‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 4)Chapitre 30 sur 87 · I. Le Ritualisiiie utopiquc et les Légistes Mitigés · texte numérisé non relu

I. Le Ritualisiiie utopiquc et les Légistes Mitigés

A Le Ritualisme utopique.

Le gouvernement patriarcal des anciens Sages était basé, disent les tenants du système, sur le seul ascendant de la vertu, et sur la bonté native de la nature humaine. L'homme naît avec une nature entièrement bonne, Jen-tche-tchcou-sing-pen-chan A £ ^JJ fÉ ^ ilf. Il suffit pour le gouverner de lui prêcher la vertu par la parole, par l'exemple et par les Rites, en un mot il suffit de l'éduquer. C'est la théorie des lettrés de la vieille école. Voici les principaux tenants du système pendant la période du Tch'oen-ts'ieou ^ ^ et des luttes féodales.

4° Chou Hiang M fà ou Yang-ché Hi ■£ ï )$• La famille Yang-ché ^ 15* était une branche collatérale de la famille des rois de Tsin ff . Chou-Hiang >j^ fnj, grand seigneur, lettré des plus distingués de son époque, par ailleurs habile politique, devint le conseiller intime de P'ing-kong ^ fè, en 557; pendant 30 ans il fut le bras droit des rois de Tsin §, dont l'hégémonie s'exerçait sur les Etats du Nord. Avec Tse-tchan :f M, lettré célèbre et premier ministre du royaume de Tcheng ftP, l'âme de la principauté, ils furent les deux hommes marquants de cette période. Pour les rites, la sagesse, la science, la politique, la vertu même ils furent les rois de l'époque. Confucius de son vivant fit peu de bruit, le petit royaume de Lou |§» était alors en décadence et comptait pour peu; de plus, Confucius ne fit qu'apparaître parmi les grands dignitaires de son temps, tandis que Tse-tchan et Chou-hiang occupèrent toute leur vie une position officielle de premier ordre, qui donnait une grande influence à leurs paroles et à leurs actes, ils jouèrent un rôle glorieux dans toutes les cours princières, furent membres des principales ambassades et mêlés à toutes les questions politiques. Confucius lui-même a dit que Chou-hiang était "une relique des anciens temps" et on

rapporte qu'il pleura à la mort du Sage Tse-tchan ^ M- Ces deux hommes incarnent les idées de la plus pure aristocratie des lettres et de la philosophie à cette époque. Chou-hiang fut le tenant de la doctrine traditionnelle ou du gouvernement des peuples, par l'ascendant de la vertu, l'éducation et les rites, mais il eut plus d'ampleur de vues que ( '«.nfuciiis ; il ne se noya pas dans les minuties pharisaïques, dans les détails insignifiants, aussi se maintint-il jusqu'à sa mort, et sans déchoir, dans sa haute char. conseiller des princes, toujours écouté, toujours sage dans ses décisions et respecté dans toutes les cours. Tandis que Confucius erra de principauté en principauté, sans jamais pouvoir ressaisir une dignité pas qui s'était évanouie à tout jamais ; il ne fut

apothéose qu'après sa mort. Chou-hiang est au moment du Tch'oen-ts'ieou le plus en vue des partisans de l'ancien Ritualisme utopique.

2° Confucius. — Mr Legge, dans son ouvrage : Confucius and his doctrines, a peint Confucius d'un trait: "He was unreligious rather than irreligious". Il "mit de côté", pourrait-on dire, toutes les questions de surnature, sans se montrer aggressif, il prit nettement l'attitude d'un désintéressé. Quelquefois dans ses réponses ;uix questions «le ses disciples, il paraît secouer négligemment les quelques doutes chancelants, qui restaient peut-être dans son esprit peu attentif aux choses d'une autre vie. A quoi bon s'attarder à toutes ces questions oiseuses, semble-t-il dire?

te du maître ne passa point inaperçu ; pour les lettrés Chinois. Confucius est l'expression la plus parfaite du beau idéal de l'humanité, la perfection consiste à le copier fidèlement, même dans ses travers. Bêlas '. aussi à son exemple, ses disciples commencèrent à se désintéresser comme lui de tout surnaturel, et cette tendance pernicieuse les lit glisser comme sur une pente douce vers l'athéisme complet du Tchouchisme. Confucius fut comme le plan incliné entre l'ancienne et la nouvelle Ecole.

3° Tae-se ^ ,£?,, petit-fils de Confucius.

Mong-tse S ^ . (372-289). Disciple de Tse-se ^ ft.

une de Tain. p. 218. 254. 268. 269. 2(.»J. 300. 321. 326. 331. 333.

Le plus célèbre des partisans de l'Ecole ancienne après Confucius, il se fit lui aussi colporteur de politique, errant de principauté en principauté : dans le royaume de Wei ffe, sous Hoei-wang ji 3», au royaume de Ts'i ^, sous Wei-wang J^c 3î. Il eut en général peu de succès en politique, les princes de cette époque, occupés à s'entre-détruire, ne prêtaient qu'une oreille distraite aux théories d'humanité et aux fadaises du Confucéisme utopique.

5° K'iu Yuen @ J& (P'ing ^p), membre de la famille royale de Tch'ou Je, grand conseiller de la cour, introducteur des rois et des princes lors de leurs visites et de leurs ambassades, rédacteur des édits impériaux, sous Hoai-wang ff| 3E, 328-299. Grand lettré et poète, qui est resté célèbre par ses poésies élégiaques, dont la fameuse pièce intitulée Li-sao JH |j$ est demeurée comme le type du genre.

Les grandes dignités attirent souvent de grands malheurs: un seigneur nommé King-chang ï$r fô, jaloux de ses privilèges, le calomnia auprès du roi et il fut exilé en 303. Pour se justifier, il écrivit sa fameuse élégie Li-sao g| Hf, traduite par le P. Zottoli Tom, IV. p. 209.

Cette pièce tant louée des lettrés est assez misérable comme fond d'idées : c'est un éloge à outrance de ses propres qualités, une apothéose de sa propre excellence. Il ne manque point d'y joindre des conseils aux autres souverains, pour les prémunir contre les travers de Hoai-wang fj| 3E, qui n'a pas su apprécier, à sa juste valeur, le trésor qu'il possédait dans la personne d'un si grand Sage! En 298, à l'avènement de K(ing-siang-wang bjï j| 3Î, le prince Tse-lan ~p ff, ennemi personnel du poète, devint premier ministre et fit exiler K'iu Yuen Jgj J& au sud du Kiang j£. Le malheureux lettré, pris de désespoir, s'attacha une pierre au cou et se jeta dans la rivière Mi-lô-kiang |Q m f£, à K'iu-t'an Jgj jp, au N.E. de Tch'ang-chà Jt: jj?, au Hou-nan $Jj ]§. C'est ainsi qu'il mourut, le 5 de la Ve lune, de l'an 296. Le peuple de Tch'ou 3q|, touché de son infortune, prit l'habitude de lui faire des offrandes en jetant dans l'eau du riz renfermé dans de petits tubes de bambou, ou enveloppé dans des feuilles de roseau. A notre époque

i . le cinq de la cinquième lune, il est passé en coutume de

riz gluant, de forme triangulaire, envelop-

, miles de jonc et appelés vulgairement Tsong tse

I des fêtes rappellent par toute la Chine la

:<• du suicide du grand poète.

k'iu Yuen J$ h]\ est un type .les plus achevés de l'ancienne orthodoxie Confuc

i; Les Légistes Mitigés.

A l'époque des guerres féodales et surtout pendant l'Ere sanglante han kouo R H", 0D s'aperçut vite que la seule vertu suffisaient plus pour le gouvernement des peuples. Des lettrés politiciens émirent aussi l'idée très juste, que la nature humaineétait partie bonne et partie mauvaise, par conséquent qu'il pour un sage gouvernement (rajouter de bonnes lication des Rites et de la vertu : telle fut l'origine de hou & $f.

marquant nous apprend l'existence de cette nouvelle i iu temps même de Confucius. Tse Tchan ^ /^, lier ministre du royaume de '/'client] fffl>, homme d'Etat et un ils grands lettrés de l'époque, crut devoir élaborer un code I et même pour le tau plus sûrement à la postérité, il lit foudre un grand trépied, vers 536, et y lit graver les nouvelles Chou-Hiang ,\>{ |pj, le pur traditionaliste, le bras mais partisan de la vieille Ecole, fut lalisé de la conduite de son ami et lui écrivit pour se plaintion. "Jusqu'ici je vous avais considéré comme mon modèle, je ne pensais qu'à vous imiter; bêlas! main- St t'ait! Les anciens empereurs, examinant chaque irticulier, avant de fixer leur jugement sur une action ••il éloignés de l'idée de dresser un code

1' Tse Tchan .ut eu déjà des précurseurs.

Tchao Choen ,ïjï Jf un des plus grands hommes d'Etat de

Cf. R 7' p. 319. 321. 323.

Tsin |f, premier ministre en 621 , édicta un code de lois.

3" Che Hoei i H"> nommé premier ministre après son retour du royaume de Ts'in §j|, y ajouta, vers 610, de nouveaux règlements.

4° Enfin le duc Tao-kong ^ &, 572-558, chargea Che Outchouo ± jg "jg, frère de Che Hoei ± # et lettré de renom, de mettre la dernière main au code de lois des Tsin § .

5° Teng Si-tse 9$ #r -f, contemporain et compatriote de 7 se Tch'an ^J JM., fut aussi un des tenants de l'Ecole des Légistes.

6° Li K'o $ %, conseiller de Wei Wen-heou li^ 424-

7° Li Koei ?£ fjp, grand officier du même Wen-kong ^C fè et gouverneur de Chang-ti t fâ, fut l'auteur d'un code de lois, dont s'inspira Wei Yang $jj $fe, le législateur de Ts'in §|§, de l'Ecole des Rigoristes.

Cette première Ecole peut s'appeler : Ecole des Légistes Mitigés. Fa-chou (j£ $jf) (1).

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