‹ Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie comparChapitre 78 sur 175 · CXXXV. FOURMI SPINICOLLE · texte numérisé non relu

CXXXV. FOURMI SPINICOLLE

FORMICA srinicoruis. Fourmi belliqueuse, pl. XXXVWT, fig. 6, le mulet, de grandeur naturelle; fig. 7, le même individu très-grossi; fig. 8, sa tête; fig. 9, son corcelet vu en dessus; fig. 10, l’écaille formant le pédicule de l'abdomen; fig. 11, une de ses mâchoires; fig. 12, sa lèvre inférieure; toutes ces parties sont très-grossies. | :

Verte, dans le vivant; d’un jaune-brun, avec les antennes, les mandibules et les pieds plus foncés, et l'abdomen verdâtre, l'animal étant mort; corcelet armé transversalement de deux épines très-fortes; deux pointes , en forme de dents, près du milieu de son dos, et deux autres à son extrémité postérieure; écaille de l'abdomen terminée en une épne aiguë. ,

Vivens, viridis; mortua, testacea, antennis, mandibulis, pedilusque obscurioribus, abdomine virescenti; thorace spinis duabus anticis , transversis , validissimis, ad medium posteriusque bidentato; abdominis squama in spinam a&utam desinente.

Longueur du corps.

LRR AR UV VAIVE RULES

Us des plus habiles entomologistes de l'Europe, et dont je m'honore d'être l'ami, M. le docteur Kluge, de Berlin, a fait exécuter le beau dessin que nous donnons ici de cet insecte, et l'a accompagné d’une description fort étendue et marquée au coin de cette exactitude rigoureuse qui caractérise les écrits de ce savant. Les détails où il est entré relativement à la forme des organes de la manducation, de celle des antennes et de leur point d'attache, nous prouvent, ainsi qu'il l'a très-bien remarqué, que cette espèce de fourmi doit trouver sa place à côté de celles que Linnæus nomme 7ufa, herculanea, etc., ou qu'elle est, en un mot, de notre genre Fourmi, tel qu'il est restreint dans notre méthode. Je supprimerai donc ici cette partie de la description de M. Kluge, que ma communiquée

100 INSECTES DE L'AMÉRIQUE ÉQUINOXIALT, M. de Humboldt, et avec d'autant plus de raison que nous représentons à part, et d’une manière très-amplifiée, les organes particuliers de cet insecte.

Le corps de cette fourmi est entièrement vert, lorsqu'elle est vivante; mais il devient, après sa mort, d’un jaunâtre-brun ; les antennes, les mandibules et les pieds sont alors d’un brun plus foncé; l'abdomen, ainsi que son écaille, sont verdâtres. La tête est plus large que le corcelet, grande, en forme de cœur, avec les yeux petits, ronds, noirs et convexes. Le corcelet est armé, à sa partie antérieure et latérale, près du cou, de deux épines très-fortes, très-aiguës, qui se dirigent horizontalement, en faisant un angle presque droit avec le corps ; examiné à la loupe, le corcelet offre encore quatre petites saillies pointues en forme de dents, dont deux au milieu du dos, et les deux autres à son extrémité postérieure. L'abdomen est sphérique, avec un éclat soyeux; l'écaille, ou le pédicule de cette partie du corps, est comprimée, presque en forme de cœur, et se termine supérieurement en une pointe longue et aiguë.

Ces caractères essentiels, de même que les faits suivans, recueillis par M. de Humboldt, nous font voir, ainsi qu'il le dit dans ses notes, que cette fourmi est très-voisine d’une autre de Cayenne, la fongueuse (fungosa ) de Fabricius, et sur laquelle j'ai publié quelques observations curieuses; celle-ci est noire et se compose un nid avec le duvet cotonneux d’une espèce de Bombax, peut-être l'espèce qu'Aublet nomme globosa.

« Pendant le séjour que nous fimes, dit M. de Humboldt, dans le petit village indien de Maypure, situé près de la cataracte supérieure de l'Orénoque, nous trouvâmes dans les cabanes des indigènes une substance filamenteuse d’un brun-jaunâtre, extrémemement douce au toucher, et ressemblant à l’amadou du Boletus igniarius préparé. Nous apprimes bientôt, par notre interprète, que cette substance est le nid d’une fourmi qui, dans la langue Guareken, usitée parmi les natifs de la mission de Maypure, porte le nom de Puji. En séparant les couches filamenteuses, nous découvrimes un grand nombre de fourmis remarquables par leur belle couleur, d’un vert d'émeraude, leur éclat soyeux et la position de deux épines horizontales placées au thorax. Je notai cet insecte dans mon journal sous le nom formica Puji, lœte viridis, sericei nitoris, thorace antice biaculeato. Les Indiens réunis dans le petit établissement chrétien des pères de Saint-François de l’'Observance, nomment Guari l'arbre dont les feuilles velues fournissent la matière que les fourmis emploient pour construire leurs nids. Malgré nos soins et nos fréquentes herborisations loin de la cataracte, il nous à été impossible de nous procurer la fleur du Guari; mais, à en juger

FOURMI SPINICOLLE. IOL

d’après des débris des feuilles mélées aux nids des fourmis, nous ne pouvons douter que cet arbre ne soit une espèce de melastome, folüs subtus sericeis. Les Espagnols nomment le nid de Puji amadou de fourmis (jesca de hormigas) ; ils ont appris des Indiens qu'on peut l'emiployer avec succès pour étancher le sang dans les plaies. On ne trouve le Puyji qu’au-dessus des cataractes de l'Orénoque, et sur les rives du Rio Negro jusqu'aux frontières du Brésil. Son nid est trèsapprécié sur les côtes, mais les chirurgiens ne peuvent s’en procurer que de trèspetites quantités que les moines missionnaires envoient en cadeau. À mesure que la civilisation fera des progrès dans ces pays éloignés, l’'amadou des fourmis deviendra un article d'exportation pour l'Europe. Il sera recherché dans nos hôpitaux comme le nid des fourmis de Cayenne, produit de l’industrie du fornuca fungosa de Fabricius.

Sur les rives du Rio Nesro, où domine la langue des Marivitains, appelée langue équinabe, la fourmi verte de Maypure porte le nom de nadi, et son

nid est appelé portibete. »

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