CHAPITRE PREMIER
« De même que nous regardons vers l'est pour voir le soleil se lever et poursuivre sa course journalière, de même, en Canada, nous regardons du côté de l'ouest pour observer les plus grands progrès en richesse et en population... Il est comme vous le savez, diverses circonstances auxquelles on peut attribuer cette prééminence de votre contrée de l'ouest. Elle est due à la supériorité de la race dont la plupart de vous descendez ; due à la fertilité du sol, à la douceur et à la salubrité du climat ; due aux avantages de votre position et de vos communications intérieures ».
Ce discours « souleva alors une tempête dans le Bas-Canada » et le gouverneur Head désavoua les paroles qu'on lui prêtait, mais « son explication fut jugée boiteuse ».
Ironie des choses ! Quarante ans plus tard (1899), un Français, Edmond Demohns, pubhait en France, un ouvrage retentissant, dont la vogue dure encore, et qui portait pour titre : «A quoi tient la Supériorité des Anglo-Saxons ».
Revue Populaire^ 1911. Le Chercheur
Sir Edmund Walker Head, né en 1805, fut gouverneur du Canada de 1854 à 1861. Littérateur distingué. C'est lui qui mit fin au cabinet Brown-Dorion après 48 heures d'existence.
«DOUBLE SHUFFLE»
En 1858, après avoir vécu 48 heures le ministère Brown-Dorion ayant été défait, le gouverneur chargea MM. G.-E. Cartier et J.-A. McDonald de former un nouveau ministère.
« Une question constitutionnelle s'éleva au sujet de la réélection des ministres. Ceux-ci
reprirent les mêmes portefeuilles sans se présenter devant leurs constituants ; ils s'appuyaient sur une clause de l'acte de l'indépendance des membres, qui exemptait de la réélection un ministre abandonnant un portefeuille pour en accepter un autre, avant l'expiration d'un mois. Afin d'éviter cette élection, plusieurs ministres acceptèrent un portefeuille différent de celui qu'ils avaient occupé au moment de la retraite du ministère ^McDonald-Cartier et le lendemain, ils reprirent leurs anciens portefeuilles ». (Turcotte, Le Canada sous V Union.)
« Ce procédé connu sous le nom de double shuffle par lequel les chefs conservateurs réussirent à reprendre le pouvoir et leurs portefeuilles sans se faire réélire, fait plus honneur à leur esprit qu'à leur conscience ». (L. 0. David, V Union des Deux Canadas).
Cette affaire de « double shufïle » défraya pendant des mois la polémique des journaux et les philippiques des tribunes. Il est certain que les ministres conservateurs avaient fait servir la loi pour un cas qui n'avait pas été prévu par les législateurs. Mais est-ce un grand crime ? Bien peu de gens le soutiendraient aujourd'hui. (Ignotus, Bulletin des Recherches Historiques, 1905.)
Ajoutons que cette expression assez difficile à rendre en français, signifie à peu près : « double mouvement ».