SCENE III
TOBY, seul, regardant les soldats s'éloigner.
Malédiction! j'envie leur sort à ceux-là! pas d'inquiétudes, de soucis! Avant la fin de la journée on se battra avec les montagnards; eh bien ! une balle dans la poitrine ou dans la tête, et tout est dit! tandis que moi, j'aurai assez de malheur pour revenir au grand complet : le mousquet au bras, je serai obligé d'entendre le prévôt lire à haute voix la sentence qui condamne mon lieutenant I mon brave lieutenant! Où peut-il être? Son frère m'avait rendu un peu d'espoir; nous pensions le trouver à Carlisle, mais toutes nos recherches ont été vaines; c'est fini I ROBiNSON, dans la coulisse.
Ahl ah! là!... descends, Effie... tout doucement, tout doucement!... prends bien garde; là, c'est ça.
TOBY
Voilà le brasseur qui arrive; il tombe bien I il a voulu me suivre au camp, pour solliciter près du général un nouveau délai : ce pauvre garçon ! Comment lui dire?... il faut bien qu'il l'apprenne cependant.
VWWWWWWWVWVV^AWVWVWWWWVVWXVIWWVVWVWWVVVV^W
TOBY, ROBINSON, EFFIE, donnant le bras à
ROBINSON, entrant et sans voir Toby.
Je te dis que ça doit être ici. (Apercevant Toby.) Tiens, justement, le voilà le sergent! Bonjour, Toby; dites doue, nous sommes un peu en retard?... c'est la faute de mon cheval.
TOBY
Oh! mon Dieu! une heure plus tôt, une heure plus tard.
ROBINTON.
Vrai!... tant mieux !... c'est égal, je n'ai jamais vu de bête plus entêtée; j'avais beaului dire avec mon fouet : «Mais, va donc, va donc! il s'agit de
sauver mon frère, mon bon Georges; va donc! tu es de la famille aussi ; » rien du tout ! il allait au petit trot... comme s'il nous était tout-à-fait étranger.
EFFIE
Enfin, nous sommes arrivés!... monsieur Toby, il faut voir le général.
ROBINSON
Tout de suite!
TOBY
C'est inutile, vous ne pourriez lui parler en ce moment; il passe la revue là-bas.
ROBINSON
C'est donc ça que nous n'avons pas rencontré un seul visage humain par ici; je disais à Effie ; « Que c'est drôle! personne dans le camp pour nous conduire auprès du sergent Toby ; je n'y conçois rien. «Mais l'essentiel... c'estque nous voilà; nous attendrons ici la fin de la revue, et nous iron» tous trois chez le général... n'est-ce pas, sergent Toby?
TOBY, avec colère.
Par la mordieu I vous ne voyez donc pas à ma figure qu'il ne faut plus avoir la moindre espérance?
Comment?
ROBINSON et EFFIE.
L'aide de camp de service, prévenu par moi, a parlé aux chefs de votre prochaine arrivée.
ROBINSON
Eh bien ?
TOBY
Eh bien I l'ordre a été donné de ne pas vous introduire dans la tente du général, et celte consigne-là, pas moyen de l'enfreindre!
ROBINSON , abattu.
Oh ! mon Dieu ! moi, qui comptais obtenir quelques jours de grâce.
TOBY
Le général est inflexible, et ce qui ajoute à sa rigueur, c'est que plusieurs officiers ont déjà passé à l'ennemi... on accuse votre frère d'en avoir fait autant! Tonnerre! si ceux qui m'ont dit ça avaient été mes égaux, ou mes inférieurs, avec la pointe de mon épce, je leur aurais cloué ces paroles-là au fond de la gorge; mais avec des chefs, silence et immobile!
EFFIE
Ainsi notre voyage est devenu inutile?
TOBY
Tout-à-fait!
ROBINSON, s'animant.
Eh bien ! tenez, sergent, moi , je ne désespère pas encore: quediable! cane peut pas être; il mesemble que le général ne peut pas refuser de m'entendre;
jele verrai, moi, malgré lui, malgré la consigne
Je n'ai pas de courage, c'est vrai, c'est connu: je m'éloigne à l'aspect d'une dispute ou d'une querelle; la pensée de vider un différend les armes à la main me fait frissonner des pieds à la tête, aussi ça ne m'est jamais arrivé, et ça ne m'arrivera jamais! mais, aujourd'hui, c'est autre chose
MAGASIN THEATRAL
il s'agit de sauver mon frère -, je ne connais plus rien, je braverai les ordres de vos supérieurs; je sens là que je ne tremblerai pas devant eux ; leurs regards sévères ne m'intimideront pas : on nie battra, peut-être ; on me chassera , c'est possible ; mais j'aurai fait mon devoir.
EFFIE
Bien ! bien, monsieur Robinson ! Oh ! que j'aime à veus entendre parler ainsi!
Je reste, et après la revue, nous verrons !
TOBY
Allons! un dernier coup de collier! on ne sait pas ce qui peut arriver ! attendons la fin de la revue.
ROBINSON
Oui, oui, attendons ! mais d'ici là, je ne serais p5S fâché d'avoir pour Effie une chambre dans cette cantine ; il ne faut pas qu'elle reste là, au milieu des soldats.
TOBY, désignant la gauche.
C'est facile ; tenez, voilà deux petites pièces qu'occupait le lieutenant.
ROBINSON, avec émotion.
Comment? c'est là qu'habitait mon pauvre frère? (// court ouvrir une petite porte à gauche.) Oui! voilà bien son uniforme, ses armes, l'épée que je lui ai donnée le jour de sa fête... Pauvre frèrel tu ne la porteras peut-être plus!
KFFiE, à Robinson.
Allons... il ne faut passe désoler d'avance, mon Dieu! avant que midi ne sonne, le lieutenant sera peut-être de retour.
ROBINSON
Dieu t'entende, mon enfant! Dites donc, sergent Toby, je suis à vous, je vais l'installer... nous allons courir voir les chefs, attendez-moi.
TOBY
C'est convenu, je guetterai le bon moment.
Viens, Effie, viens !
Ils entrent tous deux, dans la cliamLre à gauche. A^v^v^^^^'v^^"v\■^\^\\^v\vv'vwvv'v\^w■v^■v\\^■^^^\^'v'v'^■v^^\\^\v\'vv'v■\\^