CLOTAIRE II
comme à Toul , la victoire , longtemps disputée , finit par rester aux Bourguignons. Le soir même , Thierry se présenta devant Cologne, qui lui ouvrit ses portes. Bientôt on lui amena Théodebert qui avait été fait prisonnier, pendant qu'avec une faible escorte il s'enfuyait en Germanie. Le barbare Thierry, après l'avoir dépouillé de ses armes et de toutes les marques de la dignité royale , le fit charger de chaînes comme un vil malfaiteur ; ensuite il donna ordre de le conduire à Châlons-sur-Saône, où, peu de temps après, le malheureux prince fut mis à mort. Pendant ce temps , le vainqueur déclarait l'Ostrasie réunie à sa couronne, et , ramenant comme en triomphe son aïeule Brunehaut dans ce môme pays d'où les leudes l'avaient si ignominieusement chassée, treize ans auparavant , il venait avec elle établir à Metz le siège de sa domination (612).
Cependant Clotaire, dès qu'il avait vu les deux frères aux prises, s'était mis en possession du duché de Dentelin. Il ne faisait ei\ cela qu'user d'un droit qui lui avait été reconnu , de la manière la plus formelle , par Thierry lui-même. Mais celui-ci n'était nullement disposé à tenir des engagements qu'il n'avait souscrits qu'en se promettant bien de s'en alfranchir, dès qu'il n'aurait plus besoin de la neutralité du roi de Soissons. Il envoya donc sommer ce prince d'évacuer le pays dont il venait de s'emparer, et, sur son refus, il lui déclara la guerre. Thierry ne doutait point qu'avec les foi'ces combinées de l'Ostrasie et de la Bourgogne il ne lui fût facile de dépouiller entièrement Clotaire II et d'achever ainsi de se rendre maître de tout l'empire
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franc. La Proyidence ne lui laissa pas le temps d'accomplir ce dessein et de violer une fois encore, au profit de son insatiable ambition, et la justice et ses propres serments. Il allait prendre le commandement de ses troupes pour marcher contre le roi de Neustrie, quand il fut attaqué d'une maladie violente qui l'enleva dans la vingt- sixième année de son âge et la dix-septième de son règne. Brave comme l'avaient été jusqu'alors tous les princes de sa race, mais injuste et sans foi, vindicatif éternel, Thierry II n'a laissé après lui qu'une mémoire justement détestée.
IiMi leii4«0 d^OfttnMle ci 4e BeuryesBe 9 de eeneert avee Cletolre II9 tramemi la ipcrte de Bnuiehiiiit.— Triste fia de cette relue.
Dès que la nouvelle de la mort de Thierry II se fut répandue, l'armée que ce prince avait rassemblée se dispersa, et chacun regagna ses foyers. Clotaire, dont peu auparavant la ruine semblait certaine, se trouva ainsi hors de tout péril, et ce fut à Brunehaut de craindre pour elle-même le sort qu'elle réservait au fils de son ancienne rivale.
Toutefois elle ne perdit point courage. Avec une énergie que les plus grands revers ne pouvaient abattre , elle prit toutes les mesures nécessaires pour assurer le maintien de son pouvoir. Maîtresse de deux royaumes différents , dont chacun avait eu jusqu'alors son roi particulier , et chargée de la tutelle de quatre arrière-petits-fîls , qui tous, suivant la coutume des Francs , avaient un droit égal à la succession de leur
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père, elle ne voulut cependant point diviser cette succession (sans doute de peur d'affaiblir par là Tautorité monarchique) et conçut le projet de ne faire proclamer et reconnaître que le seul Sigebert, l'aîné des fils de Thierry IL Le petit prince était à peine âgé de onze ans, et Brunehautse flattait de gouverner longtemps, en son nom , les deux royaumes d'Ostrasie et de Bourgogne, réunis sous les mêmes lois. Mais, tandis que son orgueil se repaissait de cette espérance, elle était à la veille de sa perte.
Les leudes ostrasiens, voyant la situation critique où la mort prématurée de Thierry avait réduit Brunehaut , jugèrent que jamais ils ne trouveraient une occasion plus favorable de briser enfin le joug qu'elle leur avait imposé , et ils résolurent d'agir sans retard. Alors les principaux d'entre eux arborèrent ouvertement l'étendard de la révolte et invitèrent le roi de Neustrie à venir prendre possession de l'héritage de Théodebert IL Clotaire accourut aussitôt , à la tête d'une armée. La plupart des cités ostrasiennes lui ouvrirent d'elles-mêmes leurs portes, et il s'avança ainsi , presque sans coup férir , jusqu'à Andernach , ville très-forte sur le Rhin*. La place ayant voulu résister, il l'emporta d'assaut. Il s'y trouvait encore avec toutes ses troupes , lorsque arrivèrent dans son camp des ambassadeurs de Brunehaut, chargés de le sommer, au nom de cette princesse, de sortir immédiatement d'un royaume qui ne lui appartenait point et de laisser désormais les fils de Thierry tran*