II. Sommaire historique et doctrinal des sectes
1° Hinayâna.
Dans le Chapitre I. Art. VII, en parlant du concile du Cachemire, nous avons suffisamment fait connaître la différence entre le Véhicule inférieur Hinayâna et le Véhicule supérieur Mahâyâna . inutile de revenir sur ces notions. Il suffit de se rappeler que la doctrine hinayaniste est celle qui s'éloigne le moins de l'enseignement de Çak3amouni, et du Bouddhisme primitif.
Le premier ouvrage traduit en chinois fut le sûtra en 42 articles, apporté par les deux bonzes Matanga et Tchou Fa-lan (67-70 ap. J.C.). sous le règne de Han Ming-ti. Vint ensuite la traduction du Dialogue du roi Ménandre avec le bonze philosophe Nagasena, sous les Tsin (265-420) : exposition lucide et très-fine du moi-série, et de la transmission de la dette morale d'une existence à l'autre.
A cette même époque, les Agamas, "Ngo-han-king", par leur simplicité parfois enfantine, achevèrent la physionomie de cette doctrine du Bouddhisme primordial, ou moins dégénéré (1). Les sûtras bouddhiques du petit Véhicule sont au nombre de 218, plus 300 ajoutés sous les Song et les Yuen, âl) ouvrages du Vinaya et 37 sastras.
2" Mahâyâna.
Le Véhicule supérieur.
Les théories mahayanistes ne tardèrent pas à pénétrer en Chine. L'Indoscythe Lokakshm (147-186 ap. J.C.) traduisit deux traités, l'un sur le Nihilisme, l'autre sur l'/Xmidisme.
Le prince parthe Ngan Che-kao (148-170) répand en Chine les notions sur Amitabha, Maitreya, Manjusri, etc.
(1) Cf. Chap. II, art, II: Notice de Matanga.
„ art. A': Le rejeton de l'Hinayâna.
Cependant le grand propagateur du Mahâyâna fut Kuniarajiva (401-402). Son Filet de Brahma est le Varie mecum de l'adepte mahayaniste. De plus, il fut le véritable introducteur des systèmes philosophiques d'Harivarman et de Nâgârjuna.
Lui et son disciple Deva vouèrent une grande partie de leur existence à l'exposition de ces systèmes idéalistes et nihilistes. Le célèbre bonze I-tsing, après son retour de l'Inde (671- 695), affirme dans son ouvrage qu'à cette époque la Chine était mahayaniste (1). — Les sûtras mahayanistes s'élèvent à 536, plus 28 ouvrages du Vinaya et 98 traités philosophiques, sastras. A ce nombre s'ajoutent 196 ouvrages écrits par des bonzes chinois, et 97 d'auteurs indiens, la plupart mahayanistes.
3° Amidisme.
L'Amidisme fut connu en Chine dès les premiers temps. Nous venons de constater que Lokakshin (147-186) avait déjà doté les Chinois de sa traduction Ou-liang-tsing-king |te M ^ ^^• Tche-kien (à Nan-king, 223-253) fait connaître le Ngo-mi-touoking PpJ ^ l^-g If. Dharmaraksha (Fa-hou) (266-317). introduit le culte d'Avalokitesvara, et la cérémonie de l'Ullambana en faveur des morts. Finalement l'Amidisme est constitué en école par Hoei-}uen sur les montagnes de Liu-chan en 386.
Les célèbres tableaux de Koan-in féminine par l'artiste Ou Tao-tse, les grands pèlerinages de Lang-chan au Kiang-sou de Kieou-hoa-chan au Ngan-hoei, de Pou-touo-chan aux îles Tcheou-chan, vers 858. achèvent sa popularité.
En 991, il se scinde en deux 1)ranches :
a) L'Amidisme proprement dit, appelé désormais Tsing-hingché ^ ^=f- jjîj^, ou Tsing-t'ou i^ ±^. c'est-à-dire Ecole de la Pureté ou de la Terre pure.
b) La Société du Lotus ou Nénuphar blanc: Pé-lien-ché.
(1) Cf. Chap. II, art. III: Sous les derniers Han. „ art. V: Kumarajiva.
L'école de la Terre pure ne fut jamais suspecte aux yeux de l'autorité; elle ne prit point part aux rébellions ni aux dissensions politiques. Son nom lui fut imposé par Cheng-tchang Li-che, le septième chef de l'Amidisme.
Au contraire, la Secte du Lotus blanc, propagée par Penjou-fa-che et Tchang Té-siang en 1042, devint une secte révolutionnaire au temps de Mao-tse-yuen, en 1133. Depuis cette époque elle fut fréquemment proscrite, v.g. en 1308, 1322, 1351, 1358, 1621, etc.
De cette société du Lotus blanc et des sectes du Tantrisme sortirent toutes ces sectes modernes, connues sous les noms généraux de Végétariens ou ]\Iangeurs d'herl^es, Mi-mi-kiao. Tchaikong, etc. (1) La doctrine de l'Amidisme fera le sujet des deux chapitres suivants.
4° Phénoménalisme pur.
En chinois Tcheng-che-tsong /^ ^ ^. nom tiré du li\ re doctrinal de la secte: le Tcheng-che-luen ;^ ^ |ro, (Satyasiddhisastra), œuvre d'Harivarman. traduit par Kumarajiva (406-412). Les partisans de cette école sont les représentants de l'ancienne école indienne des Sautrantikas ; leur doctrine est l'acheminement vers le pur Nihilisme. Dans l'ouvrage en question, l'auteur, après avoir établi le parallèle des arguments pour le réalisme et le phénoménalisme. et fait ressortir d'une façon lucide le pour et le contre de la thèse et de l'antithèse, s'abstient de formuler son opinion, par respect encore pour l'autorité de Çakyamouni. qui avait recommandé à ses disciples de croire sur parole, sans raisonner ni philosopher. Cependant Harivarman. malgré son adhésion rituelle et son acte de foi traditionnel, laisse deviner entre ses lignes que son intelligence n'est i)lus d'accord avec sa
(1) Cf. Xotice de Hoei-yuen. Origine de l'Amidisme. Lotus blanc. Notices de Cheng-tchang-I^i-che ; Mao-Tse-yuen. Recherches, T. VIII, p. 457-462. L'école et ses chefs.
parole. Il a préparé les esprits à la révolte, sans oser lui-même en arborer le drapeau.
Il demeure phénoménaliste par foi en la parole de Bouddha. Mais les Sautrantikas insinuent que peut-être Çakyamouni eut deux enseignements, suivant les aptitudes des sujets qui se présentaient à lui. Aux débutants, aux esprits de faible portée, au commun, il enseignait la réalité du moi et des choses visibles ; aux esprits supérieurs, à ses disciples de choix, il manifestait ses convictions intimes: l'irréalité du moi, le vide uniAersel. A son jugement, le monde n'était qu'un mirage trompeur, une pure fautasmagorie.
Kumarajiva. en homme habile, se garda bien d'enseigner ex dbrupio le nihilisme absolu ; il débuta par sa traduction du livre d'Harivarman. pour préparer les esprits, et leur faire admettre, après la réalité, le mirage; après le mirage, le néant. — Nous allons étudier maintenant cette seconde manœuvre, dernier coup porté au ^ ieux fidéisme traditionnel.
En 495, Hiao Wen-ti, des Yuen Wei, nomma officiellement le bonze Tao-t'eng fa-che au poste de conférencier, et le chargea d'expliquer en sa présence l'ouvrage Tcheng-che-luen. Ce moine, et deux autres de ses devanciers, Song et Yuen, furent les propagateurs officiels de cette doctrine en Chine.
5" Madhyamika : Nihilisme.
On a donné divers noms à cette secte. Le mot "Madhyamika" exprime l'idée d'un système médian, qui a été appelé Nihilisme dialectique, Nihilisme scolastique, etc.
En Chinois le système est nommé : Tchong-luen sing-kiao 4» tira 'b Ik. Tchong-luen t+i f^, San-luen-tsong = fw ^. ou même tout court Tchong-tsong i^i Ç^. Tous ces noms sont tirés des trois traités (luen f^), qui sont les livres fondamentaux du système. On y trouve l'exposition nette de la théorie de Nagarjuna Long-chou || ;j^. (lui, coupant le fil traditionnel du fidéisme
à la parole de Çakyamouni, formula brutalement les conclusions raisonnées de son système de négation universelle et totale.
Ces traités sont: 1° Madhyamika-sastra. en chinois Tchong-luen 4^ tlw < 2° Dvadasa-nika-ya-sastra, Che-eul-menluen t :l P^ fm; •^'° Sata-sastra. Pé-luen g" ^.
Les deux premiers furent composés par Nagarjuna; le troisième est l'œuvre de son disciple Deva. Harivarman. nous l'avons vu, s'était contenté de mettre en parallèle le pour et le contre, avec la secrète intention d'attirer le lecteur vers le Nihilisme. Nagarjuna. au contraire, attaque ses adversaires sans peur et sans ménagement. Le temps où l'on croyait aveuglément à la parole de Bouddha est bien passé ; il faut désormais ne s'autoriser que de la raison. Sur ce, il expose les arguments pour le réalisme et pour l'idéalisme, et conclut qu'ils sont faux, aussi bien les uns que les autres: ils ne prouvent rien, car rien ne prouve rien. Donc rien n'existe : tout est vide et néant. Le corps est un agrégat d'atomes irréels; dans ce corps illusoire n'habite aucune âme : ce qui n'est pas ne peut loger un être existant.
Ainsi pas d'âme, pas de corps, pas de "moi", pas d'action réelle bonne ou mauvaise: donc ni mérite ni péché, ni récompense ni punition, ni ciel, ni enfer.
Bien mieux: la naissance, la vie. la mort, n'ont rien de réel ; tout est vide et néant.
La vie étant une irréalité, libre à chacun de rêver des délices pour le présent ou pour le futur. Qu'on se représente le tableau enchanteur des jouissances féeriques du Paradis de l'Ouest: plus le rêve sera séduisant, plus le plaisir irréel sera charmant; mais tout se réduit à une douce illusion: il n'y a pas plus de paradis que d'Amitabha ! Mirage imaginaire: il n'y a ni chose vue ni vision.
Les trois ouvrages sus-nommés furent traduits par Kumarajiva (401-412). La thèse eut un certain succès d'estime au
Hoei-neng- (Loti) 676-712
'iPntP-f rnisipmp natriarche bouddhiaue — Sixième Eatriarche chinois
ARt. XVII.^RÉSU]\iÉ SYNTîiÉTigÙE DES-ÊCÔLES CHINOISES. 14o
VII'' siècle, mais dans l'ordre spéculatif, s'entend, car le Chinois est un homme bien trop pratique pour se laisser persuader qu'il mange du riz imaginaire, dans un bol irréel, pour satisfaire un appétit illusoire (1).
Pourtant, il faut l'avouer, cette doctrine est commode pour les gens aux mœurs faciles, et il n'est point surprenant que le viveur Kumarajiva l'ait propagée avec assiduité. Le roi Ajatasatru, parricide, craignait fort les supplices de l*enfer ; il demanda à Bouddha s'il pourrait les éviter. Bouddha s'abstint de répondre. Le roi s'adressa à Manjusri. "Pas de difficulté, lui répondit ce dernier; rien n'existe réellement, il n'y a ni monde réel, ni péché réel, ni enfer réel: donc rien à craindre! Le vrai, c'est le vide universel, la non-existence du moi, de tous et de tout".
Deux bonzes. Hoei-yuen et Ki-tsang, vers 610, propagèrent le Nihilisme didactique au temps des Soei. A cette secte confine l'école dite : Nié-pan-tsong.
6° Ecole de la Pénitence (Tchan-mo-tsong '11^ ^ ^).
D'après cette école, la pénitence rituelle peut efifacer les plus graves fautes : ainsi on peut éviter les excommunications fulminées par le Pratimoksha. — Cette secte mahayaniste fut, paraît-il. fondée par Pao-tche-kong ^ '^^ ^. le fameux bonze conseiller de Liang Ou-ti. Pao-tche-kong mourut en ijl4. Il a sa pagode à Nan-king, où on continue à l'honorer.
Cf. de Groot : Le Code du Mahàyâna, p. 4, 5. ,
7° Védantisme.
L'école du Dhyâna ou du [Mysticisme contemplatif, appelée par les Chinois Chan-tsong ifip ^, est une secte mahayaniste, qui compta en Chine de très-nombreux adhérents, et resta florissante jusqu'au triomphe de l'Amidisme. Les Recherches ont souvent fait mention, et avec détail, de cette grande école. Voir, en
(1) Remai-que du P. "VVieger S.J.
146 CHAP, II. —LE BOUDDHISME EN CHlNË.
particulier: Tome VIII: Les deux branches maîtresses du Védantisme. Nan-yo-tcheng-tsong 1^ #1 JE î^. Ts'ing-yuen-tchcngtsong ^ j[^ JE ^- Notices des 68 chefs d'école du Xan-yo, et des 85 chefs de 1 école Tsing-yuen. p. 395 à 439. — Tome VII. p. 246 à 262: Les six patriarches du Bouddhisme chinois. Les tableaux généalogiques des chefs d'école du Védantisme. (Poches adjointes). — Tome XVI, chapitre II. art. VI: Période des Deux Cours. La secte des Contemplatifs. Tableau des principales ramifications de cette école. —Tome XVI (2" vol.). ch. II. art. XV: Le Bouddhisme sous les Ming. Etat du Bouddhisme. Les écoles bouddhiques.
Il ne nous reste donc à donner ici que des indications sur la doctrine du Dhyàna et un rapide aperçu de son développement.
Fondation et développement.
Le fondateur de l'école des Contemplatifs fut Bodhidharma, en chinois Ta-mo ^ jg, ou Ta-mo-ta-che, qui, après son arrivée à Canton, passa par Nan-king, où il eut une entrevue avec Liang Ou-ti, puis passa le Yang-tse et alla s'établir à Lôyang, où il mourut en 529, dans la pagode de Tsien-cheng-se (1).
Son école, continuée par les cinq autres patriarches ses successeurs, se partagea en deux grandes branches-souches avec les deux disciples de Hoei-neng, nommés: Hing-se ^y ,@,, fondateur du Ts'ing-yuen-tsong, 730, et Hoai-jang f^ ^, fondateur du Nan-yo-tsong. 744. Ces deux branches se subdivisèrent en cinq ramifications, connues dans les histoires du Bouddhisme sous le nom de Ou-tsong-kiao 31 ^ tfc^ ^cs cinq écoles orthodoxes. Trois autres ramifications secondaires vinrent s'y adjoindre. Toutes ces sectes professent à peu près la même doctrine.
(1) Kumarajiva (401-412) avait déjà traduit la Méthode de contemplation.
CM
Wj
o en +->
fcjO
en
fcX)
fcJD
Branches principales
Ramification secondaire
Branches principales
Ramifications secondaires
Wei-yang-tsong- (853).
Par Wei-chan Ling-yeou.
Lin-tsi-tsong" (866).
Par Lin-tsi I-hiuen.
Hoang-pi-tsong.
Ecole de
Hoang-pi Hi-yun -1-855.
Ts'ao-tong-mé (901).
Par Ts'ao-chan Pen-tsi.
Yun-mcn-mé (903).
Par Yun-men Wei-yen.
Fa-yen-mé (958).
Par Fa-yen Wen-i.
Tch'e-yen Koei-tsong (810).
Par Koei-tsong Tche-tchang.
Long-t'an Ts'ing-yuen (819).
Par Long-t'an Tsong-sin.
Doctrine du Dhyâim.
Méthode générale. Pas d'étude dans les livres ; tout se fait par l'enseignement oral. Conséquence inévitable: on mit par écrit les enseignements oraux des principaux maîtres, et il se forma ainsi une volumineuse compilation "Yu lou" f§ ^, du nomi générique qu'on adopta pour ces collections védantistes.
Idée générale du système. Le cœur: voilà le Bouddha. Donc se faire Bouddha, ou se "bouddhifier", en méditant, en contemplant le Bouddha dans son cœur, et parvenir ainsi à l'illumination complète, au Nirvana. Prier Bouddha, étudier les livres bouddhiques, tout cela est parfaitement inutile.
Cependant les divers systèmes bouddhiques servent de préparation plus ou moins éloignée, et sont comme de petits sentiers aboutissant à la grande route du Dhyâna (de la Contemplation).
Le Dhyâna est la voie royale qui conduit sûrement à la bouddhification, dernière étape sur le chemin du Nirvana.
Doctrine immorale, déprimante, favorisant l'oisiveté rêveuse, rendant l'homme inutile, paresseux, et par suite vicieux. Cette secte a peuplé de fainéants, d'ignorants et d'êtres méprisables, d'innombrables pagodes. L'enseignement, d'abord purement oral' transmis des maîtres aux disciples, fut recueilli et collectionné; de ces compilations sortirent des traités, des méthodes de contemplation. Les livres, d'abord écartés, prirent un rôle important, et dans les pagodes bouddhiques, au temps de la dynastie des Ts'ing, les bonzes contemplatifs ne sont pas rares. Ils s'appliquent suivant des règles déterminées à développer en euxmêmes le germe de Bouddha jusqu'à parfaite bouddhification. Ce faisant, ils mangent leur riz sans être obligés de travailler.
8° Syncrétisme de T'ien-t'ai ^ •^.
Sur la fondation de l'école de T'ien-tai et ses 16 grands chefs, voir Recherches, Tome VIII, p. 410 à 44'J. Cf. Tome XVI, Histoire du Bouddhisme chinois.
Origine et progrès.
L'école se recommande de Long-chou Nagarjuna, parce que son premier ancêtre Hoei-wen ^ "^, bonze chantonnais, avait puisé sa nouvelle théorie dans le Tchong-luen 4" 1^' ouvrage de Nagarjuna. Il le passa à son disciple Hoei-se, bonze védantiste du Nan-yo, qui devint le second initiateur de la future secte. Hoei-se s'affectionna au Fa-hoa-king fj^ ^ ^Ç, et ces deux ouvrages devinrent les livres doctrinaux de l'école de T'ien-t'ai, définitivement organisée par le célèbre bonze Tche-k'ai, et nommée quelque fois en Chinois : Fa-hoa-tsong j^ ^ ^.
Tche-k'ai avait tout d'abord étudié le Védantisme de
Bodhidharma; il tint école à Nan-king et eut de beaux succès. Malgré l'estime de ses disciples, il se montrait peu satisfait du système contemplatif, qui écartait l'enseignement par les livres, et rejetait tout commerce extérieur pour plonger ses adeptes dans une somnolente rêverie.
La 7c année de T'ai-kien, 575, Tche-k'ai vint se fixer à T'ient'ai. Cette contrée était alors couverte de forêts et de broussailles inextricables; ses fourrés étaient infestés de bêtes sauvages ; les pâtres et les bûcherons osaient à peine s'y aventurer. Le groupe de hautes collines qui composent la chaîne de T'ien-t'ai se déroule au Tché-kiang et se termine tout court au Sud Ouest. Du haut des murs de T'ien-t'ai, à 180 milles S.E. de Hang-tcheou, on aperçoit la "Muraille rouge", colline abrupte, de couleur rougeâtre. couronnée par une des pagodes de T'ient'ai. Le bonze fondateur mourut en 597. Nous avons vu au cours de ce récit historique les honneurs qui lui furent conférés, et la faveur impériale concédée à son établissement central, par l'érection du temple Kouo-ting-se en mémoire du grand défunt.
Doctrine de l'école de T'ien-t'ai.
L'école de T'ien-t'ai est une création entièrement chinoise. Les fondateurs, suivant une voie moyenne entre le pur traditionnalisme et le pur phénoménalisme, imaginèrent une sorte de syncrétisme, une doctrine conciliatrice et de juste-milieu, destinée à satisfaire tous les partis, aux dépens de la logique : bref un nouveau Madhyamika, louvoyant entre les systèmes reçus et unissant la contemplation, Koan, à la science, Tche ; aussi ce système est-il souvent appelé : Tche-koan. son Bouddha favori est Pi-lou-tché-na (Vairo-cana) (1). Son principal livre doctrinal est le Fa-hoa-king Saddharma Pundarika Sutra.
Dans la pensée des fondateurs, l'idéal chinois était atteint: choisir dans chaque doctrine ce qui convient à ses goûts, mettre de côté ce cjui ne satisfait pas, suivre un sentier d'entre-deux. De fait l'école chinoise eut longtemps du succès.
(1) Cf. Recherches, T. VI, p. 87-89.
15Ô CiîAP. II. — LE BOUDDHISME EN CttlNE.
C'est cette incroyable facilité à être à la fois de deux ou trois religions, que nous allons bientôt constater de nouveau à propos de l'Amidisme moderne. Du reste la secte de T'ien-t'ai emprunta à l'Amidisme ses théories sur les quatre terres du royaume d'Aniida. ou sur les quatre régions du Paradis de l'Ouest. Ces notions ne sont qu'un emprunt; les termes eux-mêmes sont amidistes. et l'ouvrage qui en rend compte est amidiste. Mao Tse-yucn. un des sectateurs de l'Amidisme, s'en servit aussi pour décrire le Si-fien ou Elysée d'Amithabha.
L'école de T'ien-t'ai eut quatre ramifications:
1° Yuen-kiao [gj ^: l'école qui arrondit les angles, qui met toutes les doctrines dans une seule boule: la boule syncrétique; 2° Tsang-kiao ^ ^ ; 3° T'ong-kiao jf # : ^° Pié-kiao ^Ij ^.
Ces noms sont assez peu usités dans les histoires du Bouddhisme, où il n'est guère fait mention que de l'école de T'ient'ai.
Elle fut fondée au Japon en 805 par le bonze Ts'oei-tch'eng, et officiellement établie en Corée en 1086, par le bonze I-t'ien. Déjà elle y florissait depuis un siècle.
Pendant les troubles, une bonne partie des ouvrages doctrinaux de cette école avait disparu en Chine: le roi de Ou-Yué envoya une députation au roi de Corée, le priant de lui faire parvenir le.s ouvrages qui manquaient. Le souverain de Corée députa le bonze Ti-koan, en 960, et le chargea de porter en Chine les manuscrits demandés. Ceci se passait plus d'un siècle avant la fondation officielle du Tien t'ai coréen par le prince-bonze I-t'ien.
En 1024, à la demande du l)onze Tse-yun fa-che, l'empereur fit incorporer au Tripitaka chinois les ouvrages de l'école de T'ien-t'ai. Ordre réitéré en 1175.
9° Sarvastivadas chinois.
Cette secte se nomme Kiu-ché-tsong 'j!i. -^ ^, et s'autorise de Vasubandu (Che-ts'in -^ ^). frère d'Asanga.
^.Introduite en Chine par Paramartha (Tchen-ti ^ |^,
556-569), elle trouva un propagateur zélé et autorisé dans la
personne de I-tsing. le bonze voyageur. Celui-ci. après son retour en Chine (G71-695), déploya la meilleure partie de son activité à la propagation de cette secte.
Déjà, vers 657, Chen-t'ai ^^ ^, supérieur de la bonzerie Si-ming-se, n'avait point ménagé sa peine pour répandre cette doctrine. Au temps du bonze I-tsing, elle était établie dans l'Ouest du Chen-si et dans l'Est de la Chine; elle florissait au Sud 4u Kiang; on la trouvait dans le Koang-tong, le Koang-si et le Sud de la Chine.
Les Sarvastivadas sont une subdivision des Dharmaguptas. Par un illogisme bien fréquent chez les bouddhistes, ils étaient personnalistes, tout en n'admettant qu'un "'moi" instantané et successif, par série (Skandhas). Ce système a été expliqué Tome XVI. p. 103-106.
Comme école, cette secte a disparu, mais les idées qu'elle propagea ne sont pas encore complètement délaissées par certaines écoles modernes.
10" Panthéisme réaliste.
Cette secte chinoise s'appelle Hoa-yen tsong ^ J^ ^ et Hoa-yen Hien-cheou kiao i^ ^^ ^ "^ |ic- On trouvera dans Recherches. T. VIII, p. 449-453, l'histoire de sa fondation et les notices de ses cinq grands chefs. Ce furent : Tou-choen ;|1: jl[|, le fondateur, mort en 640; Yun-hoa Tche-yen, son disciple et successeur; Hien-cheou Ta-tsang, qui donna son nom à la secte (695) ; Tcheng-koan kouo-che, en grande faveur à la Cour; Koeifong-Tsong-mi, auteur fécond et maître de la secte.
A sa mort, l'école périclita, languit, puis se ranima momentanément au temps du bonze Wen-tsai, mort en 1301. Ses deux disciples, Pao-yen et Kin, cédèrent leur chaire aux, bonzes Yuenkio et P'ou-joei, en 1322. L'école touchait à sa fin. Elle paraît à peu près éteinte au Sud de la Chine; quelques tenants lui restent dans les contrées du Nord, à Ou-t'ai-chan et aux alentours.
Son livre doctrinal est le Hoa-yen-king ^ ^ W. {^) <^l"i fut traduit en chinois par Buddhabhadra (Fou-touo-pa-touo-louo) vers 418. Ce fut le premier germe de l'école Avantaka en Chine. Puis le bonze Hoa-yen, ^ ^, mort en 465, voua sa vie au développement de la nouvelle doctrine.
Cette école prétend transmettre le véritable enseignement de Çakyamouni. Les Japonais la nomment Ke-gou-shu ; ils la connurent vers le VHP siècle. Sa doctrine est une sorte de panthéisme réaliste, daprès lequel tout procède d'une nature unique, d'une masse commune, contenant le bien et le mal.
Les dernières gloires de l'école finirent avec les disciples du bonze Wen-tsai, son chef de 1301 à 1322. A l'époque des T'ang, le Ti-luen-tsong se fondit avec cette école.
11° Ecole de la Miséricorde.
En chinois: Ts'e-ngen-kiao ^, ,f, ^, Fa-siang-tsong f^
Cf. Recherches, Tome VIII, p. 453-455: notice sur son fondateur et son second chef.
Elle remonte à Ts'c-che jou lai ^, ^ ilP ?JÇ. et c'est de là qu'elle tire son premier nom : Ts'e-ngen-kiao. Ce nom indique qu'elle fait dépendre le salut, en partie du moins, de l'exercice de la compassion à l'égard des êtres vivants.
Son second nom, Fa-siang-tsong j^ ;fg ^, indique la direction de sa doctrine vers un certain idéalisme subjectif, enseigné jadis par Ma-ming (Asvaghosa). La pensée, la représentation, existent; la chose pensée, l'objet représenté, sont irréels: l'univers n'est cju'une illusion, un rêve.
(1) Ta-fang-koang-fou hoa-yen-king i^ -^ )$l # ^1 |^ M. La traduction chinoise du Buddhawatangsaka-maha-waipullya-sûtra, fut faite vers 695, sur l'ordre de Ou-heou, par les bonzes Hien-cheou et Sikshanada, pour perfectionner le travail de Buddhabhadra.
Les livres doctrinaux de la secte sont : le Wci-chc-luen Pi li Ira et le Tcheng-wei-che-lnen f^ (i| |flj^ f^, ou commentaire de Dharmapala (Hou-fa). Ils furent traduits par le bonze Hiuen-tsang (T'ang-seng), à son retour de l'Inde en 645.
Ce bonze fut le véritable introducteur de la secte en Chine; son disciple K'oei-ki ^ ^ continua son œuvre.
Deux bonzes savants composèrent des écrits pour propager cette doctrine à l'époque des T'ang; ce furent Tche-tcheou ^ jg] et K'oei-ki ^ ^. Ce dernier, auteur de plusieurs écrits, composa des commentaires sur les deux livres fondamentaux, le Weiche-luen et le Tcheng-wei-che-luen. On donne à la secte comme premier fondateur "Kiai-hien". Cf. Encyclopœdia Sinica, p. 74.
Il faut croire que l'école idéaliste chinoise se préoccupa médiocrement des considérations philosophiques ; car la secte de Hiuen-tsang fut généralement connue sous le nom de Ts'e-ngenkiao : école de la compassion pour les êtres vivants ; ses adeptes préférèrent nourrir des poissons, racheter des tortues, protéger la vie des bœufs et des grenouilles, plutôt que de se creuser la tête pour soutenir des thèses de métaphysique.
La véritable école philosophique Fa-siang-tsong est une imitation chinoise du Madhyamayana, (Tchong-tcheng), des Vijnanavadins.
Le Fa-siang-tsong a plus d'un point de ressemblance avec le Panthéisme dialecticpie de Fichte. L'univers n'est rien qu'une représentation de la Pensée, dans la Pensée et pour la Pensée. La pensée elle-même est comme le lieu de tout ce cpii est, ou mieux, l'unité formelle de tout ce qu'elle contient.
L'école Weiche-tsong PlÉ f^ ^. dont les livres fondamentaux sont aussi le Wei-che-luen et le Tcheng-wei-che-luen, n'est qu'une nuance de l'école Fa-siang-tsong, L'école Ché-luen-tsong tl tk ^ s'incorpora également au Fa-siang-tsong à l'époque des T'ang j^. Les deux doctrines ont à peine quelques points dissemblables.
12° Ecole de Nieou-feou-chan 4^ H llj.
Sur la quatrième racine du Védantisme poussa un rejeton isolé du tronc de l'arbre : ce fut l'école de Nieou-t'eou-chan (de la Tête de bœuf), située à 20km. Sud de Nan-king.
Elle eut pour fondateur le bonze Fa-yong, mort en 657. Or Fa-yong" était le disciple du quatrième patriarche chinois Tao- ^i" xE la"' pour ce motif on peut considérer la secte comme un rejeton prématuré, qui poussa sur la quatrième racine du Mysticisme contemplatif.
Cf. Recherches, Tome VIII, p. C92 à 394. L'école de Nieou-t'eou-chan et les noms des 8 chefs de la secte.
Elle se fondit avec l'école souche après la mort de son huitième maître Ou-kouo-chan-che ^1^ ^ if^ ^^], en 822.
13° Vinayisme. (Les bonzes noirs).
Noms de VEcole.
"Ecole ritualiste" ; "Ritualisme disciplinaire"; "Ecole de réaction de Nan-chan". En chinois: "Nan-chan liu-tsong" '^ ]\\ 1^ ^. Ce dernier nom a été donné à l'école du Vinaya parce que son siège central est la bonzerie de Si-ming-se "g 0^ ^f (couvent de la Lumière occidentale), située sur les montagnes de l'extrême Sud. Tsong-nan-chan ^ '^ \\\. au Chen-si.
On appelle le Vinayisme "Ritualisme disciplinaire", parce que son règlement disciplinaire est le code en quatre parties Sefen-kiai-pen ou Se-fen-li, traduction du Dharmagupta-vinaya par Buddhayaças, en 405.
Le Prâtimoksha ou code disciplinaire a été traduit en anglais par Beal et en français par Wieger.
Cf. Recherches, Tome VIII, p. 455, 456. Notices de Tao-
siuen et de Yuen-tchao liu-che.
Le fondateur.
La secte, connue depuis longtemps par diverses traductions
et compilations, fut définitivement organisée et fondée à Tsongnan-chan par Tao-siuen ^ ^, dont le prénom était Liu ^. Assez souvent il est nommé I.iu-tsou ^t ft§, le fondateur T.iu ; il mourut en 667.
La secte fut florissante en Chine jusqu'au temps où l'Amidisme éclipsa toutes les doctrines rivales.
En 1317, les grands de la cour, les hauts fonctionnaires, les lettrés, s'intéressent aux conférences du bonze Yuen-ming Koang-kiao. Il y eut des bonzes noirs de Nan-chan dans la ville de Nan-king, jusqu'à l'époque des Tchang-mao (Rebelles aux longs cheveux). Leur pagode et la Tour de porcelaine furent détruites pendant les troubles de 1860.
La docirine.
Le Vinayisme est une école de réaction, une école chinoise, s'ingéniant à écarter toutes les discussions entre Grand Véhicule et Petit Véhicule. Non seulement elle fait abstraction des deux Véhicules, mais elle rejette positivement les arguties des philosophes, et s'efforce d'en revenir à la recommandation de Bouddha, qui défendit si énergiquement les discussions philosophiques. Supprimer toute dispute, revenir au fidéisme primordial, s'appliquer de tout son cœur à la pratique du liien, à l'exercice de la charité: tel est l'objectif à atteindre.
Les réformes.
Le Rituaiisme fut réformé une première fois par le bonze Yun-kan -j^ j-^ en 1061. Les réformés s'appelèrent Ritualistes du Hoei-tcheng-ki -^ JE IE-
Une seconde réforme fut faite par le bonze Yuen-tchao li-che TC M W ^' """^rt en 1116. On eut alors les Ritualistes du Tse-tche-ki ^ f^ fË-
Ces deux noms furent tirés du titre de l'ouvrage des deux réformateurs.
Un décret impérial (1246) fit incorporer au Tripitaka
chinois les œuvres du fondateur Tao-siuen et du second réformateur Yuen-tchao li-che. en tout 73 kiuen.
La bonzerie centrale de la secte actuelle est située sur la montagne de Pao-hoa-chan, 40 km. h. l'Est de Chang-yuen-hien, la première sous-préfecture de Nan-king.
Les bonzes Ritualistes sont habillés de noir, et observent une discipline sévère; ils ne font que deux repas par jour.
La pagode Hoei-kiu-se, de Pao-hoa-chan, date des Ming, elle fut restaurée par K'ang-hi et Yong tcheng (1).
14" Ecole Ts'ing-yuen tcheng-tsong ^ i^ lE ^•
Dans la première moitié du Ville siècle, l'école de la Contemplation se divisa en deux branches-souches, dont la première se nomma Ts'ing-yuen tcheng-tsong W /^- JE ^. Elle eut pour fondateur Hing-se ^7 g., disciple du sixième patriarche Hoei-neng, et mort en 730. Après sa mort, son illustre disciple Che-t'eou Hi-ts'ien ^ M # ^i» mort en 790, acheva l'œuvre du maître et organisa une des sectes les plus nombreuses que la Chine ait jamais connues.
Cf. Tableau généalogique des chefs d'école de Ts'ing-yuen, Tome VII, Poche; Tome VIII, p. 414-439.
La doctrine resta sensiblement la même avant et après la bifurcation. Les derniers grands maîtres du Ts'ing-yuen-tsong vécurent au temps de K'ang-hi, fin du XVIle siècle.
15° Ecole Nan-yo tcheng-tsong '^ Wi JE ^^ Deuxième branche-souche de la Contemplation.
Le second disciple de Hoei-neng ^ hË) nommé Hoai-jang ^^ H, fut le maître qui enseigna cette autre moitié du Védantisme, après la bifurcation. Hoai-jang, mort en 744, eut un disciple qui devint plus célèbre que lui : le fameux Ma-tsou Tao-i ,f| fH jt —, chef d'une innombrable phalange de Ijonzes contemplatifs. 11 mourut en 7 8 8.
Cf. Tableau de Ma-tsou. Tome VII (Poche). — Kcole Nan-yo. Tome VIII, p. 395 à 413. Le dernier grand maître de l'école mourut en 17 35, la dernière année de Yong-tcheng.
(1) Cf. Tsing-i-tong-tche, K. 5 2, p. 2, 3.
Truth nnd Tradition in Chinese Buddliism. Reichelt. p. 301
16° Tantrisme.
Noms.
Cette secte porte plusieurs noms, désignant les divers points de vue d'où l'on envisage la doctrine. On l'appelle: Yukia-kiao J^^ f^f] ^, Yogisme, parce qu'elle emprunte à cette secte ancienne un bon nombre de ses pratiques; Mi-kiao i^ f^ ou Mi-mi-kiao ^ ^ ^, parce que l'enseignement de ses formules, de ses incantations, est secret; Tchen yen-tsong ^ "g" ^, parce qu'elle fait un usage fréquent de formules prétendues efficaces: tchen-yen m. '^, Manlra, Tantras; Mi-pou-tsong ^ ^^^ ^, allusion également à l'enseignement secret, aux formules cabalistiques.
Origine et propagation.
C'est une adaptation chinoise du Yogisme indien, remanié par Samantabhadra (P'ou-hien) et fixé par Asangha (Ou-tchou) sous forme de polythéisme.
Un traité d'Asangha'fut traduit en chinois en 647. Mais, près de trois siècles auparavant, le bonze Hindou Dharma Aranya (Fa-tcheng) (381-395) a\ait traduit des Dharanis, des formules magiques et des charmes de tous genres, pour lutter contre les néo-taoïstes de Nan-king.
En 716, Chan-ou-wei, l'Indien Subhadra, gagna à sa cause le bonze chinois I-hing chan-che ; ce moine d'une intelligence hors ligne l'aida pour ses traductions chinoises: tout un arsenal de formules magiques, de Dharanis, fut partie translittéré du sanscrit, partie traduit en langue chinoise (" Chen-tcheou"). Deux autres bonzes indiens, Vajrabodhi (Kin-kang-san-tsang), et Amogha (Pou-kong), arrivés en Chine en 719, donnèrent un essor extraordinaire au nouveau culte. Amogha alla aux Indes, à Ceylan, en 741, pour faire une collection de Matras, Mudrâs, Dharanis, etc. Pendant plus d'un demi-siècle qu'ils vécurent en Chine, ils se persuadèrent que tous les .systèmes philosophiques échoueraient misérablement avec le peuple chinois, essentiellement
158 CHAr. II. — LE BOUDDHISME EN CHINE.
porté à l'éclectisme. Aussi, rejetant toute philosophie, tout raisonnement, ils implantèrent en Chine tous les poussahs, dieux, immortels, et organisèrent un panthéon varié, où siégèrent tous les dieux protecteurs : plus de 1000. Des Tantras, formules magiques, appropriées à chacun d'eux, assurèrent leur secours contre les épidémies, les calamités publiques ou privées, et surtout contre les armées de démons malfaisants, dont le nombre n'est pas inférieur à 60.000.
En 804, le Tantrismc passa au Japon, avec le bonze Konghai ^ ;fg.
Song Tai-tsong. vers 980, favorisa grandement cette secte par la création du pèlerinage de Ngo-mei-chan au Se-tch'oan. Les monuments élevés en l'honneur de Samantabhadra sur cette montagne célèl)re avivèrent les pratiques tantriques.
Idée mère de ce cidte.
L'homme n'est pas un fruit sans noyau; l'enveloppe corporelle renferme une âme immortelle, qui doit subir un jugement après sa descente aux enfers. De là une grande ferveur dans le culte des morts, et une grande variété dans les moyens imaginés pour les secourir dans l'autre vie. Il s'agit avant tout de leur épargner les supplices de l'enfer, et de les en retirer, s'ils y ont été condamnés : il faut donc acquitter leurs dettes, leur gagner des protecteurs, puis leur procurer une heureuse renaissance. Telle fut l'origine de toutes les pratiques populaires en faveur des défunts: mois des morts; cérémonies rituelles pour les tirer de l'enfer, pour leur faire passer le pont fatal du "Nai-ho"; papiermonnaie, comme pourboire aux sbires les prisons infernales, et devant aussi servir aux menues dépenses et à l'entretien du ménage chez les morts; hal)its de papier, maisons, chaises, véhicules de papier, repas servis aux défunts, même opium pour les opiomanes !
Des talismans, des porte-bonheur, des charmes contre les lutins, remplissent des volumes entiers: voilà pour la vie présente. Pas de maladie, pas de cas imaginable, qui n'ait un Dharanî en
l'honneur de telle ou telle divinité, et par conséquent un remède transcendant efficace. L'usage de chapelets, d'amulettes, d'eau lustrale, de sonnettes, de bâtons magiques, renforce l'effet des formules. Bien entendu, les inventeurs du système mettent au compte de Çakyamouni toutes ces pratiques sorties de leur cerveau. ''C'est Çakyamouni lui-même, ajoutent-ils sans sourciller, qui a enseigné telle recette, telle incantation, et recommandé telle pratique". C'est la finale reçue. Cette liturgie 3-ogiste se retrouve encore actuellement dans les cérémonies des bonzes: formules incantatoires, gestes, mouvements des doigts, v.g. dans la distribution des grains de riz aux âmes faméliques; processions pour éconduire les mauvaises étoiles, chasse aux génies malfaisants, bûchers allumés aux carrefours, bannières, lanternes, musique et pétards... Des centaines de milliers de bonzes chinois vivent de ces invocations, conjurations et incantations. L'Amidisme leur doit une grande partie de son succès.
Cf. Notices d'Amogha, Vajrabhodi, I-hing, etc.. T. VIII,
En résumé, les Tantras peuvent se définir "manuels de magie". Selon le but qu'on veut atteindre, les livres diffèrent et sont dt'diés à des Bodhisattvas différents. Parfois l'initié désire obtenir d'une manière préternaturelle des dons matériels, tels que: ie pouvoir de se mouvoir aussi rapidement que la pensée; l'invulnérabilité; l'élixir de vie; le pouvoir de se rendre invisible; celui de faire de l'or. D'autre fois, on veut vaincie ses ennemis, conjurer des esprits, dominer les éléments; ou bien évoquer un Bouddha ou un Bodhisattva, afin d 'obtenir de lui la solution d'un doute, la guérison d'une maladie... Il est indispensable d'êlre initié par un maître: c'est une condition "sine qua non" du succès.
Cf. Kern. Histoire du Bouddhisme dans l'Inde, T. II, p. 458.
17° Secte des Yeux rouges.
Cette petite école parasite tire son nom du sobriquet donné au maître Tche-tchang ^ "^j qui enseignait avec succès la doctrine contemplative. L'usage fréquent de divers collyres lui avait irrité les paupières, et on l'avait surnommé "Les Yeux rouges". Ses disciples formèrent une école locale, qui prit le nom de Tche-yen Koei-tsong 5^, pg ^ff ^> ou "Dis. ciples du Maître Koei-tsong Tche-tchang M ^ ^ 'î^» ^e Maître aux yeux
160 CHAP. li. — LE BOUDDHISME EN CHINE.
rouges". Koei-tsong Tche-tchang était disciple de Che-t'eou Hi-ts'ien, qui fut le second fondaleur de l'école Ts'ing-yuen-tcheng-lsong. Il mourut en
La petite secte Tche-ycn-koei-tsong n'est donc qu'un rameau très secondaire poussé sur la branche du Ts'ing-yuen-tsong.
18« Long-tan-ts'ing-yuen-tsong f| jf ^ i^ ^.
A peu près à la même époque, un autre maître du Dhyâna, nommé Long-tan Tsong-sin ffg /f ^ f^, sa distinguait aussi dans l'enseignement; Son école, ouverte à Long-tan, prit le nom de Long-tan-ts'ing-yuen-tsong, c'est-à-dire Ecole de Ts'ing yuen à Long-tan. Le bon;:e Tsong-sin était disciple de Tao-ou îf '[g, et ce dernier avait eu pour maître Che-t'eou Hits'ien. L'école locale dont il s'agit ici était donc une faible ramification de la maîtresse branche du Ts'ing yuen-tsong, ce fut une dénomination locale, bien plutôt qu'une secte différente. Long-tan Tsong sin mourut en 819. Cf. Tome VUE, p. 416.
19° Wei-yang-tsong -(§} fp ^.
L'école Wei-yang-tsong est une des deux branches de l'école souche Nan-yo-tcheng-lsong. Elle fut fondée par le bonze Wei-chan Lingyeou iS Ui ® le, disciple de Pé-tchang Hoai-hai, lequel avait eu pour maître Ma-tsou Tao-i J| fâ j^ — , second organisateur de la grande école de Nan-yo.
Wei-chan Ling-yeou mourut en 8 53. Ses succès ne furent pas comparables à ceux de Ling-tsi I-hiuen; malgré tout il compta d'assez nombreux disciples.
Cf. Notice de Ling-yeou. Tome A'III, p. 397. Fig. 130 (5).
20° Hoang-pi-tsong f( ^ ^..
Ecole locale de la branche Nan yo, où enseignait le maître Hoangpi Hi-yun ^ ^ # il, mort en 855. Ce bonze fut le principal disciple de Pé-tchang Hoai-hai; il se fit une haute réputation de science, et quelques auteurs sont allés jusqu'à donner son nom à la branche Nan-yo-tsong. L'école Hoang-pi-tsong ne doit point être considérée comme une secte détachée de la souche, mais plutôt comme un nom local du Dhyâna.
Hoangpi Hi-yun est resté célèbre pour ses grossiers procédés à l'égard de ses disciples. Nous avons raconté dans sa notice, Article X, comment il frappa ii trois reprises le prince Yeou-koang, le futur empereur Siuen-tsong. Tous ces maîtres védantistes rivalisaient de rigueur et même de cruauté pour éprouver leurs novices. Ils ne leur ménageaient point
les coups de pied ni les coups de bâton, et quelques-uns de ces malheureux disciples furent même estropiés. Les inslructeurs prétendaient reconnaitro le degré de bouddhification où était parvenu l'adepte, d'après le genre de cri ou de gémissement qu'il poussait sous les coups.
21° Ecole Lin-tsi Ep^ if.
L'école Lin-tsi-tsong- gê; \^ ^ fut fondée par le bonze Ihiuen, communément nommé Lin-tsi Lhitien [J,^ |j| ^- 3^. du nom de la petite bonzerie qu'il habita tout d'abord. Elle se trouvait sur les bords de la rivière Hu-to, sorte de torrent, qui descend du Chan-si dans la province du Tche-li. puis traverse la préfecture de Tcheng-ting-fou ^ "^ /ft, et va se jeter dans le Grand Canal au S.E. de cette ville. Ling-tsi veut dire: "Près du torrent". I-hiuen vécut là dans la solitude, et sa réputation de thaumaturge lui attira de nombreux disciples. Les légendes bouddhiques racontent qu'il pouvait arracher les poils du museau des tigres, fendre les rochers, marcher sur le tranchant d'tm glaive, etc.
Après sa mort en 866 un stoupâ fut érigé sur sa tombe, au Tche-li Sud, près de Ta-ming-fou. au N.O. des murs.
Sous la d3'nastie des Yuen, la secte Lin-tsi fut la plus florissante après l'Amidisme. Les faveurs impériales, le renom de ses chefs, lui donnèrent une véritable célébrité.
La liste complète de ses maîtres, et l'histoire de ses derniers succès jusqu'en 1647 ont été notifiés dans l'Article XV: le Bouddhisme au temps des Ming.
De nos jours, il existe encore quelques bonzeries où la doctrine de Lin-tsi s'allie à celle de l'Amidisme, comme à Poutouo-chan, le grand pèlerinage à Koan-in ; mais on peut dire qu'elle a disparu comme école bien tranchée et indépendante.
Doctrine.
Les Européens ont disserté sur la doctrine philosophique de l'école Lintsi, beaucoup plus que les Chinois eux-mêmes. Les bonzes, et surtout le peuple, se préoccupent assez peu des raisonnements philosophicfues ; et la rapidité avec laquelle la secte se
propagea prouve que les arguties de la dialectique furent reléguées au second plan.
D'une façon générale, les infractions à la discipline étaient réprimées par de vigoureux coups de poing sur les côtes et d'énergiques soufflets : ce traitement viril perfectionnait l'esprit et les sensations. Il s'agissait de nettoyer l'esprit de la conscience de l'existence, et il parait que l'infortuné novice la gardait assez longtemps, puisque souvent les coups pleuvaient sur son enveloppe du Bouddha. En effet le Bouddha est caché à l'intérieur du corps humain comme la châtaigne dans sa gaine épineuse. Il s'agit de l'en dégager. De cette métamorphose sort le Ou-wei tcheng-jen, ("True men without a position'") Cf. Edkins, p. 164.
Les instructeurs, dans leur enseignement oral, proposaient des énigmes à leurs disciples, et livraient aux novices une doctrine mystérieuse: tout cet appareil enveloppait la secte d'une atmosphère de mysticisme, qui fut pour une part dans son succès.
La réponse du fondateur I-hiuen à une triple interrogation résume à peu près l'idée générale de l'école.
Quel est le vrai Bouddha?
Quelle est la Loi (Dharma) ?
En quoi consiste la perfection du religieux bouddhiste?
Réponse :
Quand le cœur est pur et calme, voilà le Bouddha.
Quand l'intelligence est claire et lucide, voilà la loi.
Quand les distractions portant aux objets sensibles sont écartées, quand l'intelligence est parfaitement illuminée: voilà la perfection: le bonze a atteint le "tao''. la vraie sagesse. Dégager son esprit de toutes les emprises terrestres, se faire Bouddha en méditant: tel est à peu près, en pratique du moins, le résumé doctrinal de l'école Lin-tsi.
Cf. Recherches, T. VIII, p. ;]98, Fig. 130 (5).
L'ouvrage Chan-lin-seng-pao-tch'oan, du bonze Che-men
Hoei-hong chan-che (1111). donne les notices de 81 moines remarquables, de 1 "école Lin-tsi et de l'école Yun-men-mé.
22° Ts'ao-tong-mé f' -/[sj M^-
La liranche Ts'ao-tong-nié joua pour l'école-souche Ts'ing-yuen tcheng-tsong- à peu près le même rôle que la secte Lin-tsi pour la branche maîtresse Xanyo. Elle devint très vivace, aussitôt après son institution par le célèbre Ts'ao-chan Pen-tsi '^ \li ^ ^, mort en 901. Pour l'histoire de cette école et la liste généalogique de tous ses maîtres jusqu'en 1659, voir la fin de l'Article XV: Bouddhisme sous les Ming; les écoles bouddhiques: l'école Ts'ao-tong-mé.
A l'époque des Ming, la secte Ts'ao tong-mé lutta d'importance avec l'école-souche Ts'ing-yuen-tcheng-tsong.
Cf. Xotice de Ts'ao-chan Pen-tsi, Tom. VIII, p. 417, et fig. 130 (7). La secte Ts*ao-tong-mé existe encore de nos jours (1925) au Houpé.
23° Yun-men-mé ^ P^ M-
Seconde branche de l'école Ts'ingyuentcheng-tsong, fondée par le bonze Yun-men Wen-yen Q f^ "^ M' mort en 9 54. Yun-men Wen-yen eut pour maître instructeur Siué-fong I-ts'iuen. mort en 908.
Secte "frappante" comme ses sœurs, elle n'eut rien d'original, sinon l'ingéniosité de certains maîtres, pour inventer de nouveaux modes de '"boxer" leurs disciples.
Cf. Xotice de Y'un-men V^'en-yen, T. VIIT, p. 41S, et flg. 130 (7).
Les bonzes célèbres de cette école ont une notice spéciale dans l'ouvrage Chan-linseng-pao-tch'oan du bonze Hoei-hong, 1111 ap, J.C.
21° Fa-yen-mé -^ 01 M^-
Cette troisième branche de l'école Ts'ing-yuen-tsong eut pour fondateur le bonze Fa-yen Wen-î ^ p^ ^ ^, qui mourut en 958. Elle fut la dernière ramification de l'école principale de Hing-se et de Cheteou. Pour la réputation, elle resta loin en arrière de sa rivale Ts'aotong-mé.
Ces cinq branches principales: Lin-tsi, Weiyang, Ts'ao-tong, Yun-, men et Fa-yen sont nommées en chinois Ou-tsong kiao 3t. ^ f^, ou les cinq écoles de l'Orthodoxie. Ce langage, bien entendu, a été formulé par les auteurs du Mysticisme contemplatif, et les moines du Dhyana,
Cf. Tome VIII, p. 420. Fig. 130 (7).
25° La Société protectrice des êtres vivants. (Kiai cha j^ ^).
La Société protectrice des poissons, des crustacés, des êtres vivants en général, n'est guère qu'une greffe de l'école Tse-ngen kiao ou de la Compassion envers les êtres vivants. Elle eut pour fondateur le bonze éclectique Yong-ming Yen cheou jï^ Bj) 5Œ ^, mort en 9 75.
Il enseigna ù la fois la doctrine de l'école Ts'ing-yu( n, celle de l'école Fa-yen-mé, et l'Amidisme. Finalement, il s'ingénia à faire un mélange de ces trois doctrines avec celle de Hiuen-tsarg, et livra sa mixture à quelques bonzes ses disciples, qui occupèrent leurs trop longs loisirs à visiter les poissons et les tortues de leurs viviers.
Cf. Notice de Yong-ming Ysn-cheou (-f-Q^S). Art XII, Bouddhisme sous les Song du Nord.
"Fang cheng", c'est accorder le bénéfice de la vie aux poissons pris dans les filets des pêcheurs, aux animaux recherchés par les chasseurs; c'est exhorter les gens à ne pas tuer les êtres vivants pour se nourrir de leur chair. Cette bonne œuvre a toujours été hautement préconisée par les sectes bouddhiques, qui toutes croient à la métempsycose.
Beaucoup de souverains ont recommandé de creuser des viviers près des villes, sur le bord des fleuves, pour y nourrir les poissons achetés aux pêcheurs et rendus à la liberté. De nos jours, la Société protectrice des animaux fonctionne encore en Chine, par exemple à Chang-hai.
26" Ecole de la Pureté.
Avant 991, on appelait communément TAmidisme: la Société du Lotus, en chinois: Lien-ché Jl jjij:. Cheng tchang li-che :g' # # F;j|i, le septième chef de cette secte, changea, en l'an 991, le nom de son école en celui de Tsing-hing-ché '(^ 'if itt Qui veut dire: école de la Pureté; elle prit aussi le nom de 'Terre pure": Tsing-t'ou-tsong '($■ j; ^.
De ce fait, la société primitive se trouva scindée en deux. Après la bifurcation, la Société du Lotus devint une secte quasi séparée de l'Amidisme proprement dit, ne tarda guère à tourner en association politique, et fut proscrite, comme nous allons le voir. Désormais l'Amidisme sera nommé: La Terre pure ou la Pureté.
Cf. Tome XVI, Article XII: Bouddhisme sous les Song du Nord. - Tome \III, p. 4G0, 461. Notice de Cheng-tchang li-che.
27" Pé-lien-ché ^ ^ f\}'.
L'école du Lotus blanc ou du Nénuphar blanc. Ce fut le
ARt. XVII. — RÉSUMÉ SYNTHÉTIQUE DES ÉCOLES CHINOISES. 165
premier nom que le bonze Hoei-yuen donna à sa société, fondée sur les nu)ntag"nes de Liu-chan en S86.
L'Amidisme conserva ce nom jusqu'en 991, époque où Cheng'-tchang li-che lui donna celui d'école de la Pureté ou de la Terre pure. Un bon noml)re d'adeptes gardèrent leur nom primitif, et la Société du Lotus blanc, Pé-lien-ché ^ ^ f\\^. subsista.
En 1042, nous la trouvons prospère ; elle a pour patron le ministre Tchang Té-siang ^ ^^:. ^; le chef d'école est le bonze Pen-jou-fa-che /\<. ^p j^ ^^.
En 1133, le bonze ]\Iao-Tse-yuen ^ •? tc- chef de l'école appelée alors Pé-lien-tsai ^ ^ |^, ou Végétariens du Lotus blanc, fut suspecté de rél^ellion. Il s'intitulait Maitre-guide du Lotus blanc, se montrait arrogant et malhonnête; il fut condamné, et exilé au Koang-si.
En 1308, en 1322, à l'époque des Yuen, les affiliés du Lotus blanc furent condamnés comme perturbateurs de l'ordre public.
En 1351, la secte leva les bandes des Turbans rouges, sous les ordres du magicien Lieou Fou-tong §lj fg j|). Les rebelles prirent Kai-fong-fou en 1358. Sous les Aling, en 1621, nouvelle révolte au Chan-tong. L'histoire mentionne encore plusieurs soulèvements du Lotus Idanc sous les Ts'ing. En 1813, les Turbans blancs envahirent le palais impérial et faillirent renverser la dynastie ; en 1831, nous les trouvons de nouveau en révolte sous le nom de Sectateurs du Ciel et de la Terre.
Bref, la secte du Lotus blanc est une secte politique, toujours disposée à s'insurger contre le gouvernement ; c'est avec raison que l 'autorité la tient pour suspecte.
28" Société du Nuage blanc.
Le Pé-yun-tsai g ^ 3^', ou Association du Nuage l)lanc, fut fondée par le bonze K'ong Ts'ing-Ivio :fL îW 'Mit d^^ns In pagode de Pé-yun-ngan, près de Ts'ien-t'ang, en 11 OS.
Accusé par son confrère Kio hai-yu, le bonze K'ong Ts'irg-kio fut condamné et exilé à Ngen-tcheou.
En 1202, l'empereur Ning-tsong proscrivit la sed^e du Nuage blanc comme perturbatrice de la paix publique. Le bonze Chen Tche yuen fut banni, ses biens furent confisqués et les pagodes détruites.
Sous les Yuen, les Affiliés au Nuage blanc furent souvent accusés. En 1303, ils durent payer l'impôt. En 1306, l'office l'Administrateur fut supprimé. En 1320, Chen Ming-jen -^ 0J {-, grand chef de la secte, fut condamné officiellement. Ses biens furent confisqués, la société fut dissoute et ses pagodes furent fermées.
Elle existe encore çà et là comme société secrète.
29^' Ou-wei-kiao il ;^ fc-
Idéalisme somnolent.
Pendant la période Cheng-té (1506-1520), un aventurier de Laitcheou fou, au Chan-tong, qui se nomma Lou Iloei-neng, comme le sixième patriarche du Bouddliismc chinois, popularisa cette secte.
Les affiliés vénèrent Koan in pou-sa et la déesse Wang-mou dE #• Le nom Ou-wei porte à penser que ce serait un rejeton de l'école Lin-tsi-tsong, sur lequel on aurait greffé les croyances courantes du Mi-mikiao, de l'Amidisme et des A'égétariens. La notice que donne le Chinese Recorder nous apprend que le fondateur fut incarcéré comme sorcier et magicien, puis remis en liberté. Il composa 5 petits opuscules. La plupart des sectes végétariennes se vantent de remonter à Hoei-neng, le sixiènie patriarche.
Cf. Article XV, B: Ecoles bouddhistes sous les Ming; 5o Le Ouwei-kiao: fondation et doctrine.
30° Végétariens. (Tche-sou-kiao |i|M ^ |5r).
Les Mangeurs d'herbes, comme il est convenu de les appeler en Chine, forment une société secrète très répandue dans les provinces, encore à notre époque.
L'enseignement est secret, l'enrôlement est secret, ils ne divulguent point le nom de leurs chefs, et, au moment des troubles, ils peuvent devenir dangereux.
C'est ainsi qu'en 1863, les Mangeurs d'herbes du Kiang-pé faillirent livrer la c^ontrée aux Tchang Mao -^ ^, Rebelles aux Longs cheveux.
Cf. Article XVI: Sous les Ts'ing. Sectes bouddhiques. Les Végétariens.
31« Yao-tche-men Jg Ytlî F^-
Les Affiliés de l'Etang de Wang-mou. On doit se rappeler que la déesse Wang-mou, dans .son parc féerique de Koen-luen, possède un étang sacré, aux abords enchanteurs; c'est sur les rives de cette pièce d'eau paradisiaque que se tient le banquet des Immortels, nommé Pan tao hoei. L'étang s'appelle Yao-tche if^ f^, et c'est de là que vient le nom de la secte, très dévote à la déesse Wang-mou, aliàs Kin-mou ^ ■^.
Le sujet a été traité assez amplement à la fin de l'Article XVI: Les Végétariens: Tche-sou. On y a relaté leur généalogie, leur doctrine, leur organisation et leur culte (1).
32° Mi-mi-kiao ^ ^ f^.
"Société secrète". Ce nom vient de la dénomination même du Tantrisme, qui s'appelait Mi-kiao, en raison de certaines foimules mystérieuses, qu'on tenait secrètes.
Ces sociétés politico-religieuses, étant souvent recherchées activement par la police, gardent le plus strict secret sur leur mode de recrutement, leur organisation et leur but.
Le terme Mi-mi kiao, "Société très secrète", est plutôt un nom commun que celui dune secte particulière. Les affiliés sont en général des Végétariens, qui dans telle ou telle province se trouvent réunis en association.
33° T'ien-ti-hoei ^ j^ ^.
"Affiliés du Ciel et de la Terre": Nom que prirent les sectateurs du Lotus blanc pendant leur révolte en 1831.
Cf. Article XVI: Soulèvement des Végétariens du Lotus Ijlanc.
N.-B. En ces derniers siècles, un très grand nombre de sociétés secrètes se sont formées dans les diverses provinces; presque chaque année en voit naître quelqu'une; les noms et les pratiques varient, mais presque toutes tournent vite vers un but politique. Ces sociétés s'entourent de mystère, afin d'éviter des poursuites fâcheuses.
La plupart d'entre elles sont des rameaux du Mi-mi-kiao, du Pélien-kiao et des Végétariens. En général, les habitants d'une contrée se
(1) Le P. Jos. Van Oost, dans les Missions Belges, Année 1914, Avril, p. 73-83, donne une relation intéressante des "Abstinents" chinois de la Mongolie Sud-Ouest. Secte éclectique s'il en fut, tenant du chaos primordial du Taoïsme Hoen-yuen '0. yc, et observant la plus stricte abstinence bouddhique. Les "Abstinents" sont très dévots à Koan-in.
réunissent sous l'un de ces noms pour se prêter un mutuel secours, une assistance jurée. Plusieurs de ces sectes forment une vraie Franc-maçonnerie chinoise (1).
34° Ta-t'ong-hoei J^ ^ ^. La septième religion.
Sorte de syncrétisme, prétendant unifier toutes les religions précédentes: Taoïsme, Confucéisme, Bouddhisme. Catholicisme, Protestantisme, Mahométisme. Cette religion, ou plutôt cette secte, a été imaginée par un Setchoanais nommé T'ang Hoantchang JÉ^ i^' ^, bachelier des Ts'ing. Son bras droit est un lettré du Chan-tong, nommé Tchang Hi-kiang. Dès 1915, ils commencèrent à répandre leur secte.
Le centre de propagande est à Tch'eng-tou, au Se-tch'oan, dans la pagode Koei-sing-leou. La Ta-t'ong-hoei, en 1923, étendait ses tentacules sur plusieurs provinces. Les sectaires prédirent à grand fracas c{ue. le 15 de la VIII'' lune 1923, une éclipse de 5 jours et un tremblement de terre accompagné de terribles ouragans détruiraient le tiers de l'humanité.
Cette secte a probablement un but politique et prépare une révolte. Des gens influents en font partie. L'hypnotisme est employé pour les pratiques d'initiation. Il y a 3 degrés. 1° Debout sur un banc, on fixe son nombril. 2° On se nourrit de pilules d'excréments. 3° On arrive à absorber le sperme humain !
A la fin de Tannée 1922, la Ta-t'ong-hoei comptait plus de 13.000 adeptes au Se-tch'oan, et plus de 1.000 ci Pé-king, où de hauts personnages sont enrôlés.
Cf. Notice complète dans l'Echo de Chine: 3 923, 27 et 28 Septembre. A cette liste de 34 Sectes, l'auteur chinois de l'Histoire générale des Religions ajoute les Ecoles suivantes.
(1) Je dois à la bienveillance de M. Roy, du consulat de Changhai, deux diplômes authentiques de ces associations, imprimés sur soie jaune et blanche avec les sceaux des chefs de secte.
Ces deux pièces proviennent d'une double association, qui s'était formée ces derniers temps au Yun-nan g ^.
On trouvera dans le China Review, T. XXI, N" G, p. 378, une très bonne dissertation sur cette secte chinoise.
Diplômes d'affiliation à une société secrète.
lo Fi-tàntsong |? § ^.
Sarvastivadas chinois. Cette Ecole n'est qu'une nuance un peu diverse du Kiu-ché-tsong f}l. ^ ^. Ecole des Skandhas réels et du moisérie. Répandue en Chine de 3S3 à 391, ap. J.C.
2° Nié-pan-isong -j^ ^ ^.
Secte chinoise qui tire son nom du ''Nié-pnn-king", traduit en chinois sous les Pé Liang' (412-428). Cette Ecole confine au Madhyamika ou Nihilisme Didactique.
3° Ti luen tsong {^ jfj^ ^,
Son code doctrinal est le "Che-ti-kingluen" ou Dasabhumika (Sutra) Sâstra, de A^asubandhu, traduit en chinois en 511.
Sous les T'ang, cette Ecole se fondit avec le Panthéisme réaliste Hoa-yen-tsung ^ §^ ^.
40 C]ié luen-tsong fi f;i|j ^.
Branche du Madhyamika chinois, qui prit naissance vers 563, après la traduction Chéta-tcheng-luen ou Mahâyâna samparigraha-Vyâkhyâ. Extrait des Commentaires composés par Asanga et Vasubandhu.
Cette Ecole ne diffère que peu du ''Fa-siang-tsong" (Idéalisme). Elle se confondit avec lui vers 049.
N.B. Dans la Chine actuelle, on rencontre ici et là bon nombre d'associations religieuses ou polilico religieuses; presque toutes s'inspirent d'idées bouddhiques, mêlées à des conceptions taoïstes. Telles sont:
La secte Tsai-li men ^ ^ P^, qui s'inspire du culte de Koan-in.
De T'ong-chan-ché [a] ^ jjii
Ee Ou-chan-ché 'Ig ^ ^i
Le Tao-yuen M B-c
Cf. Reichelt: Truth and Tradition in Chinese Buddhism, p. 310.
La San-ho hoei H^#: Société des "Trois points", ou la "Triade", l'Union des trois, c'est-à dire: l'union du ciel, de la terre et des hommes Cette dernière, très répandue, surtout dans le Sud de la Chine, fut formée contre les Ts'ing. Sa devise était: Fou-Ming fan-Ts'ing ^ B^ }x ïn- rétablir les Ming et chasser les Ts'ing.
Cf. De Mas: La Chiae et les puissances chrétiennes, p. 159-161. Chinese Repository, vol. XVIII (1849), p. 281 295.
La Siao-tao-hoei /J> J] ■^.
La Secte de la "Courte épée" ou du "Petit couteau" est encore très répandue de nos jours dans les pays du Centre et du Nord.
La secte Ta-tao-hoei :;^ 77 # ou I-hou-kiuen g 5fn ^ est assez connue. Ce fut elle qui suscita les grands troubles de l'année 1900.