SCENE XI
BRIGITTE, HORACE, puis ANGÈLE.
BRIGITTE , entrant par la porte du fond et annonçant. Madame l'abbesse ! . . .
ANGÈLE paraît., elle est enveloppée
dans son voile; elle fait signe à Brigitte de
s'éloigner; Brigitte sort par la porte à gau-
the, et AngèJe s'assied. A part. Allons! du
courage!... c'est pour la deinière fois!
(^A Horace., contrefaisant sa ooijc, quelle
' vieillit Un feu.) Seigneur Horace de Massa-
I rena, on m'a dit que vous demandiez à
I me parler...
HORACE. Oui, ina sœur d'une affaire
importante, Yous avez en ce couvent une jeune personne cliarniante, et très-riche, M"'= de San-Lucar.
.\îV(iÈ«,E. Que vous devez, dit-on, épouser...
nOKACE. Oui ! M. le duc de San-Lucar, qui m'honore de son affection, me destinait sa fille en mariage;.. Mais ce mariage est impossible.
ANGÈLE. Que dites-vous ?
IIORACE.II ne peut plus avoir lieu. ..mais jenesais comment l'avouer... et c'est vous, madame, vous seule qui pouvez l'appicndre à M. de San-Lucar et à sa fille !...
ANGÈLE. Et pour quelle raison?
HORACE. Des raisons... que j'aimerais mieux ne pas dire.
A.\GÈLE. se leonnt. Il le faut cependant,
LE DOMINO JNOIR.
SI vous voulez que je rae charge d'une bcniblable mission.
HOHACE. Eh bien ! senora , elle ne peut ('pouser un honiine qui n'est pas dans son bon sens, et je n'ai pas le mien! Oui, contre ma raison, contre ma volonté, il en est une autre que j'aime et que j'aimerai toute ma vie. Vous souriez de pitié... ma révérende... parce qu'à votre âge on ne comprend plus ces clioses là... mais au mien... voyez-vous, l'on en meurt!
ANGÈLE, àpart. Ah! mon Dieu' {liant.)
si vous essayiez d'oublier cette personne,
vous soustraire à ces tourmens.
HORACE, wec amour. Ah!... je ne le veux pas! etquand je le voudrais... àqnoibon?.. comment échapper à ce pouvoir surnaturel, à ce démon qui me poursuit sans cesse et que je ne puis atteindre... il est toujours avec moi, près de moi... je le vois partout et partout je l'entends !
AA'GÈLE, f>ii>cment et açec sa voix naturelle. Vraiment !
HORACE. Tenez... vous avez dit iraiment comme elle!... j'ai cru entendre sa voix .'
A\GÈLE, repreuant avec émotion sa i^oix de vieille. Par exemple !
HORACE. Pardon!... pardon, ma révérende!... tsi-ce ma faute, à moi... si mes idées se troublent, si ma raison s'égare, si je me fais honte à moi-même!... Je suis un insensé qui ne guérirai jamais 1 un malheureux qui souffre. Mais en attendant je suis encore un honnête homme qui ne veux tromper personne, et vous voyez bien que mon mariage est impossible. Adieu, madame^ adieu !
ANGÈLE, à part. Et pour jamais.