SCENE
DIAVOLO, seol, descendant de la montagne. RÉCITATIF.
J'ai revu mes amis ! tout s'apprête en silence Pour seconder ma vengeance, El pour combler tous mes vœux ; Est-il un destin plus heureux !
AIR
Je vois marcher sous mes bannières Des braves qui me sont soumis ; J'ai pour sujets et tributaires Les voyageurs de tous pays.
Aucun d'eux ne m'échappe , Je leur commande en roi, El les soldats du pape Tremblent tous devant moi.
On m'amène un banquier: De l'or! de l'or! de l'or! Là c'est un grand seigneur : De l'or ! de l' or ! de l'or ! Là c'est un fournisseur : — Que justice soit faite ! De l'oi ' de l'or! bien plus encor.
Là c'est un pauvre pèlerin :
— Je suis sans or , je suis sans pain! — En voici, camarade; et poursuis ton chemin. Là c'est une jeune fillette :
Comme elle tremble, la pauvrette!
« Par charité, laissez-moi, je vous prie !
« Ah ! ah ! ah ! ah ! « Par charité ne m'ôtez pas la vie !
« Ah ! ah ! ah ! ah !
« Grâce, monseigneur le brigand !
« Je ne suis qu'une pauvre enfant. »
CAVATINE
Nous ne demandons rien aux belles :
L'usage est de les épargner ; Mais toujours nous recevons d'elles Ce que leur cœur veut nmis donner
Ah ! quel plaisir et quel enchantement! Le bel étal que celui de brigand !
Mais, mais, dans cet elal charmant...
RONDO
Il faut nous hâter, le temps presse , Il faut se hâter de jouir !
Le sort qui nous caresse
Demain pourra nous trahir !
Quand des périls de toute espèce
Semblent toujours nous menacer,
El plaisir et richesse.
Il faut gaîmenl tout dépenser.
Ah ! le bel état!
Aussi puissant qu'un potentat.
Partout j'ai des droits.
Et moi-même je les perçois.
Je prends, j'enlève, je ravis Elles femmes et les maris.
J'ai fait battre souvent leur cœur , L'un damour, l'autre de frayeur.
L'un en tremblant dit : Monseigneur!
Et l'autre dit : Cher voleur! cher voleur! Il faut se hâter, le temps presse, etc. Oui , tout mon plan est arrêté , et j'espère que celte fois messire Lorenzo ne pourra plus le déranger... Si.x heures viennent de sonner à l'horloge de l'auberge ! dans une heure j'en serai débarrassé... Il est jaloux... il est brave... il ira au rendez-vous. (Souriant.) J ai donné ma procuration à mes compagnons qui l'aliendenl , et qui se foiil toujours une fête de mettre du plomb dans la léle d'un brigadier romain... moi, pendant ce temps, et sitôt que le détachement sera parti... Oui... si j'ai bonne mémoire, le père de Zerline, Malhéo , revient ce matin avec son gendre pour la noce ; e» pendant qu'ils seront tous à la chapelle, les billet> de banque à milord, ses bijoux, et jusqu'à niilarl y .
je lui dois cela... je l'invilerai a venir passer quelque temps avec nous à la montagne... en sera-t-elle fâchée? Elle le dira... (Avec fatuité.) Mais je ne le crois pas ! il est si agréable de pouvoir raconter son aventure dans toutes les sociétés de Londres! (Contrefaisani une voix de femme.) «Ah! ma chère, quelle horreur!... J'ai été enlevée par les brigands les plus aimables et les plus respectueux ! — Vraiment? — Je vous le jure. » Elles voudront toutes, d'après cela , faire le voyage d'Italie... (Regardant autour de lui.) L'essentiel est de guetter le départ de Lorenzo , et celui du détachement... Je ne vois pas paraître Beppo et Giacomo que j'ai laissés ici en éclaireurs ; et je n'ose les aller chercher dans l'auberge , car les carabiniers sont sur pied, et si je rencontrais ce paysan qu'ils ont amené et qui me connaît. . . Un ingrat I . . . qu'on s'est contenté de voler... Voilà une leçon pour l'avenir... (Écoutant.) On vient!... (Tirant des lableiiei.) Ayons recours au messager convenu. (Moniranl un des arbres du bosquet à droite.) Le creux de cet arbre... à Beppo et à Giacomo... deux mots qu'eux seuls pourront comprendre.
(Il déchire la feuille de ses tablettes , la ploie, la jette dans l'arbre et s'éloigne par la droite. j
FRÂ-DIAVOLO.
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