AUTRE CHANSON SUR LE MEME AIR
« C'est le printemps! » dit le feuillage Épanoui hors des bourgeons; Et dans son gentil babillage L'(3ndc murmure entre les joncs, « C'est le printemps! » — Et les pigeons, Les merles (ju^un ciel pur appelle, Les coucous aux cris éclatants, L'ouvrier, les bras sur sa pelle.
Tous répètent, gais et contents :
« C'est le printemps! C'est le printemps! C'est le printemps! »
Et quand tout tressaille de joie.
Seul, je ne puis, dans le lointain Contempler l'astre (jui rougeoie.
Ou l'horizon clair cjui se teint Des retiets dorés du matin ;
Ouïr la chanson que profère L'humble grillon toujours joyeux ; Admirer l'ample demi-sphère Que limite le bleu des deux, Et dont rimmensité semble atterrer nos yeux;
Et voir le bouton de la veille Éclos déjà le lendemain, Voir la vie enfin qui s'éveille...
Non ! sur l'autel de l'examen Je fais mon sacrifice humain!...
Lorsque chacun dans la Nature Module ses chants musicaux.
Plongé dans ma longue lecture, Je leur rends de tristes échos :
Science et printemps font d'étranges quipro(|uos!
En gouttelettes de rosée, La Nuit laissa tomber ses pleurs, Au soleil, leur teinte irisée Etale ses riches couleurs; Les vergers sont tout blancs de Heurs; Le charme, à la verte grappe, arque Élégamment ses rameaux longs...
— Hippias fut frère d'Hipparque :
L'un des princes dont nous parlons, Fut tué, l'autre fuit, malgré ses bataillons! —
Pour chanter la Nature, mère Qui dans son labeur maternel Donne à tous leur forme éphémère Dans le changement éternel, Prend du juste et du criminel Le cadavre qui se vermoule, Prend le fumier qui se pourrit.
Et les triturant dans son moule Broie et crée, écrase et pétrit, ~ Car toujours ce qui naît vit de ce qui périt !
Pour chanter la Nature immense.
Qui fit TAmour et la Beauté, Chacun exhale sa romance ; L'un pianOj Tautrc forte.
Dit Tair par les bois répété; Tous récitent leur morceau d'hymne Dans cet universel concert...
— Les Grecs employaient le médimne.
Qui valait l'épha dont se sert Pour mesurer le grain, TArabe du Désert.
Les amants murmurent : « Je t'aime! »
Il est dit dans l'air, dans les blés.
Sans cesse nouveau, ce vieux thème.
Par les blancs papillons ailés, Par les hannetons accolés,
Par Toiseau sautant sur les branches, Et par Tétamine au pistil...
— Le mois romain contient trois tranches :
Dans laquelle, à présent, faut-il
Ranger le jour qui fait que Tan est bissextil?...
Tout est en fête : sur sa tige L'anémone frétille au vent ; L'insecte, avide d'air, voltige En s'abaissant, en s'élevant; L'hirondelle passe devant Le moineau franc qui se trémoUvSse Et béquète dans le gazon ; Ici, l'ombre et ce lit de mousse M'invitent au pied du buisson; Là, je vois le soleil (jui brûle Thorizon ;
Ici, la paix et le mystère.
Là, l'air brillant et spacieux;
Ici, tout l'attrait de la terre,
L'attrait du bois silencieux.
Et là-bas, tout l'attrait des cieux!...
— Pendant ce temps, je dois écrire Ce qu'on a philosophastrc :
ce II ne faut point (lisez sans rire !) » La foi qu'exige le curé :
» Il suffira de croire à ce (jue je dirai ! » —
Oh! non, lorsque tout me convie A fuir ce fatras n'importe où, Quand partout palpite la vie, Quand Tamour palpite partout, Il faut être sourd, muet ou Aveugle, pour ne rien entendre Ni voir, ni dire en ces instants, Et pour se faire encore attendre.
Et pour résister plus longtemps; Car tous Tont proclamé bien haut : « C'est le printemps! »
Va, philosophie énervante, Surnaturel salmigondis !
Va, dissertation savante !
Allez, bouquins très érudits.
In-folios que je maudis ! !
Je pars, je cours, je fuis bien vite.
Faire à la consigne un viol.
Gagner les champs où tout m'invite.
Commettre à la science un vol ; Jetant ma plume au loin... pour mieux prendre mon vol !!
Vivier J'Oyo, le 5 mai 1875.
Mais ces rêves où si souvent je t'entrevois Idéalement belle et pure et gracieuse, Où je crois reconnaître, et ta bouche rieuse, Et l'esprit de tes yeux, et le chant de ta voix... Tout suaves qu'ils sont, ils ne sont que des rêves, Et je préfère cncor, moi qui t'adore tant, Aux songes les plus longs les réalités brèves... Je les donnerais tous pour te voir un instant!!