‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 19 sur 21 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

IMITÉ DE CELUI DE BENSSERADE. — Imprimé, p. 1 7.

Job eut des biens en abondance ; On le vit en tout prospérer ; Le ciel voulut les retirer On admira sa patience !

Si toutefois dans la souffrance On le voit un peu murmurer, Celui qui meurt sans soupirer Témoigne encor plus de constance.

Dans les plus fâcheux accidens,

Il se donna des confidens,

Il n'eut point de maux incurables :

Son tourment ne fut point caché, On le sceut, on en fut touché ; J'en connois de plus misérables.

POÉSILS DE SAINT-PAVIIV. 111

QDATRAIN — Imprimé, p. 62.

J'ay soupiré cent fois pour l'ingrate Sylvie Sans fleschir son cœur rigoureux.

J'estoisle plus parfait de ceux qui l'ont servie, Car j'estois le plus amoureux.

Sonnet. — Imprimé, p. 73.

Quand à mon âge l'on soupire, Le cœur percé de mille coups, L'un me plaint et l'autre m'admire D'avoir des sentimens si fous.

S'il m'estoit permis de leur dire Que je ne souffre que pour vous, Loin de condamner mon martire Sans doute ils en seroient jaloux.

Je sçay bien que les destinées Ont mal compassé mes années ; Ne regardez qu'à mon amour :

Peut-estre en serez-vous esmeùe :

Il est jeune ; il n'est que du jour, Belle Iris, où je vous ay veûe.

VEKS A M. DE TUOf, AMB/.bSADKUR EN IIOLLANDB.

Durant que vous estiez en France, Le monde frondoit haultement,

Ne pouvant souffrir l'Eminence ; On l'adore présentement.

Lustu cru ?

On le croioit d'intelligence Avec don Louis de Haros, Pour troubler l'Espagne et la France ; Ils ont mis seul tout en repos.

Lustu cru ?

Ils ont conclu le mariage De l'Infante et de nostre Roy, Contre la volonté, je croy, De l'Empereur, dont il enrage.

Lustu cru ?

Aucun ne vouloit espouser Les niepces de Son Eminence; Maintenant, on voit refuser Tous les plus grands seigneurs de France. Lustu cru ?

Le généreux et grand Condé Qui s'opposoità nos conquestes, Au lieu d'estre à la Cour frondé, Est le dieu de toutes les festes.

Lustu cru ?

Dans Londre à présent les bourgeois Ne veullent plus de republique ; Aimant mieux obéir aux rois Qu'à la puissance tyrannique.

Lustu cru ?

Lorsque Beaufort n'estoit pas sage, H faisoit aux halles 1 amour ;

A présent nos dames de cour Le recherchent en mariage.

Lustu cru t

SUR LA RETRAITE DE MU'9 l.A DICHESSE 1)E bCHOMBERG ALX MADn.ONNETTES

(Vers 1684.)

Les actions de Hautefort Ayant tousjours paru fert nettes, Tout le monde s'estonne fort Qu'elle soit aux Madelonnettes.

Lustu cru ?

Et que Ninon la desbauchée, Ne voulant plus faire l'amour, Se trouve aujourd'huy recherchée Des plus dévotes de la cour.

Lustu cru 1

PORTRAIT DE u"* LKDVILLB, FAIT PAR H. SANGUIN

De rire j'ay beaucoup d'envie, Quand j'entens parler de la vie Que chascun dit que vous menez.

L'un dit : elle met son grand nez Partout, et n'est point de famille Que sa forte langue ne pille.

En donnant au tiers et au quart Tousjours quelque joly brocart.

L'autre dit : c'est une fantasque,

Qui va le plus souvent sans masque,

Quoyque son teint soit blanc et net ;

Qui n'a suivante ny vallet,

Qui ne mange que des carotes ;

Qui va de son pied dans les crotes,

Et maltraitte ainsy son corps gent

Afin de jouer son argent.

Un autre dit : elle est heureuse

De contrefaire ainsy la gueuse,

Et ne point manquer de ducats :

De cet esprit faut faire cas,

Sans doute qu'elle en sçait bien d'autres.

On dit que Dieu et ses apostres

Ne sont pas bien dans son esprit,

Et ne croit point en leur escript.

Pour moy qui ne m'estonne guère

De ce que prosne le vulgaire,

Et comme exempt de passions

Puis juger de vos actions,

Je dis : elle est de bonne race,

Possédant la meilleure place

Qu'icy-bas l'on sçauroit avoir ;

Elle n'est point soubs le pouvoir

De mary , de père et de mère ;

Elle est bien soubs la main d'un frère,

Qui par bonheur n'est qu'un manchot.

Le compagnon n'est pas un sot,

Car malgré vous il prend la peine

De conserver vostre domaine,

Et qu'un jour il héritera

De l'argent qu'il vous laissera.

Enfin, si j'avois à renaistre.

POÉSIES DE SAlNT-PàVIN. 115

Et dans ce monde heureux paroistre, J'apprendrois de vous le moyen D'estre fille et femme de bien, Et de me conserver si sage Au milieu du libertinage.

Ceci n'est pas une peinture Que l'on appelle mignature, Ou bijou qu'on faict sur l'email.

C est un tableau dont le traAail N'estant point flatté de son maistre, Vous fera d'un chascun connoistre.

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