‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 3)Chapitre 56 sur 176 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

L'AMIDISME CONTEMPORAIN LE DOCME

ARTICLE I

XOTIO.XS PRÉIJ^IIXAIRES.

La Chine étant devenue amidiste, parler du Bouddhisme populaire c'est parler de l'Amidisme. Le vieux Bouddhisme a été supplanté par la théorie de la Terre pure, selon laquelle les bons, après leur mort, renaissent d'une fleur de lotus dans le Paradis de l'Ouest, séjour de toutes les félicités. L'Amidisme enlève à la vieille doctrine de la métempsycose ce qu'elle avait de désespérant ; il donne au cœur, en partie du moins, ce que le cœur désire : une vie pratiquement éternelle, et une récompense pour les bonnes actions. Il a balayé la sèche doctrine, la pernicieuse morale des lettrés, qui ne laissent plus briller un rayon d'espoir au delà de la tombe, et finalement donnent le même lot. le néant, au saint et au scélérat, au pauvre vertueux et au riche voluptueux.

"Nous vivons dans ce monde et pour ce monde. Notre morale est donc faite pour le monde présent, aussi ne parle-t-elle d'aucune divinité, elle traite uniquement des choses humaines.

"Ayant un autre passé historique et une autre forme de civilisation que les peuples d'Europe et d'Amérique, tenons à notre morale particulière, à la morale pour ce monde-ci. Ne cherchons pas à transplanter chez nous la morale étrangère.... Comme maître et modèle des générations passées et futures,

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personne n'égale notre Confucius. Les fondateurs des antres doctrines s'appuyèrent trop sur l'extraordinaire, sur les miracles, pour prouver leurs dires; ils cherchèrent à émouvoir et à effrayer. Notre Confucius fit tout le contraire. .."(1). Donc c'est bien clair : même sous la Répul:)lique. en 1920. le Confucéisme officiel recommandé à tous les lycéens n'admet rien pour l'autre monde; l'homme est une bête raisonnable et parlante; quand elle a cessé de vivre, tout est fini. Le cœur de l'homme s'est toujours révolté et se révolte encore contre tant d'injustice; la masse du peuple chinois s'est tournée vers cet espoir d'une vie meilleure qu'ouvre l'Amidisme aux petits et aux humbles, à la classe laborieuse et à tous les déshérités de ce monde. L'Amidisme devenu populaire s'est débarrassé peu à peu de toutes les contraintes doctrinales; il a fait d'heureux emprunts aux théories taoïstes sur l'administration de l'autre monde, et même aux théories confucéistes sur les vertus morales et sociales ; bref, il est devenu une religion très admissible pour les Chinois de toutes les classes, quelles que fussent leurs opinions antécédentes. C'est le chef d'oeuvre de l'éclectisme chinois.

C'est ce Bouddhisme dégénéré, ou plutôt cet Amidisme contemporain, qu'il nous faut étudier maintenant, au point de vue doctrinal et au point de vue moral, dans la pratique. Entre les nomijreux ouvrages de propagande édités dans les temps modernes pour la diffusion de cette doctrine, deux se recommandent par leur incontestable supériorité. L'un traite du Dogme ; c'est le Tsingt'ou-tch'en-tchong ^ j: ^ |a, composé par Tcheou K'é fou j^ ^ f^ en 1659(2). Dans le présent chapitre nous allons analyser cet ouvrage, et en donner le résumé sul)stantiel. Le second ouvrage, ou traité de morale, fera le sujet du chapitre second. Tcheou K'é-fou expose la doctrine exotérique de l'Amidisme : l'enseignement public, populaire. A peine fait-il une allusion discrète à

(1) Traité de morale, officiel pour écoles moyennes et lycées. Wieger, Moralisme officiel, p. 449, 450.

(2) Voir sa notice: Art. XVI: Lettrés amidistes.

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