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est une pelonse avec quelques arbres et une mosquée,, à laquelfe est annexé une école ou médrézé. Le Pascha possède encore une maison de campagne ou pour son Harem à Pentrée du Streta-6ora et une autre près de Novo-Selo.
Le Paschalik dlpek, une fois un gouvernement demi-héréditaire, n'est qu'une portion du Doukadgin, formant les districts d'Ipek, de Djakova, de Has ou de Hassi et de Kéroubi (?). n comprend surtout la partie septentrionale du Metochiia et une portion des montagnes au N. E., où Ton ne trouve que des villages et des hameaux. Mr. le Dr. Millier lui donne cependant une population de 65,000 ftmes, dont 31,000 seraient Chrétiens et surtout de la religion grecque.
Le Pascha Âbdoulrasa parluit serbe et turc descendait de la fomille bosniaque des Brenovitch. H nous reçut avec beaucoup d'amar bilité. Ses appartements avaient une bien meilleur apparence que ceux du Pascha de Novipazar. Il ordonna de nous loger chez un particulier aisé de la ville, qui avait deux maisons. Il fallut donc quitter notre auberge serbe; un Kavas du Pascha tapa à quelques portes et les premiers venus furent obligés d'aider à transporter notre bagage. Nous eûmes à visiter un neveu du Pa^ scha, enfant attaqué d'hydrocéphale et emmailloté dans une espèce de hamac avec un énorme et dur bonnet brodé en or.
Nous montâmes au sommet de la montagne du Peklen, qui est la cime la plus voisine de la ville. La route, qui y conduit est en même temps celle de Rougova, village de 1200 Albanais mahométans de la tribu des Elementi, qui étaient, il n'y a pas longtemps, encore Catholiques. H est situé à 6 ou 7 h. d'Ipek ^) en deçà d'un contrefort du mont Haila ou Hailasi (du mot albanais haliki^ pierreux) au pied du Schtedim. Depuis là on peut aussi se rendre sur le Lim et dans le bassin de Plava en y débouchant par une profonde vallée, qui se trouve entre le bourg de Plava et la vallée de Vélika; on y remarque encore le village de Trébigne. Bon nombre de paysans montaient ou descendaient avec leurs chevaux de charge sur cette voie de communication en été entre la Bosnie méridionale et le bassin supérieur de la Haute Albanie. Si leur mise était réduite au stricte nécessaire ou si môme plu-
') C*est une impoitsibilitë phjsiqne que cette distance ne «oit qne de 2 hearei comme le voudrais Jonrischitch.
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sieurs étaient à pieds nuds et avaient des calottes routes très usées, le visage ouvert des montagnards suisses se retrouvaient dans ces êtres à aspect sauvage pour un étranger.
On s'élève promptement par des pentes rapides au-dessus des vignobles, qui couvrent le pied de la montagne. On traverse ensuite des bocages de chênes, mais on n'atteint la zone des pins qu*au bout de 2 h. de montée. Dans ces lieux des rochers s'avancent sur les précipices de la gorge profonde du Stretagora, qui reste à l'O. et offre des vues très pittoresques. Le lit de la Bistritza se rétrécit toujours plus en remontant au N.O. et vers Ipek on appercevait dans sa partie plus large un grand bâtiment, nouvellement restauré, qui était la caserne indiquée ci-dessus. 11 faut encore gravir des pentes couvertes de pâturages et une gorge rocailleuse pour atteindre à l'E. le pied de la cime très rugueuse de la montagne, où il y avait encore de la neige à la fin de juin.
Le Peklen n'est qu'une sommité assez basse de ces crêtes et ne s'élève qu*à 5926 p., ou 4072 p. sur la plaine d'Ipek. H est dominé à l'E. par la masse du Glieb, au N. par le Hailasi et au N.O. par de plus hautes cimes de plu8 de 6000 p., qui entourent le lac de Plava et portent le nom de Slanopolie et de Schtedim. Néanmoins on jouit d'une vue magnifique au moins au S. depuis ce point ou plutôt depuis les prairies, qui sont entre ce sommet et l'escarpement de la montagne. Tout le bassin de Prîzren, de Djakova et d'Ipek est à vos pieds et une partie de la Haute Moesie forme le lointain au S.E., tandis que le haut Schar 8*élève en face au S. L'uniformité du bassin est interrompue par les massifs coniques et boisées du Kraliana au N. d'Eretsch près de Djakova, ainsi que par les basses hauteurs vers Drsnîk et Soua-Rieka. Cette belle carte de géographie est entourée de montagnes de tous les côtés, mais celles-ci ne sont très élevées et escarpées qu*au S., à l'O. et dans le cul de sac, où est placé Ipek. Le Schar prend depuis ce point l'aspect d'une bien plus longue chaîne qu'il ne l'est en réalité en se liant avec les montagnes sur le Drim noir et avec celles du pays des tribus albanaises de Hass et des Malsores. Ses crêtes découpées avec les pics du Kobélitza et du Lioubéten ') surmontant des
1) Ce pic a été appelé Lioubetin et Lîoubetigne par Viqnesnel, Lioabetrin par Grisebach à cause de la prononciation albanaise étrange; Lioubéten est le nom eerbo.
pentes boisées et quelques vallées transversales rappellent le contour des Pyrénées» vues de la distance d'une vingtaine de lieux. Sur 8on pied est appliqué le château blanc de Prizren, qui y fait environ l'effet de celui de Presbourg vu depuis les environs de Vienne. A TE. Tisolement de la pointe triangulaire et à pentes rapides du Ljoubéten sert bien à montrer toute la différence entre l'élévation moyenne du Schar (6 — 7000 p.) et celle si inférieure des chaînes des parties voisines |de la Macédoine et de la Haute Moe- 8Îe (2600 — 2800 p.). A TO. on aperçoit aussi fort bien l'échancrure énorme, qui existe entre les montagnes du Schar, celles du Myredita et le Scordus ou les montagnes des Malsores, cavité dans laquelle les deux Drims ne coulent que grâce à d'énormes et profondes pentes. Mr. Kiepert est dans Terreur en appliquant généralement le nom de Koronitza à toute la série de montagnes àl'O. de la Metochiia entre Detschani et le mont Hass. Ce nom n'est que celui d'un village et d'une montagne à l'O. de Djakova.
Nous fûmes visiter le célèbre couvent serbe de Detschani, qui est situé à 272 I. au S.O. d'Ipek. Le chef des Chrétiens d'Ipek nous donna pour nous accompagner son homme de confiance et nous laissâmes notre Tartare a la maison. En sortant de la ville nous passâmes près d une mosquée, où un ecclésiastique était occupé à quelque acte de dévotion , il fit un signe comme pour souhaiter notre éloignement ou pour exprimer que notre présence l'offusquait. A notre retour de petits polissons nous lancèrent aussi quelques pommes, ce qui indique que le fanatisme n'était pas encore toutà-fait éteint dans cet endroit reculé de la Turquie.
La route d'Ipek à Detschiani ou Detschani longe le pied des montagnes à environ un quart de lieue de ces dernières et passe par les trois villages albanais de Striatz (Striotza de Kiepert) (si. StreotZ'Istinitcht) (50 h.), de Lioubouscha avec la ruine de l'église de St. Elie et de Lioubonitch. Le second à environ moitié chemin nous fut signalé comme le lieu, où une année auparavant (en 1 835) 23 soldats du Pascha avaient été tués par les habitans , tant l'administration turque paraissait vexatoire aux Albanais. Néanmoins des Albanaises, à qui nous nous hasardâmes, contre l'usage oriental, de dire bon jour en passant, nous répondirent poliment. Les abords du couvent et même l'entrée de la vallée de Detschiani sont cachés par une forêt considérable de châtaigniers, le Gora-Koschtanova (Kestenova); le village albanais de Detschani reste à ^/2 h. à l'E.
du couvent sur la Bistritza. Pour arriver plus vite au monastère, on franchit une petite crête ainsi boisée et on est tout-à-coup surpris par la vue du joli petit bassin vert, où l'église et le couvent de Detschani sont cachés au pied méridional d'un monticule couvert de chênes et adossé à la montagne rocheuse du Pliesch ^)* Plus au S. il y a des montagnes couvertes de pins avec les basses hauteurs portant le nom de Detschani, où se trouve en été le bétail du couvent à '/i h. de ce dernier. Pour atteindre le portail de l'enclos du couvent, il faut traverser le torrétit du Detschanska-Bistritza , coulant du N. O. au S. E. et ayant un lit fort rocailleux ; le monastère ne consiste qu'en un bâtiment d'un étage de très mince apparence, tandis que la belle église en marbre est vraiment un monument pouvant figurer dans nos cités. (Voyez ma Turquie. Vol. 3, p. 464.) En outre il y a encore les petites églises de St. Nicolas et du martyre Démétrius ')•
Le couvent ne contient que 5 à 6 moines, l'Igoumen était paralytique et alité depuis longtemps. H se plaignit des dettes du couvent produites par les exactions continuelles des Turcs et cette pensée le tourmentait, disait-il, car les fidèles pourraient bien se lasser de subvenir aux intérêts et au remboursement des sommes empruntées. Ce pauvre moine mourut encore dans la même année et en 1837 nous y trouvâmes un autre abbé. Dans l'enclos du couvent est un petit jardin potager et en dehors les propriétés du monastère consistent surtout en prairies, en champs et en d'énormes forêts.
A rO. du couvent est un désert de bois et de montagnes de près de dix lieues à travers lequel on peut gagner les hautes vallées du Proklétia ou même Schalia ou Gouzinie. Le moine
') Cette dénomination vient du mot Pletch , dos de montagne , Pletchi ëtant les épaules, elle se retrouve aussi dans le mont Pleschovitza en Croatie; elle caractérise bien la nature de ces montagnes adossées à de plus hautes crêtes.
') Ceux qui désireraient une description détaillée du couvent de Detschani et surtout connaître les documcns historiques, qui s'y rattachent, les trouveront dans Topuscule du moine Gédéon Joseph Jourischitch, publié en 1852 k Novisatz sous le titre de ^Prémices de Detschani'^ {Detschanski prvenatz) , description du monastère de Detschani, avec le diplôme royal de Detschan , la description de la résidence ancienne du patriarche d*Ipek , les indications de plusieurs édifices anciens, ainsi que de plusieurs lieux do l'ancienne Servie et de la plaine de Kosovo (in 8®de 133 pages).
lue
Jourischitch est monte par là au haut de la montagne de Bogi* tschevitsa, qui doit être située au S. de Plava. Il a longé pendant 3 fa. la Bistritza et a passé sous la montagne de Kozii-Rbt (queue de chèvre). Dans ces lieux il a abandonné le torrent et est monté «ur cette dernière, où il y a trouvé des forêts de pins et de sa* pins. Après en avoir dépassé le sommet il s'est rendu et est monté au mont Bogitschevitza. D'après sa description de la vue depuis ce sommet» il avait sous lui la vallée du Lim ou dePlava et Gouzinie et voyait à une journée de distance le piton du Kom avec 9on double ou si on veut triple sommet. Plava n'était plus qu'à 3 h. et Grouzinie à 6 h. de cette cime*
La route d'Ipek à Prischtina traverse en biais la plaine de l'O. N.O. à l'E. S.E. Elle n'est cultivée que ça et là et occupée, souvent par des pâturages ou des bocages. A notre droite et de<vant nous nous avions les petites hauteurs nommées Kraljania (de roi). Â 1 1. d'Ipek noua passâmes successivement àPlavian, Zachatschi et Labian ou Lebian; c'est peut-être le Lebous du Dr. MCdler (80 h.)» qui cite aussi au S. d'Ipek un village mahométan du nom singulier dé Voksch (20 h.) et à 3 L est Tzrkva (église) 0- Au S. de Doubaschar de petites collines et de petits bois de chênes conduisent le voyageur à Novoselo et enfin au Drim, qu'on traverse sur un pont en bois. Drsnik, à 6 h. d'Ipek, est situé sur la berge opposée au pied de petites terrasses.
Pour se rendre depuis là à Prischtina on passe par les plateformes boisées et pierreuses , qui sont à l'O. de Drsnik et dont la première porte le nom de Drsnikbari et la seconde celui de Brtschevabari. On y exploite des dalles de calcaire éocène (?) pour les toitures des maisons du voisinage. A 2 1. de Drsnik nous arrivâmes à Iglareva, où se trouvent des pâturages suivis de bois et de prairies assez humides. Ayant passé aux villages de Kiéva et de Mletjan, nous nous avançâmes dans le fond d'une vallée très évasée et occupée surtout par des prés. De très basses crêtes s'é-
') Une pauTre yieille Serbe s'écria en nons y offrant de l'eau : „Voii8 renés donc enfin, les Chrétiens attendent ici le prince Milosch comme le Messie, afin de nous délivrer de notre état de souffrance!** Voyant parmi nous des Serbes, elle nous prenait tous pour tels. Au lien de se fâcher, le Kavas d'Ipek repartit simplement: „Cette vieille est folle/' Du reste ce pays devait être peu agréable pour les serviteurs des Paschas, puisque notre guide avait avec lui deux paires de pistolets et un fusil.
levaient à (lîatance au N, et laKomomn en t'urinait k cime la plus haute. Nous ne touchâmes pas le village deLoâchitz^. Enfin, sans avoir apperçu que nouâ montions, nous dëbouchâmeâ par un étranglement de cette vallét; à Tau berge isolée de Lapouscbnîk, qui a une altitude abaohie de 14S7 p. du est à près de 400 p. sur le Drim blanc. Au S. O. de ce lieu s'élève une arête de 1(K) p,, qui est couronnée de rochers quiirzeux grotesques. Au S,E. on distingue la cime voûtée et déboisée du mont Golesch ou Goliesch (Chauve) ou Goliia, qui n'a que 2700 p* et est néanmoins la plus haute proéminence des environs et en même tempe de toute la chaîne eotirant du N, N* O. au S, S, E, entre les bassins de la Metochita et du Sitnitza. A FO. on n'a devant soi que la vallée très évasée du Drnit^a (diminutif de Drm^ une comouilie) et en delà des basif^es hauteurs s'allongeanl du N, au S» Cette petite rivière prend sa source au pied septentrional du mont Golîeech et coule du S, au N* Noua avions cru qu^elle allait joindre Tlbar à VO. de Mitrovitza, mais déjà en 1840 feu Mr, Vasoévitch prétendait qu'elle se jettait dans le Sitnitza ou S.O. de Vouschitm; récemment Mr. Jouroschitch confirme cette assertion et place ce confluent au milieu de la pbûne du Sitnitza dans le voisinage d'un pont en pierre qu*il appelle le Vragoliiski-Most, (Detschanski Prvenatz, pag. 119.) Vis*à-vïs de cette conibrmiié des renseignemens nous ne pouvons que remarquer que ce pont doit être situé bien plus au N, que le village de VragoHaj où nous avons paisse et qui est àTO. de Prischtina. Il j aurait donc peut-être deux villages de Vragolia, comme il y a deux Labian, l'un au S. de Prischtiaa et l'autre au N. O. de Ghilan^ D'un autre part on s'expliquerait difficilement la petite quantité d'eau du Sitnitza à Vooschitrn s'il ne paraissait pai avéré que cette rivière roule quelquefois beaucoup d eau. Si, au contraire, la Drnitza se jettait vraiment dans l'ibar elle aurait eu à traverser sur son cours iufé rieur des montagnes au moyen d'une fente, au lieu que dans sa partie supérieure elle ne coule qu'entre des hauteurs, qui ne sont comparativement que des collines. Le bassin du Sitnitza ayant vers le confluent du Lab encore plus d'une lieue de largeur, la sortie du Drnitza dans la vallée aura pu nous échapper surtout, parce qu'elle y occuperait une fente transversale peut-être étroite-
L'auberge de Lapouschnik consiste en une grande écurie couverte en dalles de pierre, au-devant de laquelle est une cour
pavée, carrée» oblongue et fermée sur le devant par un mur et un portaîL De chaque côté est un pavillon carré d'un étage, dans l'un desquels le bas est occupé par les provisions de Pnubei^ste et un four. La pièce du haut dans chacun des pavillons a cinq petites fenêtres avec des barreaux de bois. Celle, où nous couchâmes, était encombrée d'une foule d'objets, comme des sacs, des nattes j,etc*
Peu après Lapouschnik nous traversâmes sur un pont en bois la Drnitza à 1447 p. de h. abs. Elle a un cours assez lent au milieu d'un sol argileux noirâtre* L'indication d'un Janievo sur cette rivière est un point géographique un peu douteux. Si ce village existe, il serait près de la courbure que la Drnitza décrit pour entrer dans la plaine du Sitnitza* Si nous avions descendu pour gagner Teau depuis l'auberge, il nous fallut un peu plus monter pour traverser les crêtes très basses et boisées en chênes, qui nous séparaient de la plaine du Sitnitza. Ces dernières, courant toutes du N. au S., augmentent en hauteur de TO. à TE. et donnent lieu à de petits ravins, qui n'empêchent pas cependant de parcourir cette route en charriot. De nombreux rosiers y ornent les bocages comme en Servie.
Placé à une hauteur de près de 2000 pieds d'altitude absolue ou entre 6 et 600 p. sur la plaine de Kosovo ou du Sitnitza, la vue de cette dernière nous frappa d'autant plus que c'était la première fois que nous faisions conaissance avec ces fonds élevés d'anciens lacs, accident si fréquent et si caluctéristique dans l'orographie de la Turquie d'Europe et d'Asie. Leur forme est ronde, ovale ou quadrilatérale et leur milieu toujours très uni, souvent gazonné et ordinairement sans bois ou bocages, tandis que leur pourtour est produit par des montagnes plus ou moins hautes, dans lesquelles on trouve toujours une ou deux fentes qui ont permis l'écoulement des eaux. Ces cavités sont remplies surtout par des alluvions ou des dépôts ou des calcaires d'eau douce ; moins souvent on y trouve du terrain miocène et encore plus rarement de l'éocène. Les montagnes à l'entour sont composées bien plutôt de schistes cristallins ou de roches primaires que de couches secondaires. Lorsque ces dernières dominent, ces plaines ne sont que le fond de véritables grandes Z>alines ou de vallées à entonnoirs, où alors se présentent presque toujours des eaux, qui s'engouffrent et qui manquent dans les bas-
sîns non entourés de roches secondaires. En général toutes ces dépressions sont des cratères d'afiaisement, quoiqu'elles puissent aussi comprendre rarement quelques cratères de soulèvement, malgré que ce dernier genre de mouvement dans le sol ait contribué, ça et là, à la formation d'une partie de leur entourage ou ait partagé même quelques bassins en deux.
Des pâturages et des cultures couvrent la plaine du Sitnitza, où on appercevait aussi ça et là des villages sana aucun bois. La descente des hauteurs est très insensible et ne dure guère qu'un quart d'heure. On va gagner le village de Vragoulîa (de Vragolije^ diablerie?), on traverse ensuite celui de Slatina et enfin le Sitnitza, qui coule lentement dans ce lieu presque du S. au N. et arrose tout ce bassin. Un peu plus loin on guée le Schaglavitza , petit affluent du Sitnitza. Des villages se voyaient au N. et au S. O., mais nos regards étaient attirés bien davantage vers le premier côté par le magnifique amphithéâtre des montagnes du Kopaonik et de ses contreforts, tandis qu'au S. S. O. s'élevait à 6400 pieds à côté des basses montagnes de Katschanîk l'élégante pyramide du Lioubéten, l'extrémité orientale du Schar.
La plaine ovale du Sitnitza a du N. au S. au moins 9 à 10 1. de longueur sur 3 1. de largeur avec une altitude absolue de plus de 1400 p., elle est bordée de crêtes basses à l'E. comme à l'O. Prischtina est situé dans une espèce de sinuosité séparée de la plaine par une petite crête et ouverte seulement au S. O. ; dans la partie supérieure de ce vallon en deçà de Prischtina, sourde une belle source du milieu des argiles alluviales couvrant le sol ancien. Elle forme un petit bassin pour les blanchisseuses et coule du N* E. au S. O. à travers la ville. Avant d'atteindre cette dernière, ce ruisseau se passe à Breitche ou Brzé.
Prischtina, le Pristina des cartographes, a reçu son nom de Prischt^ une tumeur, parce que la colline à l'O. de la ville produit sur le côté oriental de la vallée du Sitnitza une espèce de promontoire ou d'irrégularité. Cette ville est à présent la plus considérable de cette partie de l'ancienne Servie (Stara Srbia)^ dans laquelle les Serbes comprennent les districts de Novipazar, la Métocliic et la Haute Moesie occidentale jusqu'à la frontière macédonienne. Â 17 h. d'Ipek cette cité toute ouverte conuuence dans le
vallon et s'étend en amphithéâtre à TE. sur la dernière pente d'une basse crête très peu inclinée et peu agréable à la vue* En effet si à l'O. et au N. des vignobles couvrent les collines , à l'E. la hauteur est occupée totalement par un pâturage sec, dont lapar^ tie inférieure sert de cimetière à la ville. Entre ce dernier et les pre-' mières maisons sont les restes d'un petit fossé et d*un bas parapet, qui datent encore des temps de trouble de 1806, où des bandes de brigands inquiétaient ce pays. Un autre cimetière se trouve au N.O. La plupart des rues ne sont pas pavées et irrégulières; leur nettoyage est efiectué par la pluie et le petit ruisseau mentionné. Les boucheries dans la rue principale offraient sur un espace de 20 pas d'énormes monceaux d^excrements et d'entrailles sanglantes, tandis que des chiens marrons se disputaient ces restes sur ce tapis d'une horrible bigarrure^
Les seuls édifices remarcables de Prischtina sont une tour à horloge et douze mosquées, dont deux sont d'une construction plus relevée à rotonde, à peinture en arabesques et à sentence^ du Koran. Une petite avait été bâtie par lePascha Jaschar, quioccupiùt en 1837 et 38 ce poste. Le bazar est couvert de planches, un café est à la rencontre de trois de ses ruelles principales. Le Konak du Pascha n'est qu'un grand bâtiment en partie en bois, il a deux ailes et un étage avec une grande cour carrée, de vastes galeries et des escaliers en bois, comme c'est d'usage. Une aile du Konak est peinte en arabesques, elle communique par-dessus la rue avec le Harem, également une assez grande maison surtout en bois, àjalousies fermées. Le divan du Pascha n'avait pas de vitraux, les ouvertures des fenêtres se fermant simplement par de grands contrevents en bois, aussi y avait-il des nids d'hirondelles au plafond.
Prischtina nous parut avoir une population de 7 à 9000 âmes, parmi lesquels il y a bon nombre de Serbes grecs avec des Arnaoutes et des Serbes à demi Mahométans. Mr. Jourischitch y compte 8000 maisons, dont un tiers sont serbes. C'est le chef-lieu d'un petit Paschalik comprenant outre le bassin du Sitnitza jusqu'à Vouschitrn une partie de son pourtour montueux, la vallée de Drnitza et le haut de celle du Lépenatz. Les seuls misérables bourgs seraient Vouschitrn et Kratovo, où il y a des Ayans; tous les autres endroits habités sont, à l'exception de la ville de Prischtina, des villages ou des hameaux rarement avec un Agha. La population se divise éminemment en Serbes avec peu de Bulga-
gos
res et en Albanais, y compris un certain nombre de Serbes devenus à demi Albanais et Mabométans par politique ou par suite d'alliances de famille. Les Albanais habitent surtout le côté S. et S. O. du Pascbalik et les Serbes les parties opposées. Le nombre total de cette population n'est guère au-dessus de 40 à 60,000 ftmes ni au-dessous de 30,000.
La route de Prischtina à Ouskoub se tient sur la dernière pente déboisée des contreforts des montagnes à l'O. du bassin du Sitnitza. Elle traverse à V2 1- un petit vallon et une petite éminence, sur laquelle il y a le hameau de Schaglavitza entouré de pruniers, et en deçà se trouve dans la plaine le village slave de Lapouselo (t. Kadi-Keui), où réside un Agha dans une maison carrée en forme de tour avec des parties avancées en bois dans le haut. M On apperçoit à TE. le petit couvent de St.-Etienne ou de Graschan près de l'endroit, où le Gratschanitza débouche des hauteurs dans la plaine. Ce monastère fut fondé par le Kral Miloutin d'après rinscription l'an du monde 6730. Il est bâti en pierre de taille et a cinq coupoles, dont une seule est grande. Dans le parvis 86 trouve une pierre avec une inscription romaine recueillie par Mr. Jouroschitch. (Voyez Detschanski Prvenatz, pag. 117.) Le couvent ne contenait en 1838 que trois moines. A 1 1. à TO. de Lapouselo est le hameau de Dodol et à 1 L au N. N. O. de ce dernier un autre.
') £q 1838 nons nons y étions choisi sani façon la meilleur maison serbe malgré les lamentations des femmes, qui prétendaient n'avoir rien k nous donner. Nos effets placés dans la maison et nos chcvaax dans Técnrie , noos nons mimes à fureter dans les caisses de cei gens et y déconyrîmes de Torge. Les poulets ne pouvant être cachés nous avions déjk tout ce qui nous fallait. Sur ces entrefaites le maître de la maison arriva et on lui fit si bien entendre raison qu'il consentit à nous donner son orge, quoiqu'il prétendit l'avoir acheté, mais il 7 eut des longues allées et venues avant que l'Agfaa voulût nous donner du foin pour notre argent. Le lendemain faisant mine de rester toute la journée pour 7 achever notre accès de fièvre, il 7 eut de nouvelles scènes avec ces Slaves, qui sont tellement accoutamés k être volés par les Turcs, que la vue seule de l'argent pouvait les rassurer sur le payement réel de leur fourniture. Notre Tartare ne se possédant plus de colère k cause des démonstrations insolentes, commença à insulter ces gens et en un instant le Serbe eut sa hache à la main prêt à répondre vigoureusement, si on continuait sur ce ton. Le Tartare se tut pendant quelque temps et se contenta plus tard de dire très posément qu'il en ferait son rapport à Prischtina et qu'on enverrait des gamisaires. Cette seule menace mit fin à la mauvaise humeur de l'hôte ; on se radoucit, on se racconmioda et on se quitta l'après-midi en amii.
En deçà du grand village de Lapouselo on voyage en plaine sur un sol noirâtre. On passe à Labian et on laisse un peu à l'O. Babousch ou Babosch, ainsi que plus loin le village amaoute de Podrosch et on traverse le Sitnitza sur un pont. Puis on passe près d'un Han isolé» en deçà duquel le terrain commence à s'élever insensiblement* On est alors environ à 1 h. de Sazlia, on a devant soi une émimence boisée, qui s'étend de l'E. à l'O., et sépare la plaine du Sitnitza du bassin du Lépenatz ou Lépenitza. Dès qu'on a parcouru la petite pente de la hauteur ayant 80 à 100 pieds sur la plaine» on se trouve sur une plate-forme boisée de 1580 p. de h. abs., dont le sol est noirâtre comme si un marais y avait jadis existé. En deçà de ce bocage se trouvent encore des marécages assez vastes, dont l'eau portant le nom de Sazlia s'écoule du N. au S. dans le Lépenatz, tandis que la tête des sources du Sitnitza reste à peu de distance de là au N. et N. N. E. On passe ce ruisseau sur un pont en pierre qu^on atteint au moyen d'une chaus^^ée pavée et on arrive en deçà au Han isolé de Sazlia, qui placé à Sy^h. de Prischtina à côté du marais est un lieu fort misérable. Cette hôtellerie consistait en 1836 en une grande écurie avec un très petit cabinet muni d'une fenêtre et en trois huttes de bois pour le foin et les instrumens aratoires. Un enclos de clayonnage entourait le tout et les abords en étaient extrêmement boueux. Non loin de là bivouaquaient des paysans bulgares, qui amenaient trois charrettes de cerises de la Macédoine à Prischtina. Le pont de Sazlia est cité dans les chansons serbes, car ce marais se trouvant sur une route militaire a pu avoir dans certaines circonstances quelque importance.
Continuant notre route» nous passâmes bientôt le Varoschka- Rieka, qui coulant du N. au S. parait recevoir les eaux du marécage de Sazlia et fait aller un moulin. A 1 1. à droite restent les villages de Varosch et de Sirnik. Plus loin nous trouvâmes à 4 h. avant Katschanik le ruisseau du Nerodimlia, nommé Porodimlia avant la mort violente du Tzar Ourosch. Dans ces lieux nous remarquâmes bon nombre de beaux saules d'une espèce particulière. Enfin à 272 h. de Sazlia nous atteignîmes Novi-Han, qui est la frontière méridionale du Paschalik de Prischtina. L'auberge occupe le bas d'un édifice d'un étage, dans le haut duquel est une garde de quelques gendarmes. Cette maison occupait un des coins
d*ane cour carrée, où il y avait deux autres maisounettes composées simplement d'un rez-de-chaussée.
A 5 minutes de là nous dépassâmes un autre corps de garde appartenant au Pascha d'Ouskoub et établi sur une petite butte. Le terrain devint très inégal, sauvage et couvert de broussailles. Le sol était graveleux et formé d'alluvions. Cette contrée était jadis boisée et sa nudité actuelle ne date que de 1806, où de nombreux brigands y avaient établi leur quartier général en occupant en même temps Katschanik. Priscfatina même ne fut pas exempt de cette engeange, qui s'entendait avec certains Ayans. Dans ce temps-là on prit la résolution de brûler les forêts, soit dans ces lieux, soit vers Vranja et dans le Schar sur la route de Prizren à Kalkandel; ainsi on arriva enfin en 1807 à faire cesser les brigandages, par lesquels cette route de Katschanik avait été fameuse de tonte ancienneté, comme l'attestent de vieilles chansons serbes.
Nous atteignîmes enfin le lit du Lépenatz, qui, encombré de blocs et bordé de petites berges de cailloux, semble s'être creusé un cours au milieu de terrasses alluviales. Probablement ces eaux ont formé à une certaine époque un lac sur ces lieux jusqu'à Katschanik. Nous n'apperçûmes des cultures que ça et là et rencontrâmes des voyageurs turcs, ainsi que des paysans serbes et bulgares de la Haute Moesie, allant en Macédoine s'ofinr pour la moisson. Us ressemblaient à des Turcs par leurs petits turbans formés d'un mouchoir blanc et quelques-uns avaient des pistolets. Quelques femmes les accompagnaient.
L'approche de Katschanik (à 9% h. de Prischtina) est fort agréable à la vue. On n'en voit d'abord qu'une mosquée et un prés, parce que ce petit bourg est situé dans un fond à 1350 p. de h. abs. En tournant une petite éminence, on passe au pied du vieux château serbe et on entre dans la rue assez longue, qui compose la plus grande partie de cet endroit situé sur la rive occidentale du Lépenatz. H y a encore quelques habitations disséminées sur le bord opposé de l'eau. De tous les côtés s'élèvent des hauteurs couronnées de bois de hêtres et à l'O. paraît en raccourci par-dessus les forêts la pointe pyramidale du Lioubéten (des mots albanais Liope, vache, et lïne, pot à beurre ? *). Mr. Kie-
') Les Slaven ont beaucoup de di^Domi nations locales semblables, dont Tétimologie me parait conduire bien plutôt au mot albanais de lÂope qu'à celui
pert la place trop au N. ou Kat«chanik trop au S. Au N, les éminences sont plus petites et le tableau plus riant, tandis qu'au S. le Mlad-Planina, une colline en comparaison du pic du Lioubéten, semble former une barrière insurmontable* Néanmoins en s'avançant un peu, on voit le Lépenatz entrer dans un défilé. Sur le bord oriental est une corniche supportant une route frayée avec art, mais plus loin des rochers resserrent la gorge, le torrent semble tourner à droite et il faut aller jusques là, pour voir la manière, dont la chaussée et Peau se font jour à travers les rochers boisés de ces montagnes.
L'auberge de Katschanik a pu être une fois propre et commode, mais en 1836 toutes les chambres et les galeries en étaient délabrées et sales. Nous j pûmes au moins avoir chacun notre chambre à part, ce qui ne nous était plus arrivé depuis notre départ de Hongrie. L'aubergiste n'étant qu'un cafetier turc ne voulut nullement se mêler de notre dîner et comme nous avions un Tartare asiate très peu complaisant, nous fûmes obligés de mettre nos do.mestiques en course pour nous procurer le nécessaire et soigner nous-même notre cuisine. Nous citons ceci pour montrer l'importance en Turquie d'avoir pour Tartare un Turc européen et de savoir les usages du pays, car notre Asiate, traité comme un domestique et non comme un Effendi, c'est-à-dire jamais appelé à partager notre table ni à boire le café, se contentait uniquement de faire son devoir sans rien faire pour nous obliger.
Ayant le désir de monter à la cime du mont Lioubéten, nous allâmes voir l'Ayan du lieu, pour lui demander quelqu'un pour nous accompagner. Cet homme logeait dans une bicoque établie dans l'enceinte murée de l'ancien château de Katschanik. Une véritable échelle lui servait d'escalier et une petite chambre avec un morceau de tapis formait son divan. Sa femme logeait probablement en ville. L'Ayan était absent et son Kiaja ou Alter Ego nous
slare de Liouba, Tamonr on même de ZA>ub, l'écorce d'arbre. En effet, si Loabnitza peut dériver de ce dernier mot, one foule d'antres noms proviennent probablement du mot albanais Liope, vache, qui caractérise bien l'occupation principale des habitans de ces lieux; tels sont cenx de Lioubava, Lionbavia, Lionbovija, Lioubesch, Liobisch, Liobitch, Lioubinie, Lionbinitch, etc. Il ne faut jamais perdre de vue que les Albanais sont les restes d'une population, qui occupait une bonne partie des pays slaves de la Turquie surtout occidentale avant l'arrivée des Slaves du midi.
dity qu*n ne pouvait pas nous permettre de faire cette excursion aans en demander la permission à son chef, le Paschajd'Ouskoub. Si nous avions eu un Tartare obligeant, cette mésaventure ne nous serait pas arrivé, car il aurait pu nous faire passer pour des gens du Sultan, au lieu de fortifier l'Ayan dans ses soupçons d'espionnage à notre égard. A la sortie de cette sotte entrevue nous considérâmes les restes du château et nous montâmes sur une petite butte, qui est placée dans la cour et paraît avoir supporté une fois une tour. Depuis ce point on peut bien saisir la structure du cirque de hauteurs autour de Katschanik et on voit qu*avec des canons de gros calibre on peut fermer depuis là la route de la Macédoine, dont Katschanik forme de ce côté vraiment la porte. Les gens de l'Ayan ne nous virent qu'avec déplaisir faire nos observations.
A un bon quart d'heure de Katschanik la route est barrée complètement par un rocher de dolomie, à travers lequel est creusée une galerie d'une vingtaine de pas de long et dix pieds de large sur dix en hauteur. Une plaque à l'entrée méridionale de cette voûte attribue cet ouvrage à un Visir de Bomelie ayant vécu en 1708, mais malgré le style pompeux de l'inscription turque on peut douter du fait, quoiqu'il soit possible qu*il ait fait travailler à la bonne route de voitures, qui conduit de Katschanik à Ouskoub. Un peu plus loin le Lépenatz reçoit les eaux du Kriva- Bieka (rivière ondulée), qui y afflue du N. N. £., tandis que plus bas conflue avec cette rivière un autre grand torrent, qui vient du pied du Lioubéten. La gorge, appelée par les Slaves E[li80ura, court d'abord du N. O. au S. E., puis à 1 Va 1. de Katschanik de l'E. à l'O., pour revenir ensuite à sa première direction. Nous eûmes pendant 2^/^ h. une route établie avec art en pente douce sur le bord oriental et boisé de gorges profondes et sinueuses, au fond desquelles le Lépenatz roulait ses eaux. Nous nous tenions fort au-dessus de son lit et avancions avec plaisir sur une véritable grande route au milieu de ces bois parfumés surtout par le Dictamnus albus ainsi que des Orchidées et ornés d'une grande variété de belles fleurs, telles que des Digitales (/>. lutea et purpurea\ des Campanules, des Boraginées, des Légumineuses, des Silénacées, des Labiées etc. (Voyez ma Turquie. Vol. 1, pag. 426.) Le nombre des tortues de terre et de leurs œufs nous y frappa aussi. Les habitans ne les mangent ni les récoltent et certains d'entr'eux à Katschanik se rappelaient encore avec étonnement qu'en 1806 Mr.
Hugues Pouqueville avait fait apprêter quelques tortues à son pas* sage à Katschanik. Dans l'Albanie maritime on les récolte et les exporte. A lYa 1. de Katschanik nous goûtâmes une eau acidulé, qui sourde de terre si près du bord du Lépenatz, qu'elle est inondée dans le temps des hautes eaux.
A 2 1. de Katschanik des noyers succédèrent aux chênes et des vignes se montrèrent sans que nous puissions voir des villages, qui étaient probablement cachés dans des bocages. Sortis des défilés, nous voyageâmes dans la vallée stérile du Lépenatz jusqu'à 1 y, L d'Ouskioub. De petites hauteurs ça et là garnies de rochers bordent ces tristes lieux, où aucun arbre ne protège le voyageur contre l'ardeur du soleil et où les inondations empêchent en partie la formation des pâturages et la culture du maïs. Une énorme quantité d'insectes et de papillons animaient seuls ces lieux à notre passage et nous annonçaient le commencement de la faune méditerranéenne.
Au débouché de cette gaine nous entrâmes dans le grand bassin d'Ouskioub, il est bordé au N. de très basses collines tertiaires, ça et là à vignobles, qui sont adossées à des montagnes de 25 à 2600 p., tandis qu'il est encadré ailleurs de montagnes plus ou moins élevées, parmi lesquelles se distinguait à l'O. de la ville le mont Kartschiaka de 2600 p. de h. abs. Ouskoub n'étant qu'à 580 p. Des paysans bulgares y étaient occupés à moissonner et entonnaient à notre passage des chants monotones et plaintifs, par lesquels ils voulaient fêter l'arrivée de leurs frères en Jésus-Christ. Géographiquement cette plaine n'est qu'une très petite portion d'une énorme cavité irrégulièrement quadrilatérale de plus de 10 1. en longueur du N.O. au S.E. et de 8 1. en largeur de l'O. à l'E. Elle est bordée au N. par le Kara-Dagh, à l'O. par les montagnes le long du Vardar, au S. par celles au S. d'Istib ou du Brégalnitza et à l'E. par celles de Karatova. Elle est occupée au S. et S.E. par les basses plate-formes du Moustapha-Ovasi , et au N. et N.E. par des portions encore plus exchaussées. La moindre hauteur des montagnes à l'entour varie de 2000 jusqu'au-delà de 3000 p., celles au S. sont plus hautes que celles au N., tandis que Taltitude absolue de la cavité peut différer suivant les lieux de 550 ou 580 à 800 p. ou même un peu plus. Pour le géologue c'est évidemment un grand affaissement ayant eu lieu à la rencontre de trois systèmes de montagnes, savoir celui O.N.O. -
E.S.E. du Rhodope, celuî O.S.O-E.N.E. du Schar et celui N. N. O. - S. S. E. de la Haute Albanie. La plaine , qui précède Ouskjoub, serait susceptible d'être toute cultivée, maie au lieu de cela ce n'est qu'un désert de plus d'une lieue, où les chardons forment des champs entiers et prennent même beaucoup trop de place dans les cultures. Les Bulgares ne travaillant que pour leurs maîtres ne se donnent pas même la peine de les arracher et se contentent de couper le blé à l'entour de ces plantes parasites.
Le village de Vesbek ou Isbek, à 1 ^/^ 1. du défilé des montagnes, reste à droite de la route et est situé sur un petit ruisseau, qui vient du Kara-Dagh. A 20 minutes avant Ouskjoub on passe à côté du reste de laqueduct de && arches, qui conduisait une fois l'eau du Lèpéuatz dans la Justiniana prima des Romains* Quelques bergers s'y abritent à présent et des oiseaux 7 font leurs nids. On est alors à 16 h. de Prischtina*
Le pourtour immédiat d'Ouskoub est formé par un vaste cimetière tout couvert du Peganum Harmala et avec une ou deux tombes en forme de dais pour des Paschas ou des grandes personnages* De loin cette grande ville offre un coup d'œil admirable, parce que ces seize mosquées avec leurs coupoles noires et leurs minarets ressortent fort bien sur les touffes d'arbres des jardins et sur les toitures rouges des maisons. Nous débouchâmes sur le marché devant le château, qui occupe à l'O. sur le bord du Vardar^ un tertre très bas, le lieu de l'ancien castel romain. De nombreux groupes de paysans bulgares, des charrettes et du bétail couvraient la place, où quelques vieilles femmes turques encapuchonnées dans des mouchoirs blancs et dans des manteaux, couleur merde d'oie, demandaient l'aumône. C'étaient les premiers mendiants que nous vîmes en Turquie. Du blé, du maïs, des légumes, des fruits, des poteries etc. y étaient en vente.
Nous allâmes droit au château, où on monte par une espèce de court escalier. On dépasse Tépaisse muraille d'enceinte en pierre de taille, peut-être encore un ouvrage des Romains et on se trouve dans une vaste cour, sur le côté septentrional de laquelle est le Konak du Pascha. Deux ailes de bâtimens en pierre y sont réunis par un corps de logis intermédiaire et garni de vastes galeries en bois. Un grand escalier double en pierre et en bois monte au premier. Le Pascha y a une belle salle d'audience couverte de riches tapis. Mr. Jourischitch donne à ce château ancien le nom
de Prosek (instrument à double trachant pour fendre) et l'attribue à un roi ou du moins à un Seigneur bulgare, nommé Srez. U est remarquable qu'il se trouve en Servie deux villages du nom de Srezovatz (13 m. et 91 h.) et Srezojevatz (34 m. et 197 h.), le premier dans le cercle de Krouschevatz et le second dans celui de Roudnik. Or ces deux portions de la Servie possédaient justement dans ces temps reculés des résidences princières.
Notre Tartare monta seul au palais, pour demander un logement pour nous, et tout de suite on nous conduisit chez l'évêque grec, qui nous plaça dans une grande salle à fenêtres vitrées. Desque nous eûmes déballé nos effets, nous allâmes présenter nos devoirs au propriétaire de la maison, qui ne parlait que grec et turc. Il nous reçut comme un Pascha assis sur son divan au rez-dechaussée de sa maison. A côté de lui étaient des livres et une assiette de belles cerises, dont il se garda bien de nous offrir, quoique pour des gens échauffés elles auraient mieux convenu que son café et ses confitures à la rose. Etant étranger au pays, cet ecclésiastique ne put nous donner que très peude renseignemens, si toutefois il l'avait désiré. Du reste tout le temps que nous fûmes chez lui, nous nous y trouvâmes bien, mais nous ne dûmes notre nourriture qu'à la politesse extrême du Pascha. Les jeunes gens, qui commençaient leurs études ecclésiastiques chez l'évêque, nous faisaient l'oflBce de domestiques à dîner, ce qui avait quelque chose de désagréable pour un Européen.
Le Pascha s'appelait Hassam et était frère du général de division Hampsi-Pascha, alors à Constantinople. U lut couramment notre firman et nous parut tout de suite par ses manières et ses demandes un homme bien élevé. JQ nous demanda pardon de l'absurde conduite de TAyan de Eatschanik et nous promit des lettres pour son frère, le Pascha à Ealkandel, et un Boloubaschi pour nous accompagner dans tout son Paschallk. En attendant, deux Albanais nous furent donnés pour nous conduire dans les environs.
Ouskoub, prononcé souvent Ouskjoub, en slave Skoplie ou Skopia 1), était appelée par les Byzantins la promise de la Grèce
tandis que
') Skopia est dérivé peat-être du mot albanais Sehkop, b&ton et sceptre, que Ouschkdg signifie je nourris et Ouachtéa épis.
à cause de sa belle position au centre d'un bassin fertile et arrosé par plusieurs cours d'eau. Les temps ont changé et la campagne n'est plus qu'en partie cultivée ; le Vardar et le Lèpénatz n'ont pas de cours réglé, la ville d'Ouskoub a perdu ses monuments romains et byzantins et n'est plus qu'une ville turque, dans laquelle on a beau se promener pour trouver quelque chose de curieux. Il est triste de penser que la dernière dévastation date de la retraite du général autrichien Picolomini en 1689, il croyait de son devoir de venger ainsi l'incendie des faubourgs de Vienne par les Turcs. La tour près du pont a été érigée par Mohamed II en 1462. Le Tschartschiou même y est petit et les boutiques n'y offrent que les objets les plus usuels. La vieille et haute muraille du château, au moins du côté de la ville, et le pont en pierre sur le Vardar sont les seules choses les plus intéressantes. Ce dernier est d'une structure lourde et sous lui sont des ilôts, sur le gazon desquels les habitans viennent s'accroupir le dimanche. Des dames en manteaux ne craignent même pas de se montrer près du pont ces jours-là. En deçà de ce dernier est le village de Sobriia. Nous fîmes à l'Ouskoub la connaissance d'un Dr. Petrovitch, Dalmate, établi et marié à Melnik et s'occupant de médecine comme aussi de sangsues et de coton, car malheureusement en Turquie le médecin est obligé d'avoir plusieurs cordes à son arc pour laisser quel avoir à ses enfans.
Ouskjoub a au moins 10,000 âmes, sa population est éminemment bulgare , mais il y a aussi assez de Serbes et de Zinzares. Le nombre relatif des Musulmans et des Chrétiens m'est inconnu, mais d'après le nombre des mosquées au moins la moitié de la population doit être mabométane. Leç Chrétiens grecs y ont une nouvelle grande église et deux autres anciennes plus petites, dont l'une est dédiée au martyre Démétrius. Ils y ont de plus trois écoles, chacune avec trois maîtres. On y pousse l'instruction jusqu'à la géographie, l'histoire et la philosophie. La religion catholique ne compte guère des fidèles à Ouskjoub.
Ouskoub est le chef-lieu du plus grand Paschalik de la Turquie centrale. U comprend 10 villes, savoir Ouskoub, Keuprili, Istib avec Novosélo, Eostendil, Ealkandel, Doubnitza,Eomanova,D8choumaay Earatova, Radovitch et au moins S bourgs, savoir Egri-Palanka, Eatschanik, Eostovo, Stroumnitza et Pétrovitsch. Les Ayans prin-
cipaux résident dans les villes et bourgs cités; ceux de Kostendil^ d'Istib et de Keuprili sont les personnages les plus importans. A Djoumaa il 7 a un Musselim et à Doubnitza un Voivode, tandis qu à Ealkandel réside un petit Pascha à une queue. Le nombre des villages y est fort grand, de manière que la population peut bien aller à 5 ou 600,000*
La grande masse est bulgare et chrétienne, les villages le sont presqu'entièrement et il 7 a même de petites villes toutes chrétiennes comme Novosélo. Nous n'y avons point rencontré de villages purement mahométans, si ce n'est dans le Schar ou vers cette chaîne, où il y a une petite population albanaise. Les villages à mosquées 7 sont même une rareté. Dans les villes sont confinés les Musulmans, qui y abondent alors plus ou moins. Ces derniers paraissent être un mélange de descendans de Turcs asiatiques avec des Bulgares, des Serbes et des Albanais devenus Mahométans. Dans les parties de ce Paschalik que nous avons visitées, nous n'avons pas remarqué d'anciennes colonies de Dervendgis mahométans, à moins qu'on puisse donner ce nom à la ville de Djoumaa, ainsi qu'aux Musulmans de Katscbanik et qu'il y en ait sur le bas Vardar. La richesse territoriale de ce beau Paschalik a été favorable au développement de la population chrétienne, à son industrie et son commerce, de manière qu'on y rencontre dans certaines villes, comme à Istib, des gens fort à leur aise. Parmi ces derniers se remarque un certain nombre de Juifs, de Grecs et surtout deZinzares du Pinde, dernière race qu'on retrouve partout en Turquie, où il y a de l'argent à gagner.
Depuis Ouskoub on peut se rendre à Salonique par Keuprili (du pont) ou par Istib*. Pour aller directement à Istib, on traverse le Sarpiaki vers Gouriler, le Kriva-Rieka et la plaine de Moustapha par Kilisseli et Engéli, mais la route ordinaire est d'abord la même que celle qui conduit à Keuprili, savoir celle qui longe le Vardar sur sa rive orientale jusqu'à Kapetan-Han, où on passe sur un pont les eaux réunies du Vélika-Rieka (Sarpiaki) de Komanova et du Kriva-Rieka ou Egridéré - Sou venant d'Egri- Palanka. La plaine ou plate-forme basse et aride de Moustapha (Moustapha-Ovasi) s'étend jusqu'au Vardar et ce terrain alluvial et tertiaire forme aussi le sol ondulé et ça et là à broussailles, qui se prolonge depuis Kapetan-Han jusqu'aux buttes siénitiques
encaissant le Brégalnitza à Novosëlo et Istib. On passe cette rivière sur un haut pont en bois à Novosélo, mais on guëe le torrent d'Istib. Cette ville est à 12 h. d'Ouskoub et à 34 h« de Sa- Ionique.
Depuis là on franchit les montagnes de près de 3000 p., pour atteindre les sources du Stroumnitza et on passe à Toplitza et plus loin à Radovitsch sur un torrent, afBuent du Stroumnitza. En deçà de cette rivière est sur un autre torrent venant du S. la petite ville de ce nom ou l'Oustroumdscha des Turcs. Elle ne présente plus que les ruines de son château et de ses antiques muraillesy dont il est quelquefois question dans les guerres des Serbes et des Grecs. Du reste la vallée du Stroumnitza, l'ancien Pontus, court de l'O. à TE. entre de hautes montagnes, qui atteignent au moins au N. dans la chaîne du Plaschkavitza-Planina la région des sapins, savoir entre 3 et 4000 p. Au S. se trouvent au S. O. le Vélitza et à TE. le Tschengel-Dagh et le Soultanitza, qui trône au-dessus du bassin de Séres. La vallée du Stroumnitza est ça et là assez large et cultivée, surtout dans sa partie inférieure vers Petrovitsch. Elle renferme bon nombre de villages. Le torrent du Vélitza coule sur une pente en partie boisée en chênes et conduit par Koschtrouma ou Kouschtourlou au col de Glivetz situé entre le Vélitza et le Tschengel. En deçà se trouve le petit lac et le village de Toiran ou Doiran, l'ancien A ssorus, dont les eaux se déchargent dans le Vardar. La vue depuis ces hauteurs est fort étendue et se prolonge jusqu'au golfe de Salonique, auquel conduit la vallée du Galliko, l'ancien Echedorus. Parmi ses affluens se distingue celui, qui vient du N. E. ou de Likovan et Lachana. On passe par Tschinarli, on atteint en deçà de Kilkitsch les basses collines en partie tertiaires et on débouche sur Salonique par Volevod et Akbounar,
L'autre route d'Ouskjoub à Salonique le long du Vardar par Keuprili (s. Vélesch ou Vélescha), Négotin, Gradiska et Auret- Hissar doit être fort intéressante, parce que cette rivière coupe par une fente courant N. O.-S. E. les hautes chaînes entre Banja, Koumlikoï et Janitza et que beaucoup de vallées débouchent sur le Vardar. Malheureusement nous n'avons pas fait ce chemin et n'en avons pas rassemblé les détails. Tout ce que nous savons, c'est qu'on franchit le Vardar sur un pont de bois à Keuprili même et
qu'on voyage donc un certain temps depuis là sur la rive ocddentale. Un terrain de molasse borde le Vardar depuis là jusquee vers Banja. On passe sur la rive occidentale du Vardar le torrent de Poto à Izvor, le débouché du Tschema ou Karasou dans le Vardar, le village de Négotin sur le Vélitscha et un torrent, sur lequel Mr. Kiepert indique les ruines de Tikvesch. Ce dernier nom est encore celui du district. Plus loin règne, au moins à l'O., un groupe élevé de montagnes trachytiques, d'où s'écoule dans le Vardar le Banja. Un bain thermal sulfureux y existe près de Demir-Kapi (tête de fer). De ce lieu une ancienne route pénétre dans la vallée et le bassin du Tschema environ par la place de l'ancien Stobi, tandis qu'une autre franchissant au S. une montagne, arrive à Képinia dans la vallée de la Bistritza. On traverse le Vardar sur un pont de bois, pour arriver à Gradiska, ce qui semblerait devoir résulter de la manière abrupte, dont les montagnes se terminent sur la rive occidentale du Vardar. Le reste de la route se fait sur le bord opposé non loin de l'eau. On passe par Tschevsou-Han et Koumli-Koï. Les basses collines com* mencent déjà avant Auret-Hîssar à la hauteur de Gumurdsche et on en traverse, pour gagner de ce premier lieu en biais la ville de Salonique. (Voyez Voyage de Pouqueville. Vol. 3, pag. 181.)
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