‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 19 sur 108 · Pro bac ergo legatus ad vos missus sum. Id., 1. c · texte numérisé non relu

Pro bac ergo legatus ad vos missus sum. Id., 1. c

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JEAN CFIRYSOSTOME

choses ; mais ce n’est point une raison pour que j’applaudisse au désordre, pour que j’approuve vos séditions. Laissons plutôt tout cela de côté, oublions-le, et vous, cessez vos agitations, rentrez dans le calme, redevenez maîtres de vous-mêmes. Dieu le veut, et c’est aussi le désir de notre très-pieux empereur. Il faut en effet obéir aux princes, surtout quand ceux-ci obéissent aux lois de l’Église *. L’apôtre disait: « Soyez soumis aux princes « et aux puissances. » Combien plus encore faut-il l’être quand le prince protège la religion et soutient l’Église! Si doncpar ce préambule j’ai préparé vos esprits à écouter favorablement l’ambassade que je vous apporte... recevez notre frère Sévérien 2. »

Cet habile et touchant discours, ce nom de Sévérien suspendu jusqu’à la fin comme un mot que l’orateur craint de prononcer et qui doit entraîner ou repousser l’auditoire, tout cela eut l’effet qu’en attendait Chrysostome. L’assemblée tout entière se leva, éclatant en applaudissements, et ces applaudissements répétés, universels, montrèrent au pacificateur que la paix était acceptée.

Quand le tumulte fut apaisé, il reprit:

« Je vous rends grâce à présent d’avoir si bien accueilli mes paroles. Vous m’avez donné les fruits de votre soumission, et j’ai le droit de me féliciter d’avoir semé le bon grain. Ebbicn donc, ne perdons point de temps, rassemblons sans délai les gerbes de notre

1. Oportct enim et regibus obedirc, maxime cum et ipsi obtempèrent ecclesiasticis legibus. Chrys., Orat. de recip. Sever.

2. Si crgo prseparavi animos vestros ad suscipiendam legationom meam, recipite fratrem nostrum Severianum episcopum. C.lirys., ibid.

moisson , et que le Seigneur Dieu tous rende le prix de l’obéissance et de la bonté du cœur! Vous venez d’offrir au ciel la vraie victime de propitiation quand vous avez entendu ce nom sans vous troubler, et qu’à ma voix toutes les fumées de la colère se sont dissipées pour ne laisser voir en vous que la charité1. Recevez-Ie donc les bras ouverts et le cœur calme, libres de tout ressouvenir amer. Aucun germe de dissension ne doit survivre lorsque la paix est conclue, afin qu’il y ait joie au ciel, joie sur la terre, liesse et exaltation spirituelle dans l’Église de Dieu. »

Sévérien n’était pas là, sa présence eût tout fait échouer, puisque son nom môme n’avait pu être prononcé qu’avec des précautions infinies; mais il fallait qu’il acceptât cette paix que lui accordait Chrysostome et qu’il vînt à son tour la proclamer devant le peuple. Ce fut la seconde partie de cette grande scène, et elle se passa le lendemain dans la môme église, devant un auditoire plus nombreux, plus animé, s’il était possible. Le discours de Chrysostome avait été un chef-d’œuvre d’adresse et de persuasion; celui de Sévérien n’est qu’une amplification de rhéteur,. et nous donne l’idée de ce qu’était cette éloquence syrienne, si fleurie, si recherchée, si contournée, quand le génie ne venait pas la vivifier. Au milieu de lieux communs très-délayés sur les avantages de la concorde, il explique les dissentiments survenus dans l’Église de Constantinople

1. Nunc enim veram hostiam pacis obtulistis Deo, quia nemo turbatus est audito hoc nomine, sed cum caritate suscepistis : simul ut sermone locuti sumus, omnem ex animo fugastis iracundiam. Chrys., Oral. île recip. Sever.

' J E A N CHRYSOSTOME

par l’intervention de Satan, et il avait bien raison ! Satan s’était glissé là, dans là communion du protecteur et du protégé, du chef et du subordonné, comme autrefois entre le Christ et Judas au banquet de la Pâque.

« La paix, dit-il, c’est le nom même du Christ, car l’apôtre nous dit : « Le Christ est notre paix, » c’est elle qui de deux choses ne fait qu’une, tandis que par la jalousie du démon deux cœurs communs dans la foi se divisent et se combattent. Mais comme, à l’arrivée d’un roi, les rues et les carrefours se décorent avec magnificence, comme la ville entière se tapisse de soie et se couronne de fleurs afin que rien n’apparaisse qui ne soit digne de l’aspect royal, ainsi en ce moment où vient au milieu de nous le Christ, roi de la paix, écartons tout souvenir triste1. Que le mensonge fuie devant la vérité, la guerre devant l’union des âmes. De même aussi que, dans les tableaux de nos villes où sont représentées les images des augustes frères qui nous gouvernent, l’artiste place derrière eux la Concorde en habit de femme qui les enceint de ses bras maternels, indiquant par la que, s’ils sont séparés de corps, ils ne le sont ni de sentiment, ni de volonté : ainsi maintenant la paix du Seigneur, assise au milieu de nous et nous étreignant contre son sein palpitant, force nos deux âmes à n’en faire qu’une seule en des corps séparés 2.

1 . Sicut procedente rege et plateæ mundantur et tota civitas diversis floribus et ornatibus coronatur, ut nihil sit quod minus digtium vultu regis appareat : ita et nunc præcedente Christo rege pacis... Severian., Orat. de pace cum Chrys. Chrys., opp.

‘2. Et sicut fréquenter fieri vidimus ubi regum vel fratrum tabulæ pinguntur, ut in duobus unanimitatis declarentur insignia, artifex

Hier notre père commun, clans un discours où respire l’Évangile, nous offrait les préliminaires de la paix; c’est la paix elle-même, c’est le traité que j’apporte aujourd’hui. Hier, les mains levées vers le ciel, il nous recevait au nom de la paix, et c’est avec ses divins présents que nous allons au-devant du Seigneur, les bras ouverts et la poitrine dilatée : la guerre est détruite, c’est la paix qui règne. »

La paix était donc jurée au pied des autels entre les mains du peuple de Constantinople, juge et ratiücateur : l’histoire témoigne que ce ne fut pas Chrysostome qui la rompit.

Ainsi se dissipa ce premier orage, orage d’avertissement et de menace pour l’archevêque, pour l’Église, pour l’État. Au même moment, il s’en formait un second aux extrémité de l’empire d’Orient, non loin de la vallée du Nil, et un souffle ennemi de Chrysostome le poussait d’Alexandrie vers Constantinople. Celui-là portait dans ses flancs la ruine et la mort.

picto femineo habitu post tergum utriusque Concordiam statuit, brachiis suis utrumque complecteutem... ita nunc pax Domini media assistens, et utrumque nostrûm gremio palpante connectens, discreta corpora in unum convenire animum, ulnis jungentibus docet. Sevcrian., De pace cum Chrys ., ut sup.

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