‹ Recit historiques sur l'ancien pays de LiègeChapitre 13 sur 28 · LA PAIX DES DOUZE · texte numérisé non relu

LA PAIX DES DOUZE

OU

LES AWANS ET LES WAEOUX.

L'administration des villes par Tariâtocratie féodale allait désormais faire place au ^uvemement des communes par les métiers. L'échevinage

même, que les nobles avaient jusqu'alors possédé sans partag-e, finit par tomber entre les muins des bourgeois. Adolphe de la Marck, successeur de Thibaut de Bar, remplaça les échevins morts à la Mal Saint-Martin par des hommes pris dans le commun peuple : » Il transféra le grand sang de la nation dans les métiers, s'écrie douloureusement l'un de nos chroniqueurs, et ainsi disparut peu à peu tout honneur de chevalerie *. u

■ JBàlf D^OUTBIMSUSI.

L'avènement de la bourgeoisie au maniement des affaires publiques fut marqué par d'importantes tentatives d'améliorations sociales : la liberté civile et politique des Liégeois reçut en même temps

une consécration écrite et solennelle par la paix de Fexhe, conclue le 18 juin de l'an 1310. Cette paix célèbre confirma derechef les garanties personnelles mentionnées dans la grande charte d'Albert de Guyck *, elle déclara que les bourgeois ne pouvaient être distraits de leurs jug-es naturels, et que chacun devait être mené par loi et ju^arement des échevins ; elle stipula, en outre, certaines pénalités contre les violateurs de la loi, proclama formellement le grand principe de Tintervention populaire dans Tadministration de FÉtati et décida que le pouvoir législatif résidait tout entier dans la nation * .

// Partant, y est-il dit, que chacun, selon sa condition, est tenu de travailler autant qu'il est en lui à. ce que la chose commune soit réglée et maintenue de manière que tous puissent vivre paisiblement et que les malfaiteurs soient punis, nous réveque et le chapitre, nous les chevaliers et nous les communautés du pays, avons ensemble or-

> La paix de Fexhe a été publiée dans la plupart des reonelle qui ont rapport à rbistoire de Liège. L*origfnal n^existe point aux ArcblTea de la proTince, mais on en trouve des copies fort anciennes dans les registres aux paix et coTtcordats, qui font partie du grand greffe des éciievins. Cette paix est aussi transcrite dans le beau cartulMire dû Sainte^Croix , conservé aux Arobives de TÊtat, à Liège.

donné et ordonnons que les franchises et les anciens usages des bonnes villes et du pays de Liège soient dorénavant maintenus et préservés de

toute atteinte; que chacun soit mené et traité par loi et jiig-ement créchevins ou d'hommes, et pas autrement, excepté les cas appartenant à la hauteur de révêque, à savoir Thomicide et le droit de brûler la maison du coupable.

tt Et afin que cette ordonnance soit mieux observée, nous évêque, et nos successeurs, devons et devrons commander à tous nos officiers, maréchaux, baillis, prévôts, gouverneurs de châteaux, maïeurs, et k tous autres qui tiendront de nous quelque office, et leur ferons jurer, à leur réception, de traiter chacun, par loi et jugement, comme il est dit ci-dessus.

// Et s'il arrivait, puisse-t-il n'arriver jamais! que l'un de ces officiers contrevint à cette ordonnance, c'est-à-dire qu'il menât quelqu'un hors loi et jugement, il sera tenu d'indemniser celui à qui il aura causé préjudice en agissant de la sorte. S'il récidive, nous et nos successeurs devrons le punir selon la gravité de son délit.

Et si nous ou nos successeurs, évêques de Liège, ou notre niambour en cas d'absence, étant requis de la part de celui qui aura souffert le dommage ou par tout autre, néglig-iona de faire réparer Tattentat dans la quinzaine après que la plainte aura été adressée, Toffensé pourra exposer ses griefs à notre chapitre, lequel, en pareil cas, devra incontinent, et sans malengien, nous requérir de

les faire redresser dans la quinzaine suivante^ ou de réparer le tout en fournissant le dommagre à

nos dépens.

// Et si nous ne déferons pas à la requête de notre chapitre dans cette seconde quinzaine^ alors celui-ci se mettra avec le pays contre nous, afin de nous y contraindre de la manière qu'il trouvera la plus convenable, et il enjoindra en même temps à tous les jug'es de cesser leurs fonctions jusqu'à ce que Tatteinte portée à la loi ait été réparée.

M II a été en outre convenu par nous tous que si, en aucun cas, les lois et les coutumes paraissent trop faibles, trop rigoureuses ou trop obscures,

il y sera remédié en temps et lieu par le sem du pays. Il c'est-à-dire, par l'avis et le consentement unanimes des trois ordres de TÉtat, le clergé, la noblesse et la bourgeoisie.

La paix de Pexhe ramena quelques moments de calme d ins nos provinces, mais ils ne furent pas de longue durée. Une rivalité de commerce entre deux villes voisines Tune de Fautre, Dinant au pays de Liège, sur la rive droite de la Meuse, et Bouvigne, sur la rive gauche du même fleuve, dans le comté de Namur, interrompit de nouveau la tranquillité publique ^

La place de Bouvig-ne avait jadis beaucoup plus d'importance qu'à présent, et son château passait même pour une excellente forteresse; du côté de

* Jbah D^OuminviB. — Hocsbm. Joan. Pustma.

la plaine, la ville était entourée d'épaisses murailles, ce qui larendait, en temps de guerre, d'un accès extrêmement difficile. Dinam était aussi

alors bien plus renommée qu'aujourtrimi ; elle faisait un trafic considérable avec la haute Meuse et le nord de la f rance ; elle exportait au loin, en Allemagne, en Angleterre et ailleurs ses cuivreries si renommées, ces admirables dinanderies dont on possède encore aujourd'hui quelques précieux restes*. C'était, pour le commerce et Tindustrie, la première ville du pays après Liég'e.

La rivalité de Bouvigne et de Dinant datait de loin et avait à diverses époques occasionné des démêlés sanglants. Ce furent cette fois les Dinantais qui commencèrent les hostilités : le 2 novembre 1319, ils prirent tout à coup les armes, entrèrent dans Bouvig-ue et allèrent y piller les manufactures. A leur tour^ les Bouvignois, renforcés par un certain nombre de soldats, que leur avait envoyés secrètement le comte de Namur, cherchèrent à surprendre leurs ennemis Ils se partag'èrent en deux corps, et pendant que le premier faisait mine de s'avancer résolùment vers Dinant, comme pour l'attaquer, l'autre se plaça en embuscade dans un petit bois qui longeait le chemin.

Les choses se passèrent ainsi que les habitants de Bouvigne l'avaient présumé; les Dinautais, .

* Voy. 168 fonts baptismaux de Saint-Barthélemi» à Liège. ' Jbah d*0utibiiiu8B. — Hocuii. — JoAN. PaBSBma.

voyant rennemi au pied de leurs murailles^ sortirent incontinent de la Tille et tombèrent avec

impétuosité sur les assaillants qui se replièrent aussitôt vers le lieu de Vembuscade ; les Dinantais, s'étant lancés imprudemment à leur poursuite, allèrent se jeter au beau milieu de Tennemi Un grand nombre d'entre eux sucombèrent; il n'y eut de merci pour personne^ pas même pour les prisonniers, qui furent tous inhumainement égorgés.

L'évêque de Liégre alors prit fait et cause pour les Dinantais; de son côté, le comte de Namur déclara qu'il soutiendrait ses gens de Bouvigne, et la guerre fut déclarée. Le duc de Brabant interposa heureusement sa médiation et la paix fut enfin conclue le 13 novembre 1322.

Les difficultés avec le pays de Namur venaient à peine d'être assoupies que la guerre privée des Awans et des Waroux, qui durait depuis si longtemps, recommença avec une nouvelle fureur; des rencontres sanglantes eurent lieu à Warcmme, à Berlo, à Saint-Trond; niais loin d'amortir le feu des dissensions, le nombre des victimes ne faisait qu'augmenter celui des combattants. A l'expiration de chaque quarantaine, on voyait des barons, qui jusqu'alors s'étaient abstenus de prendre les armes, venir se rang'cr du côté des uns ou des autres ^ ; les villes elles-mêmes finirent par s'inté-

* Jban l>*0limill08B. — > JOAR. Pbbsbttir. — HOCSBV. *'Hbmaicourt, p. 345.

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resser à cette grande querelle de la noblesse ; Liég'e embrassa le parti des Awans, tandis que Huy se déclarait pour les Waroux.

La plupart des anciens chefs qui avaient entre* pris cette gruerre étaient morts ou avaient été rem* placés par d'autres. A Tépoque où nous sommes arrivés, c'est-à-dire en 1325, le capitaine des Awans était Guillaume, châtelain de AVaremme; Henri, seigneur de llermalle, commandait les Waroux. La haine que se portaient ces deux puissants barons n'était ni moins vive^ ni moins profonde que celle qui, trente ans auparavant^ divisait messires Humbert Corbeau d'Awans et Guillaume le Jeune de Waroux. Comme eux, ils étaient sans cesse à s'épier, et cherchaient à se nuire le plus possible ^

Un jour que Henri de Hermalle, accompagrné de ses ^ens, se rendait au village de Herck, près de

Tong-res, il tomba dans une embuscade que lui avait dressée le châtelain de Waremme, et il y fut tellement maltraité qu'il ne donna bientôt plus sîgrne de vie. Après l'avoir tourné et retourné en tous sens, ses assassins, le croyant mort, remon« tèrent à cheval et s'en allèrent *.

Ils étaient déjà loin quand l'un d'eux, messire Arnould de Jehain , frère du châtelain de AYaremme, et qui haïssait le seigneur de Hermalle plus que tout autre, s'avisa de revenir sur ses pas

' Hbmricourt, Miroir des Twbks de Uesbaye, * iD., ibid.t p. 340.

afin de bien s'assurer s'il n'était plus en vie. Il

retrouva le corps dans la même posture où il venait de le laisser ; néanmoins il tira derechef son épée, et lui en porta un coup terrible de bas en haut^ en s'écrîant : » Sire de Hermalle^ sire de Hermalle, tu

t'étais vante que je périrais un jour de ta main, mais ton or^'ueil est abattu et ta parole faussée, car te voilà frappé de la mienne, " Puis il s'éloigna et courut rejoindre ses compagnons *.

Cependant^ les valets du sire de Hermalle recueil^ lirent leur maître et le transportèrent à Herck, où il g-uérit de ses nombreuses blessures. Le chef des Waroux n'eut plus alors un moment de trêve qu'il ne se fût vengé. Il manda les chevaliers de son lignage et beaucoup d'autres encore^ leur remontra la violence qu'on lui avait faite, et comme il était riche et fort remuant, il embrouilla tellement les affaires, dit llemricourt, qu'il eut mis en peu de temps tout le pays en feu *.

Les quarantaines prescrites par l'évêque, à la suite des dernières rencontres , expiraient le Î4 août 1325 ; le sire de Hermalle, prenant Finitîative, envoya défier le châtelain de Waremme, et lui fit savoir que le dimanche suivant, jour de la Saint-Barthélemi, il irait abattre la porte de son château de Haneffe. Des deux côtés, on se prépara donc à la guerre. De tous les points de la Hesbaye et du Condroz les barons arrivèrent avec leurs gens

' Hemricourt, p. 340.

' ID., p. 341.

d'âmes et leurs vassaux; les Berlo, les Gfaillard de Chaynée, les Des Prez de Neuvîce, les Colons-

ter, les Chabot, les Julémont, les Charneiix, les de Cerf de Huy, les Chantemerle et beaucoup d'autres vinrent se rangrer sous la bannière du sire de Hermalle, tandis que les Surlet de Liége^ les Chauveau de Vivegnis» les Diavelos de Herstal, les sires de Bummeu et de Tillers-aux-Tours, les Ilaneffe et les Hozemont se joignirent au châtelain de Waremme *.

Au jour de la bataille, les Awans se trouvèrent réuDÎs au nombre de plus de deux cent soixante et dix chevaliers; il y en avait trois cent cinquante parmi les Waroux^ sans compter une foule de gens de pied qui accompagnaient leurs seigneurs.

Les deux troupes ennemies se rencontrèrent le 25 août dans la plaine de Dammartin. Aussitôt le châtelain de Waremme se fit armer de toutes pièces. Le chef des Awans était un homme extraordinairement gros et fort, et de la plus haute stature qu'il y eût dans le pays *. Quand on lui amena son grand cheval de combat, Moreau de Dave, il eut besoin de deux hommes vigoureux pour se mettre en selle. Quelques-uns de ses amis le blâmaient d'avoir revêtu une armure tellement pesante qu'il lui était presque impossible de se mouvoir : « Or ça, taisez vous, leur dit-il, et ne

* Hbmbicouat, Guerreê dfAtomt ^ de Warou», — Jean d*0u-

TBIIIBIÎSI.

' HuaicooKT.

vous mettez pas en peine^ je vous jure que s'il en a fallu deux pour m'y placer, quatre et plus ne m'en feront pas descendre. Laissez faire Dieu et

monseig'ueur saint Georges à qui je me recommande * . '/

Pendant ces préparatifs du chef des Awans, les capitaines avaient rangé leur monde; les bannières des lignages avaient été déployées, et les pennonceaux flottaient au vent. Les chevaliers et les

ccuyers s^Haient placés cii avant et sur une seule ligne, chacun tenant son heaume suspendu à Tarçon de la selle de son cheval ; les gens de pied se trouvaient derrière la cavalerie, comme cela se pratiquait généralement alors.

On allait en venir aux mains lorsque on vit paraître entre les deux armées Gérard Souguet et Goffiu de Fetinne, tous les deux hommes de fief de révêque, et qui, haletants et couverts de sueur, accouraient proclamer la quarantaine de par monseigneur de Liège; mais les barons ne firent pas semblant de les entendre, ils se couvrirent aussitôt de leurs heaumes, et donnant violemment de Téperon dans le ventre de leurs destriers, ils se précipitèrent les uns contre les autres et engagèrent le combat *.

Le premier choc fut terrible et coûta la vie à plus d'un baron ; les gens de pied donnèrent à leur

tour ; ils se jetèrent résolûment au milieu des che^

' Hbiibicouet, p. 856.

• ID

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vaux, des lances et des armures, s'efforçant de désarçoimer les cavaliers et les assommant ensuite à grrands coups de maillet.

Les chefs des deux partis opposés se rencontrèrent enfin et s'attaquèrent avec un acharnement inouï. Le sire de Hermalle était petit de taille, mais brave outre mesure * : il montait un excellent destrier et avait à ses côtés ses cousins Baes et Eùstache, sires de Ohantemerle, qui ne s'occupaient qu'à parer les coups dirig*és contre lui. Rohert de Trug*née et Thomas de Hemricourt remplissaient le même oliice auprès du châtelain de Waremme.

La lutte des deux champions durait depuis quelques instants^ lorsque le cheval de sire de Hermalle s'ahattit et renversa son cavalier. Aussitôt Arnould de Jehain saute à terre , monte sur le corps du chef des Waroux et lui brise la tête d'un coup de hache. Mais, au même instant, il tombe lui-même ainsi que son frère Butoir, frappé par les Chantemerle Alors le combat frit une vraie boucherie ; furieux de la mort des siens, le châtelain de AVaremnie se précipite au travers des rang's ennemis, renverse tous ceux qui osent se mesurer avec lui, et fait des Waroux un horrible carnage. Les Berlo et les de Tille abandonnèrent les premiers le champ de bataille; les autres se défendirent quelque temps encore avec vigueur, mais

* Hbmucooat.

* ID

— 2oa —

la victoire appartint décidément aux Awans Depuis cette sanfriante rencontre, dit Jacques de

Hemricourt, les chevaliers des deux lignages se renfermèrent dans leurs châteaux et n'adressèrent plus aucun mandement général à leurs amis pour s'assembler et se battre à certains jours fixés, comme cela s'était pratiqué jusqu'alors, n n'y eut plus entre eux que des défis isolés et de simples escarmouches sans grande importance.

Enfin, après trente-huit années de guerre, un arrangement fut conclu entre les Awans et les Waroux, le 13 mai 13dô. Les chefs des deux partis, au nombre de douze, s'étant assemblés à l'abbaye de Saint-Laurent, près de Liégre, y convinrent des points suivants • :

'/ 11 y aura paix éternelle entre les familles, et amnistie générale des guerres, meurtres, combats, haines, rancunes, dépits, injures, dommages, crimes, larcins, incendies et d'autres méfedts, sans en excepter qui que ce soit, et sans que personne puisse jamais adresser aucunes plaintes à monseigneur de Liège au sujet de ces dom-

* HuRiGOUBT. — iEkn o'OuTREMKUsB. — U botoie di Donmar* iin, vieille ebaiison publiée daos le Choix d$ ehmwn» etpoétUê wuUcnnei, recaeillies par MM. B. et D. Liège, Félix Oudart, 1844, iii-8*.

* Le texte bien complet de U Paix des Douze se trouve dans la Clironique de Jsar D*0uTBBNBUiB, manuscrit de la biblloUièiiue de Bourgogne, vol. 11, fol. 298 et suiv. Salbray, Tédlteur de Jacquis i>B HxMRiGour.T, n*en a publié qu'une traduction, et en a retranché plusieurs pièces qui doivent y être jointes.

mag-es, lesquelles plaintes sont déclarées nulles pour Tavenir.

u En mémoire perpétuelle de la réparation des désordres qui ont pendant si longtemps désolé le pays, il sera construit, en lieu convenable, une ég'lise consacrée à la Yierg'e, mère de Dieu, et aux douze apôtres. Les chevaliers du lig'nag'e des Waroux, par forme d'amende et en expiation de leurs crimes^ contribueront à la construction de cette église pour une somme de trois mille cinq oents livres^ en bonne monnaie de Liég-e; le lignage des Awans fournira égralement pour sa part quatre mille livres de môme monnaie, lesquelles sommes compenseront les pèlériuages auxquels les coupables devraient être condamnés.

«V Pour tout ce qui surviendra par la suite, au pays et diocèse de Liég-e, entre les familles divisées, comme mort d'homme, membre mutilé ou estropié, plaie ouverte, effusion de sang, blessure, combat, coups, paroles outrageantes ou autres injures, les coupables seront punis comme pour de nouveaux attentats, et ne seront compris dans le châtiment que ceux-là mêmes qui auront commis le mal, laissant en liberté tous leurs adhérents, afin de ne point renouveler ces funestes dissensions.

u Les infractions à la paix seront punies de la manière suivante :

» Uhomicide recevra la mort, s'il est prouvé

par les informations qu'il la mérite réellement. Dans le cas contraire, il sera chassé du pays et

8ujet à la poursuite de monseig-neur de Liég'e.

Les amis et les parents de la victime n'entreprendront aucune guerre à ce propos, sous peine de bannissement.

« Quiconque privera quelqu^un d'un membre devra perdre ce même membre. Si le coupable échappe^ il sera banni du diocèse et soumis à la poursuite de monseig'neur de Liég'e, pendant un espace de vingt ou de quarante années ; au bout de ce terme, il aura seulement satisfait à la justice de révêque, et, pour rentrer dans le pays, il devra également satisfaire à celle du seigneur particulier du lieu où le crime aura été commis.

'/ Pour ce qui concerne les offenses ou autres injures, le plaignant pourra avoir recours à la loi du pays dans le délai ûxé, ou s'adresser au iriômal des douze, institué par la présente paix, et dont les membres, nommés à vie et choisis par moitié parmi les Awans et les Waroux, seront juges de tous les différends qui s'élèveront désormais entre les descendants de Eaes de Dammartin ^ . //

La Paix des Douze, comme on nomma cet arrangement, brisa les liens qui jusqu'alors avaient uni entre eux les membres d'un même lignage, et devint une cause de ruine pour la chevalerie liégeoise, dont la puissance, à dater de cette époque, alla déclinant de jour en jour ^.

' Paix (les Douze, dans Jean d'Outremeuse. Nous ne donnons que la substance des principaux articles de cette paix.

^ Jaci^ues Dfi HsMaicouRT, Miroir des nobles de Uesbaye, p. 267.

Digitizeu Lj, v^jQOgle

Ce fut précisément à la fin de cette longfue

g'uerre des barons, et comme au soir inème de la bataille , que naquirent à Liéy'e les deux chroniqueurs qui devaient nous conserver le souvenir de tous ces preux et nous raconter les temps héroïques de la patrie : Jacques de Hemricourt vît le jour en 1333 ; Jean d'Outremeuse cinq ans plus tard.

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