SCÈNE I
DON SÉBASTIEN, DIANA, entrant ensemble.
DON SÉBASTIEN, avec dépit.
Eh bien, Senora, que vous disais-je ?..
DIANA, tristement. Eh bien, don Sél)astien?..
DON SÉBASTIEN
Depuis deux jours, don Henrlque est arrivé au château !
DIANA
Eh ! mon Dieu ! oui.
DON SÉBASTIEN
Et vous avez beau me dire de ne pas m'effrayer... tout se dispose pour votre mariage, votre père donne ce soir un concert et un bal, toute la noblesse des environs y est invitée... et pourquoi ?.. pour signer à votre contrat !
DIANA
Je le sais bien !.. puisque me voilà en grande toilette...
DON SÉBASTIEN
Et VOUS avez eu le cœur de vous parer, de vous faire belle !..
DIANA
Par ordre de mon père !
DON SÉBASTIEN
Et, malgré vos promesses, vous n'avez encore rien dit à votre cousin ?
DIANA
Ce n'est pas ma fatite!.. il est si bon, si aimable, si confiant, que je n'ose pas... je ne sais comment lui dire : Je ne vous aime pas.
Ah! c'est que vous l'aimez, c'est évident!
DIANA
Plût au ciel !.. car je ne serais pas malheureuse comme je le suis... je ne me reprocherais pas ma trahison... car c'en est une, quand on a été élevé ensemble... quand on a promis de se marier... de s'aimer toujours... et que, six ans après, on n'aime plus son cousin... bien mieux, qu'on en aime un aiïtre... voilà qui est affreiLX, voilà de ces choses qu'on n'ose s'avouer à soimême... et vous voulez que je le dise à don Henriquè.
DON SÉBASTIEN
Oui, sans doute... dans son intérêt... car enfin, si vous ne le lui apprenez que le lendemain de son mariage... <
^ DIANA
Eh bien ! Monsieur, vous qui parlez, pourquoi ne pas lui confier vous-même ce qui en
est?
DON SÉBASTIEN
Moi!., à qui deux fois il a sauvé la vie!., moi, qui, officier de fortune, lui dois toute ma position... moi, enfin, en qui il a tant de confiance, qu'à son départ il m'a chargé de veiller sur vous... d'empêcher qu'on ne vous fît la cour!
DIANA
Et vous vous en êtes si bien acquitté, que personne ne pouvait approcher de moi, excepté vous!
Pour mon malheur!., c'est là ce qui m'a perdu... et moi qui n'ai ni fiefs, ni domaines à vous offrir, comment puis-je, aux yeux de votre père, du premier ministre, vous diisputer à don Henriquè, son neveu, le plus élégant, le plus aimable et surtout le plus riche seigneur du royaume... si, encore, je pouvais me battre avec lui!
DIANA
Je vous le défends.
DON SÉBASTIEN
Si au moins nous avions la guerre!., je me distingurais... j'arriverais, ou je me ferais tuer ! Mais non, rien ne me réussit, pas même cette expédition dont votre père m'avait chargé contre les bandits de l'Estramadure... je n'ai pas même pu les joindre... heureusement pour eux, car dans ma colère, je n'aurais pas fait de quartier!..
DIANA
Allons, calmez-vous... et laissez-moi vous faire part de quelque espérance !
DON SÉBASTIEN
Dans ce moment, puis-je en avoir encore?..
DIANA
Oui, Monsieur! puisque j'en ai!
DUO
DIANA
Mon cousin, qui, dans tous les temps, Se distinguait par sa folie, Depuis deux jours, a des momeus De tristesse et de rêverie !
DON SÉBASTIEN
s II rêve à vous.