‹ Recherches sur Molière et sur sa familleChapitre 51 sur 165 · Documents n~ XXIX et XLII, cote quatre · texte numérisé non relu

Documents n~ XXIX et XLII, cote quatre

% Supplément axix diverses éditions des OEuvres de Molière^ 1825, in-8.

la validité de l'acte de mariage de Molière publié par Beffara. Il serait bien long et bien inutile de reprendre ici la discussion soutenue à ce sujet par M. de Fortia contre M. Taschereau% qui avait judicieusement adopté, dès le principe, les découvertes de Beflfara. Il suffît, pour terminer cette discussion, de donner le texte de Tacte inutilement cherché chez un notaire nommé Le Pin ou Le Fouin, et qui se trouvait chez le successeur de Pain.

Madeleine Béjard conservait dans ses papiers « un écrit signé Rocquemartene, daté du 7 janvier 1662, contenant le soussigné avoir reçu pour et au nom de M. de Modène, de Daniel Brillard^, chapelier, la somme de mille livres pour employer aux affaires dudit sieur de Modène et promis ledit faire rendre par ledit sieur de Modène, ou de payer de ses propres deniers, dans le temps de deux mois prochains •. » Il est bien évident que c'était Madeleine qui avait rendu cette somme au créancier de M, de Modène , puisque la pièce constatant le prêt se trouve entre ses mains. Six autres pièces relatives à deux créances de M. de Modène, l'une de trois mille livres, l'autre de deux mille, sont aussi gardées par Madeleine Béjard *; dans un de ces actes, daté du 10 août 1671, elle est désignée comme ayant pris pour prête-nom un sieur Romain Toubel. Toutes ces affaires d'intérêt, dont il serait difficile decherdier à percer l'obscurité, servent pourtant à comprendre que «messire Esprit de Raimond, marquis de Modène, » et Madeleine Béjard aient tenu sur les fonts de baptême, le 4 août 1665, Esprit-Madeleine Poquelin, fille de Molière*. C'est en octobre 1666 seulement que M. de Modène contracta un second

1. Lettre à M. le marquis de Fortia âHJrhaxi, en réponse à ses dissertations sur Molière et sur sa femme j 1824, in-8.

2. Le 29 novembre 1661, Molière tient sur les fonts de baptême une fille de Marin Prévost, bourgeois de Paris, et d'Anne Brillart; le 16 février 1664, Louis Béjard, et la femme de Molière, sont parrain et marraine de Orésinde-Louise, également fille de Marin Prévost et d'Anne Brillart. {Beffara, page 20.)

3. Document n<> XLII, cote six. — 4. Idem, cote trois. 5. Dissertation sur Molière j par Beffara, page 15.

mariage avec Madeleine de THermite de Souliers, fille de son ancien ami Jean-Baptiste de l'Hermite et de Marie Courtin de la DehorsS à qui Madeleine Béjard avait acheté la grange de la Souquette. Esprit de Raimond ne survécut pas longtemps à son ancienne maîtresse, qui était devenue son aoiie et avait le soin de ses affaires embarrassées; il mourut le !•' décembre 1672.

Les autres papiers de Madeleine Béjard sont relatifs à l'obligation soiuBcrite à son profit, en 1655, par un receveur des tailles de Montélimart *, dont il a été parlé à Tépoquedu séjour de la troupe de Molière dans le midi de la France, et à des sommes prêtées par Madeleine à un avocat en parlement et à Louis Bertelin, sieur de Lisle^ Tous ces papiers restèrent entre les mains de la légataire; et le 19 mars 1672 l'argent trouvé chez Madeleine fut remis, suivant ses dernières volontés, à Pierre JMignard, excepté la somme de deux cents livres retenue par Molière et sa femme « pour être employée aux dépenses menues et plus pressantes, faites et à faire au sujet du décès de ladite défunte. »

La mort de Madeleine Béjard fut presque immédiatement suivie de celle de son beau -frère, Léonard de Loménie. Geneviève, bien qu'âgée de quarante-huit ans, ne tarda pas à se remarier avec Jean-Baptiste Aubry, paveur des bâtiments du Roi, qui prenait le titre de sieur des Carrières. Par son contrat de mariage*, Geneviève apporte à la future communauté le « contenu en l'inventaire qu'elle a fait faire à sa requête après le décès dudit défunt son mari », plus le quart d'un terrain situé dans le faubourg Saint-Antoine et quatre cents livres de rente viagère qui lui avaient été léguées par sa sœur Maddeine; elle stipule en outre que c Jean-Baptiste de Loménie, fils d'-elle et dudit défunt, sera nourri, instruit et en-

1. J'ai trouvé Tindication de leur contrat de mariage dans l'étude de M. Emile îozofn, sur le répertoire ^u notaire Moufle qui a rédigé le testament et dressé l'inventaire de Madeleine Béjard.

2. Document n« XLII, cote deux. — 3. Idem, cotes une et cinq. 4. Document n" XLIV.

tretenu aux dépens de ladite communauté jusquesàTÂge de quinze ans, sans lui en faire payer aucune chose. » Les père et mère du futur époux « pour les services qu'il leur a rendus et leur rendra en l'exercice de paveur des bâtiments du Roi et autres ouvrages toisés, et écritures qu'il a faites et fait encore à présent » lui garantissent cinq cents livres par an, « pendant qu'il travaillera, par forme de pension, nourriture et entretenement. » Les témoins d'Aubry sont ses parents, deux officiers de la maison du duc d'Orléans et un garde de la prévôté de l'hôtel ; Geneviève est assistée de son beaufrère Molière, et de son frère Louis qui, depuis sa retraite du théâtre, prenait le titre d*ingénieur du Roi. Armande Béjard ne figure pas dans ce contrat ; elle aussi devait se remarier quelques années plus tard, mais cette réflexion n'est pas la seule que fait naître l'acte passé le 15 septembre 1672 chez le notaire Jean Levasseur. Son étude réunissait ce jour-là quatre personnes qui s'étaient rencontrées, vingt-neuf ans auparavant, dans des circonstances bien différentes. Le père du futur époux était ce Léonard Aubry employé, dès leurs débuts, par les associés de l'Illustre Théâtre*, et qui ensuite s'était porté caution de Molière pour le faire sortir du grand Châtelet * ; Molière et Geneviève, les seuls survivants de l'ancienne troupe, s'alliaient avec celui qui les avait secourus dans leur détresse, et le notaire Jean Levasseur qui, dès cette époque, avait prêté son concours lors des marchés et des emprunts faits dans les moments de crise ', rédigeait encore le contrat de mariage de Geneviève Béjard. Le même notaire, après avoir vu les commencements du jeune Poquelin, comédien obscur, pauvre et prisonnier, allait être appelé bientôt à inventorier les biens du poëte qui depuis avait rendu immortel le nom de Molière.

t. Document n» IX. — 2. Documents n«» XX et XXII.

3. Documents n- IX, X, XII, XIII, XIV, XV,. XVI, XXIÎ et XXIII.

Molière va demeurer rue Richelreu ; sa mort ; le confesseur de Molière et de Léonard de Loménie. — Enterrement de Molière. — Tutelle de sa flUe mineure. — Intérieur de Molière ; ses servantes ; sa chambre ; son appartement de parade ; ses habits de théâtre ; ses tableaux ; son argenterie ; son appartement d'Auteuil. — Bibliothèque de Molière; ses papiers de famille et d'affaires ; ses nombreux prêts d'argent. — La veuve de Molière quitte la rue Richelieu pour demeurer au faubourg Saint-Germain. — Troupe de l'hôtel Guénégaud. — Exécution du testament de Madeleine Béjard. — Mort de Geneviève Béjard.

En quittant la maison de la rue Saint-Thomas-du-Louvre qu'il occupaitavec Madeleine Béjard,Geneviève et son premier mari Léonard de Loménie, Molière était allé demeurer provisoirement rue Saint-Honoré ; la mort de Madeleine Béjard et le second mariage de Geneviève le laissaient libre de se créer une installation en rapport avec sa position et sa fortune. Il ne tarda pas à louer la plus grande partie d'une maison appartenant à un tailleur nommé René Baudellet, qui remplissait chez la Reine le môme office de valet de chambre que Molière avait auprès du Roi. La maison de Baudellet, située rue Richelieu, sur la paroisse de Sainl-Eustache, se composait d'un rez-de-chaussée sur caves, de trois étages avec entresols et de greniers. Molière prend les premier et second étages, quatre entresols, et les dépendances consistant en caves, cuisine au rez-de-chaussée , écurie (dans laquelle le propriétaire se réserve la place d'un cheval), remise de carrosse, communauté de la cour, puits, etc.; le tout moyennant treize cents livres de loyer par an. Le bail est signé le

26 juillet 1672 par Molière dans son logement d'Auteuil et par sa femme « en leur demeure à Paris *. » C'est dans cette maison que naquit, le !•' octobre suivant, le second fils de Molière, tenu sur les fonts de baptême par Pierre Boileau-Puymorin, frère de Boileau-Despréaux , et par Catherine Mignard, depuis comtesse de Peuquières. Cet enfant ne vécut que onze jours et fut inhumé le 12 octobre 1672 « dans l'église de Saint- Eustache, en présence de Boudet et Aubry, ses oncles*. »

Le vendredi 17 février 1673, Molière rapporté chez lui après la quatrième représentation du Malade imaginaire qu'il avait eu peine à achever, expirait dans la maison de Baudellet'. C'est encore dans une pièce signée du notaire Levasseur, et sans doute rédigée par lui, que se trouve le récit le plus saisissant et le plus vrai des derniers moments de Molière. La requête présentée à Tarchevêque de Paris, au nom de la veuve de Molière, par son beau-frère Aubry et par le notaire de la famille*, constate que, sur les neuf heures du soir, Molière s'étant trouvé mal de la maladie dont il décéda environ une heure après « voulut dans le moment témoigner des marques de repentir de ses fautes et mourir en bon chrétien, à Teflfet de quoi, avec instances, il demanda

L Document n*» XLIII.

Page 1