LETTRE DES MAGISTRATS DE NEUCHATEL
Monsieur le général,
Venant d'apprendre que vous êtes de retour de l'Algérie, nous ne voulons pas tarder plus longtemps à vous témoigner l'affliction et les regrets que nous avons éprouvés à la nouvelle de la mort de M. le maréchal, votre père.
Nos anciens magistrats et toute la population de cette ville n'ont point oublié les bienfaits et la conduite si belle et si honorable de ce brave et digne militaire, pendant qu'il commandait la division de grenadiers et les troupes qui occupèrent, en 1806, le pays de Neuchâtel. C'est en maintenant constamment une sage discipline qu'il a usé du pouvoir remis en ses mains, et, lorsqu'il devait exécuter les ordres qui lui étaient donnés, il a toujours apporté le tempérament d'un esprit de justice et de bienveillante modération. Nos pères ont remercié la Providence de leur avoir envoyé un pareil chef dans des circonstances aussi critiques pour eux, et la tradition rappelle et conservera toujours à Neuchâtel les traits de ce caractère empreint de bonté, de bravoure et de franchise.
Le général Oudinot avait emporté, à son départ de notre pays, les sentiments d'estime et d'amour de tous les Neuchâtelois, et nous sommes heureux de vous rappeler les témoignages réciproques et de bienveillance qu'il a constamment donnés, pendant son séjour au
milieu de nous et, dès lors, aux magistrats et habitants de cette ville.
Vous ne devez donc pas douter, Monsieur le général, de la vive part que nous avons prise à votre deuil, et si quelque chose pouvait en adoucir la douleur bien légitime, c'est avec la grâce de Dieu, qui seule peut donner la vraie consolation, la satisfaction bien douce pour vous d'entendre, sans doute de bien des contrées, des regrets et des témoignages aussi sincères que ceux que nous venons d'exprimer : et quel encouragement pour vous "et les vôtres, Monsieur le général, que cet héritage d'honneur et de gloire que l'illustre défunt a laissé à ses enfants !
Nous vous prions, Monsieur le général, de bien vouloir transmettre à Mme la duchesse douairière et aux membres de votre noble famille cette faible, mais bien sincère expression de nos sentiments et de nos condoléances, et d'agréer, avec l'hommage de nos vœux pour votre prospérité, l'assurance de notre dévouement et de notre considération très distinguée.
Vos bien affectionnés,
Les quatre ministraux et conseil général de la ville et bourgeoisie de Neuchâtel,
En leur nom,
Le conseiller et secrétaire de la ville ,
Wavre.
A l'Hôtel de ville de Neuchâtel, le 9 octobre 1847.