I.cs ParlitMilarîtcs protliaicuses de la naissance
de Tao-tse.
Avant la naissance de Lao-kiun. une 1)rillante lumière apparut au-dessus de sa demeure, et des dragons traversèrent les airs: c'était le signe de la sainteté de Penfant ({ui allait naître. Vingt et une particularités signalèrent cette naissance.
1° Il descendit dans le sein de sa mère sous l'aspect d'une perle lumineuse et porté sur les rayons du soleil, pour symboliser l'énergie du principe actif Yang |%.
2*^ Il parut assis sur son char à neuf dragons, puis se changea en étoile filante, et pénétra dans la bouche de Hiuenmiao Yu-niu i ^ 3E "^- Dans la ville de Fou- bien ^ ^,, du Po-tcheou ^ j'\]. la terr sse de l'Etoile filante rappelle ce prodige. Ce tertre se trouve dans le temple T'ien-ts'ing-kong ^i itpf 'et • Cette terrasse se nomme Lieou sing tan fjft M. iS-
■)° Sa naissance dififère de celles de tous les autres saints. Elle n'eut lieu cju'après 81 ans révolus, pour signifier les 9 apogées du principe actif: 9x9-
4" Un jiiur que Hiuen-miao Yu-niu sommeillait, elle vit en songe une perle précieuse descendant sur un faisceau de lumière : cette perle pénétra dans sa l^ouche, et Lao-tse fut conçu dans son sein. Pendant ses 81 ans de gestation, elle conserva toute la fraîcheur de la jeunesse; elle surabondait de joie, ces années s'écoulèrent heureuses et rapides: tout autant de présages que le fruit de ses entrailles serait un saint.
5° Ni les chaleurs de l'été ni les froids de l'hiverné se firent sentir dans sa demeure pendant tout le temps qu'elle porta cet enfant ; toute calamité fut écartée, elle coula ses jours dans un parfait bonheur; de plus, une merveilleuse clarté parut au-dessus de la maison qu'elle habitait.
6° Bien que conçu dans le sein d'une mère, l'enfant voulut en sortir par l'ouverture du côté gauche, pour bien marquer son pouvoir prodigieux.
1° Aussitôt après sa naissance, il fit neuf pas, et sous ses pieds sortirent de terre de magnifiques fleurs de lotus parfumées des plus suaves senteurs.
8° Le génie du .soleil et la déesse de la lune dirigèrent sur lui des projcction.s lumineuses; de beaux nuages d'or et d'azur laissèrent tomber une pluie de fleurs. Au moment où Yu-niu prenait une branche de prunier, Lao-tse sortit de son côté.
9*^ Des grues parurent dans les airs; neuf dragons sortirent de terre, creusant neuf puits et vomissant l'eau pour le l)ain du nouveau-né. On voit encore ces neuf puits, en communication les uns avec les autres; ils se trouvent dans le temple de T'aits'ing-kong -ji:: i^ 'g', à Wei-tchen hicn ^j ^ ||, au Po-tchcou (Lou-idiien J^ ^ % du Ho-nan).
10" Dès sa naissance, Lao tse, d'une main montrant le ciel et de l'autre la terre, dit d'une voix forte: "Dans les cieux et sur la terre, rien de pUis nolde (|ue le "Tao ^"; en comparaison, tontes les joies de ce monde ne sont (jue tristesse''.
]1° A une époque oii la vraie doctrine était oubliée, Laokiun eut com])assion des misères de l'humanité, et résolut de naître en ce monde pour la sauver.
12" Pour manifester sa puissance d'une manière plus éclatante, il choisit une époque où la perversion était à son comble, afin de forcer tout le monde à rroire en lui.
13° Lao-kiun \dulut donner aux hommes la recette i)our parvenir à l'immortalité; dans ce but il comjxjsa la pilule d'immortalité. On peut \'oir encore dans son temple le i)uits et l'arbre près desquels il combina la pilule d'or comestible (1).
(1) I/or est par essence le principe actif Yang-, qui produit et nourrit l'embryon de l'Immortel,
14'' Lao-tse se proposa le perfectionnement de l'homme à l'extérieur et à l'intérieur; aussi, après la composition de la pilule d'or comestible, enscigna-t il la manière d'emmagasiner l'air dans l'organisme. Le temple Hiu-ou-t'ang ^;- M. ^, construit au lieu même où il fit cette expérience, a été réparé de siècle en siècle par tous les empereurs. Quiconque mettra en pratique cette merveilleuse recette atteindra sûrement le bonheur des cieux.
15" Lao-tse, ayant achevé sa grande tâche, monta un cerf blanc et s'éleva au ciel. Dan,> son temple on peut voir encore l'empreinte des pieds du cerf, et le genévrier près duquel il se trouvait.
16° Lao-tse naquit le 15 de la seconde lune, la 9^ année du règne de l'empereur Ou-ting "^ "J"- 1310 av. J-C, l'année Keng tch'en J^ ^ (1).
17" Lao-tse naquit dans le royaume de Tch'ou ^, à Kou bien -^ 1Ç|, dans la campagne de Lai-hiang )'|(] Ç[i|^, qui devait son nom au cours d'eau près duquel elle était placée. Le hameau ne K'iu-jen li fil] fi; M fwt sa terre natale.
18" Durant les 1) jours qui suivirent sa naissance, Laokiun atteignit la taille de 9 pieds. Sur son corps ou comptait 72 marques d'une haute destinée et 81 signes de félicité: beaux sourcils, bouche carrée, double ossature nasale, oreilles percées d'un triple tube auditif, cornes du front brillantes, etc
19° Sa mère, après lui avoir donné naissance, s'éleva au ciel en plein jour, assise sur un char somptueux, entourée de tous les génies et de tous les immortels. Sous les T'ang J^. elle reçut le titre honorifique de Reine du ciel primitif. Elle eut aussi son temple nt)mmé "Tong-siao" j^ '^, au Nord du temple T'ai-ts'ing-kong i: |^ 'g*. à Wei-tchen-hien -flf ffi ||,, et on peut y voir la terrasse d'où elle monta au ciel.
(1) La 9e année de Ou-ting e.st Tannée I tcheou J- ilh'< l'année Keng tch'en ^ Jg est l'année 1301, la 24« du règne de cet empereur.
iMtîw!'
20'^ Après l'ascension de Lao-kiun au ciel, les empereurs de toutes les dynasties: Tcheou AIou wang /g] fj 3E, Ts'in Chehoang ^ jé ^, Han Hoan-ti ]1 )jl ^, Soei Wen-ti |îf ^ ^ tinrent à honneur de restaurer ses temples, et ordonnèrent à leurs officiers de faire graver sur pierre les actes de sa vie. C'est ainsi que fut élevée la stèle de Pien Chao ^ fg, sous les Han fH", (1) et la stèle de Hiué Tao-heng ^jt-î^, au temps des Soei (îf.
21° Sa mère l'appela Lao-tse -^ •^, Vieil Enfant, parce qu'il naquit avec des cheveux blancs. Dans le langage ordinaire, Lao, \leux, marque la iin de l'existence, et Tse, Enfant, indique le début de la vie: les hommes naissent enfants, puis vieillissent; mais Lao-tse voulut naître vieillard et redevenir jeune, afin de mieux faire comprendre aux hommes qu'il leur apportait la recette pour rajeunir et atteindre l'immortalité. Au sens symbolique. Lao-tse signifie père et mère de tous les êtres, docteur de tous les saints. Tse a encore le sens de sage; c'est l'appellatif d'honneur des hommes illustres; et parce que Lao-kiun existe depuis une infinité de Kalpas. c'est avec raison qu'on lui donne le titre de Vieillard. Lao-tse est l'Ancien Sage qui ne vieillit pas et ne meurt pas.
On a dit que Lao-tse \int au monde sous la dynastie des Tcheou )ol ; c'est une erreur. VAle \ ient de ce ({ue Ts'in Chehoang ^ iln M brilla tous les livres historiques, et ainsi les documents qui prt)U valent l'existence de Lao-kiun sous les dynasties précédentes furent tous perdus. La stèle de Hiué Tao-heng g^ ^ ^7 nous apprend que Lao tse fut gardien des archives sous Wen-wang ^ 3E et sous ()u-\vang ^ 3i- Les ouvrages Koan-in Lao-kiun pen-ki Wi ^ ^ ^ ^ i^- T'ai-houotchen-jen leou-k'oan-nei-tchoan -ic ^ M A ^^J- M (^ f#. Lieouhiang-lié-sien-tchoan fij |n] '^\\ f^lj f$. disent tous qu'il vint au monde sous Ou-tlng ■^\ç^ f, l'année Keng tch'en jlî M (^)-
(1) Sous le rèR-ne de Iloan-ti /{ïî î^-, 1<'5 ap. .J.C.
(2) S'il n'y a plus de documents, comment sait-on qu'il naquit sous le règne de Ou ting g^ y ? Et s'il naquit en 1301, comment le donnet-on comme archiviste de Ou- wang ^ 3:. -00 ans après? 2
18 CHAP. I.— LAO-TSE AVANT ÇONFUCITjS.
Beaucoup des faits prodigieux signalés à la naissance de Lao-tse ont été calqués sur les prodiges racontés dans la vie de Bouddha; les inventeurs de ces fables ont eu pour but évident de montrer que le fondateur du Taoïsme n'était point inférieur au fondateur du Bouddhisme (1).
ARTICLE V
l>ig-nité^« de l>ao-tse. Son vo.vage à llaii-koii-konn i5f ^ ||.
(Figure 48).
Lao-tse, après sa renaissance sur la terre, continua son œuvre de l'éducation du genre humain. L'extérieur même de sa personne témoignait visiblement du pouvoir prodigieux de cet homme étrange. Sa tête ronde au vertex rebondi était ornée de longs cheveux blancs; ses sourcils vert-violet avaient cinq pouces de long; trois tubes auditifs peçaient ses oreilles plates et sans rebords, ses yeux aux prunelles carrées brillaient comme deux miroirs; son nez était muni d'une double ossature, et 48 dents armaient sa grande bouche carrée. Il avait la langue épaisse et longue, son front était ridé, et le caractère Tchen ^, \^érité, était gravé sur sa poitrine. De petits poils verdâtres apparaissaient çà et là sur la surface de son corps; l'extrémité de sa main dépassait son genou quand son bras s'abaissait. Bien souvent ou le vit accompagné du Dragon vert et du Tigre blanc ; au-dessus de sa tête planait le génie stellaire Tchou-tsio ;^ ^, et Hiuen-ou ;£ ^ (Tchen-cm m. '^) marchait devant lui (2).
(1) Tao-tsang- tsi-yao (Yeou-longtchoan ^ "^i fs\. g (^g || •(Ç), p. 19-22.
(2) Tous les détails de cette légende ont servi de thèmes aux peintres et aux statuaires. Dans les pagodes taoïstes on trouve souvent les deux statues monumentales du Dragon vert et du Tigre blanc (Cf. Ile Partie). Tchen-(ni g J^ est le dieu familier des temples taoïstes, et le génie stellaire Tchou-tsio -^ % est un des Tche-ma |^ ,Ç| les plus achetés quand il s'agit d'éconduire une mauvaise étoile. On le représente sous la figure d'un génie armé d'un(liHton crochu.
Sous-le règne de Wen-wang ^ jE, quand s'engagèrent les grands combats où sombra la dynastie des In |^, Lao-tse prit le nom de Sié-i-tse /^ e» •^. ou de Wen-i-sien-cheng ^ jq ^ ^ suivant d'autres. On le vit descendre du ciel sur la roue ignée des tempêtes, précédé du génie des vents et guidé par P'ong-tsou ^ j^g. C'était la 21^ année du tyran Tcheou î|i)-, l'an 1134 av. J.-C. Wen-wang '^ 5E ayant appris que Sié-i-tse ^ ^ •^ s'était fixé au Sud de la montagne Ki-chan [Ifj^ lll, le prit à son service et lui confia la garde des Archives de l'Etat, Cheou tsang che ^ ^ '^. Ce fut pendant cette période de guerres et de carnage que Sié-i-tse ^ q -^ donna à Wen-wang ^ ^ l'ouvrage Tche-tsing-king ^ ^ |^, pour lui enseigner l'humanité et la sincérité.
Après le triomphe des Tcheou ^, sous le règne de Ouwang '^ 3^ 1122-1116, Lao-tse changea son nom en celui de Yu-tcheng-tse ^ j,\?^ ■^, composa l'ouvrage Siuen-ki-king 3^ ^ ^î^, fut le maître de Tcheou-kong jl] ^ (1) et remplit l'office de Gardien des Archives Tchou hia che fi T ^•
Educateur de Tch'eng-wang ^ ^ (1115-1078), il se nomma King-tch'eng-tse ^f ^ ^, expliqua le Koang-hoa-king )^ f^ ^^ à l'empereur, "^ puis partit pour l'Ouest, où il se nomma Kou sien-cheng '^' -^ ^. Pendant ce premier voyage, Lao-tse enseigna dans les pays de Ta ts'in ^ ^., Tchou-k'ien ^ ff;, Ngansi -^ M- (P^ys des Parthes Pahlava), Yué-ti ^ Jg (Yué-tche, les Gètes), Ou-kouo ^1^ :3c; (Tibet). Les souverains de ces royaumes eml)rassèrent sa doctrine, le peuple suivit leur exemple, la face du pays fut renouvelée, et les mœurs, barbares jusqu'alors, furent adoucies.
Sous le règne de K'ang-wang j^ ^, l'an lOBL Lao-tse revint en Chine et reprit ses anciennes fonctions de Gardien des
(1) Wen-wang ;X 3E et Tcheou-koiig ]^ i^-, les deux .saints ancêtres des lettrés, sont donnés ici comme les disciples de Lao-tse, qui devient de ce fait le premier maître du Confucélsme!
Archives Tchou hia-che iÉ T É' ^'''^^"■'^ '^ "^^ ^^^ Kouo Chou-tse
Sous le règne de Tchao-Wang \\^ ^ (1022-1052). plusieurs particularités remarquables sont à noter pcnir l'histoire légendaire de Lao-tse :
a) — son voyage à Han kou koan |1| ^ li en 1028;
b) — son ascension au ciel en 102.7;
c) — sa réincarnation au Se-tch'oan en 1026;
d) — le voyage de In-Hi ^" f^- au Se-tch'oan en 1024;
e) — la tournée de Lao-tse et de In-Hi f3" ^
aux pays de l'Ouest en 1024.
'Voyage à Han-kou-koan @ ;^ ||.
L'année Koei-tcheou ^ ^t. la 25'^ du règne de Tchaowang gg 5£. 1028 av. J.-C, le 29 de la V'" lune, Lao-tse, après avoir donné sa démission de Gardien des Archives et s'être retiré dans son pays natal de Po-tcheou ^ '}'\\, entreprit un nouveau vo3-age (1).
11 monta donc dans son char trainé par un bœuf gris, et conduit par son cocher Siu Kia f^ Ç, il se dirigea vers la passe de Han-kou-koan j^ ^ |||.
Le mandarin préposé à la garde de cette passe célèbre se nommait In-Hi ^ ^ (2), astrologue de renom, très versé dans la science de la géomancie. Il présagea qu'un saint devait sous peu passer par le défilé dont il avait la garde. En conséquence
(1) Hoen yuen cheng-ki, K. I, p. 19 — 24; - K. III, p. 1 — 26; — K. IV, p, 4.
T'ai ehang Lao-k'iun nicn pou yao lio, p. 4. 5; — T'ai chang hocn yucn Lao-tse che lio, K. J-, p. 5, G.
(2) Ce passage important se trouvait dans la sous-préfecture de Ling-pao-hien |.| ^ !f| du Chan-tch-ou [^ '}]]. au Ho-nan, à 12 lis au Sud de la ville.
Lao-tse et son cocher Siu Kio
il fit venir un de ses sulx)rd()nnés nommé vSiien-King ^ ^, et lui recommanda de l'avertir dès qu'il verrait paraître un hcimme habillé d'une façon étrange et montant un char tranchant sur le commun. Or, voici (|ue, le 12 de la VI l^^ lune, Lao-tse, accompagné de Ou-k'i sien-cheng M: '^ "^C Éi- f^e Koei l<ou sien cheng 311^^':^ et de T'ai-k'i sien-cheng -^ ||< 5t ^^ se présenta à la douane. Suen-King ^f^ Jp; courut avertir son maître et lui dit: "Un vieillard aux che\eux tout blancs, montant un char traîné par un bœuf gris, arrive à la passe. — C'est le saint, s'écria In-Hi f^ ^ ; dites lui d'attendre: je \ais le recevoir". Lao-tse insistait pour (ju'on lui laissât continuer sa route vers l'Ouest, mais l'employé s'excusa de ne pas lui ouvrir la passe, parce qu il avait des ordres de son supérieur. In-Hi -^ § revêtit à la hâte ses habits mandarinaux, alla rejt)indre le vovageur et lui dit: *'Je prie le saint de bien vouloir accepter l'hospitalité dans mon tribunal". — Lao-kiun s'excusa par trois fois pt)ur mettre sa constance â l'épreuve. "Je ne suis qu'un pauvre vieux, je demeure à l'Est de cette douane, et je vais visiter mes terres qui se trouvent à l'Ouest. Pourquoi voulez- vous me retenir ici, et cjue signifient toutes ces cérémonies? Je ne mérite point tant d'honneurs. — J'imagine cpie vous n'allez point visiter vos terres, reprit In-Hi; daignez accepter ma sincère invitation. — Pour tout vous dire, continua Lao-kiun, je vais au pays de Tchou-k'ien ^ ^'^, dans l'Inde, pour conférer avec Yeou-kou sien-cheng ^ ~^ -^ ^, très versé dans la science de l'immortalité. Dans quel but voulez vous m'arrêter ici? — Je sais, réjKjndit le chef de douane, que vous êtes un homme céleste; prenez-moi en pitié, ne refusez pas mon invitation. — Comment
In-Hi ^ ^, dont le prénom était Kong-tou ^ ]§;, était un officier préposé ù la douane de Han-kou-koan jZiîî'S^ M suivant les uns, de San-koan /f^ ||| suivant le.s autres. La passe de San-koan ^^ [il était à l'Ouest de la sous-préfecture de Pao-ki hien ^ IS ff, au Chen-si [^ ®. Ce mandarin suivit Lao-tse au pays de I.,ieou-eha yjft V'i-S "n ignore ce qu'il devint ensuite. Il compcsa l'ouvrage en 9 chapitres intitulé: ivoan In tse ^i fr -f-. Cf. T'ong-kien-kans-mou-tchcng-pien ijîi gt m @ JE ffi. liv, 4.3, p. 143.
savez-vous ce que vous venez d'avancer? poursuivit Lao-tse. In-Hi lui dit: "L'an dernier, à la dixième lune, Tétoile T'ien-li ^ 5|, dans sa course vers l'Ouest, passa en Mao |fi ; cette année, depuis l'automne, un vent de bon présage a soufflé trois fois du S.-E ; j'ai vu encore un dragon qui se dirigeait vers l'Ouest: tous ces présages annoncent le passage d'un saint. Depuis ma jeunesse j'étudie l'astrologie et la géomancie; jamais je ne me trompe en inspectant le ciel et la terre; je sais à n'en point douter qu'un saint doit passer par ici. et je vous attendais depuis de longs jours".
Après cette triple épreuve, Lao-tse lui dit: "Je sais que vous êtes bien préparé pour recevoir la semence de la vraie doctrine, et je suis venu ici pour vous éprouver." Et il lui remit son ouvrage intitulé Tao-té-king ^ f^, ^^. traité qui compte plus de cinq mille caractères.
Le Tao-té-king a-t-il été composé par Lao-tse? C'est une question bien controversée. Une bonne douzaine d'auteurs chinois, critiques judicieux, entr'autres Ma Toan-ling, nient que cet ouvrage soit l'œuvre de Lao-tse. On croit que l'ouvrage primitif est depuis longtemps perdu, et que le Tao-té-king actuel n'est qu'un remaniement complet et une amplication de cet ancien manuscrit disparu. Le premier texte de "Lao-tse" remonterait probablement à environ 400 av. J.-C, tandis que le texte du Tao-té-king actuel daterait des premiers Han, environ un siècle av. J.-C.
De fait, sur une quarantaine de commentaires du Tao-té-king, cités dans le Canon taoïste, un seul précède l'ère chrétienne: c'est celui de Yen-Tsuen Ëê ^, mort en 87 av. J.-C. Cf Tse yuen (Yen).
Ensuite, il faut aller jusqu'au III^ siècle de l'ère chrétienne pour trouver le nouveau commentateur Wang-Pi 3c. Wh rnort en 249 ap. J.-C. Cf. Canon taoïste (Tao tsang, N^s 7 07, 710).
Les autres commentaires s'échelonnent du IVe au XlIIe siècle ap. J.-C.
Plusieurs savants modernes: MM. P. Polliot, Giles, Maspero, inclinent à penser que le Tao-té-king tel que nous le possédons est un ouvrage refondu, et non une œuvre originale de Lao-tse. (Cf. China Journal, Sept. 1931, Xo 3, p. 127-129).
Le D'' Allen (China Review, vol. XV, p. 9(5-99) traite cette question, et note que ce traité aurait pu avoir une origine bouddhique. L'ouvrage aurait été composé au Ile siècle avant J.-C. Le Taoïsme ne serait qu'un composé du système dualiste des Parsis et de Bouddhisme, Le
nom de Lao-kiun est exactement la traduction de Zarat Ushtra, ''vénérable prince", alias Zarathustra. Zoroastre. I^e nom de "tac che" donné aux maîtres de cette secte était primitivement le nom des moines bouddhistes.
La 26° année de Kia-m ^ '^, 1027 av. J.-C, Song Tcheng-tsong Çj^ ^ 9^ fit élever à la passe de Han-kou-koan 1^1 ^ H 1-^iie stèle commémorative de ces événements ; il y est dit clairement que In-Hi reçtit le Tao-té-king des mains de Lao-tse, quand il passa cette douane pour se rendre dans les pays de l'Otiest. "Après le passage d'un char, on voit l'empreinte de ses roues; Lao-tse a passé par ici. et sa doctrine reste".
Le 25 de la XIP lune. In-Hi résigna ses fonctions, et Lao-tse, trois jours après, lui donna le Tao-té-king. Avant la naissance de Tn-Hi. des signes non équivoques firent présager sa haute destinée. Un jour que sa mère s'était endormie, un éclair pénétra dans sa bouche, et elle conçut. Quand elle mit son enfant au monde, de brillantes flammes voltigèrent dans l'air tout autour d'elle. Les yeux du jeune enfant brillaient d'un vif éclat; il avait un port majestueux. Plus tard, il devint très érudit. grand astrologue et magicien sagace ; il fut aussi charitable que savant. Sa principale préoccupation était d'arriver à monter au ciel. Il avait fait construire un petit belvédère à l'étage d'une maison de paille: c'est de là qu'il inspectait les astres, et qu'il eut connaissance du passage futur de Lao-kiun. Cette maison est restée célèbre dans les temps anciens; elle se trouvait sur la montagne de Tchong-nan-chan ^^ ]^' [jj, dans la préfecture de Fong siang-fou J^ |^ /J^, près du hameau de Wensien li ^ f[|i JJl., et elle se nommait Leou-koan ;j-^ f|^. (Souspréfecture actuelle de Tcheou-tche-hicn, de l'ancien Si-ngan-fou). Tcheou Mou-wang 15) ^% 3i (lUOl-946 av. J.-C.) la restaura; Ts^in Che-hoang ^ /(^ ^ fit bâtir une pagode près de cet emplacement ; l'empereur Ifan Ou-ti f^ "^ ^ (14()-f)G av. J.-C.) éleva un temple au Nord, et T'ang T"ai-tsong ^ -i^ ^ (628 ap. J.-C.) donna à cette paillotte le nom de Tsong-cheng-k'oan ^* ^ 1^
(1) Tao-tsang-tsj-yao (Yeou long tchoan) ^ |^ it'lj; gj (^g M f^)) p. 25-31.
ARTICLE VI
L'épisode de Siu-liia tît '1'; cocher de Lao-lse.
Lao-tse avait loué un coclier nommé Siu-Kia, qui depuis deux cents ans déjà conduisait son char; d'après une convention passée entre eux, le cocher devait recevoir cent sapèques par jour. Avant de partir pour les pays de l'Ouest, Ta-ts'in :k. ^^ Ki-pin /l'y ^. T'ien-tchou % ^, Ngan-si ^ ,g, etc., son maître lui dit: "Si tu veux me conduire dans tous ces pays que je dois parcourir, je te continuerai ton traitement de cent sapècjues par jour, et à mon retour je te paierai en or." Siu-Kia parut d'abord y consentir et alla juscpi'à Han-kou-koan |ll ^ [||. Pendant son stage dans le tribunal de In-Hi, Lao-tse voulut éprouver la fidélité de son ancien serviteur. Il l'envoya donc paître son bœuf dans une campagne isolée, puis, d'une plante mystérieuse, il forma une femme d'une grande l)eauté, c|u"il envoya dans le lieu solitaire où se trouvait le cocher. Siu-Kia fut victime de ses séductions, et sa raison se troubla. Il se prit à penser que Laotse ne reviendrait probablement pas du pays lointain de Lieouchà -jifî \']/ ; finalement il l'accusa au tribunal de In-Hi, pour l'obliger à lui payer la somme due pour ses longs services. Lao-kiun fit venir son cocher et lui dit : "Voilà deux cents ans passes que je t'ai pris à mon service; tout bien compté, je te dois sept millions deux cent mille sapèques; mais quand tu mourus jadis, je déposai en ta personne un talisman vital de T'aihiuen -^Jv; ;£, pour te rendre la \ie et te la conserver jusqu'à ce jour; te le rappelles tu ?'" A ces mots le cocher ouvrit la bouche, et le talisman en sortit frais et neuf comme s'il \enait d'être tracé. .Siu-Kia tomba mort, et il ne resta plus de lui (|u'un S(|uelette desséche. In-Hi, ému de compassion, intercéda pour lui, et se prosterna aux pieds de Lao-kiun en le suppliant de rendre la vie à cet infortuné; de plus il s'engagea à lui payer comptant la somme qu'il venait d'exiger. Lao-tse accéda à ses
supplications; il remit le talisman vital sur les os de Siu-Kia et le ressuscita. Puis il lui dit: "Sois sans crainte; je ne te dirai rien de désobligeant; sache seulement que tu es mort parce que tu as manqué à ton engagement". Quand le cocher eut reçu sa solde, il fut congédié. Alors il tomija aux genoux de Lao-kiun en disant: "Vous avez daigné me pardonner ma faute et me rendre la vie: je suis prêt à vous suivre partout où vous irez". Lao-kiun refusa ses services (1).
ARTICLE VIL
l.ao-tse remoiUc au Ciel.
Le marché de Ts'ing-yarg-se "^ É^ ^,
Lao-tse annonça son prochain dépari pour l'Inde. In-Hi se prosterna devant lui, et lui demanda comme une grâce la permission de l'accompagner dans ce lointain voyage. Sa demande ne fut pas accueillie. "Vous n'avez pas encore appris le grand secret, lui dit Lao-tse; dans ces contrées demi sauvages, rebelles à toute exhortation à la xertu, (pie deviendriez-vous? Attendez (jue "la \i\ante doctrine soit entrée dans votre ventre"; alors votre intelligence sera éclairée. Il vous faut passer mille joUrs dans le calme pour développer en \ous l'homme nouveau: après ce laps de temps vous viendrez au Se-tch'oan (/y }\\, et vous m'y rejoindrez à Ts'ing yang-se ^ ^ Hï". Ce disant, il lui remit le talisman des neuf pilules d'or liquéfié, les huit charmes de T'ai-ts'ing -J^ -^ et plusieurs prières, puis il s'éleva dans les cieux, la 26" année de Kia in 1^ ^ (1027 av. J.-C).
Il alla habiter le palais de T'ai-wei ic f;^- ^t prit le nom de T'ien-hoang ta ti ^ ^ -X 'T}? : "Grand et suprême Souverain du Ciel".
(1) Tao-tsang-tsi-yao ( Yeuu longtchoan) {MM ff le) (® M, (#)
In-Hi passa les jours marqués dans son petit observatoire de Leou-koan ;fi:|||. et quand il eut atteint le degré de perfection voulu, il prit la route du Se-tch'oan, arriva à Tch'eng-tou jj^ fl^, et demanda où se trouvait Ts'ing-yang-se ^ #: ^ ; personne ne put lui répondre : la localité ainsi nommée était inconnue. En traversant le marché de la ville, In-Hi aperçut quelqu'un qui conduisait une chèvre grise: la pensée lui vint que c'était bien là le lieu désigné comme rendez- vous (1). — "A qui appartient cette chèvre?" demanda-t-il. Le conducteur de la bête lui dit: "Ma femme a mis au monde un enfant qui ne cesse pas de pleurer, et, chose inouïe, qu'on le jette dans Peau ou dans le feu, il n'en reçoit aucun mal. Un tao-che nous a dit qu'il cesserait de pieu" rer dès ciu'i! aurait bu le lait d'une chèvre grise; je viens donc d'en acheter une pour faire cette expérience." In-Hi reprit : "Dès votre retour, dites à l'enfant (jue In-Hi est arrivé." — Aussitôt que l'enfant eut entendu ce.s mots, il se leva des bras de sa mère, et commanda qu'on fit entrer de suite In-Hi. A peine In Hi fut-il devant lui. que le nouveau né atteignit la hauteur de dix pieds; sa peau devint jaune comme l'or; un cercle de lumière entoura sa tête; il était revêtu d'un brillant costume, et portait un chapeau orné de sept brillants. Tous les assistants demeurèrent interdits et épouvantés. In-Hi se prosterne en disant: "Je ne pensais pas avoir le bonheur de vous retrouver ici; comment allez-vous depuis notre séparation? — Fort bien, répliqua Lao-tse ; et vous, avez-vous retiré du profit des recettes mystérieuses que je vous ai données? — J'ai beaucoup profité de vos legs précieux, ma reconnaissance est plus haute que le ciel". — Lao-tse continua : "Je vous ai laissé 1000 jours dans la retraite, pour vous donner le temps de développer en vous le germe de l'immortalité; je vois maintenant une auréole illuminer votre tête." A peine avait-il achevé ces dernières paroles, que
(1) Tout roule sur un jeu de mots. "Chèvre grise" se rend en chinois par Ts'ing-yiing ^ ^, et marché par Se #. Ts'ing-yang-se ^ ^ ^, dont lui avait parlé L,aokiun, n'était pas le nom d'une localité, mais "le marché de la chèvre grise".
des génies descendirent du haut des airs, lui offrirent un chapeau rouge-tendre, une ceinture de plumes bleues, le saluèrent du nom de Wen-che sien-cheng "^ ^p ^ É!- et lui donnèrent le titre honorifique de Ou-chang-tchen-jen M J:;, ^ A : In-Hi était devenu génie. Voici ce qui s'était passé depuis la dernière entrevue de Lao-tse et de In Hi.
Lao-tse était monté dans le palais céleste de T'ai-wei -jx. fjjj[, puis, en \ertu de son pouvoir de bi location, il avait repris naissance dans la famille de Li-t'ai-koan -^ J^ 'g', l'an 1026, la 27^ année de Tchao-wang, l'année I-mao ^ J^p, au Se-tch'oan. à Tch'eng-tou jj^^p. Il était encore tout jeune enfant quand In-Hi arriva au Se-tch'oan. l'an 1024 av. J.-C. Du haut de son palais du ciel, il envoya sur terre un employé du palais de Ts'ing-ti ^ ^, qui prit la forme d'une chèvre grise, Ts'ing yang ^ ^.. In-Hi la trouva sur le marché, Se £[\ et ainsi il eut l'indication suffisante pour trouver le rendez-vous assigné. Le "marché de la chèvre grise" se trouve à quelques centaines de pas hors les murs de Tch'eng-tou j^ fp. au S. O. de la ville. L'an 882 ap. J.-C, sous T'ang Hi-tsong j^ fg. Çj^, on trouva dans ce lieu une brique merveilleuse, et l'empereur commanda qu'on y éle\ât le "temple de la Chèvre grise", Ts'ing-yang-koan ^ I^ ^. Dans ce temple, on voit aussi deux autres paN'illons, dont l'un est nommé Kiangcheng-t'ai pl^^^, ''Terrasse de la naissance", et l'autre Yuen yang t'ai 71^ P^ ï- Ce dernier nom est une allusion au lait (|ue Lao-tse, pour récompenser sa mère Cheng Mou ^ -^ et le T'ai-koan Li •j^ '^ ^, leur expli(iua le Yuen yang king 7^; [!§ f0 (1).
Ce temple est situé à l'Ouest de la \ille, il est un dç^ Y>]us î)eaux spécimens de l'architecture religieuse chinoise. Sa tour octogonale, ses piliers de kupie rouge et or, décorés de dragons et de phénix, ses brûle-encens de bronze, hauts de plus de dix pieds et très finement sculptés, ses deux chèvres de bronze, sont autant d 'œuvres d'art, qui méritent l'attention des visiteurs. On le nomme communément "le Temple des deux Chèvres."
(1) Tao-tsang-tsi-yao ji ^' if'^. ^. p. 32-33. Hoen-.vuen cheng- ki, K. III. p. 2 à 27.
ARTICLE VIII
l>ao-tse visite les terres des Génies et les neuf Cieux.
In-Hi et Lao-tse partirent pour T'ien-choei ^ 7};, au Kan-sou "ft H", et se fixèrent sur la montagne de K'i-ling-chan iSt H lil pour instruire les habitants du pays. Au bas du pic, on voit encore la terrasse dite de "l'Ascension vers l'Ouest", Si cheng t'ai W ^ "a • et le temple de "la Sainte Face", Chengyong tien 0 ^ JE^- De là, ils entreprirent un voyage aux quatre mers. Ils firent l'ascension du mont sacré du centre, des montagnes de Koen-luen ^ ^. et arrivèrent au temple de Kiong-hoa Jg ^.
Partout les génies venaient en [ouïe leur présenter leurs hommages, les escorter et demander leurs instructions.
Lao-tse et son compagnon commencèrent la visite des neuf cieux.
l'' Ciel: Pouo-Ii-t'ien •(j^ jflj ^.
Le souverain de ce ciel vint au devant d'eux. Il était assis sur un char de nuages aux neuf vertus, de nuance rouge doux passé, surmonté du parasol des sept premiers feux de l'aurore. Il portait à la main son fouet chasse-démons; Yu-tong ï Ie, Yu-niu 3i -{^ et !)().()()0 personnes formaient son escorte. Il invita Lao-tse dans son palais du "Grand avtiir". et le pria de bien vouloir l'instruire.