‹ Recueil d'opérasChapitre 355 sur 1141 · I.ESTOCQ. Mon capitaine · texte numérisé non relu

I.ESTOCQ. Mon capitaine

DIMITIU. Ali! c't\sl vous, clorleur.

LESTOCQ. A (jui ponsiez-vous là?

DIMITRI. A me faire tuer, (^l c'est le ciel qui vous envoie.

LESTOCQ. Pour voTis guérir et vous consoler. Eles-vous toujours amoureux?

DIMITRI , avec colère. Eh ! morbleu oui. .. et j'ai grand tort.

LESTOCQ, r«'e/?ieH/. Du tout.,, c'est bien, jeune homme, très bien... c'est ce qu'il faut... une pareille constance vous fait honneur!

DlMlTRL Bel honneur et beau profit!., quand un tel amour n'est qu'une folie, une extravagance... quand on aime sans espoir...

LESTOCQ. Et s'il y en avait ; si celle que vous aimez, toute grande dame qu'elle est, partageait votre amour...

DIMITRI, lui sautant au cou. Ah! docleur... s'il était vrai ! tout mon sang serait à vous, mais qui vous l'a dit?., quelle preuve? quel témoin?

LESTOCQ, à demi-voix. Elle me l'a avoué à moi-même.

DiniiTUi. A vous... tandis qu'avec moi cette froideur... cette indifférence.... elle me craignait donc!

LESTOCQ. Eh! oui, sans doute; n'a-t-elle pas tout à craindre ! et quand vous l'accusez d'indifférence, c'est elle au contraire qui doute de votre tendresse, qui en exige des preuves,

DIMITRI. Parlez... tout ce qu'elle voudra. Tout m'est possible si je suis aimé d'Eudoxie.

LESTOCQ, stupéfait. Hein!., que ditesvous là?., quel nom?..

DIMITRI, vivement. Eudoxie, M"" Golofkin, comme vous voudrez! Parlez, docteur... qu'avez-vous donc?

LESTOCQ. Rien!.. {À part.) C'est fait de nous!

DIMITRI. Est-ce que vous vous trouvez mal? vous faut-il un médecin?

LESTOCQ , cherchant à se remettre. Eh ! non vraiment... ne faites pas attention... [Cherchant à sourire.) Nous parlions donc de votre amour... vous disiez qne vous aimiez M""" Golofkin.

DIMITRI, à haute voix. Depuis que je me connais... depuis mon enfance... je n'ai jamais aimé... je n'aimerdi jamais qu'elle. LESTOCQ, tout in tremblant. Silence! il ne faut pas dire cela, il ne faut jamais en parler, ici surtout.

DIMITRI. Vous avez raison, à cause de

son mari, et encore, puisqu tllo m aime, puisqu'elle vous l'a dit, je me moque maintenant du mari... et si je puis trouver une occasion de me rencontrer seul avec elle...

LESTOCQ , avec effroi. Y pensez-vous !

DIMITRI. Certainement ! Mais vous parliez tout-à-l'heure des preuves de tendresse qu'elle exigeait de moi... quelles sont-elles ?

LESTOCQ , avec embarras. M'y voici ! En me faisant un tel aveu... en me permettant de vous en faire part... elle a droit de compter sur votre discrétion et votre dévouement...

DIMITRI. Ma vie entière est à elle.

LESTOCQ. Eh bien! pour la rassurer, c'est cela qu'il faut lui écrire...

mmiTVA , se mettant à laiable. Avec mon sang, s'il le faut... (Ecrivant,) « Mon Euwdoxie... ma bien -aimée...»

LESTOCQ. Y pensez-vous !.. est-ce que dans un pareil billet il faut jamais nommer personne?

DIMITRI, déchirant le billet. Vous avez raison. .. [En écrivant un autre.) «Je jure »à M"" Golofkin... »

LESTOCQ. C'est encore pire.

DIMITRI, déchirant le billet. Dieu! que c'est impatientant... dictez vous même.

LESTOCQ, dictant dDimitri qui écrit. « Ma- »dame... je viens de voirie docteur,..

• son amitié a trahi un secret que je ne «puis payer qu'au prix de tout mon sang «et de tout mon amour!., parlez, or- I) donnez en souveraine... c'est le plus ar- » dent de mes vœux. Obéissance et fidélité »à toute épreuve... — DlMlTRI. »

DIMITRI- Pas autre chose?

LESTOCQ. Non... je crois qu'elle sera satisfaite, et qu'il n'en faut pas davantage.

DIMITRI, d part. Pour elle... mais pour moi... il me faut un rendez-vous.

LESTOCQ, se retournant et apercevant Catherine. Ah! c'est Catherine!..

DIMITRI, pendant que Lestocq remonte le theâtrfi, écrit d la hâte, « Post-script itm «Avant ce soir, un moment d'eatrelien, «ou je meurs.

LESTOCQ, d Catherine. Qu'ya-t-il?

CATHERINE. M. Golofkin sort du conseil et sera ici dans l'instant.

LESTOCQ, à Dimitri. C'est Lien, cachetez vite ce billet, et surtout point d'adresse...

DIMITRI. Cela va sans dire ! me prenezvous pour un éttmrdi ? (A Catherine.) Tiens, petite, prends cette lettre, et porte là sur-le-champ. . . Dieu ! Golofkin !

SCl^Nli IX.

Les Précûdens, GOLOFRIN.

TRIO

GOt.OFKiN, passant entre Dimitri et Catherine qui tient déjà la lettre.

Une lettre en ses mains ! et pour qui, je vous prie ?

DlMITBl.

Eh ! mais, c'est mon secret ; je voudrais en honneur Pouvoir en faire part à votre seigneurie. Mais cela ne se peut, demandez au docteur.

GOLOFKIN.

Pardon d'une demande indiscrète peut-être... Ah ! le docteur est votre confident ?

DiMiTRi, d Golofkin.

(A Catherine.) Oui, sans doute ! et lui seul te dira mon enfant.

Ce qu'il faut faire de ma lettre !

(Il se rapproche de Golofkin, et pendant ce temps Lestocq dit à Catherine.) LESTOCQ, rt voix basse.

Va la remettre sur-le-champ A la princesse Elisabeth... silence I Tu m'entends î. .

CATHERINE

Oui, monsieur !

LESTUCQ.

Ton hymen en dépend !

(Catherine sort parla porte du fond, et Golofkin

s'approche de Lestocq pendant que Dimitri, qui

s'est assis, regarde prùs delà table un caliier de

gravures.).

GOLDFKiN, d demi-Toixd Lestocq.

Eh quoi ! cet étourdi vous a fait confidence...

LESTOCQ

D'un secret qu'entre nous je ne demandais pas !

GOLOFKIN , de même.

A qui dcstine-t-il ce billet?

LE.STOCQ, hésitant.

Mais je pense...

GOLOFRIN, sérèrement.

Répondez, je le veux... à qui?

LESTOCQ

Parlez plus bas...

A votre femme !

GOLOFKIN , étonné.

O trahison nouvelle !

LESTOCQ , ('■ part.

C'est ce que je voulais, qu'il de\ienne jaloux ! Pendant qu'il veillera sur elle , Il ne veillera pas sur nous !

ENSEMIiLE.

GOLOFKIN.

D'une telle insolence Je ne puis revenir.

Mais silence et prudence, Je saurai le punir.

LEjTOCQ.

Oui , cette confidence Lui donne à réfléchir, El l'audace est prudence Q-uand il faut réussir.

niMITRI.

Je me livre d'avance Au plus doux avenir, Et silence et prudence.

Tout doit nous réussir.

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