ODE A LA GRENOUILLE
PAR ITN VIVISECTIONNISTE
Ma lyre, ô Batracien, pour toi vibre, affranchie Des étaux qu'a forgés le classique bon ton!... Et pourquoi pas? Homère a bien chanté, dit-on, La Batrachomyomachie !
Combien j'aime à te voir un jour de prairial, — Quand les fraises au bois ne sont pas encor mûres Fendre l'eau de tes doigts aux subtiles palmures, Modulant ton chant nuptial.
Tu dis à ta façon cette éternelle églogue De Tamour éternel... Mais j'aime encor bien plus A te voir inutile, sanglant, lié, perclus Sous les yeux du physiologue.
Ô Batracien, faisons de sincères aveux :
Que saurions-nous sans toi sur les actes réflexes ? Et que saurions-nous sur les fonctions complexes Des nerfs et des centres nerveux ?
C'est toi qui nous fournis les pattes galvaniques, Toi qui restes vivant quoique décapité.
Toi qui, pour nous, inscris le tracé trembloté Des contractions tétaniques.
Nous voyons palpiter ton cœur qui n'en peut mais, Nous voyons affluer ta bile et ta pepsine...
Oui, nous te devons tout! — Sans toi, la médecine Est un vain mot, plus que jamais!
O divin animal, que chacun s'agenouille En prononçant ton nom trop souvent insulté; Toi qui de tes bienfaits combles Thumanité, Martyr sacré, sainte Grenouille!!