SCENE III
Les Précédens, ANKASTROM, enveloppé d'un manteau.
ANKASTROM. [femme!
Vous, sire! dans ces lieux! vous, auprès d'une
Il est donc vrai, c'est pour un rendez-vous Que vous risquez des jours que le pays réclame ,
Des jours qui nous sont chers à tous ! Et moi qui , par devoir , sur vous veille sans cesse, J'apprends que de Stockholm seul vous êtes sorti , Et vers ces lieux , dit-on...
GUSTAVE m.
GCSTAVE, avec impatience.
Pourquoi m' avoir suivi?
A.\KASTROM.
Je ne suis pas le seul ; la haine vengeresse Veille aussi bien que l'amitié !
(A demi-voix.)
Ils étaient sur vos pas , ils vous ont épié; Là , parmi ces rochers...
AMÉLIE , à part
Ah! tous mes sens frissonnent!
ANKASTROM.
Ils attendent leur proie ainsi que des bandits ! Caché par ce manleaudont les plis m'environnent, Pour un des conjurés sans doute ils m'auront pris.
TRIO
«Oui, disaient-ils , je l'ai vu, c'est le roi,
» Près d'une femme jeune et belle , » Et, quand il va s'éloigner avec elle , » Nous frapperons. » ♦ AMÉLIE , à part.
Je meurs d'eflroi.
GUSTAVE, bas à Amélie.
Par pitié , calmez votre effroi !
ANKASTROM, montrant à droite un sentier parmi
les rochers.
Mais vous pouvez encor par cette seule issue,
(Lui donnant son manteau.)
Sous ce déguisement échapper à leur vue.
AMÉLIE , bas à Gustave.
Parlez ! au nom du ciel !
GUSTAVE , la prenant par la main.
Je guiderai vos pas ! Venez ! éloignons-nous !
ANKASTROM, l'arrêtant.
Non pas !
(S''adres3aDt à Amélie, qui est toujours voilée.)
Ils savent que Gustave est avec > ous , madame ;
Et le seul aspect d'une femme Montrerait à leurs coups celui qu'il faut frapper ! AMÉLIE , à demi-voix, à Gustave.
Il a raison; et, pour leur échapper, Parlez seul.
GUSTAVE
Moi , jamais ! plutôt perdre la vie Que de l'abandonner !
AMÉLIE , de même.
Ah ! je vous en supplie !
ANKASTROM, de l'autre côté.
Partez ! ils vont venir !
GUSTAVE
Je brave leur fureur !
(A ptrt.)
Et mourir auprès d'elle est encore un bonheur!
ENSEMBLE
AMÉLIE, GUSTAVE, ANKASTROM.
AMÉLIE
Mon sang se glace dans mes veines !
Je suis perdue et pour toujours!
0 Dieu puissant , qui vois mes peines , De Gustave sauve les jours !
GUSTAVE
Hélas ! dans mon ame incertaine A quel moyen avoir recours?
O Dieu puissant , qui vois ma peine , Du moins ne frappe que mes jours !
ANKASTROM.
C'en est fait ! sa perte est certaine !
Il refuse, hélas! mon secours.
Contre les poignards de la haine ,
Dieu puissant, protège ses jours !
AMÉLIE prend Gustave par la main , le tire à part ,
et lui dit à voix basse. [naître ,
Eh bien ! puisque pour vous la crainte ne peut
Four moi , du moins , tremblez ! oui , soudain à ses
(Montrant Ankaslrom.) [yeUX
Je déchire ce voile, et me fais reconnaître Si vous ne partez pas!
GUSTAVE
Que dites-vous, grands dieux!
AMÉLIE , de même.
Choisissez ! voulez-vous qu'il m'immole en ces GUSTAVE. [lieux?
Au nom du ciel!...
AMÉLIE , d'un geste impératif et avec dignité.
Partez! je l'ai dit ! je le veux!
ENSEMBLE
AMÉLIE , GCSTAVE , ANRASTBOII.
AMÉLIE
Mon sang se glace dans mes veines !
Je suis perdue et pour toujours!
O Dieu puissant, qui vois mes peines, De Gustave sauve les jours !
GUSTAVE
Hélas ! dans mon ame incertaine A quel moyen avoir recours ?
0 Dieu puissant , qui vois ma peine.
Du moins ne frappe que mes jours !
ANKASTROM.
C'en est fait! sa perle est certaine!
A quel moyen avoir recours?
Contre les poignards de la haine - Dieu puissant ! protège ses jours!
(Gustave hésite encore ; Amélie lui renouvelle de la main l'ordre de s'éloigner: le roi semble alors prendre une grande résolution et s'approche d'Ankastrom.) GUSTAVE , d'un ton solennel.
Ankaslrom! écoute-moi!
Je connais déslong-temps ton amour pour ton roi, Ta loyauté, ta foi dans tes sermens.
ANEASTROM.
Ah! sire!...
GUSTAVE , montrant Amélie.
Aux portes de Stockholm jure de la conduire !
ANKASTROM.
Je le promets!
Sans lui rien dire , Sans chercher même à deviner ses traits?
ACTK 111, SC1':NK V.
(A Ankastrom.)
AXKASTUOM.
Je le promets !
Et qu'à l'instant même j'expire , Si j'y manquais!
GUSTAVE
Tu le jures à moi Sur la vie et l'honneur !
ANKASTROM.
Mieux encor ! par mon roi !
ENSEMBLE
AMÉLIE
Du haut de cette roche Ne l'entendez-vous pas ?
Ce bruit sourd qui s'approche Annonce le trépas !
Oui, leurs pas retentissent; Tous mes sens en frémissent !
Partez ! je les entends !
Songez à vos sermens!... Partez ! je les entends !
GUSTAVE
A la mort qui s'approche ,
Oui , dérobons nos pas !
Si j'étais sans reproche ,
Je ne la craindrais pas.
Pour elle quel supplice !
Grand Dieu ! sois-moi propice ! . . .
Toi , songe qu'en tous temps Je crois à tes sermens :
Tu tiendras tes sermens.
ANKASTROM.
Du haut de cette roche Je crois entendre , hélas !
Leur troupe qui s'approche Apportant le trépas.
Oui , leurs pas retentissent ; Tous mes sens en frémissent !
Partez!... je les entends !
Je tiendrai mes sermens !
Je tiendrai mes sermens !
(Gnstave s'éloigne par la droite et disparaît à travers les rochers ; Amélie le suit long-temps des yeux avec inquiétude , tandis qu'Ankastron remonte le théâtre pour s'assurer que les meurtriers ne viennent pas encore.)
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