‹ Recueil d'opérasChapitre 1033 sur 1141 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FENELLA , ALPHONSE ; ELVIHK , enveloppa.

dans un manteau, la tête couverte d'un voile noir. ALPIIOKSE.

Ah! qui que vous soyez, accueillez ma prière,

Et dérobez-nous à la mort!

Ciel! que vois-je? c'est elle! O justice sévère!

Elle est maîtresse de mon sort !

FESELLA.

(Elle recule avec effroi, lui fait entendre que jamais un crime ne reite impuni, lui reproche sa trahison.)

ALPHO^SE.

Oui , j'ai mérité ta colère.

Sois juste, abandonne à leurs bras Le perfide qui t'a trahie!

Les meurtriers sont sur mes pas ; Venge-toi, tu le peux.

FESELLA.

(En mettant le doigt sur sa houche, elle lui fait signe qu'on peut les entendre et l'entraîne rapidement de laulre côté du théâtre en lui montrant Ici porte par laquelle les pêcheurs viennent de sortir.)

ALPHONSE

Ah! que par mon trépas Ta vengeance soit assouvie!

Mais le destin d'un autre à mon sort est lié : Pour une autre que moi j'implore ta pitié ! Prends mes jours, épargne sa vie!

( Elle jette un regard sur Elvire, court vers elle, entr'ouvre son manteau, lui arrache le voile qui couvre son visage, séloigne d'elle avec colère, et semble dire: «Voilà donc celle que'lu m'as préférée, et tu veux que je l'épargne»! )

ELVIRE

Fenelia, sauvez mon époux!

FENELLA

(Elle n'est plus maîtresse delle-même et n'écoute que sa jalousie. Elle aurait sauvé Alphonse, mais elle veut perdre sa rivale. Déjà elle a fait un pas vers la cabane ou les pêcheurs sont rassemblés. )

ELVIRE , l'ariétant par la main.

Vous, nous trahir! quel transport vous entraîne? Ne nous repoussez pas , c'est votre souveraine Qui vous demande asile et tremble devant vous.

FENELLA

(Son cœur passe tour-à-tour de la vengeance à la pitié; elle s'arrête entre Alphonse et Elvire. )

ELVIRE

Arbitre d'une vie Qui va m'étre ravie , A ma voix qui supplie Laissez-vous attendrir !

AU'HONSE.

Du soi t qui nous opprime Que je sois seul victime !

Seul j'ai commis li; crime Dont tu \(iix la [lunir.

LA MUETTE DE PORTIGI

FESELLA.

{ Elle se laisse toucher à la voix d'Elvire , et comme frappée de la voir si belle, elle retire brusquement sa main, que la princesse tenait dans les siennes. )

ELVIRE

Dans vos maux, fille infortunée, Ma bonté fut votre recours; Et moi, dans la même journée, Je viens implorer vos secours.

Je pris pitié de vos alarmes Lorsque je vis couler vos larmes; Mes larmes coulent devant vous.

Je vous vis, pour fuir votre chaîne , Tomber aux pieds de votre reine ; Votre reine est à vos genoux !

FENELLA

(Elle ne peut vaincre son émotion; elle les repousse encore,

mais faiblement, et se tourne pour cacher ses pleurs qu'elle

veut étouffer.) (Alphonse et Elvire, qui s'aperçoivent de l'impression qu'elle

éprouve, se rapprochent délie et redoublent leurs instances

avec un accent plus touchant.)

ENSEMBLE

ALPHONSE

Du sort qui nous opprime Que je sois seul victime!

Seul j'ai commis le crime Dont tu veux la punir.

ELVIBE.

Arbitre d'une vie Qui va m'être ravie, A ma voix qui supplie Laissez-vous attendrir !

FEKELLA.

(Elle ne peut résister à leurs prières; elle fait un violent effort sur elle-même, saisit leurs mains, et jure de les sauver ou de mourir avec eux. )

(On entend du bruit; Masaniello sort de la porte à droite; Alphonse saisit son épée.)

Page 1