‹ Recueil d'œuvres de Léo Errera (volume 3)Chapitre 31 sur 60 · EN RÉPONSE A CELUI* DE M. TIBERGHIEN · texte numérisé non relu

EN RÉPONSE A CELUI* DE M. TIBERGHIEN

Venez, mes chers enfants ! — Avant toute autre chose écoutez bien : moi je n'existe point !!

la calomnie, hélas! sans que je le sache, ose me démentir carrément sur ce point!

N'’en croyez mot!... Car, sur mon dos, ce qu’on entasse d’ineptie, est si pesant à porter, que lorsque mon malheur voudrait que j'existasse,

j'aimerais mieux ne pas même exister!

Chacun selon ses goûts, suivant sa fantaisie, me donne un nom, des vertus, des défauts; ce qui pour l’un est foi, pour l’autre est hérésie, ce qui pour l’un est vrai, pour l’autre est faux! C’est — quoiqu'’en dise l’un ou l’autre savantasse — si bête, tout ce qu'on vient vous chanter, que lorsque mon malheur voudrait que j'existasse,

j'aimerais mieux ne pas même exister !

Figurez-vous, mes chers enfants, qu’ils vous radotent d’absurdités un tel flux et reflux, qu'ils n’ont jamais, à tous ces noms dont 1ls me dotent, eux-mêmes rien Compris... n1 moi non plus!!

Ils sont si creux, ces mots qu’à la langue ou de Stace

ou d’Aristote, ils s’en vont emprunter, que lorsque mon malheur voudrait que j'existasse,

j'aimerais mieux ne pas même exister!

J'aurais — loin d'établir l’équité sur la terre — fait le #20oins bien, pouvant faire le mzeux ;

et qu’on vous dise alors : « le mal est salutaire! », mon rôle n’en est pas moins odieux !!

Je ne veux plus que, grâce à moi, l’on rapetasse un bâtiment vieux, qui ne peut rester.

et lorsque mon malheur voudrait que j’existasse,

j'aimerais mieux ne pas même exister |

On abuse de moi : je veux me mettre en grève!

Le pauvre a faim, on répond : « Dieu le veut! » « Espoir en Dieu! » dit-on à l’ouvrier qui crève

de misère... Or, j'oppose un désaveu immense, à qui voudrait qu’ainsi je me prétasse

aux cent forfaits que l’on veut me prêter.

Non !! Iorsque mon malheur voudrait que j’existasse,

j'aimerais mieux ne pas même exister |

Université libre de Bruxelles, février 1875.

[ee

NI

L'hymen des fleurs se prépare Sumbarbre en fête, qui pare D'un diadème son front; Peupliers, ormes et frênes Müriront bientôt leurs graines.

Et les feuilles tomberont !

Juchés sur les branches souples Les oiseaux perchent par couples, Sous les grands dômes feuillus ; Quand les petits de l’année Auront leur tour d’hyménée.…

Les parents n’y seront plus!

Nature, âpre Créatrice,

Il faut donc que tout fleurisse… Puis tu dis à chacun : « Meurs! »

Tu veux que les êtres s'aiment, Et dès que leurs fruits se sèment,

Tu viens faucher les semeurs|!

Entre Vivier d'Oye et Bruxelles, le r15mai 1875.

NI

SERMENT DAIVROGIWE

Je marchais vers la nuit tombante, Tout seul dans la sombre forêt, Lorsque tout à coup m’apparaît Sous la ramure surplombante,

Au milieu de l’étroit chemin,

Le fantôme de l’examen ! —

Je sens comme une sueur froide

Sur tout mon corps, quand je le vois; Aussitôt que j'entends sa voix

J'en suis glacé; je suis tout roide Lorsqu'il veut me serrer la main,

Le fantôme de l’examen! —

* Etre « busé » signifie en argot d'étudiants belges ne pas p

examen.

Mais bientôt la crainte s’efface, J'avance, je me déraidis,

Je m’approche, je m'enhardis, Jose enfin regarder en face, Dans mon courage surhumain,

Le fantôme de l'examen !

Il est drôle autant que sévère, Lourd et trapu, petit et gras, Avec cent bouquins sous le bras, Avec chaque œil orné d’un verre, Avec un immense abdomen,

Le fantôme de l’examen!

Monsieur Travail-de-serre-chaude Est son frère aîné triomphant ; Madame Buse* est son enfant ; Monsieur Pédant, à la rougeaude Figure, est le cousin germain

Du fantôme de l'examen! —

asser

son

NI

un

EI

— « Tu veux, dit-1l, yuvems mioche, Par memet te voir diplômé.

Si l’on n'aime esse dégommé, Oportet que multum on pioche! »

— Oui, 7'efflagite un parchemin,

O fantôme de l’examen! —

— « Apprends peu ce quod debes faire, Et guod se passat de nos jours;

Je te demandabo toujours

Id quod fecerunt dans leur sphère L'ancien Grec et l’ancien Romain... »

— « Oui, fantôme de l’examen! » —

a Apprends omnes vieux dialectes, Omne quod est des temps passés !

S1 sapis bien Loc, c'est assez.

Mais, jertur, quod tu te délectes

À rimailler saepe, gamin !.….. »

— « Oui,ffantôme de l’examen !"» —

— € Or il faut, sine quo l’on grogne, Rayer le temps ad hoc usé,

S1 lu non vis être busé! » —

Moi, je fais un serment d’ivrogne,

Et je lui réponds : « Dès demain,

” LA O fantôme de l'examen !... »

Vivier d'Oye, le 6 mai 1875.

NI

NI

Page 1