoit non, Et cil estoit de Frise, .xv. pies ot de lonc Etvoloil contrefaire Maugis le fort larron.
Dans le ms. de Montpellier, il est appelé Afa2/jt>m^ dans Ja Bibliothèque \i\Q\xQPignaut, — Dans Ogier^v, 4877, Gérémie, espion de Didier; v. 7339, i:n espion d'Ogier ; v. 9803, un espion de Brehus.
1 Dans Huon de Bordeaux (v. 7540-8175), Huon devient le champion d*Yvoria de Monbranc, frère de Gaudisse, et tue Sorbrin; puis il est aux prises avec Geriaumes, devenu de son côté le champion de Galafre. Les deux chrétiens font ensemble la conquête d'Aufalerne, et Huon retrouve Esclarmonde.
• Nous avons aussi rencontré la forme Du-Buef. En italien, Dusnamo devint le nom ordinaire du bon duc de Bavière.
du Renaud de Montauban, que par respect pour la tradition poétique.
Je relèverai un procédé assez important: le dédoublement des personnages. A côté de Maugis, nous avons Espiet et Vivien, représentant, Tun la science magique, l'autre la vaillance chevaleresque. Cela ne suffit pas ; à Maugis est opposé un troisième enchanteur : Noiron. D'ailleurs le trouvère imagine, sans hésiter, des personnages nouveaux: Hernaut de Monder, Ysane, Brandoine ; tantôt il invente les noms, tantôt il les prend au hasard dans d'autres récits. Il y a en tout cela plus d'intelligence et de métier que d'originalité vraie. Cependant telle page, on a pu s'en convaincre, n'est pas sans mérite. La plupart des chansons de geste de date récente sont d'une fatigante prolixité. Ce n'est le défaut ni du Maugis^ ni surtout du Vivien de Monbranc. D'une manière générale, la narration de notre trouvère est bien composée, etil sait éviter tout désaccord entre ses conceptions et la légende. En faisant du Maugis, du Vivien et du Renaud de Montauban, un ensemble homogène où les faits se suivent dans un ordre clair et naturel, il s'est approprié le plus populaire des récits du mojen âge.
Je ne sais si le personnage de Maugis a réellement gagné à devenir l'objet d'un poëme distinct. On a été sévère pour la facilité avec laquelle il aime successivement Oriande, la reine épouse de Marsile, sa tante Ysane ^ Ce qui me frappe, c'est qu'il ne s'attache vraiment à aucune. Il quitte la douce fée, abandonne la reine, celle-ci au milieu d'un embarras terrible, sans paraître ému. Sans doute, à la fin du Vivien de Monbranc, il reviendra à Rocheflour auprès de son amie Oriande; mais il ne s'éprend d'aucune dame à la façon des chevaliers de la cour d'Ârtus. Il devient de plus en plus le guerrier rude et batailleur des chansons de geste. En rase campagne ou en champ clos, il ne redoute personne. Il n'emploie sa puissance magique que dans des circonstances graves, dans l'intérêt des siens ou pourdésarmer son frère. Il est, en un mot, très-digne d'entrer dans la compagnie de Renaud et de ses frères. Mais, si nous négligeons l'amusante histoire de son déguisement en
^Bht^e littéraire, XXII, p 701-703.
cardinal, il paraît moins inventif, moins gai que dans Thistoire des Fils Aymon. Il semble céder à Espiet Tusage d'une partie de ses dons. Il a la conception prompte, la répartie toujours prête ; mais Tarmure de chevalier a fini par alourdir sa démarche. Il n'a plus rien du lutin primitif, car, sa science d'enchanteur, il la tient des sages qui l'ont instruit, et, quand il remploie à propos, il ne peut s'empêcher de s'écrier :
• •••••ff«4
. bien fist qui me l'aprit !
Remaniée et complétée, l'histoire des Fils Ajmon passa en Italie et y fut l'objet d'une imitation qui tantôt suit les versions françaises, tantôt les modifie, tantôt s'en écarte décidément; mais, avant d'aborder l'examen du Rinaldo da Montaibano, je crois devoir reproduire le texte du Vivien de Monbranc, tel qu'il a été conservé dans le manuscrit de Montpellier*. Ce petit poëme est une véritable chanson de geste qui, pour le fond et la forme, ménage la transition entre le roman et l'épopée, le Maugis et le Renaud de Montauban,
* Il est à croire qu'on le retrouvera, dans d'autres mss., entre le Maugis d'Àigremont et l'histoire des Fils Aymon.
VIVIEN DE MONBRANG
Dans la trilogie que forment le Maugis, le Vivien et le roman des Fils Aymon, la seconde de ces compositions a pour objet de compléter les antécédents de l'histoire des Fils Aymon . L'hostilité particulière de Beuves d'Aigremont pour Charles et le meurtre de Lohier y trouvent une explication dans le mauvais accueil que Beuves et Maugis reçoivent à la cour de Charles, lorsqu'ils vont demander à l'empereur de secourir Vivien. Maugis s'annonce déjà comme l'adversaire de l'empereur. L'amitié des fils d'Aymes et de Maugis se forme dans la lutte qu'ils soutiennent ensemble contre les Sarrasins, et où le jeune Renaud fait l'épreuve des mérites de Bayard et de Froberge. Les personnages qui ont figuré dans le Maugis, mais qui ne devaient pas reparaître dans le Renaud de Montauban, sont définitivement écartés de la scène, soit qu'ils meurent, soit qu'ils s'établissent en pays lointain. Maugis ne reviendra à Aigrement qu'après la mort de son père*, et Vivien ne quittera plus Monbranc, où le bruit de ce qui se passe en France n'arrive point jusqu'à lui.
Le sujet proprement dit est le siège de Monbranc. Les incidents se succèdent avec assez de variété, mais sans longs développements, car l'auteur est pressé d'en finir avec cette sorte de transition et de passer à Thistoire des Fils Aymon ; à
* Je parle toujours d'après la version de Montpellier, où Maugis est mentionné dans la Mort de Beuves et au commencement du Renaud de Montauban.
roccasion des funérailles des chrétiens, il ne peut s'empêcher de dire(v. 1061, suiv.):
Ne soi pour quoi le deuil vous seroit racontés, Je ai trop à fere, ja n'en seroi mellés.
Les qualités et les défauts de la narration sont les mêmes que dans le Maugis, les ressemblances avec le Gaufrey aussi fréquentes.
Vivien, malgré sa conversion, a gardé son titre d'amacAowr.
Au point de vue de Thistoire de la légende des Fils Aymon, le Vivien marque davantage une conception neuve, déjà indiquée dans le Maugis, Les célèbres frères Beuves, Doon, Ajmes, Girart et les enfants Maugis, Renaud, Alard, sont engagés dans une guerre contre les Sarrasins. Reprise comme elle l'a été à la fin du Renaud de Montauban^ , cette conception constitue une transformation réelle de la légende. Dès lors Renaud et son lignage n'apparaissent plus seulement comme des barons indociles; ils sont aussi, quand il le faut, les défenseurs de la chrétienté. L'auteur songeait à Roncevaux en écrivant les dernières laisses de ce court poëme.
V. Textrait du ms. de Montpellier cité au commencement de ce travail.
Sommaire
Les Sarrasins, poussés par les prédications de leur apostole Califre, décident de reconquérir Monbranc et de châtier Vivien et Esclarmonde. Il sont conduits par le soudan de Babylone, l'amiral de Perse, le roi de Nubie, le roi Joacab de Claudie, le roi Machabré, le roi de Barbarie et bien d'autres (1-86).
Ils débarquent au port Alibrandin, à cinq lieues de Monbranc. Ils marchent sur la ville. Vivien est averti de leur projet et de leur approche. Il consulte sa femme, qui lui conseille de faire appel à son père Beuves, à Girart son oncle, à son frère Maugis et au roi Brandoine son cousin. Mais Vivien veut d'abord éprouver ses forces. Dans un premier combat, il tient tête à l'avant-garde des ennemis ; mais l'arrivée du soudan sur le champ de bataille l'oblige à s'enfermer dans Monbranc (87-191).
La reine Avice * engage de nouveau Vivien à recourir à ses parents et à prier Beuves d'aller demander l'aide de Charlemagne. Le chevalier David est chargé du message. Pour que David puisse passer, Vivien attaque le camp des Sarrasins. Le messager arrive à Aigremont. Brandoine est d'avis que lui, Girart de Roussillon, Doon, Aymes, Hernaut de Monder et Othon d'Espolice, se'p réparent sans tarder à secourir Vivien, tandis que Beuves et Maugis iront en France réclamer l'appui que l'empereur doit à ses vassaux ; si Charles est sourd à leur demande, on lui refusera désormais tout hommage. Beuves et son fils vont à Laon. L'empereur refuse de marcher au secours de Vivien, parce que l'on ne peut faire la guerre pendant l'hiver : que les assiégés s'efforcent de tenir jusqu'à la belle saison. Beuves reproche à l'empereur de trahir ses vassaux ; il lui déclare qu'il lui rend son hommage et que toute sa parenté en fait autant. Maugis, de son côté, annonce à Charles qu'il lui causera de cruels ennuis. Les deux barons partent ; mais Lohier, que les paroles de Maugis ont rendu furieux, se met à leur poursuite avec cent chevaliers. 11 échange quelques coups d'épée avec Beuves et Maugis ; mais celui-ci a recours à un enchantement, et Lohier renonce à sa poursuite et revient à Laon (192-375).
Beuves et Maugis sont de retour à Aigrement, où déjà leurs parents ont réuni une puissante armée. On part pour Monbranc. Quand l'on en est aune demi-journée, on décide d'avertir Vivien. Fousifîe sera le
1 On se rappelle que ce nom a été donné à Esclarmonde par sa marraioe Avice, la duchesse d'Aigremont.
messager. Les barons se logent dans la plaine. On s'arme, et le commandement de l'avant-garde est confié àMaugis, qui emmène avec lui les deux fils aînés d'Aymes, Alard et Renaudin, Comme ils ne sont pas encore chevaliers, ils prennent chacun pour arme un lourd bâton carre. Renaud monte sur Bayard. Cependant Fousifie, qui par un enchantement s'est transformé en géant, s'avance monté sur un dromadaire et passe à travers les Sarrasins, qu'il injurie et qui s'enfuient de toutes parts. Il est reçu à Monbranc et apprend à Vivien Parrivée de ses parents. Vivien fait une sortie; après de beaux faits d'armes, il est désarçonné et fait prisonnier ; son destrier Passavant se dégage et revient à Monbranc. Dame Avice et les chrétiens sont dans le deuil, quand ils voient que Passavant est revenu sans son maître (376- 558).
Vivien est entre les mains du Soudan, qui l'insulte et le menace. Le roi Josué conseille d'envoyer le prisonnier à Babylone. Sorbrin deBalesgués est chargé de le conduire. Le chartrier aura l'ordre de le battre et de le frapper tous les jours. Pendant que Sorbrin l'emmène, Vivien se lamente à haute voix et reproche à sa famille de l'abandonner. Maugis l'entend et avertit Renaud que c'est sans doute un prisonnier chrétien et que la ville est déjà prise. Ils attaquent les Sarrasins, et Renaud et Alard font merveille avec leurs bâtons. L'armée du Soudan prend les armes. Cependant Vivien est délivré et se fait reconnaître. On l'amène au camp chrétien. Il supplie son père de secourir au plus tôt sa ville, où Avice est en proie à toutes les inquiétudes. Les chrétiens prennent les armes et forment sept échelles. Beuves, accompagné de Maugis, de Vivien, de Renaud et d' Alard, commande la première (559-672).
Les chrétiens arrivent sous Monbranc. Les païens ont formé dix échelles. La bataille commence par les exploits de Vivien et de Renaudin ; mais le Soudan vient au secours des siens, et la première échelle des chrétiens est repoussée. Girard de Roussillon entre en ligne. Renaudin brise sa perche en portant un coup qui rompt la tête à un cavalier et les reins au cheval. Bayard défend son maître. Renaud a l'inspiration de tirer Froberge. Tous les corps des chrétiens sont engagés, les assiégés les rejoignent, et, après une longue et sanglante mêlée, les Sarrasins sont mis en fuite; mais Othon d'Espolice a été tué par le soudan, Hernaut de Monder par l'amiral Clargis, Brandoine par l'amiral de Perse. Le soudan doit son salut à la vitesse de son dromadaire et s'embarque avec ce qui reste de son armée. Les diables leur donnent si bon vent qu'ils arrivent à Babylone sans encombre (673- 1038) .
Les chrétiens enterrent leurs morts et élèvent sur le lieu un monastère où cent moines liront leur psautier. Quant aux restes d'Othon,
d'Hernaut et de Brandoine, on ensevelit les entrailles à Monbranc, dans le monastère de la Sainte-Trinité, et les corps, lavés de vin, sont enveloppés dans des cuirs de cerf. L'armée les rapportera. Chacun s'en retourne dans son pays. Maugis part pour Rocheflour, où il retrouvera Oriande, son amie. 11 n'emmène avec lui que son fidèle Fousifie. De son vivant, il ne reverra plus son père. Vivien demeure à Monbranc, où les païens ne vinrent plus l'attaquer. Désormais Beuves devait vivre en paix jusqu'au jour où la mort deLohier causa une longue guerre entre l'empereur et le lignage de Beuves. Et, quand la paix eut été faite, la guerre recommença entre Charlemagne et les fils Aymon et Maugis .
Le trouvère remercie les seigneurs et les belles dames pour l'argent qu'ils lui ont donné àfoison. 11 annonce qu'il va chanter l'histoire des Quatre Fils Aymon (1039-1097).
PoL 173 r> a. CHI COMMENCEE VIVIEN L AMACHOUR
Segnors, or escoutez, se Dex vous beneïe, Bonne canchon qui bien doitestre oïe, Che est de Vivien de Monbranc la garnie, Fix dusBuef d'Aigremont à la chierehardie 5 Et frère Amaugis qui tant sot de boidie.
[Il] ot la loi Mahom et Tervagant guerpie Et crut en Damedieu le fix sainte Marie.
Ja orrez la canchon, mez qu'il ne vous ennuie, Si comme l'amiral qui iert roi de Persie,
10 Sodant de Babiloine et le roi de Nubie, Et le roi Joacab qui tint toute Claudie, Et le roi Machabré, le roi de Barbarie, •XXV. amirals de moult grant segnourie, Asegierent Monbranc la fort chité garnie.
15 Chist autre jougleor ne vous en chantent mie, Quer il n'en serent pas la monte d'une alie ; Mes je vous en diroi, j'en soi toute la vie, La vraie estoire, or vueil qu'el soit oïe.
1 Je mets entre parenthèses ( ) les lettres ou les mots superflus; entre crochets [ ],la leçon que je propose en quelques endroits pour remédier aux erreurs ou aux oublis du copiste.
6. Ms. « Vivien ot.» — 10. Ms. « Sodant. » Dans la suite, l'abréviation « Sod . » aux vers 455 et 581 « Soud. »
Fol. 173 ▼« b, Chen fu à une feste, qui moult est esjoïe, 20 Du baron .S. Jehan que len aoure et prie.
Là font païen grant feste en lor mahommerie De lor dieu Mahommet qui ne vaut une alie.
Pour chen que à chel jor, sachiez le(i) sans boidie, L'estranglerent les truiez par sa grant glout[on]nie . 25 A ichel jor tint feste, qui moult iert enforchie, Sodant de Babiloine qui moult ot courtoisie, •xxxn. rois i otde la loi païennie, .XXV. amirals quiDex n'amoi[en]t mie.
Califre Tapostole de la loi païennie 30 Lor preeicha chel jour lor creanche honnie ; Aprez si lor a mis tel parole en Foïe Dont en .i. jor moururent de païen .x*^. mile, Et maint de nos Francheis i mourut àhasquie.
Ainsi com vous orrez ains Teure de compile.
35 L'apostole Califre commenche à sarmonner A la gent sarrasine qui Dex puist mal donner ; La vie Mahommet lor commenche à monstrer, Comment il s'en ala au fort vin enivrer, Comment il se lessa as truiez estrangler,
40 Quant u fumier ala dormir et reposer.
Dient païen : a Tel dieu fet forment à loer ; ))Tout le monde le doit servir et henourer.»
Quant ot fet li Califre son sarmon definer, En une autre manière commencha à parler.
45 En haut a dit à tous, ne le vout pas cheler :
« Moult vous devroit à tous dedens les cuers peser » De Vivien Taufage qui s'est fet baptisier ))Et sa famé Esclarmonde qu'est de vos parenté ; » Aprez furent païen à martire livré[s] ;
50 » De notre loi destruire se vout forment pener, » Jamez jour n'amera Sarrasin ni Escler.
wMahom en a tel duel, je vous di sans fausser, » Jamez ne le verrez nule joie mener, ))Ne nul miracle fere, ne nul semblant monstrer. »