‹ Récits de voyagesChapitre 8 sur 35 · LE TERRITOIRE DE MUSKOKA L'ÉTABLISSEMENT DE LA PROVINCE D'ONTARIO · texte numérisé non relu

LE TERRITOIRE DE MUSKOKA L'ÉTABLISSEMENT DE LA PROVINCE D'ONTARIO

Voyageur, arrête ici tes regards et contemple un pays historique, quoique né d’hier seulement à la civilisation européenne.

Du fond de la baie de Nottawasaga, qui forme l'extrémité méridionale de la baie Georgienne, où nous sommes en Ce moment, nous avons à notre droite la vaste région à laquelle le lac Simcoe a donné sou nom, et qui renfermait

jadis les nombreux villages des Hurons et des Ojibbewas, avant leur dispersion par les Iroquois, en 1649.

En prenant la rivière Humber, qui débouche à Toronto, et en remontant jusqu'à ce qu'on atteigne le lac Simcoe, à environ quarante-cinq milles dans l’ntérieur, on suit l’ancienne route que prenaient les Indiens des deux derniers siècles et les transports de marchandises, au commencement du siècle actuel, pour aller du lac Ontario à la baie Georgienne, et, de là, au Nord-Ouest, par les lacs Huron et Supérieur.

: C’est par là que passèrent les Iroquois pour venir détruire les Hurons, cantonnés dans le bassin du lac Simcoe, et les Ojibbewas, qui possédaient de nombreux villages autour de ce dérnier lae et du: Couchiching, ‘son voisir.:" Les Ojibbewas comptaient une population d'au moins vingt-cinq mille âmes, qui fut anéantie. À peine. reste-t-il aujourd’hui quelques. misérables et chétifs survivants de ces ‘populeuses tribus, sur l’île au Serpent, à l'entrée du lac Simcoe. On les voit errer sombres, mornes, traînant leur existence. comme un lambeau incommode, et comme-accablés du poids du destin qui les a laissés survivre. -. .…. :

À vingt-six milles au nord de Toronto, on atteint la ligne de faîte entre le lac Ontario et le lac Huron. On est à sept cent cinquante-cinq pieds au-dessus du premier et à quatre cent quinze pieds au-dessus du second.

Un peu plus loin que Newmarket, chef-lieu du comté d’York, auquel Toronto appartient, on voit Holland Landing, à l'endroit où la petite rivière Holland disparaît dans le lac Simcoe. C'est de là que jadis les canots, après avoir remonté l'Humber, repartaient pour entrer dans le lac Simcoe, qu’il suivaient jusqu'à son extrémité supérieure, Là, après quelques portages, on entrait dans la rivière Severn et, avec elle, on allait déboucher dans la baie Georgienne.

C’est à Holland Landing que l’on chargeait les grands bateaux qui faisaient le transport sur le lac Simcoe. Le grand navigateur Franklin s'y arrêta, lors de sa première expédition au pôle nord, en 1825. Aujourd’hui on passe par là en chemin de fer, et, lorsqu'on est parvenu à Allandale, une douzaine de milles environ plus haut

que Holland Landing, la ligne se divise en trois branches ; l’une d’elles, la branche de Muskoka, sous le nom de “ Northern and Pacific Junction,” traverse tout le Muskoka et va frapper le Pacifique canadien, au lac Nipissing; une autre, la branche de Penetanguishene, aboutit à Midland, sur la baie Ce ; elle a une longueur de quarante-deux milles ; une troisième enfin, la branche de Collingwood, conduit à la ville de ce nom. Ie

Au-dessus de la région du lac Simcoe, embrassant tout l’espace compris entre la rivière Severn, au sud, le lac Nipissing et la rivière des Français au nord, tout le rAUtOrS, de la baie Georgienne à l’ouest, et, à l’est, le bassin de l'Outaouais supérieur, s ‘étend l'immense district de Muskoka, avec ses huit cents lacs, dont quelques-uns ont près de quarante milles de longueur, district aussi grand que la Belgique tout entière, ou cinq fois plus que l’île du Prince-Edouard, qui, à elle seule, forme une des provinces de la Confédération.

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Le district de Muskoka occupe la partie la plus élevée (les kighlands) d'Ontario ; bon nombre de ses lacs sont à plus de quatre cents pieds audessus du lac Supérieur. L'ensemble de ces lacs et des rivières qui s’y rattachent distrait environ un dixième du territoire ; mais les neuf-dixièmes qui restent offrent encore environ douze millions d’acres de terres à concéder, ou un peu plus de Ja moitié de l'Irlande. Là-dessus, il y à bien six millions d’acres de bonne terre arable, ce qui peut suffire à une population de cinq cent mille âmes.

On estime qu'entre la tête de la rivière Mattawan et le littoral de la baie Georgienne, la largeur du territoire de Muskoka est en moyenne de soixante milles, et sa superficie totale, de sept mille milles.

C'est la région que le gouvernement de la province d'Ontario a choisie pour y faire l'essai de la colonisation gratuite. En vingt ans on y a vu s'élever nombre de cités et de hameaux, et les colonies s’y fonder aussi rapidement que dans

les Etats de l'Ouest. Des chemins de fer la traversent dans toute son étendue, et des bateaux à vapeur sillonnent les plus grands de ses lacs. Dans toutes les directions des communications se sont établies.

Le premier chemin de fer qui fat construit pour relier Toronto à l’arrière-pays du nord de

la province s'appelle Ie “ Northern”. On ne lui.

donna d’abord qu'une longueur de quarante-cinq milles. Il s'agissait simplement d'atteindre le lac Simcoe; mais le développement rapide du pays nécessita en 1879 le prolongement de la ligne jusqu'à Gravenhurst, au pied du grand lae Muskoka. ;

S'arrêter en plein milieu d’un pays à peu près inhabitable n’était guère en harmonie avec l’esprit d'entreprise des Ontariens. A l’est et au nord, les travaux du Pacifique avançaient rapidement le long de la rivière des Outaouais, de la Matta-

wan et du lae Nipissing ; bientôt on allait en-

tendre lés mugissements de la locomotive sur tout le parcours de la frontière septentrionale :

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