‹ Recueil complet des poésies de Saint-PavinChapitre 21 sur 21 · VOL. IN · texte numérisé non relu

VOL. IN

Saint-Pavin ! que d'hommes et de choses ce nom rap- )elle ! et pourtant ce n'étoit pas un grand poëte, il s'en faut le beaucoup. Mais c'étoit un charmant esprit, un talent imable, une de ces fines natures gauloises comme il s'en rouve encore, Dieu merci, et comme il s'en trouvera touours, il faut l'espérer, la France y perdroit trop. Saint- *avin appartient donc à notre race littéraire la plus fi'anhe, la plus nationale. Il est de cette famille hardie et igoureuse qui a pour maîtres, pour chefs , les Molière, 3s la Fontaine. Aussi, comme le remarque si bien le savant diteur, son vers dit toujours quelque chose. Et encore ans quel genre ? Dans le plus difficile de tous ! dans cette arme poétique si ardue, si rétive, qu'on appelle le son-

net ! car on ne sait pas assez en France ce que c'est que le sonnet. Tout le monde a lu et retenu le précepte de Y Art poétique; mais a-t-on bien réfléchi à tout ce qu'il veut dire ? Boileau met le sonnet au même rang que l'épopée. Rien que cela. Un sonnet vaut Y Iliade. Et comme si cet aphorisme ne lui paroissoit pas assez imposant, lui, Boileau, le confirme par des tentatives malencontreuses. Le fameux poète qui a réussi dans ses essais épiques {Passage du Rhin) échoue dans le sonnet. L'importance du genre est-elle assez constatée ? Racine, éclairé par un tel mécompte, se garde bien de s'y risquer. Le sonnet l'invite ; il s'effraye et passe. Voltaire lui-même, cet Hercule littéraire qui a parcouru toutes les gammes de la poésie. Voltaire recule devant l'exemple du grand Nicolas : c'est ainsi qu'il se plaît à nommer Boileau. L'auteur de Candide, l'adversaire audacieux des parlements et des rois, cet homme qui se permet tout, n'ose se permettre le moindre sonnet ! quel hommage ! L'avouerai-je enfin à la gloire du sonnet '? et pourquoi pas?... Saint-Pavin en dit tant dans ses vers, qu'il me semble qu'on peut tout dire à propos de lui. Il n'a fallu rien moins que la révolution françoise pour le faire revivre. Oui, à la lettre, il a fallu que Napoléon remuât l'Europe de fond en comble pour que du choc des littératures britannique, germanique et françoise le sonnet jaillît de nouveau; mais cette fois pour ne plus mourir. Etonnez-vous après cela qu'on imprime et réimprime les œuvres de Saint- Pavin.

C'est que Saint-Pavin n^a pas seulement brillé dans le sonnet ; il a dans son histoire une page ineffaçable et glorieuse. C'est lui qui l'a assisté à ses derniers instants. Le sonnet s'en alloit de langueur. Gombaud l'avoit affoibli ; Malleville affadi ; Maynard ( le barbare ! ) l'avoit mutilé sans pitié : Saint-Pavin accourt à son aide, et si le sonnet avoil pu être sauvé à force d'esprit, soyez sûrs qu'il l'eût été par lui ; mais il falloit mieux que cela. L'ingénieux poëte le remet sur pied, panse sa blessure; enfin, grâce à ses efforts.

le sonnet jette un dernier éclair avant de s'éteindre. C'est à Saint-Pavin qu'il doit son épitaphe en attendant une loin« taine résurrection.

Si nous vivions dans un temps moins grave, si nous étions encore au régime des jeux de mots et de la plaisanterie cavalière, on pourroit dire (et Voiture n'y eût pas manqué) que le sonnet n'est pas de ceux qui ne savent à quel saint se vouer. Il a eu pour père Saint-Gelais, est mort entre les bras de Saint-Pavin, et ressuscité entre ceux de Sainte-Beuve. Mais quelle différence ! Le sonnet que l'esprit n'avoit pu faire vivre renaît par la passion, la vraie passion. Qui ne se rappelle les admirables sonnets de Joseph Delorme ?

O laissez-vous aimer ! . . . ce n'est pas un retour, Ce n'est pas un aveu que mon ardeur réclame....

et tant d'autres du même ouvrage et des recueils qui l'ont suivi ? Qui de nous ne les garde au fond de son cœur, parmi les témoins les plus chers, les souvenirs les plus vivants de labelle jeunesse? Le sonnet sous la plume de Sainte-Beuve est remonté de lui-même aux jours de sa brillante floraison ; il se rattache par la puissance et la grâce aux maîtres du seizième siècle, aux du Bellay, aux Magny, aux Ronsard. Mais je touche là à la pure et grande poésie. Redescendons à Saint-Pavin.

Je n'ai pas tout dit sur lui, et il a encore d'autres avantages ; il y a dans la vie de Saint-Pavin deux choses que les premiers poètes de notre époque lui envieroient, je le pense du moins : il a été l'ami de Mme de Sévigné, et il n'a pas succombé dans sa joute contre Boileau. L'ami de Mme de Sévigné! ô l'heureux temps, où la beauté, la grâce, l'intelligence la plus délicate, la plus exquise couroient après l'esprit comme après le maître suprême ', où les plus disgraciés d'entre les poètes avoient de pareils triomphes ; où le grotesque Saint-Pavin, et je ne le calomnie pas, car c'est lui qui me fournit son portrait, où Saint-Pavin, dis-je, si difforme qu'il fiit, étoit recherché par la plus ravissante des

femmes, le plus enchanteur des talents; où le cul-de-jatte Scarron avoit pour compagne la future épouse du plus grand roi dont s'enorgueillisse notre histoire ! . . . En vérité , je le demande à M. de Lamartine lui-même, n'y a-t-il pas de quoi être un peu jaloux même de Scarron, même de Saint- Pavin ?

Je ne serai pas aussi hardi pour sa lutte avec Boileau ; je crains même de m' être un peu trop avancé. Je ne répondrois pas qu'à l'heure qu'il est, on fût aussi fier d'avoir résisté aux agressions du redoutable poète; et cependant

Mais laissons là les parallèles et ne menons pas le dix-neuvième siècle au combat contre le dix-septième. S'il y a un fait de certain, c'est que Boileau n'a jamais attaqué sans vaincre. A tort ou à raison, ceux qu'on a nommés si justement ses victimes sont restés fatalement sur place. Témoin Chapelain, Colletet, Coras, etc., etc. Eh bien! Boileau s'est heurté à Saint-Pavin sans le renverser. Je dirai plus : il n'a pas eu l'avantage. Non pas que j'aille jusqu'à prétendre que le terrible Despréaux ait été la victime de Saint-Pavin; mais Saint-Pavin n'a pas été la sienne, et, je le répète, c'est unique dans notre histoire littéraire. Boileau avoit ouvert les hostilités par un simple hémistiche. Saint-Pavin riposta par un sonnet bien complet, et Tépigramme que Boileau commit après, et qui fut la clôture de ce duel, est par son infériorité même une sorte d'aveu de sa défaite. Ce qui le prouve encore mieux, c'est que Saint-Pavin garda sa réputation intacte, plus heureux en cela que tant d'autres qui avoient comme lui une véritable valeur.

Colletet, par exemple! J'ai nommé Colletet, et en le nommant ma plume bibliophihque a frémi ; et peu s'en faut que je n'imite Saint-Pavin et que je n'intente au grand satirique un procès en forme. C'est que ce nom rappelle, à mon avis, une des plus grandes iniquités qui se soient jamais commises. Je sais qu'elle n'est pas toute à la charge du poète, et que le public en a sa bonne part; c'est égal ; il lui en reste assez et même beaucoup trop pour son honneur. Que le se-

vère Boileau se soit rué sur François CoUetet, qu'il ait reproché à un pauvre diable de rimeur sa détresse et son manque de pain; c'est fort vilain assurément, et Charles Nodier a eu toutes sortes de raisons d'en faire bonne et rude justice. Mais que le ridicule de cette affaire ait rejailli sur notre CoUetet à nous, sur le débonnaire CoUetet, époux de la belle Claudine et dernier prêtre du culte de Ronsard ! Que le flot d'ignominie qui en résulte ait submergé cette espèce de Robin- Mouton qui fut aimé de Jean la Fontaine ! voilà ce que je ne peux ni concevoir ni excuser. O nation trois fois légère ! s'écrioit Mirabeau à propos de choses un peu plus sérieuses. Boileau attaque l'un et le public s'en prend à l'autre! L'innocent pâtit pour le coupable, si coupable il y a! François tue Guillaume ! L'Anglois Beresford, auteur d'un gros livre sur les misères de l'homme, a écrit, si je ne me trompe, un chapitre sur le malheur d'avoir un père. CoUetet, lui, perd réputation et tout, parce qu'il a le malheur d'avoir un fils. Et ce fils qui lui ôte cette renommée à laquelle il tenoit tant ; c'est le fruit de ses amours avec cette chère Brunelle qu'il a tant célébrée ! Voilà la pierre d'achoppement où se brise sa gloire ! Est-on plus malheureux ? Et voyez la puissance d'un mot de Boileau sur la plus sphituelle des nations du globe ! Une fois noyé dans l'opprobre, CoUetet ne peut plus s'en tirer ; du moins il n'y réussit que d'une façon très-incomplète. Depuis 1828, première année, je crois, où on ait poussé en sa faveur le cri de sauvetage, combien d'efforts xi'a-t-il pas fallu pour l'extraire, et encore à moitié, du gouffre où l'avoit plongé cette méprise malencontreuse ! que de peines, que de labeurs pour contre-balancer une simple phrase ! Non, je ne puis m'empêcher de penser qu'une si cruelle mésaventure eût touché Boileau lui-même, s'il eût pu la prévoir : car Boileau savoit plaindre en prose ; ce n'est qu'en rhythme et en rime qu'il étoit impitoyable.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt quittons-les, puisque CoUetet en est un, et retournons à Saint-Pavin, qui appartient à une tout autre espèce. Saint-Pavin étoit-il

aussi esprit fort qu'on l'a dit? Question délicate et qui m'embarrasse. Je confesse même, en écrivain consciencieux, que je ne trouve pour le défendre sur ce point que l'amitié de Mme de Sévigné. L'illustre marquise si religieuse, presque janséniste, se seroit-elle ainsi attachée à un brutal sectateur de la philosophie de Desbarreaux ? J'ai peine à le croire. D'une autre part, il y a de terribles témoignages. Mais qui nous force à le prendre du mauvais côté ? Laissons l'homme et n'envisageons que le poëte, si tant est que le poète et l'homme puissent jamais se disjoindre.

Il en prenoit, du reste, son parti, s'il faut en juger par ce qu'il dit de lui-même en ces vers inédits jusqu'ici :

Mon teinct est jaune et safrané De la couleur d'un vieux damné, Pour le moins qui le doit bien estre^ Ou je ne scay pas me connoistre.

Mais doit-on le croire sur parole i' Il se vante peut-être, il étoit bien assez fat pour cela.

J'ai lâché le mot de grotesque à propos de Saint-Pavin, et je m'empresse de citer mes textes, car le mot est vif, et on ne se hasarde pas ainsi sans preuves quand il s'agit d'un homme qui a eu tant d'admirateurs. Dans une peinture qu'il nous fait de sa personne, et qui ressemble infiniment peu à celles qu'on trace de soi-même en l'an 1861, Saint- Pavin commence par dire qu'il a le Jiez long, extraordinairement long. Cela se conçoit et n'a pas besoin d'excuse. Ce pourroit même être le sujet d'une comparaison obligeante : voyez le portrait d'Érasme. Il dit ensuite qu'il est court, entassé (je copie ses propres expressions), qu'il a l'épaule grosse. Passe encore. Tout le monde n'est pas taillé en Apollon, et à côté de la race des Don Quichotte il y a celle des Pança. Mais quand il s'en vient nous apprendre qu'il a sur

le dos

Certain amas d'os et de chair

Faict en poinctes comme un clocher j

quand il ajoute que la longueur de ses bras et de ses jambes

Le faict prendre le plus souvent

Pour un petit moulin à vent,

oh! cette fois, on aura beau dire, l'ami de Mme de Sévigné se classe décidément dans une singulière catégorie. Il faut, bon gré mal gré, l'adjoindre à un autre poëte de date plus récente, à ce malheureux Desorgues que la police du Consulat emprisonna, dit-on, pour avoir hasardé une rime trop riche (ce que c'est que les poètes!). Il avoit accolé Napoléon à caméléon. C'est même à cet écrivain dithyrambique et assez remarqué dans le temps, que le lyrique Lebrun décocha la très-plaisante épigramme que voici. Elle rentre dans notre sujet, et c'est une des meilleures de ce roi des épigrammatistes :

Quand polichinelle Desorgue, Ce petit bossu rodomont.

Sur la montagne au double front A voulu grimper avec morgue, On diroit que le double mont, Pour se venger de cet affront, Lui-même a giimpé sur Desorgue.

Saint-Pavin, après tout, a peut-être exagéré en cela 3omme dans le reste. Et, sans que la montagne devienne ibsolument vallée (les vers sont trop positifs pour cela), DCut-être, pour être juste, faudroit-il en rabattre quelque :hose. Ces natures railleuses sont parfois portées à se dépréîier autant que d'autres le sont à se prôner. Aussi je n'ai amais compris qu'on ait fait peser sur Horace la plus humiiante des accusations, celle de lâche. Et pourquoi? Parce ju'un beau jour il a laissé tomber de sa plume élégante le "elicta non bene parmula. On s'est hâté de s'en prévaloir contre lui : on a voulu à toute force qu'il ait jeté là son jouclier pour prendre la fuite ; comme si le vers ne disoit

pas tout simplement qu'il ne se piquoit pas d'être né trèsbelliqueux, et qu'il avoit renoncé aux armes d'une façon qui n'avoit rien de bien héroïque. Mais le gros du public est ainsi fait : il prend tout à l'extrême, et une fois entré dans une opinion il n'en sort plus. Laissons donc le pauvre Saint- Pavin plier sous le fardeau de son Parnasse, et jugeons-le avec plus d'indulgence que le vulgaire. Nous autres lecteurs du Bulletin ne sommes-nous pas public d'élite?

L'ancienne édition de Saint-Pavin est bien connue; c'est un des quatre poëtes que Saint-Marc publia dans les deux jolis volumes que vous savez, et qui renferment en même temps Lalane, Montplaisir et Charleval. Saint-Marc ne se mit pas beaucoup • en frais de recherches pour ce travail . Il se contenta de glaner les pièces éparses dans les recueils de Barbin et de Sercy, et de les décorer du nom d'œuvres. M. Paulin Paris a été plus habile et plus heureux. 11 a découvert en bloc de quoi ajouter tout un volume au demivolume de Saint-Marc. De cette manière Saint-Pavin est, sinon entièrement renouvelé, du moins complété. On peut mieux le juger avec connoissance de cause. Ses qualités fines et fortes s'y déploient plus à l'aise et dans un plus large cadre .

C'est un mélange de sonnets, de madrigaux, stances, chansons, etc., toute une menue artillerie poétique. Et qu'on ne se choque pas du mot : Saint-Pavin est l'épigramme faite chair ; on ne pouvoit l'effleurer du bout du doigt qu'il n'en sortît quelque étincelle. Il l'a dit lui-même : Son esprit est piquant comme orties^ et ses pointes se retrouvent jusque dans le sentiment, jusque dans la tendresse. Il a beau aimer et parler d'amour, il faut à chaque instant qu'il décoche sa flèche, il ne peut s'en tenir. Sa manière est une sorte de salanterie ingénieuse, mais libre et hardie, un retour au genre du vieux Saint-Gelais, l'introducteur du sonnet en France. Le cercle étoit ainsi achevé. Le sonnet en finissant reprenoit les malices de son berceau. Il i-ejoignoit sa source comme ces vieillards qui redeviennent enfants. Je pourrois

en fournir bien des preuves, citer des pièces charmantes, légères, tendres même. Mais à quoi bon? il est si aisé de les lire! L'ouvrage est là qui vous tend ses feuilles. Ce n'est point un de ces poètes haut montés qu'on n'aborde que l'or en main; on peut l'avoir facilement. Comme le bon d'Aceilly, il ne se vend pas, il se donne.

J'ai assez rendu justice à M. Paulin Paris pour qu'il me permette de lui adresser quelques petits reproches. Comment! pas une note dans tout le volume! M. Paulin Paris ressuscite l'ancien et le nouveau Saint-Pavin, et il donne l'un et l'autre dans l'état où l'Evangile nous offre son indigent, pauper et nucliis! Je sais ce qu'il va répondre. Saint- Pavin est assez riche de son fonds. D'accord; mais nous, ne serions-nous pas charmés d'y trouver mêlées quelques-unes des propres richesses de l'éditeur ? Les ouvrages de cette époque ont tant besoin d'éclaircissements, de commentaires ! et qui pouvoit mieux nous les fournir que M. Paulin Paris? Autre grief. Il n'a pas écrit de notice sur son auteur; il met en tête un simple avertissement et renvoie à l'édition de Saint-Marc. Je. ne voudrois certes pas jeter la pierre à Saint- Marc, je sais ce qu'»n lui doit. J'apprécie surtout cette édition de Boileau qui est bien, indépendamment de sa beauté matérielle, la compilation la plus extraordinaire qu'on puisse imaginer. Rien de ce qui s'étoit écrit jusque-là pour ou contre Boileau n'y manque. C'est du la Mirandole. On y trouve tout et encore autre chose. Quoi qu'on puisse dire de cette copiosité au point de vue critique, je l'absous pour ma part, et, qui plus est, je l'aime. C'est une mer si l'on veut; mais, pour peu (|u on ait les goûts littéraires, on s'y plonge avec délices, au risque de s'y noyer. Je respect^ donc Saint- Marc, mais il faut être franc, même avec ses amis. Saint- Marc est un critique d'une portée bien douteuse, et encore j'emploie une épithète trop modeste. Dans ses remarques littéraires et autres, il invoque à tout propos Desmarets et Pradon. C'est se perdre à plaisir. Quand on s'appuie sur de pareilles autorités on n'en devient jamais une soi-même.

Mais c'est trop chercher querelle à M. Paulin Paris pour (les omissions très-réparables. Rendons-lui plutôt grâce de ce qu'il nous donne. Félicitons-le de ces travaux incessants, de cette indomptable persévérance qu'il met à découvrir de nouveaux filons dans les mines du passé. Remercions aussi M. Techener de s'être associé à lui pour une publication si intéressante. Le nom de M. Techener sur un livre signifie : élégance, pureté, distinction. Lisons donc Saint- Pavin. Abreuvons-nous aux claires sources de cet esprit François, si vif, si merveilleux au grand siècle. Retremponsnous dans cette belle langue qui s'en va, on plutôt qui s'en est allée, car elle ne se retrouve guère à présent que dans quelques œuvres exceptionnelles, nobles épaves d'un vaste naufrage. Un illustre écrivain de notre temps a dit de la littérature de cette époque immortelle que tout en étoit bon, même la lie. Saint-Pavin est loin d'en être. Ce seroit plutôt un vin généreux, trop généreux même, comme ces vins frémissants dont parle Ronsard, et qui se ressentent d'avoir mûri aux rayons d'un chaud soleil :

Comme on voit en septembre aux tonneaux angevins Rouillir en écumant la jeunesse des vins.

Vers admirables et qui suffiroient seuls à prouver la virile puissance du vieux poëte. Mais je m'aperçois que je me suis laissé trop vite aller au plaisir de la citation, et que ces beaux vers exagèrent un peu la portée du talent de Saint- Pavin. N'importe ; je n'ai pas le courage de les effacer. Qu'on me les pardonne donc; cet aveu sera l'errata de ma

critique.

Edouard Turquety.

{Exriit du Bulletin du Bibliophile.)

PARIS. — IMPRIMERIE DE GH. LAJÏURE ET G" r.ues de Fleurus, 9, et rie l'Ouest, 21

Page 1