Erat hic barbarus natione... Sozom., vin
4. Quicum in domo cujusdam potentis servus fuisset, domino sno probatus, libertatem meruerat. Sozom. , vin, 24.
ET L’IMPÉRATRICE EÜDOXIK.
l'archevêque devint son ami, tout adversaire son ennemi. Placé près d’un homme qu’entraînait trop fréquemment une humeur irascible et impérieuse, Tigrius, loin de chercher à le calmer, l’excitait dans ses colères les plus imprudentes, et on put lui reprocher avec justice d’avoir été un des mauvais génies du maître qu’il idolâtrait et pour lequel il eût donné mille fois sa vie. 11 fut même signalé au concile du Chêne comme un de ceux qui avaient le plus participé aux troubles de l’église de Constantinople; aussi ne l’oublia-t-on point lorsque, après l’embrasement de Sainte-Sophie, des enquêtes se dirigèrent contre les membres du clergé. Attendre d’un tel homme une dénonciation même vraie contre son maître eût été une espérance insensée; mais vouloir lui faire dire que Chrysostome était un incendiaire, et l’incendiaire de sa propre église, c’était attirer sur ceux qui l’interrogeaient toute l’indignation de son cœur. On ne sait ce qu’il répondit au préfet, mais le supplice le plus ignominieux lui fut aussitôt infligé. On le dépouilla de ses vêlements et on le fouetta avec des courroies plombées jusqu’à ce que les chairs détachées lui descendissent des reins; on lui mit les ceps aux pieds pour en distendre les doigts, et enfin on l’écartela sur le chevalet jusqu’à ce qu’il eût perdu tout sentiment, après quoi on l’envoya pourrir sur la paille de son cachot*. Tigrius pourtant n’en mourut pas. Lorsque ses plaies furent à peu près cicatrisées et qu’il fut en état de
l. Tum etiam vesti mentis exutus, et tergo flagris cæsus, vinctisque pedibus ac manibus in eculeo extensus, meinbris dissolutus est. Sozom., vui,
JEAN CHRYSOSTOME
supporter les secousses d’un chariot, on Tenvova en Mésopotamie revoir les rives du lleuve qu’il avait quittées esclave et moins infortuné.
Le nom de Sérapion se joint ordinairement à celui de Tigrius dans la liste des conseillers funestes de Chrysostome, qui hâtèrent par leur violence la perte de ce grand et malheureux homme. Le parti triomphant aurait bien voulu mettre la main sur l’ancien diacre de Sainte-Sophie, devenu évêque d’Héraclée, en Thrace; mais Sérapion était dans son diocèse au moment, de l’incendie, et, quoiqu’il eût pu opposera toute accusation un alibi incontestable, il connaissait trop bien ses ennemis pour ne se fier qu’à son bon droit : il s’était donc mis en lieu sûr dès l’ouverture de l’enquête. Un couvent de moines goths catholiques qu’on appelait Marses le déroba pendant quelque temps à toutes les recherches de l’autorité civile1, et il ne fut découvert que lorsque la première effervescence des haines était un peu calmée. Plus tôt, on l’aurait tué; on se contenta de le torturer. Entre autres supplices, on lui arracha la peau du front avec les sourcils au moyen d’ongles et de tenailles d’acier : puis on le déporta en Égypte sous la garde du patriarche d’Alexandrie2: Sérapion aurait préféré sans aucun doute la garde des geôliers de l’empereur.
L’avénement d’un métropolitain de Constantinople en remplacement de l’archevêque exilé arriva comme
1. Narraverunt milii Mar si ac Gotlii monachi apud quos Sérapion episeopus delitescebat... Chrys., Epist, li ad Ohjmp.
‘2. Serapionem ad excussioncm usque dentium... in patriam suam relegarunt.. Pallad., dial., p. 77. 1 •
ET L’I Ml» fi RAT R ICE EUbOXIE.
un intermède au milieu de ces sanglantes tragédies.
Chrysostome avait été enlevé de la ville impériale le vingtième jour de juin, et dès le 27 son successeur était installé. La cour ni les évêques qui maintenant conduisaient tout n’avaient pas perdu de temps; la cour espérait que le peuple oublierait plus aisément son idole en perdant l’espoir d’un retour, et les évêques de leur côté n’étaient pas fâchés de mettre cette barrière entre eux et un repentir possible d’Augusta. Toutefois l’enfantement du nouvel archevêque, quoique précipité, n’avait point été facile. L’empereur n’osant choisir aucun des évêques ses familiers , ni Acacius , ni Antiochus, ni Sévérien (ceux-ci d’ailleurs n’auraient point accepté par crainte de l’indignation publique), tout le monde s’en était remis aux inspirations de l’impératrice, qui fil tomber sa préférence sur un homme non moins ennemi de Chrysostome, mais moins compromis que les autres, parce qu’il s’était montré plus lâche. Cet homme, frère de Nectaire, ancien préfet et plus tard archevêque de Constantinople, appartenait aux rangs élevés de la cour, et occupait dans le clergé métropolitain depuis plusieurs années la place d’archiprêtre. 11 se nommait Arsace, et n’avait pas moins de quatre-vingts ans lorsque l’impératrice le désigna; mais cet âge même laissait l’espérance aux rivaux ambitieux, qui purent ne voir dans Arsace qu’un archevêque de passage. Ce prêtre n’avait guère fait parler de lui jusqu’alors malgré sa haute position dans le monde et un savoir théologique qu’on ne pouvait lui dénier; mais il était insouciant et mou toutes les fois qu’il ne se sentait passtimulépar un
JEAN CHRYSOSTOME
intérêt pressant. Les critiques disaient malignement de ce successeur de l’abondant et impétueux Chrysostome « qu’il avait la faconde d’un poisson, et mettait dans son action oratoire la chaleur d’une grenouille1. » On citait à son sujet une anecdote qui ne lui faisait pas grand honneur comme prêtre et comme évêque. Lorsque son frère Nectaire, non encore baptisé, était monté de la préfecture de Constantinople au siège épiscopal de cette première métropole de l’Orient, par la volonté du grand Théodose, cette élévation subite qui étonnait tout le monde ne fut pas sans exciter un peu de jalousie dans le cœur d’Arsace : lui-même en effet, comme s’il eût aspiré à une fortune pareille, se hftla d’entrer dans les ordres. Nectaire, qui était son aîné, le réprimanda vivement. « Je te devine, lui dit-il avec quelque amertume ; tu convoites l’épouse que Dieu m’a donnée en la personne de cette église, et tu attends ma succession... » Arsace se défendant d’avoir conçu une telle pensée : « Eh bien donc, s’écria Nectaire, pars à l’instant pour Tarse, dont je t’assure d’avance l’évêché. » Arsace refusa de partir; mais la honte le prit : saisissant le livre des Évangiles, il jura dessus, entre les mains de son frère, qu’il n’accepterait jamais l’épiscopat2. Ce serment, on le voit, ne tint pas contre les séductions d’Eudoxie. Dans ses rapports
1 . Homo pisce magis mutus, et rana rébus agendis minus idoneus. Pallad., dial., p. 37.
2. Fratri suo Nectario juraverat, nullius unquam cpiscopatus ordinationein admissurum se, quando Ncctarius exprobravit ipsi quod noluisset Tarsensi Ecclesiæ præfici, quasi mortem ipsius specularetur. l’allad., dial., p. 38.
ET L’IMPÉlt ATUICE EÜD0XII5.
avec Clirysostome comme archiprêtre, il se conduisit en ennemi souterrain, dénigrant continuellement son évêque, qu’il dénonça même au concile du Chêne ; mais son manque de foi, si honteux qu’il fût, n’avait pas eu assez d’éclat pour empêcher le choix de la cour. Appelé par l’empereur, élu par un simulacre d’assemblée et ordonné par les évêques de la faction triomphante, il fut intronisé dans la basilique des Apôtres, qui servait de métropole à Constantinople jusqu’à ce qu’on eût reconstruit une nouvelle Sainte- Sophie sur les décombres de l’ancienne.
Arsace était déjà en possession de son épiscopat contesté, lorsque le préfet Optatus donna une nouvelle face au procès des joannites. Las de lutter contre l’opiniâtreté des hommes, ce magistrat crut avoir meilleur marché des femmes, et s’adressa d’abord à celles qui, attachées au service de l’Église, pouvaient connaître les secrets de Clirysostome ou même avoir été les instruments dociles de scs vengeances; je veux parler des diaconesses. La première qu’il fit appeler devant son tribunal fut Olympias, cette matrone illustre, si célèbre dans tout l’Orient par l’éclat de sa naissance, la hauteur de son âme et cette immense fortune qu’elle avait dépensée à nourrir les pauvres et l’Église; elle était d’ailleurs une de celles à qui Clirysostome en partant avait adressé ses dernières recommandations. Avant de l’amener en face d’Optatus, les appariteurs, comme pour l’éprouver, la promenèrent à travers les instruments de supplice que préparaient les bourreaux. Le préfet, en l’apercevant, lui demanda d’une voix menaçante pourquoi elle avait mis le feu à la basilique de
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Sainte-Sophie. « Ma vie entière, répondit-elle avec calme, suffit pour réfuter une pareille imputation ; j’ai été riche autrefois, et on sait que mes richesses ont été employées à construire ou à décorer les temples de Dieu; ce n’est pas comme cela qu’on apprend à les brûler1. — Oh ! je connais ta vie!... s’écria le préfet en colère. — Eh bien, si tu connais ma vie, répliquat-elle avec hauteur, descends de ce tribunal où tu sièges comme juge et viens t’asseoir ici comme accusateur; un autre jugera entre nous2... » Or le banc des accusateurs était vide.
Interdit partant de présence d’esprit et de courage, le préfet feignit de prendre le change et ne parla plus de l’accusation d’incendie; mais, donnant à sa voix un ton de commisération hypocrite, « je veux, dit-il, adresser un conseil à toi et à toutes celles qui le ressemblent : vous êtes folles, vous autres femmes, de repousser comme vous faites la communion de votre évêque, quand les tribulations et les châtiments sont la conséquence infaillible' de votre conduite. Croyezmoi, revenez ù résipiscence tandis qu’il en est encore temps3. » On voit que l’accusation avait changé de
1. Interroganti præfecto cur ecclesiam incendisset, respondit : Non est hoc vitæ meæ institutum. Ego enim facilitâtes meas quæ multæ erant et maximæ, templis Dei instaurandis impendi. Sozom., viii, 24.
2. Cunique ille direret sibi probe cognitam esse vivendi rationem, subjecit ilia : Tu ergo in accnsatoris locum transi, et alius de nobis judicet. Sozom., ibid.
3. Veluti consulendi gratia, tam Olympiadi quam reliquis mulieribus amentiam exprobravit, quæ communionem episcopi sui avorsarcntur. Id., 1. c.
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face ; au lieu du crime d’incendie, c’était celui de rébellion et de schisme. Cette manœuvre n’échappa point à Olympias. « Optatns, lui dit-elle, il n’est pas juste qu’ayant été amenée, ici avec une multitude de gens pour avoir à m'expliquer au sujet d’un crime que je n’ai point commis et dont aucun témoignage ne peut me convaincre, tu viennes interrompre la défense pour m’occuper de griefs qui n’ont point de rapports avec celui-ci l. Si c’est un nouveau crime dont tu me trouves coupable et une nouvelle accusation que tu m’intentes, permets-moi de consulter des avocats avant de te répondre, car si, contre la justice et les lois, je suis forcée de communiquer avec qui je ne dois point le faire, je saurai du moins jusqu’où le devoir et la conscience m’obligent. » Le préfet, mis à bout, lui assigna un délai pour consulter ses défenseurs et revenir à sa barre. Elle y revint au bout de quelque temps, aussi inflexible que la première fois. Le juge la condamna à une amende considérable et à l’exil 2, Elle accepta tout plutôt que de communiquer avec Arsace, et son exil fut fixé d’abord à Cyzique, puis h Nicomédie; mais, comme elle avait des amis puissants ci la cour, on ne pressa point son départ.
Pentadia, la seconde des diaconesses dans l’affection de Chrysostome et qui avait reçu ses adieux au baptistère avec Olympias, Salvina et Ampructé, fut
1. Minime æquum est, inquit., ut quæ in multitndine per calumniam capta, in judicio vero nullius criminis convirta sum, ad defen sionem trahar querelarum quæ in judicium non vencrint. Sozom.j vin, 24.
2. Altero autem die, rum eam exhiberi jussisset, magno auri pon~ d<*re mulctavit. Sozotn., ibid.
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amenée, la seconde aussi, devant le tribunal du préfet. La veuve du consul Timasius n’y trouva, comme sa compagne Olympias, qu’insultes brutales et cruauté. Une lettre que lui écrivit plus tard Chrysostome nous donne le tableau résumé de ce qu’elle eut alors à souffrir; on y voit avec quelle rage la cour et les agents de a cour poursuivaient ces nobles femmes qui joignaient au crime d’un dévouement invincible à l’archevêque celui d’une fortune et d’un rang qui rejaillissaient sur sa cause en l’ennoblissant. « Héjouissez-vous, lui disait Chrysostome, répondant du fond de son exil aux détails qu’elle lui donnait de sa confession, réjouissez-vous, car vous avez été facilement victorieuse : d’un mot, vous avez confondu l’impudence des bêtes féroces et bâillonné leur bouche pleine de rage1. La vérité, pour laquelle vous combattiez et contre laquelle on vous égorgeait, a cette force en effet, qu’un mot lui suffit pour triompher des sycophantes, taudis que le mensonge a beau s’envelopper d’un tissu d’artifices, il tombe et se dissipe au moindre vent, plus faible qu’une toile d’araignée... Quelle embûche n’ont-ils pas essayée contre vous? quel genre de machines 11’ont-ils pas fait mouvoir pour ébranler votre âme si forte, si généreuse, si fidèle à Dieu? Vous qui ne connaissiez rien au monde que l’église et votre chambre, ils vous ont traînée au forum, du forum au tribunal, du tribunal à la prison. Ils ont aiguisé les langues de faux témoins, forgé de misérables calomnies, et pour vous
1. Iliijusmodi bclluarum ora facili ncgotio eompresseris, impudentesqup eorum li liguas et rabida ora obstruxeris. Chrys. , Episl. 9t ad P.'iilad.
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effrayer ils ont commis des meurtres sous vos yeux. Vous avez vu des torrents de sang couler, des corps de jeunes gens déchirés par le fer, consumés par le feu, des personnages illustres et en grand nombre couverts de plaies et livrés aux tortures, enfin il n’est pas une pierre qu’on n’ait remuée pour vous épouvanter, et vous amener par la crainte à dire le contraire de ce que vous aviez vu1. Vous, semblable à un aigle qui s’élance vers le ciel, vous avez rompu leurs filets pour gagner ces sphères sereines et libres où la vertu se complaît. Non-seulement ils n’ont pas su vous envelopper de leurs lacs, mais ils s’y sont pris eux-mêmes, mais cette accusation d’incendie, que de misérables et malheureux hommes dirigeaient contre vous comme un sujet de triomphe, n’a servi qu’à les convaincre de calomnie par votre bouche... Songez donc à ce qui s’est passé, à tous les flots qui vous ont soulevée sans pouvoir vous entraîner et faire de vous le jouet de la tempête, à tous les orages qui n’ont pu vous faire sombrer, et au milieu desquels votre barque a sillonné tranquillement une mer furieuse. Songez à tout cela ; mais regardez aussi devant vous le port qui est proche ■ et où se préparent vos couronnes2. »
1. In forum te quæ præter ecclesiam et cubiculum nihil noras pertraxerunt, a foro ad tribunalia, a tribunalibus ad carcerem. Falsonim testium linguas acuerunt, impudentem calumniam concinnarunt, cædes perpetrarunt, cruoris torrentes profuderunt, igni ac ferro juvenum corpora consumpserunt, multis ac præclaris vins plagas et cruciatus intulerunt, nullum denique lapidem non moverunt, quo te metu perterritam hue adigerent, ut iis quæ videras contraria diceres* Chrys., Epist. 94 ad Pentad.
2. Portum etiam una cum plurimis coronis propediem exspectn» Chrys., ibid. .
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Après Peu Uuiia, ce fut le tour d’Ampructé et des autres diaconesses ou dames attachées à l’Église; mais l’histoire ne mentionne point Salvina parmi les accusées. La cour exempta sans doute d’une comparution ignominieuse cette fille d’un roi maure devenue Romaine par son mariage avec un parent du grand Théodose, et alliée par conséquent à l’empereur régnant. Beaucoup d’autres femmes moins illustres souffrirent comme celles-ci pour une cause qu’elles croyaient être celle de Dieu. Plusieurs furent torturées, flagellées, déchirées avec des ongles de fer : quelquesunes périrent ou sur le chevalet ou dans les geôles. Le nouvel archevêque, de son côté, déclara la guerre aux couvents pour les forcer à le reconnaître; tous les moyens de coercition furent employés, la menace, les châtiments et jusqu’à la faim; on interceptait leurs provisions, espérant les réduire par la famine. On obtint ainsi l’acquiescement de beaucoup de moines ou de religieuses : que pouvaient faire ces malheureux? Leur soumission devenait pour Arsace autant de victoires que le parti ennemi de Chrysostome célébrait avec jactance. Olympias avait fondé dans Constantinople un couvent de vierges auquel elle attachait toute son affection et tous ses soins. Pendant son procès, les pauvres filles, se croyant abandonnées, cédèrent aux sollicitations ou à la crainte et firent leur paix avec l’intrus ; Olympias ne les revit jamais.
Il y avait en ce temps à Constantinople une vierge déjà fort âgée, connue et respectée de tout le monde ; elle était Bithynienne, d’une famille riche et distinguée de Nicomédie, et se nommait Nicarèle, c’est-à-dire
Vertu victorieuse1. La vcrlu de Niearèle, c’était la cha~ — rité. Maîtresse d’un grand patrimoine, elle le dispersa, suivant le mot de l’Écriture, en aumônes, en libéralités aux églises, en bienfaits de toute sorte. Pour être plus à même de le placer, elle vint à Constantinople, ce foyer des misères comme des splendeurs de l'empire, et s’y ût pauvre pour être plus près des pauvres cl les pouvoir mieux assister. Par l’inspiration d’une charité presque surhumaine, elle apprit la médecine et la préparation des remèdes, transformant sa maison en laboratoire de drogues, qu’elle distribuait aux indigents malades, et que la plupart du temps elle leur portait elle-même4. Elle devint bientôt le médecin de tout le peuple de Constantinople, qui disait avec une naïve confiance: «Les remèdes de Niearèle guérissent toujours. » La vie obscure où se confinait la noble femme n’avait point effacé chez elle les dons de l’esprit et ceux du savoir; un historien ecclésiastique qui la connut nous dit que sa conversation était grave, élevée, nourrie des préceptes de la divine philosophie où elle avait puisé le goût de la retraite. Plus d’une fois on voulut la faire entrer dans l’Église, soit comme diaconesse, soit comme supérieure de quelque congrégation de filles; elle refusa obstinément, repoussant jusqu’aux vives instances de Chrysostome3. La charité,
1. Ex quibus fuit Nicarcto Uithyna, nobili genere apud Nicomedienses orta, ob perpetuam virginitatem , et ob vitæ sanctimoninm ccleberrima. Sozom., vm, 23.
2. Cum esset admodum ingeniosa, et promptæ erga omnes hunianitatis, médicamenta diversi generis præparabat ad usus pauperum a'grutantium. Ici. , ibid.