‹ Recherches sur les variations de la fragilité leucocytaire dans le cours de certaines maladiesChapitre 5 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La physiologie des globules blancs, qui s'enrichit chaque jour de données nouvelles, n’a cessé d'attirer sur eux l'attention des hématologistes.

Tandis que les globules rouges, qui en imposent tout d’abord par leur nombre, ont pour toute fonction de véhiculer l’hémoglobine, le leucocyte est le principal gardien de l'organisme. Il est merveilleusement adapté à cette importante fonction. Doué de mouvements amiboïdes, il peut se déplacer, guidé qu'il est dans ses déplacements par le sens du tact. C’est avec les leucocytes que les expériences de chimiotaxie ont été surtout concluantes.

Ils ont une action très importante dans l'assimilation des substances nutritives qu'ils transportent jusque dans les parties les plus reculées des tissus. A la suile des travaux de l'Ecole pasteurienne et de Metchnikoff, nous devons aux recherches de J. Carles de connaitre leur importance dans l’absorption des médicaments et dans l'élimination des substances étrangères à l'organisme : corps inertes ou cellules vieilles des divers tissus. Par Borrel et Metchnikoîf nous savons qu'ils jouent un rôle dans l'absorption des toxines,

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Les recherches de Ranvier nous ont permis de connaitre la transformation curieuse des leucocytes en cellules fixes. Arrèlés dans les mailles du tissu conjonctif, ils y forment des éléments énormes à longs pseudopodes simples ou ramifiés qui ont été appelés clasmatocytes. Si une irritation se produit, ces éléments se transforment à nouveau en éléments embryonnaires, reprennent leur forme primitive et même leur mobilité.

Là ne s'arrêtent point leurs fonctions : ils sécrètent et livrent au plasma sanguin, qui les répand dans l'organisme, le ferment coagulant du sang ou plasmase, un ferment glycolytique, une oxydase, une protéase et une lipase. 11 est probable, d'après les travaux récents, qu'ils produisent encore des substances bactéricides : les lysines, les alexines ; qu'ils sécrètent des anticorps, des antitoxines. Et encore on n’a sûrement point pénétré tous leurs secrets.

L'importance de ces sécrétions est grande, elle a fait mériter aux leucocytes le terme, dù à Ranvier, de « glandes unicellulaires mobiles ».

Placés dans le plasma sanguin dont ils suivent l'impulsion, les leucocytes en subissent les influences. Ils réagissent aux toxines qu’il charrie, cherchent à les neutraliser; mais souvent aussi, vaincus par elles, leur protoplasma et leur noyau subissent des modifications, puis sont détruits.

Comme les globules rouges, ils sont modifiés par la concentration moléculaire des solutions salines dans lesquelles on les place. Ils diminuent de volume dans les solutions hypertoniques et augmentent de volume dans les solutions hypotoniques.

Nous avons tenu à résumer en quelques mots brefs la physiologie des leucocytes, afin de justifier pleinement l'importance que les hématologistes leur ont donnée dans leurs recherches. Gardiens les plus vigilants de l'organisme, ils ont été considérés comme la pierre de touche de ses réactions de défense. Aussi la liste est-elle longue des travaux qui ont été entrepris à leur sujet.

Les premières recherches ont porté surtout sur leur morphologie. Virchow (1853) distingue des formes grandes et plurinucléées et des formes petites et mononucléées.

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Max Schultze (1865) décrit quatre variétés.

Après les travaux de Ranvier et d'Hayem, Ehrlich (1878) pousse encore plus loin la différencialion, il se sert des granulations comme base, il décrit :

1° Les globules blancs sans granulations.

Lymphocytes, Mononucléaire moyen, Grands mononucléaires.

2° Les leucocytes à granulations ;

a) Polynucléaires à granulations neutrophiles. b) » » éosinophiles.

c) » » basophiles.

Nous ne prolongerons pas plus longtemps cette étude, elle n'a point sa véritable place dans notre travail ; nous avons tenu à l'indiquer sommairement, car celte description d'Ebrlich a servi de base à tous les travaux de description morphologique qui ont été faits jusqu’à nos jours et ils sont nombreux.

Étudiés d’abord d’une façon analytique, les leucocytes ont été considérés dans leur groupement; on a établi ce que l’on a appelé des formules leucocytaires.

Les variations du nombre des leucocytes et du pourcentage de leurs diverses variétés ont été suivies dans les divers états physiologiques: âge, alimentation. L'action de l’état de jeûne ou d'alimentation sur les leucocytes est à retenir par nous, car dans l'étude que nous nous sommes proposée il nous faudra

grandement en tenir compte, des causes d'erreur pouvant naitre de ce chef.

En dehors des états physiologiques, les variations de la formule leucocytaire ont été étudiées dans les états pathologiques. Simple hyperleucocytose dans les suppuralions, certaines maladies infectieuses aiguës et surtout la pneumonie, ou au contraire hypoleucocytose comme dans la fièvre typhoïde, la rougeole, le paludisme. De nombreux auteurs, parmi lesquels Besançon, Sabrazès, Courmont, ont décrit pour de nombreuses affections quelle était la forme de leucocytes qui dominait, à tel point que la clinique en a largement bénéficié et que ces

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recherches sont d’un précieux secours dans certains diagnostics.

Là se bornent à peu près nos connaissances sur les globules blancs, si, comme nous venons de le voir dans cet aperçu que nous avons voulu faire le plus bref possible, l'étude des variétés morphologiques des leucocytes et de leurs groupements a été poussée, pourrait-on dire, dans ses retranchements les plus éloignés, leur valeur intrinsèque a semblé être l'objet de beaucoup moins de préoccupations. La bibliographie sur ce point est d'une brièveté qui étonne, la plupart des auteurs s'étant bornés à constater que dans certains cas la forme des divers leucocytes se trouvait altérée et que le noyau et le protoplasma se laissaient plus ou moins colorer par tel ou tel réactif.

Les importantes fonctions des leucocytes dans l'organisme méritent mieux qu'une pareille indifférence à l'égard de leur vitalité ; aussi, à l'invitation de M. Jacques Carles et de M. P. Mauriac, avons-nous tenu à apporter notre modeste concours à une si intéressante question.

IL est d'autant plus étonnant qu'on se soit ainsi désintéressé de la vitalité des globules blancs, que, dans ces dernières années, des études d’un ordre semblable se sont multipliées à l'égard des globules rouges. On a longuement suivi les variations de la résistance des hématies sous l'influence de l'hypertonicité ou de l’hypotonicité du plasma, de sa toxicité. On a vu quelle action pouvaient avoir sur elles certaines maladies. De ces recherches est née une conception nouvelle d’une variété d’ictère : l'ictère hémolytique. L'étude des hémolysines en pathologie a été l'objet de longues discussions aux Congrès de médecine de 1911 et a inspiré depuis de nombreux travaux.

Une semblable altention ne s’est point portée sur la vitalité des leucocytes, aussi cette étude nous a-t-elle particulièrement tenté. Nous nous sommes proposé de faire subir aux leucocytes une épreuve réglementée dans ses moindres détails, qui permette d'apprécier de la façon la plus précise possible leur pouvoir de résistance vis-à-vis de forces destructives toujours les mêmes.

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