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Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de Marseille

Monsieur le professeur Marion, dans un travail publié en 1883, Esquisse sur la Topographie zoologique du golfe de Marseille, nous fait connaître d’une manière générale la faune de cette partie des côtes méditerranéennes de la France.

Attaché depuis longtemps à son Laboratoire, nous avons entrepris de faire sur ses conseils une étude zoologique détaillée d’un des grands groupes de la classe des mollusques Gastéropodes.'

Le groupe des Opistobranches nous a paru être celui qui offrait le plus d’intérêt par les nombreuses variations de formes que présentent les animaux qui le composent, et aussi par l’absence en France de travaux d'ensemble sur ce groupe.

Plusieurs naturalistes ont déjà entrepris des recherches de ce genre sur les mêmes êtres. — M. de Quatrefages a fait connaître, dans un travail publié en 1844, un certain nombre de types nouveaux appartenant à cet ordre. — A peu près vers la même époque, M. E. Blanchard donnait une esquisse de l’organisation de ces mollusques et publiait ensuite une monographie anatomique du anus Spinole.

Plus récemment, un naturaliste niçois, J.-B. Vérany, a poursuivi le même but;

malheureusement ses recherches n’étaient pas terminées lorsque la mort l’a surpris

re

en 1863. Il est regrettable que les observations qu'il avait faites pendant ses explorations des côtes de Gênes et de Nice, n'aient pas été immédiatement collationnées et publiées. L'ouvrage qu’il aurait fait, comme nous avons pu en juger par plus d'une centaine de dessins coloriés originaux que son frère M. l’abbé Vérany, directeur du Musée d'Histoire Naturelle de Nice, a bien voulu nous montrer, aurait été un digne pendant de l’histoire des Céphalopodes de cette région.

En dehors de ces tentatives, nous devons signaler deux Monographies anatomiques de Tectibranches : d’abord celle du Pleurobranche orangé, publiée en 1859 par le savant professeur de la Sorbonne, M. de Lacaze-Duthiers; puis celle de l'Ombrelle de la Méditerranée, par M. G. Moquin-Tandon en 1870.

Ce manque d’études générales sur les Opistobranches de nos côtes, nous a donc engagé à décrire ceux que l’on rencontre dans le golfe de Marseille; nous signalons aussi un certain nombre d’espèces que nous avons prises le long des côtes de Nice ou dans la rade de Villefranche,

Nous ne donnons aujourd’hui que la première partie de nos recherches, celle qui a trait à l'étude des Tectibranches; nous espérons pouvoir publier sous peu la seconde partie qui sera consacrée exclusivement aux Nudibranches.

Dans le présent mémoire, nous ne nous contentons pas de baser nos déterminations spécifiques sur quelques caractères extérieurs de l’animal et de sa coquille ; pour apporter plus de précision dans notre travail, nous avons aussi appuyé nos déterminations sur des caractères internes, faciles à observer, tels que la structure des mâchoires, de la radula et des pièces stomacales. En cela nous ne faisons que suivre l'exemple de plusieurs de nos devanciers, MM. Bergh, G.-O. Sars, Meyer, Mobius, Trinchese.

L'organisation de beaucoup de Tectibranches étant peu connue, nous avons pensé qu'il serait utile de placer à la suite des descriptions zoologiques, quelques détails anatomiques ; nous avons principalement insisté sur l’organisation de ceux quin’avaient encore été l’objet d'aucun travail anatomique spécial, comme | 4p/ysiella Weebbii,le Notarchus punctatus et la Tylodina citrina. Mais, pour un certain nombre d’entre eux, nous renvoyons le lecteur aux travaux précédemment publiés par divers naturalistes ou par nous-même en 1879-80 et 1883.

Le golfe de Marseille est assez riche en Tectibranches; cette abondance est due surtout à la variété qui existe dan la nature des fonds de cette partie du littoral. En effet, aux côtes rocheuses succèdent de grandes prairies de zostères

ou des fonds coralligènes ; puis, à partir d’une profondeur de 60 mètres, s'étendent

/ des sables ou des fonds vaseux. Chacune de ces régions est plus spécialement habitée par telle ou telle espèce.

Depuis plusieurs années, on constate que, sous l'influence des détritus apportés par les égouts de la ville, la faune côtière devient moins riche et que certains types tendent à disparaître de ces points. A cette cause, il faut joindre celle de la création de nouveaux ports dans la partie ouest de Marseille ; sur cette portion du littoral, comme le signale M. le professeur Marion, on rencontrait en 1874-1875 une faune très riche; mais depuis que la jetée, destinée à mettre à l’abri cette partie des ports, est complètement terminée, la vie animale s’est notablement amoindrie.

Ainsi sur ce point, à trois ou quatre mètres, nous trouvions en abondance l’'Æaminea cornea, la Philine aperta, V Aplysia punctata, ainsi que la Doris virescens, le Polycera quadrilineata et de nombreux Eolis, tandis que dans ces deux dernières années 1l nous a été impossible de rencontrer plusieurs de ces mollusques et ceux qui ont résisté deviennent rares.

A cescauses de dépeuplement on peut en ajouter d’autres; ainsi certaines grosses espèces se reproduisent peu et si l’on vient à en faire des pêches répétées, le nombre des individus diminue rapidement. Nous citerons comme exemple à l'appui de notre assertion, l'absence des Urnbrella mediterranea pendant une dizaine d’années après les récoltes que M. G. Moquin-Tandon fit faire en 1868 et 1869 par un grand nombre de pêcheurs pour poursuivre son étude anatomique de ce genre.

Les lectibranches peuvent se prendre dans toutes les saisons; cela ne doit pas nous étonner puisque la plupart d’entre eux habitent des fonds de 6 à 8 mètres et plus, et se trouvent par conséquent, dans une certaine mesure, à l’abri des influences climatériques. Toutefois, c’est du mois d'avril à celui de septembre qu'ils sont le plus abondants.

Quant à leur nourriture, elle est assez variée; certains types sont carnassiers (Scaphander, Philine, Doridium), d’autres omnivores (Gastropteron, Pleurobranchus), quelques-uns complètement herbivores (Aplysia, Notarchus).

Dans notre travail, nous adoptons les divisions établies en 1848 par M. H. Milne-Edwards pour la classe des Gastéropodes. Nous voyons en effet que les deux ordres d'Opistobranches et de Prosobranches sont suivis dans tous les traités de zoologie ou d'anatomie comparée, publiés dans ces dernières années (Gegenbaur, Claus, C. Vogt et Yung, Huxley. ..) ; 1l n’y a guère que quelques ouvrages spéciaux où cette classification des Gastéropodes ne soit pas adoptée.

M. Jhering, dans son grand travail sur l’Anatomie des Nervensystemes und Phy-

ee logénie der Mollusken, à établi la classification suivante. Pour ce naturaliste, les Gastéropodes forment deux groupes ayant des points de départ complètement distincts, le phylum des Arthrocochlidés comprenant les Prosobranches de Milne- Edwards avec les Hétéropodes, et le phylum des Platycochlidés dans lequel nous trouvons avec les Opistobranches, les Ptéropodes et les Céphalopodes.

Nous sommes complètement de l’avis de M. Spengel, qui repousse la classification de Jhering, parce que, d’après lui (1), « la parenté des Prosobranches et des « Opistobranches est indiscutable et que non seulement l’ensemble du système « nerveux, lequel est très semblable dans les deux groupes, empêche d'admettre « une origine séparée, mais aussi les analogies qui existent dans les rapports du « corps de Bojanus et du péricarde. »

M. Jhering signale aussi parmi les Opistobranches quelques exceptions (Gastropteron et Acera)) dans la disposition du cœur par rapport à la branchie ; celleci, d’après le naturaliste allemand, serait placée en avant de l'organe central de la circulation. Mais, comme on le verra plus loin (p. 164), dans nos observations anatomiques sur l’Æcera, ces deux faits sont inexacts; chez ces deux mollusques, aussi bien que chez tous les Opistobranches que nous avons étudiés, le cœur est toujours situé en avant de l’organe respiratoire.

En dehors des grands groupes de M. Milne-Fdwards, nous avons suivi les subdivisions que M. P. Fischer a établies chez les Tectibranches dans son Manuel de Conchyliologie. Pour ce naturaliste, ces mollusques se divisent en trois sous-ordres quisont les Céphalaspidea, les Anaspidea et les Notaspidea ; les Céphalaspidea correspondent aux deux premières familles de Woodward (Tornatellidæ et Bullidæ), les Anaspidea à la troisième du même auteur (Aplysiadæ) et les Notaspidea à la quatrième (Pleurobranchiadæ).

Quant aux Phyllidiadæ, qui formaient la cinquième famille, M. Fischer, se basant sur les derniers travaux dont ces mollusques ont été l’objet, les retire de l’ordre des Tectibranches et les place parmi les Nudibranches, sous la dénomina-

tion d’Inférobranches donnée par Cuvier en 1817.

(1) SPeNGEL. Die Geruchsorgane und das Nervensystem der Mollusken. Zeïtschriff. F. Wissensch. Zool. B. XXXV, p. 371.

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