LE FRAC
Massait disait à Clautriau * :
« Tu veux donc que je m'endimanche, Que j'aie un col roide, un tuyau, Un frac, une cravate blanche?
Mais, mon cher ami, songes-tu Dans quelle impasse tu m'accules; Moi qui toujours ai combattu Tous ces attirails ridicules?
Les gens de Java — gens sensés
Et comprenant fort bien leurs aises —
Se moquent des cols empesés...
Or, j'aime à plaire aux Javanaises... »
* MM. Massart et Clautriau étaient à ce moment les assistants de LÉO Errera à T Institut Botanique
Clautriau répond à Massait :
« Ta guerre au frac est idiote.
Est-ce que tu crois, par hasard, Moins absurde la redingote?
Hormis Tamour — et les fruits crus Tout ici-bas, tout est factice.
Pour célébrer les Instituts Saigne-toi d'un frac; c'est justice! »
Donc, Massart se saigne et revêt Le frac. De suite, il s'accoutume.
Bientôt, c'est comme s'il n'avait Jamais porté d'autre costume.
Il le met l'un, puis l'autre soir, Au banquet, au bal, au théâtre...
On l'admire, c'est beau de voir Avec quelle aisance il folâtre...
Même... on va jusqu'à raconter Que le frac a pris sa revanche.
Et Massart ne veut plus quitter L'habit et la cravate blanche.
Il songe déjà vaguement,
Tant il en a Tàme contente —
A porter son jersey charmant
Tout là-bas... au clou, chez ma Tante!
Le ciel est gris, les flots sont gris, la pluie est grise, Sur les rocs gris la vague avec fureur se brise. Le brouillard vous pénètre et vous donne un frisson, Le vent glacé qui siffle envahit la maison...
On se ramasse, on se blottit, on se calfeutre. On se couvre de laine, on se coiffe de feutre. Et tous les malheureux transis, claquant des dents. Jurent, mais un peu tard, qu'on les a mis dedans!
Car ce tableau de vent, de tristesse et de pluie. Est ce qu'ofl"re aujourd'hui « le beau ciel d'Italie » Aux accourus de loin pour trouver à coup sur Le soleil, le beau fixe et les côtes d'azur !
Santa Marf^herita Lijrure, le i6 mars 1905.