‹ Recueil d'opérasChapitre 28 sur 1141 · ROBINSON, TOBY, EFFIE · texte numérisé non relu

ROBINSON, TOBY, EFFIE

ROBINSON, à Tobij. Malheureux! qu'avez-vous fait?

TOBY, étonné.

Hein?...

EFFIE, pleurant, à Toby.

Oui, qu'avez-vous fait?

TOBY

Ah çà! expliquez-vous I

ROBINSON

Il y a... il y a que mon frère, à ce que je vois, a séduit la sœur de cet enragé marin qui vient de sortir d'ici.

EFFIE

Et cet enragé veut se battre avec mon pauvre Robinson... qu'il prend pour le lieutenant... j'étais là... j'écoutais... et j'avais une peur î...

ROBINSON

Oui, nous avions une peur...

TOBY

Et vous ne lui avez pas dit , j'espère , que vous étiez...?

ROBINSON

Je m'étais heureusement retranché derrière mes arrêts; je faisais le crâne, le mangeur d'hommes... et vous venez làl... Au fait, je ne vous avais pas prié, sergent, de me rendre ce mauvais service; les arrêts m'allaient au mieux; je me serais complu à les garder jusqu'au retour de mon frère.

Quoi I des reproches, au lieu de remercîmens? vous ne me sautez pas au cou lorsque je viens vous annoncer que le déshonneur de votre frère n'a pas été consommé?. .. que le général lui rend son épée et le commandement de la compagnie qui va avoir l'honneur de marcher la première au feu et d'enlever la redoute ennemie !

ROBINSON, épouvanté.

La redoute !... miséricorde!...

EFFIE

Ah ! pour celui-là ! ça ne sera pas, je m'y oppose.

TOBY

Silence, femme !

EFFIE

Monsieur Robinson, je vous défends d'avoir du courage!

ROBINSON

N'aie pas peur... on ne disposera pas de moi comme ça!... Que diable! à la fin des fins, je ne suis passoldat... je suis brasseur!... tout ce qu'il y a de plus brasseur!... J'aime mon frère, c'est vrai; mais je crois avoir assez fait!...

TOBY

C'est ce qui vous trompe ; et la noble mission que vous avez acceptée , vous la remplirez jusqu'au bout. Quel motif pourrez-vous donner pour ne pas vous placer au rang d'honneur que l'on vous a assigné ? que vous n'êtes pas le lieutenant Robinson... c'est le seul... Eh bien, quelques minutes après cette déclaration, le conseil aura condamné votre frère, et vous, vous serez sévèrement puni d'avoir pris son nom et son rang.

Où me suis-je fourré, bon Dieu I

TOBY

Vous avez mis le pied dans l'étrier, plus moyen de reculer ; et si vous n'êtes pas jaloux de l'honneur du lieutenant, je le serai, moi; car, voyezvous , c'est mon enfant, mon idole que votre frère I

ROBINSON

Et pour lui prouver votre attachement à votre idole, vous voulez me faire estropier... merci!

TOBY

Bon Dieu !... est-ce qu'on ne peut pas en revenir sain et sauf?... j'en suis bien revenu, moi !

ROBINSON

Vous avez l'habitude, vous ! ... mais moi, je suis sûr que je serai blessé... dans le dos.

EFFIE

Monsieur Robinson , si vous allez vous battre, eh bien, je ne vous reverrai de ma vie t

ROBINSON

C'est bien ce que je crains!... moi!. ..moi! au milieu de la bataille !... ça ne s'est jamais vul... ça ne peut pas se voir I

TOBY

Je serai là, je veillerai sur vous, je ne vous quitterai pas... je vous couvrirai de mon corps.

Oui... mais si on vous traverse, j'attraperai quelque chose... Du tout, du tout!... je m'en vais !

EFFIE

C'est ça!

TOBY

Partez!... mais rappelez-vous bien que c'est vous, vous qui aurez signé la condamnation de votre frère l

LE BPxASSEUR DE PRESTON.

nOBINSOM.

Que faire?... mon Dieu 1 que faire?... Il n'y a donc pas moyen de montrer du courage sans courir aucun danger?

TOBY, lui prenant le bras et le secouant.

Allons , allons , voilà vos soldats qui viennent tous chercher... quelle gloire pour votre frère d'enlever la redoute ennemie! Avec notre brave régiment, c'est l'alTaire de dix minutes!

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