‹ Recherches sur une propriété nouvelle de la matièreChapitre 49 sur 86 · EN CE : 2 MINUTES · texte numérisé non relu

EN CE : 2 MINUTES

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Les nombres obtenus à un an de distance sont tout à fait du même ordre de grandeur que ceux qui avaient été obtenus au moment où la paraffine venait d'être fondue. L'effet augmente avec la durée pendant laquelle la paraffine a été soumise à l'influence du ravonneinent du radium.

On a observé également qu'après avoir introduit le radium, le potentiel qui augmentait rapidement d'abord, avec une vitesse de ov, J20 par exemple, ne tardait pas à devenir constant, et se fixait à la valeur de 25 volts. Ce maximum montre que la partie du rayonnement du radium qui traverse toutes les enveloppes de l'appareil produit sur l'air entourant les conducteurs isolés une ionisation suffisante pour provoquer une déperdition; pour le potentiel de aovolts cette déperdition compense le courant produit par l'ionisation de la paraffine entre le cylindre central et le cylindre de cuivre au potentiel de 200 volts. Si le potentiel de ce cylindre est moindre, le courant est également moindre, car ces potentiels sont inférieurs à ceux qui sont nécessaires pour obtenir le courant de saturation avec des matières très actives. Dans ce cas la déperdition provoquée à l'extérieur par le rayonnement du radium compense le courant pour un potentiel bien moindre ainsi que cela avait été observé dans les premières expériences.

Cette perturbation s'oppose à une mesure du courant de charge pendant que le radium est à l'intérieur de l'appareil; il eût fallu, en outre, comme il vient d'être dit plus haut, porter le potentiel du cylindre de cuivre à une valeur plus élevée pour créer un champ électrique capable d'atteindre le courant de saturation.

Lorsque le radium est retiré de l'appareil, la perturbation n'existe plus et le champ électrique est suffisant pour atteindre la saturation avec la faible ionisation persistante. L'expérience prouve que le courant est le même lorsque le cylindre extérieur est, soit à joo volts, soit à 200 volts. Pour éviter toute action sur l'air ambiant, le

radium, dès qu'il était retiré de l'appareil, était transporté dans une autre pièce du laboratoires.

Les courbes qui représentent les nombres ci-dessus ont l'allure de branches d'hyperboles.

On sait que les lois théoriques et expérimentales de la mesure de la vitesse de recombinaison des ions gazeux conduisent à des formules représentées par des branches d'hyperboles. Les nombres du tableau précédent ne sont pas assez précis pour que l'on puisse en déduire des conséquences théoriques relatives aux propriétés de la paraffine ionisée. On peut cependant les considérer comme mettant nettement en évidence la conductibilité acquise par la paraffine sous l'influence du rayonnement pénétrant du radium. On devra tenir compte de cette conductibilité dans les expériences où la paraffine, employée comme isolant, est traversée par le rayonnement étudié.

L'analogie de ce phénomène avec celui que manifestent tous les diélectriques traversés par les rayons X, conduit à penser que le rayonnement du radium produit des effets du même ordre au travers de tous les diélectriques solides, comme au travers des diélectriques liquides et gazeux.

§ 4. — Action physiologique du rayonnement du radium sur la peau et sur les graines.

Les rayons du radium agissent énergiqueinent sur la peau. Les opérateurs qui manient les produits actifs ont éprouvé sur les mains diverses actions. Les mains ont une tendance générale à la desquamation. Les extrémités des doigts qui ont tenu les tubes ou capsules renfermant les

produits actifs deviennent dures, blanches et parfois très douloureuses. J'ai éprouvé ainsi une inflammation des extrémités des doigts des deux mains qui a duré une quinzaine de jours et s'est terminée par la chute de la peau; la sensibilité douloureuse a persisté pendant plus de deux mois.

En dehors de ces effets, on a observé des brûlures plus sérieuses. Les premières observations de ce genre ont été faites par M. Walkoff (i), et par M. Giesel (2). M. Curie a expérimenté sur lui-même (3) cette action destructive de la peau et Mme Curie a eu également à en subir les effets.

Je rapporterai ici seulement l'observation qui m'est personnelle. M. Curie avait mis à ma disposition, en vue d'une conférence, quelques décigrammes de chlorure de baryum radifère très actif (activité 800000 fois celle de l'uranium dans l'appareil de M. Curie). La matière était enfermée dans un tube de verre scellé et occupait un volume cylindrique ayant environ 10 à «5 millimètres de hauteur sur 3 millimètres de diamètre. Le tube enveloppé de papier était contenu dans une petite boite de carton. Le 3 et le 4 avril 1901, cette boîte a été placée à plusieurs reprises dans un coin d'une poche de gilet du côté droit pendant une durée totale qui peut être évaluée à six heures. Le rayonnement était assez intense pour exciter vivement, au travers de la boîte de carton et des vêtements, la

(1) Walkoff. Photogr. Rundschau, oct. 1900.

(2) Giesel. Berichte der Deutsch chemischen Gesellschaft, t. XXXIII, p. 3569.

(3) H. Becquerel et P. Curie. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. CXXXII, p. 1289 (3 juin 1901).

phosphorescence d'un écran de platinocyanure de baryum appliqué à l'extérieur contre un paletot, et même pour provoquer au travers du corps une très légère phosphorescence de cet écran.

Le i3 avril, sans avoir ressenti aucune douleur, je m'aperçus que le rayonnement au travers du tube de verre, de la boîte et des vêtements avait produit sur la peau une tache rouge; celle-ci devint plus foncée les jours suivants, marquant en rouge la forme oblongue du tube et affectant une forme ovale de 6 centimètres de long sur 4 centimètres de large. Le it\ avril, la peau tombait, puis la partie la plus attaquée se creusa en se mettant à suppurer. La plaie fut soignée pendant un mois avec du liniment oléo-calcaire comme une brûlure ordinaire; les tissus mortifiés furent éliminés, et le 11 mai, c'est-à-dire quarante-neuf jours après l'action des rayons, la plaie se ferma laissant une cicatrice dans la région qui marquait la place du tube; dans toute la région attaquée la peau a subi une altération complète, qui, au bout de deux ans, est encore très marquée, figurant une partie plus blanche parsemée de marbrures rouges.

Pendant qu'on donnait des soins à cette brûlure on vit apparaître, le i5 mai, une seconde tache rouge oblongue en regard de l'autre coin de la poche de gilet où avait été placée la matière active. L'action remontait soit à la même date que plus haut, soit vraisemblablement au 1 1 avril, mais elle avait été de courte durée, une heure au plus. L'érythème apparaissait donc trente-quatre jours au moins après l'action excitatrice; l'inflammation se développa présentant l'aspect d'une brûlure très superfi-

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ciellc. Le 26 mai, la peau commençait à tomber; soignée comme la première, cette brûlure guérit rapidement en ne laissant sur la peau qu'une coloration brune et quelques filets rouges qui persistent encore au bout de deux ans.

Dans l'intervalle de ees observations, les 10, i i et ta avril, à l'occasion d'une conférence faite à Rotterdam, la même matière active, enfermée dans un tube de plomb dont les parois avaient environ 5 millimètres d'épaisseur, et placée dans une poche de gilet, de l'autre côté, n'a paru produire aucune action.

L'année suivante, entre le 5 mars et le 1 \ mars, j'ai transporté à Londres, Cambridge et Manchester, dans un tube en plomb dont les parois avaient 5 millimètres d'épaisseur, un tube de verre scellé contenant, comme précédemment, quelques décigrammes de chlorure de radium extrêmement actif, en avant soin de ne pas conserver le tube sur moi lorsque cela n'était pas nécessaire. Ce tube avait été placé dans une poche de gilet du côté gauche. Le temps total pendant lequel le tube a séjourné dans la poche peut être évalué à une quarantaine d'heures. 11 n'y a pas eu de brûlure, mais quelques semaines plus tard on a constaté une légère coloration brune de la peau sur une assez large étendue, coloration qui n'a pas entièrement disparu au bout d'une année.

11 est peu probable que eette action soit due aux rayons très pénétrants filtrés par le plomb. 11 semble plutôt qu'elle ait été produite par les rayons secondaires émis par le plomb. On aurait arrêté ces derniers en mettant le tube de plomb dans un tube en verre.

Il est à remarquer que, dans la brûlure profonde qui a

été décrite plus haut, la peau seule a été attaquée dans toute son épaisseur; les muscles et les organes sousjacents n'ont pas été atteints.

Dans un récent travail (i), M. Danysz a constaté des résultats analogues; au bout de 24 heures Tact ion d'un tube de verre contenant un produit très actif placé sur la peau d'un animal provoque une destruction complète de l'épiderme et du derme. En maintenant le tube pendant 48 heures ou même plus longtemps, il ne se produit pas de plaie plus profonde. Les tissus conjonctif et musculaire sous-jacents ne sont pas atteints. Les rayons pathogènes sont absorbés par la peau, et les autres tissus sont moins sensibles. En plaçant le tube actif sous la peau on n'obtient qu'une réaction relativement très faible dans l'épiderme, et aucun effet sur les tissus conjonctif et musculaire environnants. Les intestins et les muqueuses sont très peu sensibles.

Au contraire, le système nerveux est beaucoup plus sensible que l'épiderme; l'action du rayonnement amène rapidement des lésions qui provoquent la paralysie et la mort des animaux. Les centres nerveux sont efficacement protégés par la boîte crânienne, c'est-à-dire par le tissu osseux, tandis que le tissu cartilagineux des jeunes sujets ne s'oppose pas à l'action du rayonnement. On doit en conclure que les ravons pénétrants sont peu actifs, et que les effets sont produits par les rayons très absorbables.

Je rappellerai encore les recherches de MM. Aschkinass et Gaspari relatives à Faction du rayonnement nouveau

(1) Comptes rendus de V Académie des Sciences, t. CXXXVI, p. 461 (16 février 1903).

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sur les bactéries (i). Certaines espèces sont arrêtées dans leur développement; les rayons les plus absorbables sont les plus actifs; une épaisseur d'aluminium de omm,ooi suffit pour diminuer nettement leur action sur une culture. M. Danysz est arrivé à la même conclusion. Toutes les espèces sont arrêtées dans leur développement et quelquesunes comme le charbon peuvent être tuées dans certaines conditions. Des larves d'insectes peuvent également être détruites, et il semble que dans ce cas ce soit le système nerveux qui soit le plus atteint.

Je mentionnerai aussi des expériences faites à mon laboratoire par M. Matout (2), sur la germination de graines exposées au rayonnement du radium avant d'être plantées. Les expériences ont porté sur des graines de cresson alénois et de moutarde blanche. Des graines en nombre égal étaient disposées sur une seule couche au fond de deux petits cylindres de papier fermés par une mince feuille de papier. L'un des cylindres était exposé au rayonnement du radium, l'autre servait de témoin.

Une exposition de '>1\ heures n'a pas sensiblement modifié les graines; mais en prolongeant l'exposition pendant une semaine ou même davantage, on a obtenu ce résultat qu'aucune des graines exposées au rayonnement du radium et plantées ultérieurement n'a germé, tandis que les autres ont germé en moyenne dans la proportion de huit sur dix.

Le rayonnement du radium a donc altéré la graine au point de détruire la faculté de germer.

(1) Arch. fur die Ges. Physiol. Bd. 86, 1901.

(2) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. CXXXIII, p. 712.

§ 5. — Spinthariscope de Sir W . Crookes.

SirW. Crookes a disposé récemment ( i ) une très curieuse expérience. Un grain d'un sel de radium est fixé à l'extrémité d'un fil métallique, à un demi-millimètre environ d'un écran de sulfure de zinc phosphorescent; en regardant l'écran avec une loupe, l'œil aperçoit sur l'écran une véritable pluie de points lumineux, qui apparaissent et disparaissent continuellement donnant à l'écran l'aspect d'un ciel étoile. Les points brillants sont plus rapprochés dans les régions qui sont les plus voisines du grain de radium, près duquel la lueur paraît continue. Le phénomène n'est pas altéré par un courant d'air, et se produit dans le vide; il disparaît si, entre la source et la matière phosphorescente, on interpose un écran, même très mince.

Ce fait a conduit Sir W. Crookes à penser que l'effet était produit par les rayons a, et que chacun des points lumineux était le résultat du choc d'un électron isolé.

Dans cette manière de voir, l'appareil, auquel Sir W. Crookes a donné le nom de Spinthariscope , révélerait une discontinuité dans l'émission des rayons a, et l'action individuelle d'un électron. Cependant cette conclusion ne peut encore être acceptée sans réserves, car MM. Elster et Geitel (2), après avoir répété l'expérience avec l.i blende hexagonale, n'ont pas revu le phénomène avec une autre matière phophorescente.

(\)Proc. Roy. Soc, t. LXXI, p. 405 (19 mars 1903). Electrician(3a\ï'ù 1903), (2) Pln/sikalische Zeitschrift, IV, p. 439 (27 mars 1903).

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