‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 123 sur 180 · ART. IV. — ATTENTATS CONTRE LA VIE DE BOUDDHA · texte numérisé non relu

ART. IV. — ATTENTATS CONTRE LA VIE DE BOUDDHA

royaume. Ayant appris que Bouddha s'était retiré dans les montagnes avec 500 de ses disciples, Devatta alla trouver le souverain et l'avertit que ses disciples s'étaient scindés; que c'était le moment d'en finir avec cette doctrine. Il pria donc le roi d'inviter Çakyamouni à un banquet pour le lendemain : à son entrée en ville, on lancerait sur lui une bande d'éléphants, qu'on aurait préalablement enivrés. «Bouddha sera écrasé, pensait-il, et, par le fait de sa disparition, je serai moi-même le bouddha Sauveur.» Le roi, aussitôt, alla inviter Bouddha à venir en ville. Bouddha savait parfaitement qu'on voulait le faire tomber dans un guet-apens ; il accepta quand même l'invitation: «Grand est votre mérite!» répondit-il. De retour dans sa capitale, le roi fit savoir à Devadatta que Bouddha et ses 500 arhats entreraient en ville, le lendemain, à l'heure fixée pour le festin.

A ce moment précis, les éléphants, dans toute la fureur de l'ivresse, se ruent en barrissant sur tout ce qui s'oppose à leur passage ; sous cette trombe vivante, tout tombe en morceaux, murs, maisons; les habitants affolés prennent la fuite, les arhats montent dans les airs, Ananda a seul le courage de rester à côté de Bouddha. Cependant la troupe d'éléphants se dirige vers eux, fonce sur eux pour les écraser. Bouddha lève cinq doigts ; ii en sort cinq lions, qui, poussant un rugissement terrible, se précipitent vers les éléphants. Ceux-ci tombent à terre, n'osant pas même lever la tête ; leur ivresse a cessé et des pleurs tombent de leurs yeux, comme pour manifester leur repentir* Ce prodige inspira une salutaire terreur au roi, à ses ministres et à tout le peuple. — Bouddha et ses compagnons se dirigèrent tranquillement vers le palais royal. Quand le repas fut terminé, le roi présenta ses regrets au Très Honoré et lui fit ses excuses pour l'attentat dirigé contre sa personne, avouant qu'il avait été induit en erreur par des calomniateurs. Bouddha s'adressa au roi devant ses officiers et lui dit: «La calomnie a huit causes principales: on cherche son propre intérêt au détriment d'autrui ; on élève sa réputation en ruinant celle des autres; on ridiculise autrui pour vanter ses propres mérites; on prend un malin

plaisir à mortifier les autres, et autres causes de ce genre. Peu d'hommes restent inaccessibles aux séductions de la calomnie. »

Un stupa encore debout au VIIe siècle rappelait l'endroit où furent domptés les éléphants, en dehors de la porte septentrionale de Radjagriha (1).

Les anciens monuments retrouvés dans les ruines ne font, d'ordinaire, mention que d'un seul éléphant, c'est-à-dire de l'éléphant Nâlâgiri. Le bas-relief du musée de Lahore no 600, la belle sculpture de Vlndian Muséum de Londres, représentent le furieux pachyderme, au moment précis où il sort par la porte de Radjagriha, alors que Bouddha se rend à une invitation à dîner.

Anand v seul avec le fidèle Vajrapani accompagnent le Vénérable; les murs de la ville sont couronnés de curieux.

À peine Çakyaraouni a-t-il posé sa main sur la tête de l'éléphant, que l'animal furieux devient calme.

Les textes chinois font jaillir des cinq doigts de la main de Bouddha cinq lions, chargés de dompter non plus le seul éléphant Nâlâgiri, mais une troupe d'éléphants.

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