A GABRIELLE
Sais-tu, ma Gabrielle, à la rose pareille, Que lorsque de la fleur le calice est fermé.
Elle laisse après elle un zéphyr parfumé ?... Comme un parfum, ton nom voltige à mon oreille !!
Quand je suis loin de toi j'aime à le chuchoter Comme un secret chéri dont le doux poids m'oppresse! Je le chuchote aux bois que la brise caresse Pour que l'écho des bois puisse le répéter !!
Je voudrais tout le jour, comme font les mésanges, T'embrasser; et disant ton nom venu du ciel Je croirais voir en toi Tarchange Gabriel...
Si je croyais aux anges !!
Sais-tu, ma Gabrielle, ô ma vie, ô mon cœur, Ce que c*est que Tamour? O V^estale adorée.
Nourris-tu dans ton sein cette flamme sacrée ? Ta lèvre a-t-elle bu cette sainte liqueur ?
L'amour est un jardin, Éden délicieux, Où près d'arbres en fleurs, on marche avec mystère, Et je dirais que c'est le paradis sur terre... Si je croyais aux cieux !!
Sais-tu, ma Gabrielle, avec quel vol rapide L'un après l'autre, hélas! s'envolent les instants ? La jeunesse est si courte : aimons tant qu'il est temps. Car le fleuve des ans n'est pas longtemps limpide.
Sais-tu, ma Gabrielle, oh! dis-moi, le sais-tu, Que je t'aime, du fond de mon cœur que je t'aime, Et que mon amour n'a pas reçu le baptême D'un seul baiser de toi, car toujours il s'est tu !
Mais dès que je te vois, chaque geste proclame Ce que je tais! L'amour ne se peut point cacher ! Et jusque dans mon âme on pourrait le chercher... Si je croyais à Tàme...
Sais-tu, ma Gabrielle, avec quels yeux d'amant Je fixe mes regards sur ta bouche attachante ! Et tout ce qu'elle dit et tout ce qu'elle chante Jusqu'au fond de mon cœur se grave avidement !
Sens-tu comme ma main tremble en touchant la tienne Et comme mon cœur bat lorsqu'il est près du tien ?... Offrons-nous l'un à l'autre un éternel soutien Et qu'éternellement l'un à l'autre appartienne !!
Aimons-nous, aimons-nous, et quand le grand adieu, Un jour, séparera ce que l'amour rassemble, Je te dirais : « Montons vers Dieu, montons ensemble ». Si je croyais à Dieu !!!
Mai 1874.