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LE PAVON DU RIO NEGRO

Cichla orinocensis, corpore virescente, nigro-punctato, maculis quatuor ornato, cauda rotundata immaculata.

Le Pavon du Rio Negro et de l’Orénoque. PI. x1v, fig. 3 ( presque : de la

grandeur naturelle).

« Pavon (ex ordine Thoracicorum, Lin.), corpore oblongo-lanceolato, virescente, nigro-punctato, maculis quatuor (quarum ultima pone caudam) longitudinaliter notato. Maculæ rotundatæ , nigro-cæruleæ, zona aurea marginatæ, 1-1 + pollicares. Rictus amplissimus, subedentulus. Dentes minutissimi. [rides magnæ aureæ. Sulcus inter oculos. Squamæ minutæ, arete imbricatæ. Pinna dorsalis unica, totum dorsum occupans, radiis 54 pungentibus. Pinnæ pectorales lanceolatæ, ventrales ovatæ. Pinna analis rad. 9. Cauda obtusa, intepra. »

C’est le plus beau poisson de rivières que nous ayons vu. Il atteint de 1 à 3 pieds de longueur, et appartient à la famille des Percoides à dorsale unique et continue, Les taches bleues, bordées d’un cercle d’or, brillent du plus vif éclat. Elles rappellent, comme l'indique le nom espagnol de ce poisson, les yeux de la queue du Paon. En examinant avec une loupe les écailles qui forment les zones bleues et dorées, on est frappé de cette action particulière des vaisseaux qui traversent les écailles, et dans lesquelles le pigment qui forme les zones de la tache se dépose vers la pointe, vers le milieu, ou vers la base, selon

que l'exige le contour de la figure entière. Quelle est cette action chimique (voltaique?) qui semble émaner d’un centre commun? Le fluide qui circule dans un même vaisseau prend-il des teintes différentes, selon l’influence locale des parois et des tégumens de ces vaisseaux, ou chaque pigment est-il déposé par des organes particuliers? Ces mêmes questions de physiologie se présentent lorsqu'on examine les taches à bandes concentriques formées par le poil de quelques mammifères carnivores, et par les barbes des plumes des oiseaux, surtout du Phasianus Argus, du P. pictus, ‘et des oiseaux de proie nocturnes.

Nous avons souvent mangé cette nouvelle espèce de Cichla sur les rives de l'Orénoque et du Guainia ou Rio Negro. C’est dans la vallée de cette dernière rivière que j'ai dessiné le Pavon que les Indiens Caridaquères m'ont nommé Saupa : on l'avoit pêché près de l'ile de Dapa, dont les habitans se nourrissent de la pâte de fourmis, c'est-à-dire d’une pâte formée de la farine de manioc et de l'abdomen graisseux des grandes fourmis Fachacos . La température des eaux du Rio Negro est de 24° du thermomètre cent. Le Pavon ou Saupa est trèsagréable à manger. Le missionnaire Gili ?, qui l'appelle Aketshi en tamanaque, assure qu’il est «dur comme du bois » lorsqu'on ne le mange pas frais, mais séché au feu ou au soleil. Il ne faut pas confondre le Paon de l'Orénoque avec deux poissons pélagiques désignés sous le nom de Paon dans nos systèmes d'ichth yologie, avec le Sparus saxatilis (Ænc., tab. 184) et le Labre Paon (Lacep., Tom. I, p- 486).

J'ai indiqué dans mon journal deux autres espèces de Cichla sous les carac-

tères suivans :

CicHLA ATABAPENSIS.

« Pavon du Rio Atabapo : même forme que le Cichla orinocensis, mais, au lieu des quatre taches, quatre zones transversales très-larges, bleu-noirâtres, bordées d’or. On le trouve aussi dans les parties de l'Orénoque, où les eaux ne sont pas troubles; mais la variété plus agréable à manger est celui du Rio Atabapo , fleuve dont les eaux sont noires et cristallines. » (M. Valenciennes suppose avec raison que le C. atabapensis de mon manuscrit, est le C. ocellaris, Schneid. , PI. rxvr.)

1 Voyezma Relut. histor., Tom. Il, p. 472.

? Saggio di Storia Americana , Tom. 1, p. 97; Tom. III, p. 378. (D'après l'orthographe italien, Æchecci, mot qui dérive peut-être d’4chere, Jaguar, grand chat moucheté. )

C, TEMENSIS.

«Pavon du Temi : même forme; pas de bandes transversales, mais quatre rangées de petites taches jaunes. Une seule tache très-grande sur la queue. »

«Corpus viride, maculis minutis flavis, quadruplici ordine longitudinaliter dispositis, ornatum. Macula unica magna, cærulea, flavo-marginata in cauda. »

Comme l'Orénoque, le Cassiquiare, le Rio Negro, l'Atabapo et l'Amazone forment un même bassin de rivières entre les 10° de latitude nord et les 20° de latitude sud (bassin de plus de 190,000 lieues’), il est probable que les trois espèces d’un même genre se trouvent plus ou moins abondamment dans tout le système de fleuves contigus. Je leur ai donné des noms spécifiques, d'après

les lieux où ils sont le plus recherchés par les indigènes à cause de la délicatesse de leur chair.

[Le genre Cichla, tel que Schneider l'a composé, comprend, outre les espèces auxquelles M. Cuvier assigne plus particulièrement ce nom, les Spares de Bloch et de Linné qui n’ont point d’épines ou de dentelures aux opercules ou aux préopercules. M. Cuvier restreint ce caractère en ne réunissant sous le nom de Cichla que les espèces qui, ayant la gueule très-fendue, ont de nombreuses rangées de petites dents fines et en velours. Les autres espèces de Schneider sont rangées par le savant auteur du Règne animal dans les genres Dentex, Cantharus et Pristipomus.

Le Pavon de l'Orénoque réunit aux caractères zoologiques des Cichlas ceux qui donnent l’aspect d’un genre naturel. Cette espèce nouvelle a le corps orné de taches ocellées, disposées longitudinalement comme presque dans toutes les espèces du même genre. Une d'elles, qui fait partie de la riche collection du Muséum, en est si voisine, qu'il me paroît utile d’opposer sa descripuon à

celle du Payon de l'Orénoque. Comme elle n’a point encore été décrite, je la nommerai :

Cicura ARGUS, corpore maculis tribus magnis ocellatis ornato, macula quarta ad basin pinnæ caudalis sita.

Caput magnum, squamatum; rictus amplissimus; maxilla inferiore longiore

1 Par la bifurcation de l’Orénoque, la nature a établi une navigation intérieure à travers un pays sept fois plus grand que la France.

Zoologie. Tom. II. 22

acuminata; dentes plurimi, minimi; corpus compressam, oblongum, squamis tectum. Linea lateralis pone dorsum recta, pone tertium ocellum interrupta.Ocelli quatuor (nigri?) zona (alba?) cincti; primus et secundus in ipso corpore, infra lineam lateralem ; tertius etiam in corpore, sed linea laterali dimidiatus; quartus supra lineam lateralem, ad pinnæ caudalis basin. Pinna dorsalis unica, ad basin pectoralium usque ad finem pinnæ analis porrecta. Pinnæ pectorales rotundatæ; ventrales pectoralibus oppositæ, triangulares, radiis externis longioribus ; pinna analis squamata, radis tribus prioribus aculeatis, primo et secundo brevissimis ; pinna caudalis subrotundata, squamata , ad basin superne ocellata.

Differt 1.° a GC. ocellari, cui zonæ transversæ; 2.° a C. orinocensi, pinna caudali ocellata, dorsali breviore, radis 31 nec 54.— f'alenciennes.]

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