CHAPITRE IV
GÉNÉRALISATION DES PROPRIÉTÉS DK L'URANIUM. RECHERCHES
PHYSIQUES AVEC LES PREMIÈRES PREPARATIONS RADIOACTIVES
§ i . — Nouvelles substances actives.
La faible intensité du rayonnement de l'uranium est la cause pour laquelle les phénomènes dont il vient d'être question sont restés si longtemps ignorés. Dès que mes premières expériences les eurent mis en évidence, il ne me sembla pas douteux que ces propriétés de l'uranium ne devaient pas être l'apanage exclusif de ce métal et qu'elles devaient se manifester à des degrés différents dans d'autres corps de la nature. Mais comme le rayonnement nouveau venait d'être reconnu avec l'uranium, il ne semblait pas probable, a priori, que l'activité des autres corps connus dût être notablement plus grande, et la
recherche de la généralité du phénomène nouveau me parut alors moins urgente que l'étude physique de sa nature.
La voie dans laquelle j'avais concentré mes recherches, ne devait pas être, à cette époque la plus féconde pour les progrès de la question.
D'autres expérimentateurs recherchèrent si d'autres corps présentaient des propriétés analogues à celles des composés de l'uranium. En 1898, M. Schmidt ( 1) trouva que les composés du thorium constituaient un autre groupe de composés actifs dont l'intensité était du même ordre que celle du groupe de l'uranium. Presque en même temps (12 avril 1898) Mme Curie (a) reconnut indépendamment de M. Schmidt l'activité du thorium. Mme Curie mesurait l'intensité du rayonnement par le courant transmis au travers de l'air ionisé, comme je l'avais fait pour l'uranium, mais en appliquant à la détermination de ce courant une méthode de mesure absolue indiquée antérieurement par M. Curie à la suite de ses recherches sur la piezo-électricité. Divers composés de presque tous les corps simples alors connus furent examinés dans ce travail, et Mrne Curie reconnut d'abord que tous les corps qui se montrèrent actifs contenaient, soit de l'uranium, soit du thorium. Les valeurs numériques trouvées pour l'activité relative de l'uranium et du sulfate double d'uranyle et de potassium sont, du reste, presque identiques à celles que j'avais obtenues en 1896.
(1) Wiedemann. Annalen, t. LXV, p. 141.
(2) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. CXXVI, p. 1101
SUR UNE PROPRIÉTÉ NOUVELLE DE LA MATIÈRE. loi
Le nombre -2,3. io-11 ampères donné par Mme Curie pour l'uranium est pratiquement identique à eelui que j'ai indiqué plus haut, comme se déduisant de mes expériences avec une sphère d'uranium polie.
Le nombre de Mmo Curie est relatif à une surface granuleuse de 5o centimètres carrés (5ocq,9,6). Si Ton tient compte de ce fait qu'une surface formée de plusieurs couehes de sphères égales est égale à celle de sa projection
Itipliée par ( i + y )= 1,785, on reconnaît l'identité
mu
des deux valeurs