CHAPITRE I
Les légendes du Hoa-Hou-king f^ ^^ ^^
ARTICLE I
I>es Origines;.
Pendant la période du chaos primordial, avant la séparation du ciel et de la terre, alors cjue la matière inerte n'était encore qu'un amas confus et informe, gisant au milieu d'épaisses ténèbres, déjà existait le "Tao" (1) sans commencement et sans bornes. Un grand saint naciuit dans ces temps; on le nomme. Ou-che M i^ : Sans commencement; Ou-in M f^, (Ju-tsong ^ ^: Sans origine, "a se"; ou bien encore Miao-ou-chang-ti ^ ^ J^*^ : le Souverain mystérieux, sans ancêtres; il est la cause des causes, l'ancêtre du K'i ^ (2) primordial. 11 n'a ni lumière, ni forme, ni principe, ni cause; c'est un être absolument incompréhensible et cache, essentiellement droit et pur; pour cette raison on le nomme aussi le Grand Principe, Ta Tao -J^ ^, ou la source merveilleuse de toute cause seconde. Cet être vraiment unique parut dans le mystérieux abîme du vide: il n'est ni l'être ni le néant. Puis la vertu féconde des trois airs supérieurs, issus eux-mêmes de l'air ])riniitif. constitua la première personne de la triade taoïste: T'ien Pao ^ ^^ : le Trésor du ciel, Yuen che t'ien tsuen yt Uî H M-' ^^ premier Vénérable du ciel. De ce premier principe émanèrent les trois airs médians, dont la
(1) Tao ig: Cause première; principe; voie. >
(2) K'i 'M,'- air: fluide vital; i)rincipo constitutif de la matière.
mystérieuse fécondité engendra Tchen Lao ^ ^: l'Ancien véritable. Ses autres noms sont: Miao-yeou-ta-ti ^ ^ A" '^ • l'Etre merveilleux, le Grand Souverain; Yu-tcheng-ta-tao-k'iun 3{ ^ -j^ ^ ;§■ : le Grand Prince de la doctrine de la pure aurore; et cntin Ling Pao J '-^•. le Trésor de l'intelligence. C'est la seconde personne de la triade.
De lui procèdent les trois airs inférieurs, dont l'action vivifiante donne naissance à T'ai-chang Lao-k'iun -ji:. Je ^ ^' la troisième personne de la triade, Chen-pao ^^ ^ : le Trésor spirituel. Yuen-che-t'ien-tsuen yt ^ H M-- '^ premier \'énérable du ciel, eut pour disciple Yu-tcheng-ta-tao-k'iun 3i ^ -h M. ^^ le promulgateur de la doctrine, et ce dernier fut dans les cieux le maître de T'ai-chang Lao-k'iun -k. ^ ^ ^, l'Educateur du genre humain. Avant son apparition sur terre, Lao k'iun ^ ■g régnait au plus haut des cieux, son corps brillait comme l'or, son visage était éblouissant de lumière; il créa les génies, les rois et les puissants de ce monde, le dragon, tous les animaux, la licorne et le lion ; tous ces êtres sortis de ses mains composaient sa garde d'honneur. Tantôt il apparaissait sur un trône de fleurs de lotus, brillant de clarté, comme un soleil radieux, le front ceint d'une couronne étincelantc, vêtu d'haliits somptueux, tenant en main son sceptre royal, et la tête illuminée d'une glorieuse auréole; tantôt il parcourait l'immensité des cieux, assis sur son char aux roues de diamant, tout ruisselant de pierreries et trainé ])ar les dragons. D'autres fois on le vit, montant le dragon aux cinq couleurs, fendre la plaine éthérée, glissant rapide sur une vague de lumière, sous des nuages d'encens et une pluie de fleurs, escorté de tous les génies, et comme enivré de la suave harmonie des concerts divins. Tel paraissait le maître des dieux, le souverain des saints, le prince des génies, le maître des héros, le grand empereur des génies stellaires, le maître du Taoïsme, T'ai chang Lao-k'iun ic Jt ^ ^•
T'ai-chang -)^ J;; est le titre d'honneur que lui décerna Yuen-che-t'ien-tsuen tc ia ^ #. en récompense de ses services
pendant des centaines de milliers de kalpas. Lao ^ montre son ancienneté, et K'iun ^' signifie ([u'il est l'ancêtre de tous les souverains Tel est aussi le titre honorifique que lui donne le premier chœur des dix groupes de saints; chacun des neuf autres chœurs des saints lui décerna un des appellatifs honoraires suivants :
1" Ou-ming-k'iun M ^ ;^ : le Prince sans nom.
2^^ Ou-chang-yuen-lao ^ tl tc :^ : L'Ancien des temps, sans ancêtres.
3° Kao chang Lao-tse 1^ h ^ -^ : Le Vieillard Enfant des temps primitifs.
4° T'ien-hoang ta-ti H ^ :k '^ '• Le Grand Empereur souverain des cieux.
5° Hiuen-tchong ta-fa-che i 4" ^ ;^ ûip : Le Grand Docteur du ciel mystérieux.
6*" Yeou-kou-sien-cheng ^ "é" 5t :i : Le Maître de l'antiquité.
7" Kin-k'iué ti-k'iun :^ |^ ^ ^ : Le Souverain suprême du palais de la Porte d'or.
8" T'ai-chang kao-hoang "ic L ^ ^ : Le Premier Empereur de l'époque primordiale.
9° Hiu-ou ta-tchen-jcn Ê. M :^ ^ A : Le Grand Héros du vide et du néant (1).
ARTICLE IL
Les pi*<'mî<'fes iippiii'ilioiis <lo Ivao-k'iiiii h»v terre eoiiiiiie é<lii4*aleiii- des pi'eiiiiers suiivtM'aiiis.
Le rôle de Lao k'iun ^ ^ dans ITuimanité fut de propager la vraie doctrine. Il descendit snr terre, par une sorte de
(1) Tao-tsarg tsiyao M M i% ^- 40e vol., p. 1, 3^ 4. Cheou-chenki (Chang-k'.ixien) -tS # IE ( L # ) : P- 5. Tsi chouo-ts'iuen-tchen ^. ^ -^ g.: V vf)I. p. 29.
bilocation (1), tout en restant au ciel; son esprit s'incarna dans la personne des maîtres les plus distingués, et, grâce au prestige de son savoir, devint temporairement le précepteur des anciens empereurs. Il nous faut donc passer rapidement en revue cette succession de renaissances, ou plutôt de bilocations, et les diverses connaissances (|u'il popularisa dans le monde au cours des siècles.
A. Dans les temps préhistoriques.
L'ouvrage San ou U ^ JL M nous enseigne qu'au début de la formation du ciel et de la terre, quand s'opéra le développement des deux modalités In et Yang [^^ |^, le ciel enveloppait la terre comme le blanc de l'œuf enveloppe le jaune, et du germe intérieur naquit Pan-kou ^ "j^, le premier homme, qui se trouva ainsi placé entre le ciel et la terre. Plus tard parurent les trois souverains.
Pendant le règne des souverains célestes. T'ien-hoang 3*^ ^, Lao-k'iun ^ ^ parut dans le monde sous les noms de T'ong-hiuen t'ien-che M ^ ?^ Ûifi : Maitre du ciel initié aux célestes secrets, et Hiucn-tchong-ta-fa-che i^ 4" :k '& t^ '■ Grand Docteur des profondeurs du ciel. Sous le règne des souverains terrestres. Ti-hoang j^ ^, Lao-k'iun descendit sur terre et prit le nom de Yeou-k'ou sicn-cheng ^ ii -^ ^: Maître de l'antiquité, et Kin k'iué-ti-kiun ^ pj -^ :ë" : Souverain de la Porte dor. A l'époque des souverains humains, Jen-hoang A M, Lao-k'iun s'incarna de nouveau et se nomma Pan-kou sien-cheng |^ "g" ^^ : Maître Pan-kou. Après l'avènement de Fou-hi, 4477 av. J.-C. Laokiun vint lui enseigner le Yuen-yang-king TCpê^S- Pour civiliser le genre humain ; il se nommait alors Yu-hoa-tse ^||-^. Il apprit au souxerain l'art de dessiner les huit trigramnies, pa-koa A J;|s et l'art de la calligraphie, pour composer des ouvrages et écrire les annales de l'histoire humaine. Les caractères graphiques remplacèrent les nœuds mnémoniques qu'on avait coutume de faire
(1) Les taoïstes nomment la bilocation "fen cheng" ^ ^: partager son corps, le rendre présent en plusieurs endroits en même temps.
sur des cordes pour se rappeler les faits et les dates. De cette invention de l'écriture date le début de la caste des lettrés.
Au temps de Tchou-yong- lifil ^i]» (1), les hommes mangeaient leurs aliments crus et froids; ils ne connaissaient ni le feu, ni ses usages, et cette préparation défectueuse de l'alimentation causait d'innombrables maladies. Lao-k'iun se montra dans la personne de Koang-cheou-tse ^ ;,^? •^, et apprit aux hommes les recettes du Ngan-mô-tong-tsing-king ^ )M M.^ ^?' pour prolonger leur existence. Il leur enseigna à tirer le feu du bois, puis à fondre des ustensi'es et des récipients pour chauffer et cuire leurs aliments: tels furent les débuts de l'art culinaire et de la métallurgie.
Quand Chen-nong jjif^ ^ monta sur le trône, 3217 av. J.-C, Lao-k'iun reparut sous les traits de Ta-tch"eng-tse ^ jj^ "P- Dans ces temps primitifs, les hommes ne se nourrissaient que de la chair et des sang du animaux. Pour leur apprendre la culture des terres et un nouveau mode d'alimentation avec les céréales, il leur expliqua le Yuen-tsing-king y£ ^ ^^'- ce fut encore lui qui leur apprit les diverses recettes médicinales pour guérir les maladies. L'art de la médecine et l'al^stention de tuer les êtres vivants remontent à cette époque. Lao-k'iun se nomma encore Tch'oan-yu-tse f^. f|^ •^.
En résumé, le genre humain est redevable à Lao-kiun de tcjutes les découvertes et de toutes les institutions de la période primitive cpii s'écoula depuis Fou-hi -j^ ^ jus(|u'à Hoang-ti ^ •rj^'. Il promulgua les lois, fixa les règles des rites et de la musique, pour délimiter les diverses classes de la société. Par la diversité du vêtement, il différencia le riche du pauvre. Pour remplacer les huttes primitives, il apprit aux hommes à l)âtir des maisons; la construction des bateaux et des chars développa les transactions commerciales: l'usage des cercueils remplaça peu à peu la coutume semi-barbare de jeter seulement (pieUpies
(I) Cf. lie Piirtie. Ministère du feu. Tchou-yong M ^.
broussailles pour recouvrir les corps des défunts. Les arcs et les instruments de combat devinrent de puissants moyens pour réduire les rebelles; les prisons et les supplices réprimèrent l'audace des malfaiteurs; les caractères graphiques remplacèrent avantageusement les nœuds des cordes pour consigner les faits historiques. Lao-kiun apprit aux hommes la manière d'atteler aux chars les bœufs et les chevaux; à son initiative l'humanité doit encore les premiers instruments aratoires et les ustensiles de ménage.
B. A 1 époque semi-historique.
L'empereur Hoang-ti ^ ^, parvenu à la 19" année de son règne, apprit qu'un sage nommé Koang-tch'eng-tse ^ }^ ^ vivait retiré sur la montagne de K'ong-tong-chan l^ iljpj [Jj. Ce sage n'était autre ([ue Lao-k-iun. L'empereur se rendit auprès de lui, et lui exposa ses désirs de faire prospérer l'agriculture afin de pourvoir aux besoins de ses nombreux sujets. Il lui demanda donc le moyen de développer les énergies vitales du In et du Yang, pour accroître les productions de la terre. Koang-tch'eng-tse se contenta de répondre qu'il demandait là une chose de peu d'importance, et qui par ailleurs exigeait une étude qu'il n'avait pas le loisir de faire. Il lui remit un ouvrage intitulé In-fou-king fîg ^f ^g (1). Hoang-ti se retira, bâtit une maison où il habita pendant trois mois, puis revint se présenter devant Koang-tch'eng-tse. Le maître était couché; l'empereur se mit à genoux à ses pieds, puis s'approcha humblement, le priant de l)ien vouloir l'instruire. Cette fois ci, il lui demanda la recette pour prolonger la vie. A cette demande, Koangtch'eng-tse se leva, et lui dit: "Partait! Au moins vous me posez une question importante, aujourd'hui ; je vais vous donner la solution désirée. Voyez, ajouta-t-il, j'ai plus de 1200 ans de
(l) Cet ouvrage important a été inséré dans le Canon taoïste, volume 26, No 30, et a été souvent et longuement commenté par les auteurs taoïstes.
vie, et je suis resté jeune et vigoureux." Hoang-ti se prosterna de nouveau pour écouter ses instructions et recevoir la recette de longue vie. Après avoir longtemps gouverné son vaste royaume, cet empereur se retira à Ts'ing-k'ieou ^- 5^[^, communic|ua son mer\eilleux secret à Tse-lou sien-cheng ^ /jjÇ 5t EL' ''•• Tchong-hoang tchen-jcn 4" ^ M A • ^i Ta-\vei-k'iun ;fc \^M ~ë' '^ Hoang-kai t'ong-tse ^ M M --f > à Ning sien-cheng '^. -^ ^ et à T'ien-tchen-hoang-jen 5^^MA cle Ou-mei-chan ^ |1||| |1| : tous parvinrent à l'immortalité. L'empereur Hoang-ti bâtit un temple sur la montagne de King-chan ^ij iJj, puis s'éleva au cieux, monté sur un dragon et entouré de ses soixante-douze ministres.
Déjà, précédemment, Hoang-ti avait élevé le temple de Kao-koan j^ |||, pour recevoir les statues de Yuen-che-t'ien-tsuen 7C ila ^ ^ .^l'-ie lui avait données la déesse Si-wang-mou 15[ SE -^■ L'empereur aimait à se rendre en grand apparat dans ce temple pour y offrir de l'encens. Un nuage merveilleux, frangé de couleurs étranges, restait suspendu au-dessus; un parfum céleste embaumait les parvis; soir et matin on offrait de l'encens dans ce riche et superbe sanctuaire, qui est considéré comme le premier temple taoïste. Hoang-ti convertit encore en temples les trois cents résidences impériales qu'il possédait sur les plus célèbres montagnes de l'empire, et dans chacun d'eux sept tao-che furent chargés de brûler de Tencens et de remplir les fonctions du culte. '
Sous le règne de Chao-hao ^l? ^, (2597-2514), Lao-tse descendit à K'ong-tong-chan |l|5^ ii||i5l [Jj et prit le nom de Soei-ing-tse l'm M "? J 011 l'avait surnommé T'ai-ki sien-cheng H '^ -^ ^■ Pour compléter l'instruction de l'empereur après ses conférences, il lui laissa un exemplaire de l'ouvrage Tchoang-king-king |j£
Sous le règne de Tchoen-hiu j^lî J:|( (2518-2435), Lao-tse
(l) Cf. T'ai chang hoenyuen Lao-tse che lie, ^ h 'iR 7€ ^ ^ ^ R^, voL 554, NO 788 (705 Wiegerl, Kiuen t, p. 2,
alla habiter Heng-chan ^7 Jj et s'appela Tch'e-tsing-tse ^' j^ ^. Il commenta le Wei-yen-king ffjr ^ |f , clans le but d'inculquer aux contemi>orain.s les \ertus de soumission et de lo}auté.
Pendant la période du règne de Ti-kao ^ ^ (2435-2366), Lao-tse se nommait Lou-t'ou-tse f^ [^ -f et habitait Kiang-pin ;?X \%- 11 donna à l'empereur un traité de diététiciue physicomoral en 50 kiuen, intitulé Hoang-ting king ^^ ^. Les taoïstes nous racontent que le petit traité actuel T'ai-chang hoang-ting nei king vu king -j^ I:i^^i^:p;3i^? incorporé dans la compilation du Canon taoïste, volume 167, N° 338 (328 Wijger), ne serait qu'un reste de l'ouNrage apporté par Lou-t'ou-tse à l'empereur. Ce petit opuscule d'une douzaine de pages chinoises, en vers de sept caractères, a été fréquemment et longuement commenté par divers auteurs.
Quiconque récite cette poésie dix-mille fois monte au ciel, disent les tao-che (1).