‹ Recueil d'opérasChapitre 38 sur 1141 · I.OI\D MULGRAVE · texte numérisé non relu

I.OI\D MULGRAVE

Nous sommes seuls, écoutez-moi.

ROBINSON, affectant de V assurance.

Oui, mylord.

LORD MULGRAVE

La dépêcbequeleroivient d'ouvrir devant vous a fait naître au plus haut degré sa colèic et son indignation.

ROBINSON , d'un air suppliant.

Eh bien ! mylord...

LORD MULGRAVE

Eh bien! cette dépêc'.ie apprend à sa majest(5 que nos affaires vont mal en Irlande.

ROBINSON, irès-Cionné, balbutiant.

Elles vont mal en Irlande, nos affaires? tiens, tiens 1 tiens!

LORD MULGRAVE, toujouvs avBC mr/sti^re.

Les mécontens augmentent de jour en jour, ils ont même osé prendre des positions militaires.

ROBINSON

Voyez-vous! {A part, avec joie.) On ne sait rien! mon frère! mon frère !...

LORD MULGRAVE

Notre bonté, ils l'ont prise pour de la faiblesse, de la crainte; ils ont eu l'audace de déchirer les proclamations royales, et, vous le dirai-je? violant toutes les règles de la guerre, ils se sont emparés du major Turner et ils l'ont fusillé !

ROBINSON

Ils ont fusillé le major Turner! cet excellent

Turner ! {A part.) Je ne le connaissais pas du

tout.

LORD MULGRAVE, ovec clialcur .

Plus de pitié pour eux! ils veulent la guerre, ils l'auront.

ROBINSON, cherchant à s'animer.

C'est bien fait !

LORD MULGRAVE

Mais une guerre terrible ! le sang veut du sang.

ROBINSON

Parbleu t

LORD MULGRAVE, marchant à grands pas.

Ahl messieurs les Irlandais, vous assassinez

lâchement l'homme qui venait vous apporter des paroles de paix et de pardon !... ce n'est plus un ambassadeur que nous daignerons vous envoyer pour vous faire entendre la raison et baisser humblement la tête; nous vous enverrons un homme de guerre, un homme sans pitié, un sabreur!... [S'arrêlant vis-à-vis de Rohinson et le montrant.) Et le voilà !

ROBINSON, tombant sur un fauteuil.

Plaît- il?

LORD MULGRAVE, sans faire attention à Robinson et regardant la carte sur la table à droite.

Point de remerciemens , capitaine Robinson I le courage plus qu'humain que vous avez montré dans la dernière affaire nous est un sûr garant du succès. Pas de transaction avec les rebelles! entendez-vous, capitaine Robinson? {Robinson, ne sachant où il en est, fait signe que non.) Le sabre, rien que le sabre!

Koliinson fait signe que oui.

ROBINSON, à part.

J'étouffe, j'aurais besoin de me faire saigner !

LORD MULGRAVE

Vous partirez dans trois heures.

ROBINSON, balbutiant.

Permettez, mylord... permettez... dans trois heures! diable! sans être préparé? sans avoir pris les petites dispositions nécessaires...

LORD MULGRAVE

Je vous comprends... vous voulez arrêter avec moi une espèce de plan de campagne... c'est juste? je reconnais bien là l'homme de guerre! Tenez, voici la carte détaillée de l'Irlande 1 pointons ensemble. (// va s'asseoir à la table à droite.) Mettez-vous en face de moi, là.

ROBINSON, à part, approchant un fauteuil.

J'aimerais mieux avoir à prendre une demidouzaine de redoutes!

Il s'asseoit.

LORD MULGRAVE, pointant sur la carie.

Tenez!... les rebelles se sont emparés de ces défilés... nos troupes sont ici!... que pensezvous devoir faire?

ROB\-ssoji, après avoir regardé long-temps la carte avec une grande attention.

J'y suis.

LORD MULGRAVE

Vraiment?

ROBINSON

Oui, général!... voyons!... et vous?

LORD MULGRAVE, avcc modcstic.

Moi?... j'appuierais notre aile gauche contre ce ravin.

ROBINSON

C'est ce que j'avais pensé.

LORD MULGRAVE

Mais si l'ennemi tournait le ravin, comment sauveriez-vous le centre?

ROBINSON , voulant prendre de l'assurance. Le centre?... le centre!... mon général... vous 1 comprendrez que, lorsqu'on a comme moi l'babi-

LE RRASSELT» DE PilKSTON.

tudo de la {guerre, ou s'occupe il u centre avant tout, parce que le centre!... diable, le centre!... c'est tellement important... je suis sûr que vous y avez pensé, général !

LOUD ML'LGRAVI'..

Moi!... je ferais alors traverser la rivière pour se jeter dans le bois que voici... r.uiii^soN.

Eh bien! moi, général, sauf meilleur avis... je ferais traverser la rivière pour se jeter dans le bois que voici.

Il monlro un omlroit sur la carie.

LORD MULGRAVE

Maisc'est justement ce que je viens de vous dire.

UOniNSON.

Alors nous sommes du même avis.,, je croyais que vous me proposiez de tourner...

LOBD MULGRAVE.

Les marais?... non, non...

ROBINSON

Non, non, non!... il faut traverser les bois pour se jeter dans la rivière!... non... c'est pas ça... traverser la rivière pour se jeter dans les bois! LORD MULGRAVE, Se levant.

Fort bien, capitaine! vous m'avez compris... il faut finir la campagne en huit jours ; sans cela, les insurgés auraient le temps de se mieux rallier... de deviner nos intentions... d'étendre leurs intelligences... il faut tomber sur eux!... Vous risquerez votre existence, sans doute; mais des hommes comme vous , capitaine, comptent la vie pour si peu de chose.

ROBiNsoN, avec jin air d'insouciance, et levant les épaules.

Oh I (5e reprenant.) Cependant, général, je vous l'avoue, ça dérange toutes mes idées... après les fatigues de la guerre , on est bien aise de se reposer... une vie tranquille... je songeais à un mariage...

LOnn MULGRAVE

Y pensez-vous, capitaine? vous ne pouvez refuser d'accomplir la belle et noble mission qui vous est offerte... D'ailleurs, dans une circonstance aussi critique, ce serait nous trahir.

ROBINSON

Mylord !...

LORD MULGRAVE

Vous êtes l'homme qu'il nous faut!... vous êtes l'homme de l'époque, et nous comptons sur vous pour pacifier l'Irlande, capitaine Robinson... songez-y, nous comptons sur vous!

Il sort par la droite.

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