CHAPITRE VII
EXPERIENCES DIVERSES RELATIVES AU RAYONNEMENT DE L'URANIUM ET DU RADIUM
§ i . — Emission du rayonnement 'pénétrant de l'uranium à la température de l'air liquide.
On a vu, au commencement de ce mémoire (page 67), que l'émission du rayonnement de l'uranium ne subissait pas de variation notable entre — 20°et + 1000. Je me suis proposé ultérieurement de compléter mes premières observations et (1) d'étudier cette émission à la température de l'air liquide; mais cette expérience, en raison des phénomènes d'absorption qu'elle présente, n'a pu être exposée en même temps que les expériences précédentes qui s'appliquaient au rayonnement total.
L'expérience était disposée de la manière suivante : un cylindre de cuivre vertical, de 63 millimètres de diamètre et de 87 millimètres de hauteur, est entouré d'un manchon
(1) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t CXXXIII, p. 199 (22 juillet 1901) et p. 980 (9 déc. 1901).
plein d'eau qui maintient la température intérieure constante; il est fermé à sa partie inférieure par une feuille très mince d'aluminium battu. A l'intérieur, dans l'axe du cylindre, est disposée une tige métallique portant un petit plateau de cuivre horizontal et distant de 4^ millimètres du fond; la tige est isolée et reliée à la feuille d'or d'un électromètrë de Hankcl très sensible. Le cylindre, isolé lui-même, est maintenu à un potentiel constant par une pile à eau, zinc et cuivre, qui, suivant les expériences, a varié de 4o à 5o éléments. Cet appareil diffère peu de celui qui est représenté fîg. 10, page y 3.
On a placé alors sous l'appareil, à une distance de i3 millimètres du fond, le disque d'uranium métallique de 67 millimètres de diamètre dont il a été question au commencement de ce travail.
Dans ces conditions, la température ambiante étant de ;/|",8, le système isolé se chargeait et le courant dû à l'ionisation de l'air par l'uranium élevait le potentiel du système isolé de ov,io8 par seconde.
Le courant a pour mesure le produit de la capacité par la variation du potentiel exprimée en volts par seconde. Pour abréger, dans ces expériences et dans celles qui vont suivre, nous donnerons seulement la valeur de la variation du potentiel en une seconde comme mesure relative du courant.
Le disque reposait sur le fond d'une boîte plate de carton, ouverte : on a alors versé sur le métal de l'air liquide jusqu'à ce que celui-ci fût en excès dans la boîte et se maintînt en ébullition. A mesure que la température baissait, on voyait la vitesse de la charge de l'électro-
SUR UNE PROPRIÉTÉ NOUVELLE DE LA MATIERE. ifô
mètre se ralentir et quand l'uranium eut atteint la température du liquide bouillant, le courant produit par l'ionisation fut réduit à moitié.
L'air froid se déversait tout autour de la boîte de carton éloignant l'air humide, de sorte qu'il n'y eut de précipitation de vapeur d'eau sur le disque qu'à une période ultérieure du réchauffement. Lorsque le disque en se réchauffant eut atteint la température de fusion de la glace, le courant correspondait à une charge de ov,og() par seconde. A l'intérieur du cylindre la température de l'air n'avait pas sensiblement varié.
Le tableau suivant résume les nombres obtenus.