SONNETS
Imprimé, p. 33.
Soupir impatient, que pretendez-vous faire? Vous m'irez déceler quand vous serez party. Tris pourra s'en plaindre ; arrestez, téméraire, Au moins ne dites pas que j'y ay consenty.
Vous pensez l'attendrir, vous ferez le contraire. Son orgueil jusqu'icy ne s'est point dementy ; Mais non, faites du bruit; si je vous ay fait taire, Soupir, desjà cent fois je m'en suis repenty.
Sous le nom d'amitié vous osastes paroistre ;
Estes-vous moins hardy quand l'amour vous fait naître (
Il s'explique par vous, faites-vous escouter :
Qui ne perd le respect qu'à force de tendresse Gagne plus qu'il ne perd auprès d'une maistresse : Parlez, hasardez tout, il est temps d'esclater.
Imprimé, p. 67.
Quand d'un esprit doux et discret Tousjours l'un à l'autre on défère, Quand on se cherche sans affaire, Et qu'ensemble on n'est point distrait ,
Quand on n'eut jamais de secret Dont on se soit fait un mystère, Quand on ne songe qu'à se plaire , Quand on se quitte av-ec regret ;
Quand, prenant plaisir à s'escrire, On dit plus qu'on ne pense dire, Et souvent moins qu'on ne voudroit ;
Qu'appellez-vous cela, la belle?
Entre nous deux, cela s'appelle S'aiiner bien plus que l'on ne croit.
Inédit.
On me l'avoit bien dit, qu'on ne peut s'en deffendre; Pour elle on n'a pas moins de respect que d'amour, Son esprit sçait à tout donner un si beau tour Qu'au premier entretien je me laissai surprendre.
Si je retiens mon feu caché dessous la cendre, Je ne puis me flatter de la toucher un jour ; Prétendre hautement de luy faire la cour. C'est estre peu discret et beaucoup entreprendre.
Ainsy l'anie en desordre, interdit, et confus, ,
Je veux, et n'ose pas hasarder un refus, Je languis incertain auprès de cette belle;
Parlez-luy, mes soupirs: non, ne luy dittes rien : Elle se connoist trop ; Amarante sçait bien Que sitost qu'on la voit il faut brusler pour elle.
Imprimé, p. 29.
Je ne me plaindrai point, aimable Celimene, Que vous m'aiez donné de trop sévères lois ; Je cours aveuglement à ma perte certaine, Ma passion le veut, je fais ce que je dois.
Puisque j'ay consenty que mon ame trop vaine
Se portast hardyment à faire un si beau choix,
Je souffre constamment; trop heureux, dans ma peine,
Si j'osois devant vous soupirer quelquefois.
On donne aux immortels le cœur et la pensée ; De ces mesmes presens vous estes offensée, Rien ne peut à mes maux vous faire compatir ;
Quoyque vous deffendiez la plainte et l'espérance,
Il est si glorieux d'estre vostre martyr
Que de mourir pour vous tient lieu de recompense.
Inédit.
J'ay beau jurer, j'ay beau vous dire Que vos yeux causent mes tourmens, Tris, vous ne faites que rire De ma peine et de mes scrmens.
Cependant vous aimez à lire Les poètes et les romans , Et souvent vostre cœur soupire D'y voir de malheureux amans.
Vous recevez avecques joye Les romans que je vous envoyé, Et mon billet est rebutté :
Que vous estes peu raisonnable I Vous estes seule que la fable Touche plus que la vérité.
inédit.
Je voudrois bien, Iris, cacher que je vous aime. Le respect me l'ordonne, et toutefois j'ay peur Que mes tristes soupirs et mon visage blesme Ne trahissent enfin le secret de mon cœur.
Si vous avez voulu vous consulter vous-mesme, Vos beaux yeux vous ont dit qu'ils causent ma langueur ; Ces indiscrets autheurs de mon amour extresme Vous en ont fait rougir cent fois pour mon malheur.
Vostre orgueil qui n'a pu souffrir mon insolence, Cherche à se contenter et court à la vengeance : Vous serez satisfaite, et je seray banny ;
Par mon esloignement il faudra que je meure ;
Ne croiez pas. Iris, que je sois fort puny ;
Quand j'estois près de vous, je mourois à toute heure.
Inédit.
Cesse de plaindre ma souffrance, Tirsis, ton desplaisir ne sert Qu'à donner plus de violence Au cruel chagrin qui me perd.
Mon mal trompe la connoissance Du médecin le plus expert ; Il est tout autre qu'on ne pense, Il est plus grand et plus couvert.
Comme toy la belle Silvie
Fait des vœux au ciel pour ma vie,
Et tesmoigne assez qu'elle craint :
Ma douleur la rend abattue, ^
Et cette belle qui me plaint Est la cruelle qui me tue.
Inédit.
Philis prit d'un chasseur l'habit et l'équipage, Et fut courre un sanglier qu'elle tint de si près Que jamais il ne put eschapper à ses traits ; Son adresse parut égale à son courage.
Les nymphes de ces lieux qui virent son visage Soupirèrent d'amour pour ses charmants attraits ; Diane se cacha dans le fond des forests. Les faunes, les silvains luy rendirent hommage.
Venus, qui le grand bruit de la chasse entendit,
10 POÉSIES Dli SAINT-PAVIN.
Jetta les yeux sur elle, et des cieux descendit, La prenant pour celuy qui causa sa tendresse
Mais au lieu du garçon qu'elle a tant regretté, Elle vit que Pliilis estoit une déesse Qui venoit luy ravir le prix de la beauté.
Inédit.
Deux braves, mais différemment, De taille et de mine peu fiere A l'envy pressent fortement Une place sur la frontière.
Par devant vigoureusement L'un veut enfoncer la barrière ; L'autre, attaquant plus finement, La veut surprendre par derrière.
L'un et l'autre de ces rivaux Ont si bien poussé leurs travaux, Qu'elle est en estât de se rendre ;
On dit mesme qu'elle a traité, Et qu'elle n'a pu se deffendre D'ouvrir d'un et d'autre costé.
Inédit.
Que je chéris ta compagnie , Tircis, je te cherche en tous lieux, Tes entretiens capricieux Font les délices de ma vie.
POÉSIES DE SAIIVT-PAVIN. il
Avec tout autre je m'ennuye, Jamais personne ne sceut mieux Accommoder au sérieux La délicate raillerie.
Quand tu nous parles de la foy, Ceux qui doutent croient en toy, Tes raisons nous sont des oracles :
Et si pour les honnestes gens Il se peut faire des miracles, C'est de toy que je les attens.
Inédit.
Quand près de moy vous avez cru Passer pour femme fort modeste, Vostre esprit s'est un peu deceû, Caliste, je vous le proteste.
De mesme, quand vous m'eustes veû, Mon défaut vous fut manifeste ; Pour faire que j aye déplu, Je sçay bien que j'en ay de reste.
Toutefois pour s'entr'obliger Nos cœurs ont feint de s'engager, Et le mien invita le vostre :
Nous ne sommes pas malheureux De nous entretromper tous deux, Sans nous ti'oraper ny l'un ny l'autre.
12 POisIES DE SAINT-PAVIN.
Sur l\ Pocelle (Inédit).
Je TOUS diray sincèrement Mon sentiment sur la Pucelle :
L'art et la grâce naturelle S'y rencontrent également.
Elle s'explique fortement,
Ne dit jamais de bagatelle, »
Et toute sa conduite est telle
Qu'il la faut louer hautement.
Elle est pompeuse, elle est parée.
Sa beauté sera de durée, Son éclat peut nous éblouir ;
Mais enfin quoiqu'elle soit belle, Rarement on ira chez elle.
Quand on voudra se divertir.
Sur la Pdcelle (Inédit).
Tu fais l'entretien des ruelles , Chapelain, tu t'es attiré, Par ton livre tant désiré.
Beaucoup d'estime et cent querelles.
Ceux dont les censures cruelles Injustement t'ont déchiré.
De jalousie ont soupiré D'y trouver des fautes si belles.
Les grands hommes, dans tous les temps,
POESIES DE SAINT-PAVIN. i'è
Furent en butte aux ignorans , Nous t'en voions servir de preuve :
Ton docte ouvrage est sans pareil, Console-toy, mesme il se treuve Quelque tache dans le soleil.
Inédit.
Un jour la reine de Cithere
Sans carquois rencontrant son fils,
Luy demanda toute en colère :
- Où sont tes traits 1 qui les a prist "
Cet enfant qui craignoit sa mère Luy dit : » Hier, la jeune Iris »> Me les demanda pour en faire " Une conqueste de haut prix.
« Elle avoit vostre air et vos charmes ; " Trompé, je luy donnay mes armes, " J'ay mérité vostre couroux ;
« Mais l'erreur est peu criminelle,
" Tout autre la voyant si belle
•• L'eust comme moy prise pour vous. •>
PooR M"* DE Sevigné (Inédit).
Sapho faisant une peinture De l'héroïne de en temps, Croit l'obliger , mais, à mon sens.
Son pinceau luy fait une injure.
Sans doute une vertu si pure N'est pas matière de romans, Pour exprimer ses agremens L'art baisse et cède à la nature.
De grands éloges entassez
En disent trop et pas assez, Elle auroit mieux fait de se taire ;
Clarinte a de divins appas, Et son mérite est un mystère Qu'il faut croire, et n'expliquer pas.
Inédit.
Ma goûte me reprend et ma colique empire : Je ne puis résister à leurs cruels assaus ; Je chéris toutesfois ces effroiables maux, Puisque dans cet estât j'aime, et j'ose le dire.
On reçoit mes billets, je me plains, je soupire, Amarante me souffre avec tous mes deffaus ; Je m'en vois mieux traitté que ne sont mes rivaux, Mais je ne suis heureux qu'au moment où j'empire.
Non, ne vous trompez pas, pensers audacieux ;
Quand vers moy tendrement elle tourne les yeux,
Ce n'est pas mon amour, c'est mon mal qui la touche.
Si j'avois par malheur quelque soulagement, Vous verriez aussitost que de sa belle bouche Je receyrois l'arrest de mon bannissement.
POÉSIES DE SAINT-PAVIiN. 15
Inédit.
Quand au rendez-vous qu'on se donne L'un des amans n'est pas venu, De peu d'amour on le soupçonne, S'il ne s'en est pas souvenu.
Malaisément on le pardonne, Quand une fois on a connu Que dans l'esprit d'une personne Ces deyoirs ont si peu tenu.
Mon desplaisir seroit extresme S'il me falloit tout le caresme Jeusner ainsy les vendredis ;
Par une si dure abstinence Ce seroit perdre en conscience, Que de gagner le paradis,
Inédit.
Tirais, je sens à mon dommage Que nos sens s'emoussent enfin ; Des plaisirs j'ay perdu l'usage, Et je n'ay plus le goust si fin.
Les caresses d'un jeune page Qui me vient trouver le matin, Ne me touchent pas davantage Que feroient celles de Catin.
Mon esprit baisse et se relasche,
Rien ne me plaist, rien ne me fasche, Sans regret je me vois finir :
L'indolence fait mon étude ; Je n'ay pas mesme inquiétude Pour les choses de l'avenir.
N'attens pas de moy le portrait Du plus grand hevos de nostre âge, Tu vois tous les jours son visage, Tu sçais s'il est beau, s'il est laid;
Ne vois-tu pas qu'il est bien fait ?
Quel est son esprit, son courage 1 Je ne puis à son avantage T'en dire plus que l'on n'en sçait.
Tu vois qu'il vit en galant homme Dans tous les sentimens de Rome, Pour luy Venus est sans attraits :
Quel emportement a ma muse ?
Tirsis, sans y penser, je fais Le portrait que je te refuse.
PouB M"* DE Sevignb (Inédit).
Quand on dit que Clarinte est belle, Que son entretien est charmant, Qu'elle a la grâce naturelle, Que du siècle elle est l'ornement,
Ce grand éloge qu'on fait d'elle Me donne peu d'estonnement ; Mais quand on dit qu'elle est fidelle, Je soupire secrètement.
Je vois que son ame engagée Ne sçauroit estre partagée, Q.uoyque je fasse désormais ;
Mon malheur n'est-il pas extresme ?
Son mérite veut que je l'aime, Et qu'elle ne m'aime jamais.
Quittez ces te dévote humeur, Ne faites plus tant la mauvaise ; A vostre âge sainte Thérèse N'offpoit pas à Dieu tout son cœur.
A soixante ans un directeur Presche les gens bien à son aise ; "Vous n'en avez que quinze ou seize, Trop tost le diable vous fait peur.
Me deffendre que je vous aime, C'est vous faire tort à vous-mesme ; Malgré vous je vous aimeray ;
Rarement la jeunesse est sage, Quand vous serez un peu sur l'âge, Alors je vous obéiray.
Inédit.
Je suis au desespoir quand vous me reprochez Que dans mapassion un peu trop je m'emporte ; Si c'est vous offenser d'en user de la sorte, Je tiendray désormais mes sentimens cachez.
Du moment que sur vous les yeux sont attachez, A l'amour, belle Iris, peut-on fermer la porte? Quand on est criminel d'aimer trop, il n'importe. On fait gloire d'avoir de si nobles péchez.
Il faut bien cependant que ce soit un grand crime ; De mille desplaisirs on devient la victime. Si tost qu'à vous servir on s'est abandonné ;
Un crime envers les dieux quelquefois se pardonne , J'ay péché contre vous, je seray condamné : On ne vous vit jamais faire grâce à personne.
Imprimé, p. 60.
Iris, je vous aime, on le sçait,
Vostre rigueur continuelle
Me force d'estre peu discret :
Je me suis plaint, plaignez-vous d'elle
Ne blasmez point ce que j'ay fait, D'une amour si pure et si belle On peut descouvrir le secret, Sans vous faire voir criminelle.
Cependant un parent jaloux.
Qui voit les soins que j'ay pour vous, En juge mal, et se meconte :
Je sçay qu'il n'en parle pas bien, Mais la médisance, à ma honte, Est plus discrète, et n'en dit rien.
Imprimé, p. 38.
Cléon, faux en tout ce qu'il fait, Chez les beuveurs à toute outrance Fait le sobre, et du peu qu'il sçait Fatigue toute l'assistance.
A table, ailleurs, quand on le met Sur quelque haut point de science, En homme prudent il se taist.
Et prend du vin en abondance.
On juge à peine ce qu'il est, Chaque jour selon qu'il luyplaist Il prend différente figure :
Son foible ne m'est point caché :
Il est adrmt dans l'imposture, Mais ny sçavant, ny desbauché.
Imprimé, p. 54.
N'escoutez qu'une passion, Deux ensemble c'est raillerie, Souffrez moins la galanterie.
Ou quittez la dévotion.
Par tant de contradiction Vostre conduite se décrie, Avec moins de bizarrerie Suivez vostre inclination.
Iris, chacun se met en peine
De vous voir tousjours incertaine
Sans sçavoir à quoy vous former ;
Vous finirez comme ^ne sotte, Vous ne serez jamais dévote, Vous ne pourez jamais aimer.
Inédit.
Iris, triste et chagrine en son ht retenue, Me contoit l'autre jour ses maux les plus pressans. Ah ! que je fus touché de voir ses jeunes ans Menacés d'une fin qui m'estoit imprévue.
Ma tendresse luy plut, et son ame abatiie, Jusques-là peu sensible aux peines que je sens, Me laissa rencontrer dans ses yeux languissant La pitié que j'avois si longtemps attendue.
A travers ma douleur je fis luire mon feu, La belle s'en plaignit, et me plaignit un peu, Incertaine et n'osant l'allumer ny l'esteindre;
Nos cœurs sans s'esclaircir prirent croiance entre eux, Sitost qu'elle me plaint, je ne suis guère à plaindre. Quand on se plaint ensemble on n'est pas malheureux.
Inédit.
Pourquoy venez-vous en ce lieu Importuner nostre madone 1 A quoy pour vous est-elle bonne ?
Vous estes si bien avec Dieu !
Qu'est-il arrivé depuis peu 1 Je sais que vous n'aimez personne :
Le directeur qui vous talonne Vous force-t-il d'en faire un veu?
Ce fameux médecin des belles N'a l'emetique que pour celles Qui vivent libertinement ;
Vostre vertu le désespère, Se confesser et ne rien faire, C'est abuser du sacrement.
Imprimé, p. 6h.
Iris, quel subit changement!
Je vous aimois sans vous déplaire, Et par l'ordre de vostre mère Vous escoutez un autre amant.
Donnerez-vous vostre agrément En faveur de ce téméraire ?
Ce que mon amour n'a pu faire L'obtiendra-t-il du sacrement ?
Mais quoy, vous y serez forcée,
Souffrez que mon ame offensée Se vange au moins de cet époux ;
Que son bonheur luy soit funeste !
J'en seray peut-estre jaloux ; Vous pourriez bien faire le reste.
Imprimé, p. /j6.
Belle Iris, je suis aux abois ; Helas! qu'estes-vous devenue ?
Je vous aime autant que je dois, Et vostre absence continue.
Sans m'avoir escrit une fois, Depuis que je vous ay veiie, Vous avez passé plus d'un mois :
Demandez-vous ce qui me tiie 1
Plein de langueur, je vous attens ; Pouvez-vous souffrir plus longtemps Qu'en ce triste estât je demeure?
Que mes rivaux seront heureux !
Si vous tardez encore une heure, Vous ne reviendrez que pour eux.
Inédit.
Deux belles s'aiment tendrement, L'une pour l'autre s'intéresse, Et du mesme trait qui les blesse Elles souffrent également.
Sans se plaindre de leur tourment, Toutes deux soupirent sans cesse, Tantost l'amant est la maistresse, Tantost la maistresse est l'amant.
Quoy qu'elles fassent pour se plaire, Leur cœur ne se peut satisfaire, Elles perdent leurs plus beaux jours;
Ces innocentes qui s'abusent Cherchent en vain dans leurs amours Les plaisirs qu'elles nous refusent.
Imprimé, p. 32.
Tel que vostre humeur le souhaite, Un bon homme estoit vostre amant ; Il vous servoit fidèlement, Sa flame estoit pure et discrette :
Vous allez en estre défaite, Vostre cruel eloignement Va mettre dans le monument Et son amour et sa lunette.
Amarante, ne tirez pas
Avantage de son trespas,
Peu de gloire vous en demeure :
Vostre départ le fait périr.
Mais en le différant d'une heure.
De vieillesse il alloit mourir.
Imprimé, p. 63.
Iris a la taille mignonne, L'air noble et le beau tour d'esprit, L'on ne voit rien de mieux escrit Que ce que sa plume nous donne.
Elle est généreuse, elle est bonne, Modeste en tout ce qu'elle dit ; La vertu jamais ne se fit Plus respecter qu'en sa personne.
Parmy tous ces talents si beaux
Elle se cherche des défauts.
Et souvent mesdit d'elle-mesme ;
On n'y trouve rien à blasmer, Chascun l'admire, chascun l'aime, Elle seule ne peut s'aimer.
Inédit.
Iris qui m'escrivoit sans cesse Vit avec moy tout autrement, Est-ce négligence ou paresse.
Qui fait naistre ce changement î
Est-ce qu'elle a moins de tendresse ?
Est-ce caprice seulement?
Est-ce fierté, mépris, adresse?
Est- ce un nouvel engagement ?
Est-ce chagrin ? est-ce colère 1
Est-elle lasse de me plaire?
Est-ce qu'elle veut m'oublier?
C'est tout ensemble, plus j'y pense :
Ce qu'elle n'ose publier, Elle le dit par son silence.
XXXIV, Pour M""* de Sevigné (Imprimé, p. 27).
Clarinte à qui toute la Cour Rend un respectueux hommage, Des plus illustres de nostre âge Reçoit des billets chaque jour.
Qu'ils soient ou d'intrigue ou d'amour, Jamais la belle ne s'engage, Et ne leur donne autre avantage Que de les lire tour à tour.
Quelquefois elle prend la plume ; On croiroit, selon la coustume, Qu'elle rend billet pour billet :
A toute autre chose elle pense ; Veut-on sçavoir ce qu'elle fait?
Elle n'escrit que sa despense.
Inédit.
Jeune Iris, si vous estiez sage, Vous seriez riche à bon marché, On n'est jamais gueuse à vostre âge, Vous avez un trésor caché.
Ce vous est un grand avantage Qu'à ce bien l'on n'ait point touché ; Mais ne le pas mettre en usage, Croiez-moy, c'est un grand péché.
La nature qui vous le donne
Veut qu'on s'en serve, amour l'ordonne ,
Il faut leur obéir enfin :
Jamais trop tost on ne l'employé :
Ce qui ne se perd qu'avec joye Ne se garde qu'avec chagrin.
Inédit.
Non, Callste n'est plus le sujet de mes feux, Son extresme rigueur en est seule coupable ; Avec moins de fierté Daphné reçoit mes vœux. Et mes yeux jusqu'icy n'ont rien veû de semblable.
Elle est jeune, elle est belle, et peut me rendre heureux Mais, helas ! pour joiiir d'un bien si désirable, Mon corps et mon esprit s'accordent mal entre eux, De tout ce que l'un veut l'autre n'est plus capable.
Dans le fameux desordre où me jettent mes sens, Je crains de posséder le bien que je prêtons, La dois-je souhaiter favorable ou cruelle?
Ne luy demandons rien de peur de l'obtenir, Aimons-la constamment et seulement pour elle, Et laissons à l'amour à régler l'avenir.
Imprimé, p. tiU-
Iris, ainsy que les novices, Croit tout avec simplicité, Fuit les plaisirs comnie des vices Qui sentent la fragilité.
Jamais des amoureux caprices Son esprit ne fut agité, Les soins, les respects, les services, N'ébranlent point sa fermeté.
Sa vertu partout est connue.
Mais j'en doute, après l'avoir veûe Pleurer aux pieds d'un confesseur :
De quoy se repent ceste belle ?
C'est asseurement que son cœur N'est pas bien d'accord avec elle.
Inédit.
Peux-tu bien tarder un moment !
Reviens accomplir ta promesse ; Chascun sçait combien ta paresse Me vole de contentement.
O dieux ! qui voiez mon tourment Dans l'attente do ma déesse, Hastez le temps, qui de vieillesse Marche à mon gré trop lentement.
Les heures me sont des journées,
Les jours me durent des années ; Attendant trois mois son retour,
J'ay passé cent ans de ma vie :
Ettoutesfois, je meurs, Silvie, Moins de vieillesse. que d'amour.