POURPRE A LÈVRE ÉPAISSE
PurpuRA CHASSILABRUM, les{a , ovala, crassa, ponderosa, ex cwrulescente albida , cingulis rufis cincta , ultimo anfractu lævi, superis subcostigeris , apertura candidissima; labro intus crenulato, basin versus mucrone obtuso armalo.
Monoceros crassilabrum, Lam., an. vert., VII, p. 250.
Encycl., pl. 396, fig. 2, a, b.
Habitat ad portum Acapulco.
La coquille très-rare, dont la découverte a été faite par MM. de Humboldt et Bonpland , est du nombre de celles qui ont sur le bas de la lèvre près du canal une épine plus ou moins aiguë, et que M. de Lamarck considéroit comme le caractère générique de plusieurs gastéropodes voisins des Pourpres, réunis sous le nom de Licorne ( Monoceros ). Montfort avoit déjà fait ce genre sous le même nom françois, qu'il traduisit en latin par le mot assez barbare d'Unicornus. Le savant conchyologisie qui fixa les caractères des Monoceros, reconnut leur grande aflinité avec les Pourpres, et ne distinguoit de ce genre nombreux en espèces, les quatre ou cinq Licornes américaines que par un Caractère qu'il regardoit comme bien secondaire et arüfciel. Depuis, de nouvelles observations ont prouvé que cette épine ne peut pas être considérée comme un caractère de genre; car on en trouve de semblable sur des coquilles à canal prolongé, et que l’on ne doit, sous aucun rapport, éloigner du genre des Fuseaux. Il est plus conforme aux principes d’une méthode naturelle de supprimer le genre des Licornes et de considérer les coquilles que la présence de la dent sur l'extrémité de la lèvre droite y feroit réunir, soit comme des Fuseaux, soit comme des Pourpres, suivant que leurs affinités naturelles les appellent dans ces genres. Cette méthode est suivie aujourd'hui par de savans conchyologistes. Aussi je n’hésite pas à décrire cette belle coquille, nommée par M. de Lamarck, Licorne à lèvre épaisse comme une espèce du genre Pourpre.
Elle a le test fort épais et pesant. Cinq tours de spire complètent sa coquille. La hauteur du dernier contient à peu près quatre fois et deux tiers celle des quatre tours supérieurs. IL est un peu moins large qu'il n’est haut. L’épaisseur ne fait que les deux tiers de sa hauteur. La surface n'offre que de nombreuses rides produites par les accroissemens successifs de la coquille. Les tours supérieurs ont trois où quatre carènes transversales, obtuses et saillantes. L’ouverture est rétrécie par l'épaisseur du test; sa hauteur est presque double de sa largeur. La columelle est large et aplatie : la lèvre est épaisse, taillée en biseau et un peu rejetée en dehors. Le bord interne est crénelé. À l'extrémité inférieure, il à l’épine saïflante, à pointe émoussée, qui la fait placer dans le genre des Licornes, par les sectateurs de la méthode de M. de Lamarck. La coquille est blanchätre ou bleuâtre, avec des teintes rousses ou marron vers le haut du dernier tour. Sept à huit bandes roussâtres, parallèles, inégales, traversent ce tour. La columelle, la lèvre et l’intérieur de l’ouverture sont d’un beau blanc.
La hauteur de l'individu que je décris est d’un pouce 10 lignes.
C'est certainement l'espèce que je décris dans cet article qui a été donnée à M. de Lamarck par M. Bonpland. Il n’a pas rapporté le Monoceros cingulatum que M. de Lamarck lui attribue. Il faut donc avoir soin de rectifier cette erreur d'étiquette et donner le Mexique pour patrie à notre Pourpre à lèvre épaisse (Monoceros crassilabrum, Lam. ).
CONCHOLEPAS.
C'est Bruguières qui a le premier saisi les rapports naturels des Concholepas, en séparant ce mollusque des Patelles auxquelles Gmelin réunissoit l'espèce connue sous le nom de Patellu lepas. La coquille, en effet, n’a que de légères ressemblances avec les Patelles ; elle en a de plus grandes avec les Cabochons. Le mollusque qui est recouvert par cette coquille est semblable à celui des Buccins ou des Pourpres. Bruguières ne séloignoit donc pas des principes de méthode naturelle en faisant du Patella lepas un Buccin. Cependant l'animal en différe assez pour constituer un genre propre. C’est ce qu'a fait M. Cuvier, en laissant subsister le genre des Concholepas établi par Lamarck. Ce grand anatomiste n’a parlé que très-brièvement des caractères généraux de ce mollusque encore peu connu des zoologistes. Je pourrai, dans
cet article, ajouter quelques détails à ce qu'il en a dit, parce que cet illustre savant, qui a bien voulu me servir de maître et qui m'a donné la plus noble des récompenses en m'associant à ses travaux et en inscrivant mon nom à côté du sien sur la grande Ichthyologie que nous faisons paroître, m'a permis d'examiner ce curieux animal dont la coquille a été pendant long-temps fort recherchée à cause de sa rareté.
CONCHOLEPAS IMBRIQUÉ.
Un pied de forme ovale, extrêmement épais, remplit presque toute l’ouverture de la coquille. Les bords sont garnis, dans le mâle, de verrues nombreuses et dont quelques-unes très-grosses donnent à cette partie l’aspect d’un crapaud. Ces verrues n'existent pas dans la femelle ou du moins elles sont fort petites. Le devant du pied est échancré ; la partie postérieure est un peu recourbée sur elle-même et donne attache à un petit opercule par un large faisceau de fibres musculaires, mais qui a peu d'épaisseur. La tête paroît au-dessus de l’échancrure du pied ; elle se montre par une trompe de longueur et de grosseur médiocre , sortant entre les deux tentacules qui sont réunies à leur base. Le syphon s’avance à leur gauche, comme c’est l’ordinaire dans l’ordre des Pectinibranches.
Lorsque la coquille a été enlevée, ce qui frappe le plus est le grand et fort muscle en forme de fer à cheval qui attache l'animal au test. Il entoure les trois quarts postérieurs du corps. Les deux extrémités sont arrondies et plus larges que le milieu. Ce muscle d’attache est encore plus grand que dans aucun Cabochon.
Le bord du manteau de l'animal est peu étendu, légèrement échancré en avant, un peu festonné sur les côtés, et chargé de quelques verrucosités. La cavité branchiale est grande et s'ouvre par une fente médiocre pratiquée audessus de la tête : elle ne contient que deux rangées de feuillets branchiaux ; l'une est très-grande et placée au milieu du plafond de la cavité branchiale : la seconde est très-petite et située dans le côté gauche, tout près du bord de la cavité. Toute la portion droite de la voûte est tapissée par les mailles trèslarges, mais inégales de l'organe que M. Cuvier regarde comme destiné à la secrétion de la mucosité qui enveloppe les œufs. Cet organe est cependant tout aussi bien formé dans les mâles que dans les femelles, ainsi que M. Cuvier l'a observé chez les Buccins de nos côtes. Le cœur est gros et globuleux, et situé à l'arrière du corps, tout-à-fait à la pointe de la cavité branchiale; une cloison membraneuse l’enferme dans une sorte de péricarde.
La cavité abdominale est placée sur l'arrière du corps et un peu déviée sur le côté gauche, sans avoir aucune trace d’enroulement en spirale. Le foie est très-volumineux : le rectum très-large débouche, comme dans les Pectinibranches , dans le bord droit de la cavité branchiale. Je n’ai pas pu voir l'organe qui sécrète la matière colorante que possède cependant la plupart des mollusques de cet ordre.
Les tentacules obtus, de longueur médiocre, réunis à leur base, portent , sur leur côté externe, les yeux qui paroissent comme un petit point noir monté sur un pédicule très-court.
Quand on ouvre la trompe, on voit qu’elle n’a pas l'intérieur de son tube hérissé de petites dents cornées semblables à celles des Buccins; mais l’appareil qui les remplace est assez singulier : il se compose d’une languette munie de deux petites ailes minces et carülagineuses. L’exirémité porte une petite roulette cornée, solide, dure et striée en travers. Le mouvement de cette roue dentée doit servir au mollusque pour user les corps dont il veut se nourrir. La verge est grosse à sa baséllet repliée en arrière pour pénétrer sous le bord du manteau, dans la cavité pulmonaire : elle se termine en un fil assez long et délié. Le pied du mollusque est coloré en brun-verdtre, mélé de jaunâtre et marbré de taches violettes. Les verrues sont jaunes.
La coquille recouvre l'animal tout entier, comme une patelle. Son ouverture est énorme; sa spire presque nulle; aussi elle n’a point de columelle proprement dite. Ses proportions changent beaucoup, suivant l’âge. Je vais d'abord parler de la coquille d’un individu adulte, dont le plus long diamètre de l’ovale, formé par l’ouveriure et servant de base, est de { pouces, et dont la hauteur au-dessus de la base en fait la moitié, c’est-à-dire est de 2 pouces.
Placée sur son échancrure comme les autres coquilles des Pectinibranches, la hauteur jusqu'au sommet de la spire, ne feroit que les quatre cmquièmes du plus grand diamètre de l'ouverture, parce que le bord droit remonte beaucoup au-dessus de la spire et rejoint celui du côté opposé, de façon que le bord supérieur dépasse le sommet recourbé de la coquille.
La surface est creusée antérieurement par deux sillons qui descendent obliquement du sommet du cabochon en arrière et tout près de l’échancrure, et quise prolongent en deux fortes dents. Le reste de la portion droite du test est renflée et arrondie ; sa surface est sillonnée par de nombreuses stries divergentes , dont les intervalles sont relevés en côtes arrondies, croisées par des siries
Zoologie, Tom. II. 41
transversales qui sont relevées en lames dont les bords laciniés forment de nombreuses écailles. La portion gauche du test, celle qui est sous le crochet, est aplatie ou légèrement concave; elle n’a que de fortes stries parallèles au bord, et point d'écailles. Le bord droit est festonné ou découpé en une multitude de petites dents résultant de la terminaison de chaque sillon; le bord gauche est lisse. L'intérieur de la coquille porte l'empreinte rugueuse et en fer à cheval du grand muscle d'attache.
La couleur est un gris-roussâtre uniforme en-dessus, et du blanc pur en dedans. Le bord droit est noir; le gauche est roux.
L'opercule est corné, noirâtre dans le milieu, très-petit : il est de forme elliptique ; l'empreinte de son attache au pied est étroite , alongée, terminée inférieurement par une ligne légèrement concave, et en dessus par deux lignes convexes, réunies dans le milieu par une ligne très-concave.
Un autre Concholepas, beaucoup plus petit, a de même la surface sillonnée et écailleuse; et le crochet de sa spire ne dépasse pas le bord dilaté formé par l'extension de la lèvre et du bord gâätiche. Mais la hauteur audessus du plan de la base n'est que du tiers de la longueur du plus grand diamètre de l’ouverture.
Nous signalons ici ces légères différences, parce que nous ne sommes pas éloignés de croire qu’il existe une seconde espèce de ce genre dont nous avons vu des échantillons dans la collection de M. le duc de Rivoli; elle a le bord postérieur de l’ouverture moins prolongé en arrière et la spire moins obtuse. Cette différence n’est pas sexuelle ; car nous avons vu des mâles et des femelles du Concholepas à spire obtuse et à coquille imbriquée.
Nous croyons pouvoir rapporter à ce Concholpas imbriqué la figure que M. Guérin vient de donner récemment , dans l'Iconographie du règne animal; tandis que nous donnerions, comme synonymes de la seconde espèce , les figures que MM. de Blainville, Sowerby et Wood ont publiées : elles ont toutes la spire saillante, et la surface lisse. On pourroit exprimer ainsi les caractères des deux espèces ou variétés fort distinctes que nous offrent ces gastéropodes.
ConcxorEpas IMBRICATUS ; lesta scutiformi, convexa, gibba, sulcis longitudinalibus tmbricato-squamosis exarata; extus gTriseo fulva, intus alba, labro nigro; spira obtusa, margine postico dilatato porreclo.
ConcHoLEpas LÆVIGATUS, lesta seutiformi, convexa, gibba, sulcis longitudinalibus lævibus instructa, spira acuta porrecta, margine postico angusto.