OLIVE
Le genre des Olives que l’on doit à Bruguières se compose d'espèces rapprochées, suivant leurs rapports naturels : elles faisoient parties des Volutes de Linnée. Ë
M. de Humboldt en a rapporté trois belles recueillies à Acapulco. Elles ont été toutes les trois décrites par M. de Lamarck, et avec son exactitude ordinaire, dans les excellentes monographies insérées dans les Annales du Muséum, Vol. XVI. Il leur a donné les noms d'Oliva testacea, Oliva
volutella et Oliva zonalis. M. Duclos, auteur d’un très-beau travail sur ce genre
de coquille, pense que l’on doit réunir dans une même espèce l’Oliva testacea et l’Oliva hiatula qui ne diffèrent l’une de l’autre que par une spire un peu plus pointue, ce qui dépend de la jeunesse de l'animal. La seconde espèce, l’Oliva volutella, a été fort joliment figurée dans l’Index testaceologicus or Catalogue of Shells, published by W.Vood, sous le nom de Voluta cærulea, Suppl., pl. 4, fig. 36. Les descripüons de M. de Lamarck étant bien suflisantes, je crois inutile d'ajouter des observations minutieuses à celles publiées par le savant que je viens de citer.
CONES.
Les Cônes ont une forme encore plus constante et plus caractérisée que les Porcelaines ; aussi ce genre de coquilles est resté tel que Linné l'avoit formé. Bruguières et M. de Lamarck en ont publié d'excellentes monographies , et ont ajouté un grand nombre d'espèces à celles que Linné put connoître. Ces coquilles sont très-recherchées à cause de la vivacité des couleurs dont plusieurs sont peintes. Leur forme, régulière et conique, ne présente pas toutefois ces singularités de quelques autres mollusques qui excitent la curiosité des conchyologistes. Plusieurs Cônes sont cependant si recherchés, et leur rareté est telle qu'ils s'élèvent souvent à un très-grand prix. M. de Humboldt a rapporté une de ces espèces précieuses, le Cône royal ( Conus regius, Brug.) et plusieurs autres que je ne trouve pas décrites dans le catalogue des cent quatre-Vingt-une espèces caractérisées dans l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Elles n'existent pas non plus dans les magnifiques collections rassemblées par M. le duc de Rivoli, et qu'il ouvre aux savans avec une bienveillance digne de toute leur gratitude > de sorte que je puis les regarder avec raison comme nouvelles pour la science. Une est très-curieuse en ce qu’elle est si voisine du cône fossile nommé Conus deperditus, Lam., que l'on pourroit la regarder comme son analogue. Parlons d’abord du
CONE ROYAL.
Coxus rEGIvs , {esta oblonso-turbinata, coronata , tenuiter striata; nitida, rosea, lineis purpureo fuscis, sinuosis, subramosis , longitudinaliter picta ;
spira subconvexa.
Conus princeps, Lin.
Conus-regius, Brug. et Lam.
Encycl., pl. 318, fig. 3.
Habitat ad portum Acapulco.
Les naturalistes connoissent ce Cône fort rare par la bonne figure que l’on en trouve dans l'Encyclopédie et par les descriptions détaillées qu’en ont laissé Bruguières et Lamarck. Nous avons à ajouter quelques mots sur l’épiderme. Notre coquille, prise fraiche , a un épiderme roussâtre assez épais, strié longitudinalement, et portant en outre quatre cordelettes formées par des séries parallèles et transversales de nodosités ou de petits tubercules qui ne laissent aucune impression sur le test.
L’individu n’est pas très-graud , il n’a que 14 lignes de haut.
CONE MILLE RAÏES.
Conus LINEOLATUS, fesla turbinata, coronata, lævi; lutea, lineolis cre- ) ; ; ; berrimis , rubeculis lonsitudinaliter sisnata; spira depressa.
Habitat ad Acapulco.
Ce Cône a les formes semblables à celles du Cône royal. Il est comme lui de la division des espèces à coquille couronnée : il n’a pas le test luisant, strié, soit longitudinalement, soit transversalement; la pointe du cône de la base est peu élevée, et la spire n’est pas convexe. On lui compte sept tours de spire. La coquille est jaune et rayée par de nombreux traits rougeûtres, fins, parallèles et verticaux.
Il est haut de 15 lignes.
CONE A CEINTURE.
Conus cincrus, tesla conica oblonga, longitudinaliter striata; nitidu, albida, flammulis vel vittis lonsitudinalibus, angulosis, falvis picta, et zonis obscurioribus sex punctorum fulvorum. seriebus transversis circumcincta, apice aculo.
Habitat cum præcedente ad Acapulco. «.
La coquille se compose de neuf tours de spire : la base du cône est étroite, et le cône, formé par la saillie de la spire, égale à peu près le quart de la hauteur totale. Le test brillant offre de nombreuses stries verticales. Sur un fond blanchâtre, la couleur est disposée par bandelettes ondulées en zigzag, orangées, pâles ou fauves, plus ou moins réunies entre elles. Sur le milieu du dernier tour, il y a une bande ou une ceinture roussâtre plus ou moins effacée ; les deux bords de cette ceinture sont arrêtés par une cordelette de points rougeñtres , et on en voit d’autres moins marqués au-dessus et au-dessous.
La hauteur de la coquille que j'ai décrite est de 15 lignes.
Cette nouvelle espèce est voisine du Conus hyæna; mais celui-ci a la base plus large, et de nombreuses stries transversales qui manquent à celui soi a fait le sujet 4 cet article. ”
L'espèce qui suit est ceriainement une des plus intéressantes coquilles que j'aie décrites dans ces monographies. Sans la rigueur que l’on doit mettre, à l'exemple de M. Deshayes, à rapprocher les espèces vivantes des espèces fossiles, avant de les regarder comme identiques, on seroit tenté de prendre ce nouveau Cône comme l’analogue du Cône perdu (Conus deperdiius , Lam.). Décrivons d’abord l'espèce vivante. Je la nomme
Zoologie, Tom. FI.
Le Q1
CONE A SPIRALE.
Conus scazanis, {esta oblonga, fusiformi, subiiliter costigera, albida, rufo longitudinaliter variegata, anfractibus ad basim angulatis et in spiram scalarim decurrentibus , spira conica acuta.
Habitat ad portum Acapulco.
La
Cette jolie coquille se compose de neuf tours, distincts, séparés et moins enroulés sur eux-mêmes que ceux des autres Cônes. Près de la base de chaque tour, il y a une carène aiguë qui trace le long de la spire une rampe spirale aplatie. La hauteur du cône de la base fait presque la moitié de celle de la coquille. Les stries verticales sont peu distinctes; mais les transversales sont écartées et relevées par des points très-marqués. Les plis de la base, près de l’échancrure , sont peu visibles.
La coquille offre, sur un fond blanc, de grandes taches plus ou moins régulières, jaunes. Quelques-unes forment des raies qui ne sont pas nettement dessinées. Sur la rampe, les taches sont plus rousses et genéralement plus régulières.
La coquille n’a que 11 lignes de hauteur.
Si l’on compare cette espèce au Cône perdu, fossile commun dans les bancs coquilliers de Grignon de Courtagnon et de Bordeaux, on voit qu’il n’en difière que par moins de. hauteur du cône de la base, par l'absence de côtes transversales, par des plis nombreux, obliques, très-marqués au-dessus de l’échancrure , et par une rampe spirale plus oblique et moins large.
Ces différences sont suffisantes pour établir des caractères spécifiques entre ces deux Cônes ; mais l’affinité des deux espèces n’en est pas moins très-frappante.
J'ai terminé, dans ces monographies successives , la description des belles et intéressantes coquilles rapportées des côtes occidentales de l'Amérique équinoxiale par les deux célèbres voyageurs dont les travaux ont fait faire tant de progrès aux sciences physiques.
L'examen de cette branche de la zoologie sur cette portion de la côte de Fee rique du Sud ne sera pas sans intérêt pour le naturaliste, quand il remarquera, ainsi que j'ai toujours eu soin de le noter, les ressemblances qui existent entre les
mollusques de cette partie du globe et les espèces semblables qui vivent à de grandes distances , soit dans des régions équatoriales, comme sur Les rivages de Java , de Sumatra, où qui, sortant des tropiques, se retrouvent dans la Méditerranée , et avancent même jusque sur les côtes arides et peu nombreuses en animaux de nos mers plus septentrionales, et enfin entre plusieurs coquilles vivantes, et les espèces fossiles qui abondent dans les couches de nos terrains tertiaires.
J'ai pu donner, dans cet ouvrage, avec beaucoup de précision , la description détaillée de chaque espèce. Les naturalistes ne peuvent trop étendre les descriptions des êtres, s'ils veulent arriver à les connoître assez bien pour en déduire des rapprochemens utiles à la solution des grandes questions de géographie physique qui restent encore à résoudre dans l'étude des espèces zoologiques.
Puissent mes travaux être de quelque utilité aux sciences naturelles et à ceux qui les cultivent, et n'être pas indignes du nom du physicien qui a bien voulu me permettre d'écrire dans ses ouvrages!
Paris, au Jardin des Plantes, ce 50 novembre 1851.