SCENE VI
Le Prince, TSING-SING.
LE PRINCE. Vous, Tsing-Sing, demeurez !
TSING-SING. C'est mon devoir , monseigneur
LE PRINCE. Oui , j'ai appris par mon père la nouvelle dignité qui vous attachait
LE CHEVAL
â moi , et je m'en félicite... Quand vous étiez au nombre de mes maîties, je me souviens qu'autrefois vous ne me gêniez guère.
TSING-SING. Je continuerai avec le même zèle.
LE PRINCE. J'y compte... et nous partirons dès aujourd'hui
TSiiVG-SiRiG. Pour la cour? —
LE PRIIVCE. M'en préserve le ciel ! Mon père m'y attend pour me marier... et moi , je ne le veux pas , pai'ce qu'il y a quelqu'un au monde que j'aime, qui occupe toutes mes pensées. . . et cette personne-là , il ne peut pas me la donner.'...
TSING-SING. Et pourquoi donc?... rien n'est au-dessus de son pouvoir... et si c'est une princesse. .. ou une reine. .
LE PRiivCE. C'est bien autre chose.
TSING-SING. Une impératrice....
LE PRINCE. Si ce n'était que cela...
TSING-SING. O ciel!., je comprends, une personne d'une condition inférieure... une de vos sujettes
LE PRINCE. Eh! non... et tu vas me regarder comme un insensé... un extravagant... tu ne reconnaîtras plus ton ancien élève
TSING-SIIVG. Au contraire... parlez...
LE PRINCE. Eh bien! cette beauté si séduisante... si ravissante, qui a renversé toutes mes idées....
TSING-SING. Quelle est-elle ?
LE PRINCE. Je n'en sais rien.
TSING-SING. Dans quels lieux habitet-eUe?
LE PRINCE. Je l'ignore!...
TSING-SING. Et où donc alors l'avezvous vue ?
TSING-SING. En songe!
AIR
Le sommeil fermait ma paupière , La nuit environnait mes yeux Soudain un rayon de lumière M'éblouit et m'ouvre les cieux
Je vois sur un nuage Et de pourpre et d'azui Une céleste image Au regard doux et pur !
Sur son épaule nue Tombaient ses blonds cheveux , Et de sa douce vue Mol j'enivrais mes yeux...
Quand d'un ^'j. -racieux Me tendant sa main blanche , Celte fille des cieux Près de mon lit se penche , Disant: ami, c'est moi Qui recevrai ta fol ; A toi seul mes amours Pour touiours...
DE BBONZE.
Et soudain disparut cette jeune immortelle
Les nuages légers se refermaient sur elle,
Et sa voix murmurait encoi... toujours... touiours'.
{Regardant Tsitig-Sing qui sourit.)
Ah ! cela vous fait rire , Et vous ne pouvez croire à ce rêve charmant ! Eh bien ! voici qui semble cncur plus étonnant !
Quand la nuit sombre Ramène l'ombre , Et le sommeil Rêve pareil Pour mol prolonge Ce doux mensonge, Et près de mol Je la revol J
Au rendez-vous fidèle Oui , vraiment c'est bien elle Qui vient toutes les nuits, Et dans l'impatience De sa douce présence Tous les jours je me dis :
O nuit J mon bien suprême , O sommeil enchanteur !
Rendez-moi ce que j'aime Rendez-moi le bonheur !
Des heures que le sort, hélas ! m'a destinées, Que ne puis-jc à l'instant retrancher les journées? Oui , je voudrais, c'est là mon seul désir, Oui, je voudrais toujours dormir J
O nuit, mon bien suprême !
O sommeil enchanteur Rendez -mol ce que j'aime, Rendez-moi le bonheur !
TSING-SING. C'est fort extraordinaire...
Vous ne l'avez vue qu'en songe?...
LE PRINCE. 0«i , mon ami.
TSING-SING. Et depuis ce tems, elle vous est apparue toutes les nuits?...
LE PRINCE. Sans en manquer une seule. . . Tu te doutes bien que dans mes voyages j'ai consulté là-dessus tous les astrologues et les savans de la Chine et du Thibet. Les uns ont prétendu que c'était une habitante des étoiles ; d'autres que c'était la fille du Grand-Mogol... une princesse chaimante, qui depuis son enfance a disparu de la cour de son père , et qu'un enchanteur a transportée l'on ne sait dans quelle planète
mais tous m'assuraient que c'était celle que je devais épouser!...
TSING-SING. Je suis de leur avis.
LE PRINCE. Mais dans quel pays.. .. dans j quelle région la rencontrer?
! TSING-SING. Je n'en sais rien.
LE PRINCE. Ni moi non plus... mais nous la trouverons... tu m'y aideras, et puisque tu ne dois plus me quitter, nous pa: tirons ensemble dès ce soir.
TSING-SING , à part. Ah ! mon Dieu ! ( Haut. ) Cela ne vous serait pas égal de* main?...
i i.E PRINCE. Pourquoi cela ?
^ MAGASIW
TSING-SlNG. C'est que je suis marié depuis ce matiQ.
LE PRINCE. Est-il possible!
TSING-SING. A la fille de Tchin-Kao , un riche fermier. ,
LE PRINCE. Que ne le disais-tu?... Resté alors, c'est trop juste ! (En souriant. ) Estelle jolie?
TSING-SEVG. Une petite Chinoise charmante!
LE PRINCE. Pourquoi alors ne me l'as-tu pas présentée?... Ah! mon Dieu!... quelle
idée : tu dis qu'elle est charmante si
c'était celle que j'aime et que je cherche...
TSING-SING. Laissez donc!
LE PRINCE. Pourquoi pas? partout je crois la voir, et si seulement elle lui ressemblait...
TSING-SING, à part. Il ne manquerait plus que cela... et s'il lui prend fantaisie de me l'enlever. . .
LE PRINCE. Qui vient là?...