‹ Récits de voyagesChapitre 24 sur 35 · LYS CP · texte numérisé non relu

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tement éveillés dans leurs antres formidables, se menaçaient eb se choquaiïent fois.

Dans ce désordre inexprimable et magnifique |

de la nature, le chemin de fer accomplit toute sorte d’évolutions, comme les contorsions d’un géant, et la belle rivière Batiscan, qu'on vient d'apercevoir, rayant dans sa course le pied des massifs, semblable à une couleuvre effrayée, précipite ses eaux qui, profondément pénétrées des sombres reflets ‘des bois, semblent d’un noir lustré. Elle court, se retourne, échappe, glisse, s'enfuit, revient, agitant, frémissante, sa robe moirée, couverte d’étincelles de jais, et, après cent méandres, haletante ou rassurée, elle s’étale dans toute la force et l'ampleur de son cours.

Voici le Windsor, bâti sur un escarpement qui domine la rivière et escorté, comme d'autant de satellites, d’une douzaine de huttes qui ont déjà un petit air de civilisation, et qui, Juchées ça et là, un peu au hasard, sur les nombreux reliefs du terrain, forment, aux abords de la Batisçan,

un groupement des plus pittoresques et des plus

Dr LL.

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ingénieux. Le Windsor restera célèbre dans les annales du chemin de fer du lac Saint-Jean. C’est une hutte comme toutes les autres, mais beau: coup plus spacieuse et bien mieux faite, bourrelée et capitonnée dans les intervalles des: troncs d'arbres, ayant des divisons à l’intérieur, un rez-de-chaussée où se trouve une grande salle. à manger, plusieurs chambres privées et un premier étage qui, converti en dortoir, peut loger commodément une trentaine d’hommes.

C’est là que fut donné dans l'automne de 1886 un grand bal, auquel assistèrent une soixantaine de: gentlemen, de dames et de demoiselles de la.

ville, venus dans un convoi spécial. Le même, soir les travailleurs de la ligne offraient aux, quatre entrepreneurs de sections un testimonial, sous forme de service en argent, en témoignage du bon accord, de la cordialité et de l'excellent esprit qui régnaient entre tous ceux, à quelque condition qu'ils appartinssent, qui travaillaient à l'exécution de cette entreprise, jugée comme impossible à son début, et menée si rondement, . si merveilleusement vite par le plus entreprenant des entrepreneurs, M. Beemer.

Ce fut un spectacle inouï, invraisemblable, que celui de ce bal donné en plein cœur de la

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forêt, précédé d’un souper auquel prirent part pas moins de deux cents convives, dans un encadrement de verdure, en présence de mets exquis et de desserts savoureux, le tout emporté de la ville, avec les élégants et les élégantes du convoi. Les vins et les discours débordèrent,

mais sans amener la moindre inondation dans

les cerveaux ni le moindre écart dans l'allure générale. Aussitôt le souper des invités et des

PRE employés terminé, vinrent réveillon-

ner à leur tour cent cinquante à deux cents travailleurs, de tous grades, qui firent table rase des mets encore fumants et vidèrent jusqu'à la dernière bouteille, sans ressentir d'autre ivresse que celle de la joie et du plaisir de la fête.

Le bal dura jusqu’au petit jour, et, à un signal donné, le Windsor se vida comme par magie; deux convois partirent simultanément, l’un ra-

menant à la ville les invités, l’autre ramenant

les employés et les travailleurs à l'extrémité de la ligne, vingt et un mille plus loin, où l’un des entrepreneurs de section, M. Aldough, ayant sous ses ordres environ 400 hommes, tenait alcrs son quartier-général provisoire.

Il était un peu plus de cinq heures du matin quand nous laissâmes le Windsor pour continuer notre route. Mais avant d’aller plus loin, il est absolument nécessaire d’avoir uné notion exacte de la topographie des lieux que nous parcourons. La rivière Batiscan, que le chemin de fer traverse pour la première fois, en face du Windsor, prend sa source sous le 47°, 46 de latitude, à la ligne de faîte qui sépare les eaux courant vers le lac Saint-Jean, de celles qui tombent dans notre grand fleuve.

Après une course de quelques milles, la Batiscan entre dans le lac Edouard, en resort quatre à cinq milles plus bas et descend tout le long de Vile du lac Edouard, jusqu’à ce qu’elle réçoive les eaux de la rivière Jeannotte, qui a longé la rive opposée de l’île, à partir de la décharge du lac. C’est donc, à proprement parler, le eours de ces deux rivières qui forme l’île du lac Edouard, en y ajoutant cette partie du lac qui s'étend depuis la sortie de la Batiscan jusqu’à la décharge du lac, dans la rivière Jeannotte.

L'île, comme nous venons de le voir, a une ee gueur de vingt-six milles ; sa largeur extrêm = est de huit milles Quant au Le il n’a que quinze milles de long sur deux milles et de dans sa plus grande largeur.

Au milieu du lac se trouve l’île Belisle, d’ une À longueur de deux milles environ, ainsi que.

d’autres petits îlots; mais si le lac lui-même contient des îles, en revanche l’île du lac renferme à son tour d’autres lacs, tels que le lac | Rognon, le lac Long, le lac du Centre... tous : renommés pour l’abondance et la taille dé leurs

truites.

Des lacs, des lacs! Il y en a partout, à profu-

sion, à foison, sur toute la surface de l'Amérique septentrionale, eb particulièrement dans le nord de notre province. On en compte jusqu’à vingtcinq en arrière des paroisses de Saint-Raymond ét de Saint-Gabriel, dans un petit espace de

--cent milles carrés à peine. Lorsqu’à la suite de la période glaciaire, qui couyrit la plus grande

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