A PARIS
Cuez J. SMITH , IMPRIMEUR-LIBRAIRE, RUE MONTMORENCY, N° 16:
Er cuez GIDE , LIBRAIRE, RUE SAINT -MARG-FEYDEAU, N° 20.
SUR DEUX NOUVELLES ESPÈCES DE CROTALES, Pa À DE HUMBOLDT.
IL5e naturalistes ont reconnu, depuis long-temps, que les animaux de la classe des reptiles abondent surtout dans les pays où , sous l'influence d’un climat chaud et humide, le sol est couvert d’une riche végétation. Sans rappeler ici cette innombrable quantité de Crocodiles * qui habitent les grandes rivières de l'Amérique méridionale, nous nous bornerons à examiner le seul ordre des Ophidiens, qui, sous le rapport de la distribution géographique des animaux, présente plusieurs particularités remarquables. Dans le nouveau continent, les serpens sont plus multipliés sous la zone tempérée boréale que sous la zone tempérée australe : ils le sont plus sous le même parallèle, dans la Louisiane, dans la Floride et aux États-Unis, qu'en Barbarie, en Espagne et dans la Grèce. Ces différences s'expliquent facilement lorsqu'on considère la nature du sol plus ou moins humide, l'épaisseur des-forêts, l'étendue des savanes qui remplacent ces forêts, les variations de la température dans les mois d'été, et d’autres phénomènes météorologiques qui rendent les pays situés sous une même latitude plus où moins favorables à la multiplication des Ophidiens. Plusieurs naturalistes, plus occupés des contrastes que des rapports qui existent entre les deux mondes, ont décrit l'Amérique entière comme un pays récemment sorti du sein de l'Océan, rempli de marécages, habité par des reptiles plus variés dans leur forme et plus nombreux que les reptiles de l'Afrique et des Grandes-Indes. Ces idées ont été accueillies pendant long-temps, parce qu'elles avoient été conçues par un homme de génie, et consignées dans des ouvrages dont plusieurs doivent "
© M. Cuvier en a fait connoître quatre espèces très- distincies; savoir : le Crocodilus lucius du Mississipi, le C. sclerops du Brésil, le C. palpebrosus de Cayenne et le C. acutus de Saint-Domingue. C’est ce dernier que nous avons décrit, M. Bonpland et moi, sur les rives de l’Orénoque et de la Madeleine. Nous donnerons dans la suite de cet ouvrage quelques notions sur deux autres espèces
de Crocodiles inconnues en Europe, le Bava du lac de Tacarigua ou de Nueva Valencia dans la province de Caracas, et le Cocodrilo des plages du Batabano dans l'ile de Cuba.
Zoologie, Tom. IT. £
leur célébrité moins à l'exactitude des faits qu'au charme du style et à la grandeur des conceptions. À mesure qu’une saine critique a rappelé les naturalistes sur le chemin de l'observation, et qu'ils ont étudié les lois uniformes de la nature, et les modifications que subissent ces lois par l'influence des circonstances locales , les deux continens ont paru moins opposés sous le rapport des phénomènes physiques. On a trouvé, parmi les roches de l'un et de l’autre hémisphère, cette suite de formations qui attestent une succession des mêmes catastrophes sur la surface du globe, et l’on a reconnu que le tableau de l'Amérique ne peut être tracé d’après celui des terrains inondés qui sont compris entre l'Orénoque et la rivière des Amazones. Ce n'est point sur la multitude des reptiles que renferment le Delta de l'Égypte ou les basses régions de l'Ouangarah en Nigritie, que l'on jugeroit avec précision du nombre des espèces qui sont propres à l'Afrique entière. |
Sur trois cent vingt serpens décrits dans les ouvrages d'histoire naturelle, il y en à cent quinze qui appartiennent exclusivement au nouveau continent. Ce nombre augmentera considérablement lorsque les colonies espagnoles et portugaises, après avoir obtenu leur indépendance et perfectionné la culture du pays, seront entrées en communication plus directe avec l'Europe; car, jusqu’à ce jour, nous connoissons à peine une douzaine d'Ophidiens du Pérou, du Mexique et du Brésil.
Pour se former une idée précise de la multiplicité des espèces qui vivent sous la zone torride, comparées à celles de la zone tempérée, il suffit de rappeler qu'au Bengale et sur les côtes de Coromandel, sur une étendue de 18000 lieues carrées, le docteur Russel a trouvé quarante-trois serpens; tandis que l'Europe entière, sur une surface trente-deux fois plus grande, ne nous en présente que quatorze. C'est ce développement plus varié et plus rapide de la vie organique dans les régions équinoxiales, qui donne à l'Amérique une certaine prépondérance sur l'Asie, dont aucune partie n'est traversée par l'équateur. Au sud-est de ce dernier continent, le Grand-Archipel de l'Inde présente les débris d’une terre déchirée par l’action du feu volcanique, cu submergée par les flots. Plusieurs productions sont exclusivement propres à cet archipel, mais une vasle mer couvre aujourd'hui des parages dont le climat correspond à celui d’une zone où, dans le nouvean monde, se trouvent le plus d'animaux de l’ordre des Ophidiens.
Si l'on à supposé jadis le nombre des espèces américaines beaucoup plus grand qu'il ne l’est effectivement, on n’a pas exagéré, ce me semble, le nombre
des individus que la nature produit de chacune de ces espèces. Les provinces du Choco et de Barbacoas, les bords du lac de Maracaybo, qui ressemble à un golfe de mer, les plaines de Nicaragua, l’isthme de Panama et la Guyane espagnole, surtout le Bas-Orénoque, les rives du Caura et celles du Cassiquiaré, entre Mandavaca et Vasiva, sont des contrées dans lesquelles le sol, les arbres et les eaux fourmillent de serpens. J'ai observé , ilest vrai, que, sur une étendue de plusieurs lieues carrées, on ne trouve que cinq ou six espèces différentes; mais la multiplication de ces animaux, dont la plupart pondent des œufs deux fois par an, est si énorme que, lorsque les indigènes mettent le feu à des terrains couverts de broussailles, ils se voient assaillis par des bandes serrées et composées de trente ou quarante individus. De toutes les parties du globe, l'Afrique est peut-être la seule qui semble pouvoir rivaliser avec le nouveau conüinent, dans le nombre des Ophidiens. Si l’on exprime l'étendue des terres comprises entre les tropiques : par le nombre 1000,
l'Afrique en comprend :
dans l'hémisphère boréal, : 298 dans l'hémisphère austral, 163
| AG: parties
l’Amérique, dans l'hémisphère boréal, 94. ne dans l'hémisphère austral, 207
l'Asie, dans l'hémisphère boréal. ....... 114 l'Archipel des Indes et la Nouvelle-Hollande,
compris entièrement, à + près, dans
l'hémisphère austral.............. 12/
Le nombre et la variété des êtres organisés ne suivent pas exactement le rapport des surfaces qu'ils habitent. Quoique l'on soit revenu, dans ces derniers temps, de
2 Ces nombres se fondent sur des évaluations faites d’après la Mappemonde de M. de Fleurieu, qui accompagne le Voyage de Marchand. D’après mon calcul, qui a été vérifié avec soin , l’étendue des terres situées dans l'hémisphère boréal, est à celle des terres situées dans l'hémisphère austral — se 8 265 Les géographies les plus modernes admettent , j'ignore sur quel fondement, que la région équinoxiale australe comprend 0,015 plus de terre que la zone torride boréale. La connoissance exacte de ces rapports est d’un grand intérêt pour la gtographie des plantes et des animaux; car nulle pe sur le globe, la nature n’a répandu avec plus de profusion les germes de la vie que depuis DÉREUT jusqu’au 25° ou 28.° degré de latitude nord et sud. Je ferai observer à cette occasion qu’en parcourant nos catalogues des productions animales et végétales, on remarqueroit une prépondérance
bien plus marquée de la zone torride sur les zones tempérées et glaciales , si les parties des continens
situces dans ces dernières n’offroient pas une surface trois fois plus grande.
l'erreur de regarder tout le pays qui s'étend en Afrique depuis Bornou et le Soudan jusqu'à la pente méridionale de l'Atlas, comme une mer de sables non interrompue, on ne sauroit douter que près d’un sixième de la région équinoxiale est occupé par des déserts. D'un autre côté, le plateau de l'Abyssinie, le Congo et les montagnes de la Lune, qui nous sont plus inconnues qu'aux anciens, offrent un climat analogue à celui de la zone tempérée. Si l'on fait abstraction des déserts et des régions montagneuses, l'Afrique équinoxiale se trouve restreinte dans des limites plus étroites que celles qui renferment, dans le nouvean continent, la région des Crocodiles, des Boas et des Amphisbènes.
À mesure qu'on s'élève sur le sommet des Cordillères de l'Amérique, on voit diminuer graduellement le nombre des serpens. Nous en avons encore trouvé en grande quantité près du couvent de Caripé, dans la Nouvelle-Andalousie, et sur les rives du Cauca , près de Carthago, à quatre et cinq cents toises de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan, mais les animaux de l’ordre des Ophidiens deviennent déjà assez rares à 900 toises d'élévation, par exemple dans les environs de la ville de Popayan, quoique la température moyenne de l'air s'y élève encore à 200,6: ils disparoissent presque entièrement au-dessus de 1300 à 1/00 toises, dans la région du Quinquina, du Brathys et du Barnadesia, dans les plateaux de Santa-Fe de Bogota et de Quito. Nous avons été d'autant plus surpris de ne pas rencontrer de serpens sur le dos des Andes, par exemple dans les plaines d’Antisana ou sur la pente orientale de Pichincha, qu’en Europe et en Sibérie, plusieurs espèces de vipères se trouvent cachées dans des touffes de plantes alpines, à des élévations très-considérables. Ce phénomène tient sans doute aux mêmes causes par lesquelles, dans la zone tempérée, les végétaux herbacés des plaines s'élèvent très-haut vers la cime “des Alpes. Pendant les mois d'été, ces cimes jouissent d'une température assez élevée pour favoriser le développement des animaux et des plantes; pendant l'hiver , les végétaux, dépourvus de leurs feuilles , et les Ophidiens, plongés dans un état léthargique, sont ensevelis sous la neige, et résistent à l'extrême rigueur du climat. I] n’en est pas de même dans la région équatoriale où, près du sommet des Cordillères, à deux cents toises au-dessous des neiges perpétuelles, le thermomètre baisse constamment la nuit à— 4°, et ne se soutient de jour qu'entre 3° et 9° au-dessus du point de la congélation.
Quant au nombre des serpens munis de crochets venimeux, il est plus grand qu'on ne le suppose généralement. « Ne telis, dit Linné, horrentibus execrabili veneno nimium sævirent decimam quamque tantum speciem armavit
Imperans et versipelles eos voluit, ut dubii omnes metuerentur ab omnibus. » Le docteur Russel a cependant reconnu, dans les Grandes-Indes, parmi les quarante-trois serpens qu'il a observés, sept espèces venimeuses. En examinant l'Histoire des reptiles de M. Daudin qui a pu ajouter à ses propres recherches les résultats de celles qui avoient été faites par MM. de Lacépède et Latreille, j'ai trouvé que, parmi les Ophidiens décrits, les venimeux sont aux non-venimeux dans le rapport de 80 à 233. On pourroit croire que le nombre des serpens armés de crochets paroït plus considérable qu'il ne l'est effectivement, parce que ces derniers fixent plus l'attention des voyageurs que les animaux qui ne sont pas malfaisans; mais en considérant le rapport entre les couleuvres et les vipères, qui existe en Europe, c’est-à-dire dans une région dont les reptiles ont été étudiés avec soin, on peut admettre que le nombre total des serpens venimeux est le double plus grand que ne l'a jugé le célèbre auteur du Systema Nature *.
2 Je donnerai ici le tableau des Ophidiens munis de crochets venimeux :
DANS L'ANCIEN CONTINENT. DANS LE NOUVEAU CONTINENT. Bongares. ....... 2 espèces Bongares....... © espèces Crotales......... o - Crotales........ 7 Scytales......... 3 Scytales........ 2 Lachesis ........ (0) | Lachesis........ 2 Cenchris........ o Cenebris......…… 1 Mipères.--e:t. &4 Vipères........ 10 Platures......... 2 Platures ........ oO Clothonie....... ï Clotonie ....... o Langaha....... LEE Langaha ....... o Hydrophis...... 5 Hydrophys..... o
eo œ D D
Comme, à l’époque de la publication de l'ouvrage de M. Daudin, parmi toutes les espèces décrites , il y en avoit 201 de l’ancien continent, et 112 du nouveau continent , il paroît que les serpens venimeux font, en Amérique, un cinquième, et dans l’ancien monde plus que le quart de la masse totale. Il faut distinguer cependant entre les espèces qui sont propres à une région et celles qui font partie des cabinets d'Europe; car il se pourroit que le nombre des Ophidiens malfaisans rapportés d'Amérique surpassât accidentellement le nombre de ceux qui ont été observés aux Grandes-Indes et sur les côtes d’Afrique. Quoique le venin des serpens qui infestent les pays situés entre les Tropiques et entre les 24 et 28 degrés de latitude soit plus actif que celui des serpens armés de crochets de la zone plus tempérée , la distribution des espèces venimeuses sur la surface du globe est cependant beaucoup moins inégale qu’on ne seroit tenté de l’admettre. L'Europe compte à peine 14 ou 16 Ophidiens indigènes, et sur ce petit nombre il ya 5 vipères, savoir : Vipera berus (la vipère commune); V. chersea (la vipère rouge); V. Redi (la vipère de lIstrie) ; V. prester (la vipère noire); et V. ammodytes (la vipère de Moyse Charas). D'après M. Cuvier, le V. Redi et le V. prester sont des variétés du V. berus et du V. chersea.
Après avoir jeté un coup d'œil général sur la distribution géographique des Ophidiens dans les deux hémisphères, je vais donner dans ce mémoire la description de deux nouvelles espèces de Crotales propres à la Terre-Ferme.
L CROTALUS CUMANENSIS, scutis 174, scutellis 32; ex cinereo virescens , maculis dorsalibus rhombeis , concatenatis , linea alba cinctis, disco macularum cinereo , margine obscuriori
Ce serpent à sonnette, le Cascabel de Cumana , est plus mince et plus élancé que le Crotalus durissus de l'Amérique septentrionale. Les plus grands individus que j'ai pu me procurer avoient 1,35 (4 pieds 2 pouces) de long, sur 28 millimètres ( 13 lignes ) de diamètre. Le grelot, dont le bruit décèle la présence de l'animal, est composé, dans les serpens adultes, de 8 à 12 anneaux. Je n'en ai pas observé un plus grand nombre, et je doute que ces anneaux indiquent bien exactement l’âge de l'animal. Souvent le grelot est plus court dans des individus dont la taille n'excède pas dix décimètres (3 pieds ). Le Cascabel de Cumana est très-commun dans les endroits les plus arides; on le trouve surtout dans les touffes d’une espèce de Bromelia, voisine du Bromelia karatas, qui est appelée Chihuchihue par les Indiens Guayqueries, et qui, d'après l'habitude des plantes sociales, couvre des terrains d’une grande étendue. Ce serpent à sonnette, dont le venin est extrêmement actif, est moins fréquent aujourd'hui à Cumana qu'il ne l'a été jadis; l'espèce diminue avec les progrès de la culture. On en tue cependant dans la ville même où il est attiré par les rats qu'il semble préférer à toute autre nourriture. Il entre quelquefois dans les maisons , mais heureusement il est moins méchant qu’on ne le croit communément, et 1l n’attaque l’homme que lorsqu'il est poursuivi. Il marche par couple : nous en avons souvent rencontré dans nos herborisations ; ils traversoient paisiblement le chemin à quelques pas devant nous et sans marquer le moindre désir de nous nuire.
IL Crorarus Lr@rLiNerr, scutis 183, scutellis 20, virescens, maculis rhombeis , concatenatis, albo-marginatis , parte postrema corporis ex atro
viridi, haud maculata.
Maculæ concatenatæ, rhombeæ, disco viridi, margine nigrescenti, zona demum alba cinctæ. Squamæ carinatæ et duplo majores squamis Crotali cumanensis. Maculæ anum versus evanescentes, vertex capitis et pars corporis postrema atro-viridia. Abdomen et guttur alba. Caput depressum, latissimum, dentibus
crassiusculis recurvatis, subexsertis. Oculi atri minuti. Cauda corpore terlia parte angustior.
Longueur, 1",72 (5 pieds 4 pouces ), dont la queue seule a 0",13 (5 pouces). Diamètre du corps, 8 centimètres ou 3 pouces. J'ai donné à cette nouvelle espèce de serpent à sonnette le nom de Crotalus Lôflingii, en honneur du célèbre botaniste suédois, élève de Linné, que la cour d’Espagne avoit destiné pour une expédition à l'Orénoque, et qui a séjourné long -temps à Cumana. Le C. Lôfflingii est beaucoup plus rare que le C. cumanensis. Les deux espèces paroissent se fuir mutuellement; la dernière se distingue de la première, 1. par les écailles du dos qui sont le double plus larges ; 2.2 par le manque de taches sur la partie postérieure du corps; 3.° par des crochets venimeux beaucoup plus longs et plus recourbés; 4.0 par un rétrécissement remarquable du corps vers la queue. J'ai vu, dans les grands individus, des grelots cornés et sonores de 11 anneaux; de vieux Indiens Chaymas m'ont assuré en avoir trouvé de 0 à 25. Lorsque la terre est humectée, ce serpent, comme la plupart des Ophidiens de l'Amérique méridionale, répand une odeur approchant de celle du muse, et qui est également propre au Jaguar et aux Caïmans. Je ne suis pas de l'avis de M. Daudin (Rept., T. V, p. 304), qui pense que les contrées tempérées de l'Amérique septentrionale sont habitées par un plus grand nombre de serpens à sonnette que l'Amérique méridionale. Nous en avons trouvé à l'Orénoque, à la rivière des Amazones, dans le royaume de la Nouvelle- Grenade, et au Pérou, dans toutes les régions équinoxiales, dont la hauteur, au-dessus du niveau de la mer, n'excède pas trois à quatre cents toises, et où la température moyenne de l'air s'élève de 20 à 25 degrés centésimaux.
Les deux Crotales de Cumana ne diffèrent pas moins entre eux que du Crotalus durissus des États-Unis, dont les taches sont disposées par bandes et constamment plus irrégulières. Ce dernier, que M. Palisot de Beauvois :, dans un mémoire sur les serpens de l'Amérique septentrionale, indique sous le nom Boiquira, n'existe pas dans l'Amérique méridionale. La seule espèce de Crotale que les naturalistes connoiïssent jusqu'ici dans cette partie du nouveau continent ; est le Boicinininga des Indiens du Brésil, le véritable Boiquira de Marcgrave ou Crotalus horridus des auteurs; mais on est moins exposé de confondre les serpens à sonnette de Cumana avec ce dernier qu'avec le C. rhombifer ou Crotale
* Latreille, Rept., T. IN, p. 66 et 88. L'espèce que ( Vol. I, p. 299et 3o1 ) j'ai nommée C. durissus est le C. cumanensis que je viens'de décrire.
à losanges , découvert par M. de Beauvois. Le Boïquira, qui est si commun à Surinam et à Cayenne, a constamment quatre raies noires qui se prolongent sur les côtés du col, et qui manquent au GC. cumanensis et au C. Lôflingii. Ses taches sont distantes, tandis qu'elles sont contiguës dans le C. rhombifer et dans les deux espèces de Cumana. J'ai vérifié ces caractères , conjointement avec M. Cuvier, sur les exemplaires du Boiquira conservés au Muséum d'Histoire naturelle à Paris. M. Daudin les a bien indiqués par la phrase : maculis distinctis, collo longitudinaliter quadrilineato. Le C. durissus et le C. horridus sont en outre plus épais et plus vigoureux que les espèces que je viens de faire connoitre.
Il ne reste donc à distingner ces dernières que du Crotale à losanges , dont les taches sont formées par le croisement de deux raies jaunâtres, et qui a 142 plaques abdominales. Le C. rhombifer rechercheles lieux voisins des eaux, comme l'indique son nom vulgaire, #ater-Rattle-Snake , tandis que les serpens à sonnette de Cumana se trouvent dans des endroits très-arides. Il paroît en outre peu probable que le nombre des plaques abdominales puisse varier de 142 à 174 et 183, et que les mêmes espèces de Crotale habitent à la fois la Terre-Ferme et les États-Unis de l'Amérique septentrionale. Pour mettre les naturalistes en état de juger par euxmêmes des caractères distinctifs des serpens à sonnette des États-unis et de la Guyane, je vais ajouter les descriptions des espèces qui sont voisines des Cascabels de Cumana. D'après le grand nombre d'individus que j'ai pu examiner sur les lieux, il m'a paru que le nombre des plaques abdominales des Ophidiens, s'il est moins constant que ne le pensoit Linné, ne varie cependant pas autant que quelques auteurs l'ont prétendu de nos jours.
Crotalus durissus, ex cinereo flavescens, fasciis dorsalibusirregulariter transversis, seutis 172, scutellis 21. ({ Variat scut. 163-174 , scutellis 18-30 ).
Crotalus horridus , cimereus, collo longitudinaliter quadrilineato, rhombis dorsalibus distincus, nigris, margine flavescentibus, scutis 171, scutellis 22. ( Variat seut. 169-170. scutellis 20-30 ).
Crotalus rhombifer, cinerascens, rhombis dorsalibus contiguis, margine flaves-
centi, scutis 142, scutellis 22.
Crotalus cumanensis, ex cinereo virescens, rhombis dorsalibus concatenatis,
linea alba cinctis, scutis 174, scutellis 32. Crotalus Lôflingi, virescens, rhombis concatenatis, parte postrema corporis haud maculata, scutis 180, scutellis 20.