‹ Recueil d'opérasChapitre 409 sur 1141 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FULBY, NOTTINGHAM, quelques AMIS DU PRINCE sortent de la première porte à gauche, en riant aux éclats, LE ROI paraît ensuite par l'escalier, suivi d'autres Seig.neurs.

NOTTISGHAM, annonçant.

Le roi ! messieurs.

(Tous s'inclinent avec respect.) LE ROI, riant.

Lord Clarendon, malgré son courage invincible, N'a pas osé tenter cette épreuve terrible.

Il faudra nous passer de lui...

Que ferons-nous ce soir ?...

TOUS

Parlez!

LE ROI

Non, Dieu n)erci...

C'est à vous de chercher.

CHŒUR

Cherchons donc, mes amis !

Cherchons, cherchons donc, mes amisl Hors la raison, tout est permis, Et les refrains les plus hardis.

Et les plus piquantes houris:

Un jeu d'enfer, des vins exquis...

Que leurs flots coulent!

Que les dés roulent !

Chercnons bien, cherchons, mes amis.

Hors la raison, tout est permis !

(Tout ù coup la voix de Géraldine se fait entendre. Tous .s'arrêtent avec étonnement.) GÉRALDINE, dans la deuxième chambre à gauclic. Dieu tutélaire, En loi j'espère !

Que ma prii're Monte vers toi !

iNIa voix l'implore !

hi\i que j'adore.

LE PUITS D'AMOUR

Qu'il vienne encore Auprès de moi 1

TOUS, écoutant.

Une femme en ces lieux 1

NOTTINGHAM

Une voix inconnue !

LE ROI

Par qui donc le secret a-t-il été trahi ? FLLBY. à part.

Ah ! c'en est fait ! l'imprudente est perdue 1 NOTTINGHAM, montrant la deuxième porte à gauche. C'est par ici!...

TOUS

C'est par ici !

(A la Qu du morceau, le roi s'élance vers la porte à

gauche. )

LE BOI

Mais je ne puis ouvrir cette perle... Qui de vous eu a la clé?... Nollingham ?... Fulby?... NOTTINGHAM.

Ce n'est pas moi...

FULBY, avec embarras.

Ni moi, sire... je vous assure...

LE ROI

Eh bien ! brisons la porte...

TOUS, excepté Fulby.

Oui... oui... brisons la porte!...

(Ils s'élancent.) FULBY, se jetant à genoux devant le roi. Non, sire, non... je vous en supplie!

LE ROI, revenant sur le devant de la scène. Connaîlrais-tu la dame mystérieuse?...

Oui, sire...

LE ROI

C'est peut-être lui qui a eu l'audace de l'amener?...

FULBY, très troublé.

Moi!... c'est-à-dire...

NOTTi>XHiU, sévèrement.

Voilà le coupable !...

FULBY, s'inclinant.

Pardon, sire...

LE ROI, sévèrement.

Il ne s'agit pas de cela... (Le faisant relever.) Estelle jolie?...

FULBY.

Charmante... hélas !...

LE ROI

Il n'y a que cela qui t'excuse... Est-ce ta maîtresse ?

FULBY, hésiunt.

Mais... c'est possible...

LE ROI

Voyez-vous, déjà... (D'un ton de reproche.) Libertin'... (Se retournant vers Noitingham, à voix basse.) Le comte de Salisbury avait raison de me le recommander pour échanson... Il a des dispositions...

XOTTI.VGHAM, s'incHnant.

Oui, sire... Et puis, il est à bonne école !... A force de nous verser à boire, il apprendra...

Comment le roi boit! Se tournant vers Fulby.) Fulby, nous vous paidonnons... à vous!... (Avec solennité.) Mais les lois avant tout... celles du fisc sont sévères et inflexibles, tout ce qui entre ici en fraude est confisqué à notre profit... FDLBY, effrayé.

Oclel!

Je l'ai dit.

LE ROI

TOUS

Le roi l'a dit!...

LE ROI, se dirigeant vers l'appartement à gauche.

Et je vais à l'instant même...

FULBY", l'arrêtant.

Non , sire ! que Votre Majesté prenne bien garde! la jeune fille qui est la ne m'appartient pas; elle n'a pas été amenée, ni cachée par moi... elle y est venue toute seule et d'elle-même...

LE ROI

Et d'où est-elle venue ?

FULBY.

De là-haut I par le puits...

LE ROI

Par le puits!

FDLBY.

Dans un désespoir d'amour, elle s'est précipitée...

LE ROI

Pas possible !

FULBY'.

El ce qui vous paraîtra plus extraordinaire encore, c'est que, depuis quelques instans qu'elle est ici... elle pense avoir perdu la vie et se croit dans les régions infernales...

LE ROI

Admirable!... Que rien ne détruise son erreur !... au contraire... Habilans de l'autre monde, que chacun soit à son rôle et à sa réplique... Entourons la nouvelle venue de tant d'hommages et de plaisirs, que, s'il faut plus tard qu'elle revoie le jour et retourne sur terre, elle y regrette toute sa vie le temps de sou trépas.

NOTTINGHAM

Je comprends... (Il parle bas à plusieurs seigneurs, qui sortent par le fond.) Allez , mes amis, allez !...

LE ROI

Ici, la salle du banquet; et quand ses lèvres

auront effleuré ce nectar... (A Notiingham.) tu

sais... qui procure si douce ivresse, et surtout si

doux sommeil... (A Fulby.) C'est toi qui verseras...

FULBY, à part.

O ciel !... (Haut.) Qui, moi?...

Toi-même, et à coupe pleine... (A Nottingham.)

ACt

Elle croira, cii revenant à la \ie et en voyant son maiire i\ ses genoux, avoir quille les enfers pour l'Olympe.

Fi'l-BY, à paît.

Passe pour l'enfer, mais l'Olympe... c'est trop fort!... Je ne puis, je ne dois pas souffrir...

LE ROI

Ou'as-tu donc ? puisque ce n'est pas toi qu'elle aime et dont elle esî aimée !...

FULBT.

Non... non, sans doute... ^lais, s'il faut tout vous avouer... celui qui l'adore est un noble seigneur, qui m'avait chargé de la conduire chez elle... un des favoris, un des amis de Votre Majesté?...

LE ROI

Ft qui donc '.'

FCLBY.

Le comle de Saiisbury.

LL Itoi.

Saiisbury 1

CliWT.

MORCEAU D'JEXSESIBLE.

U: ROI et XOTTIXGHAM.

Tr?liison 1 trahison!

Pareille défiance

Est pour nous une olTense

Indigne de pardon.

Non, non, point de pardon !

NOTTiNGHAM.

iXous cacher srn amour !

LF. ROI.

Plus encor!... sa maîtresse !...

NOTTINGHAM

Lorsque, d'après nos lois, et d'après nos statuts. Tous les secie's d'amour doivent être connus !

LE ROI

Moi, qui lui disais tout, ou fillette ou princesse!

>'0TT1NGHAM.

C'est manquer à son prince, ainsi qu'à l'amitié.

FULBY, timidement.

Mais, messieurs, cependant...

NOTTINGHAM

Une action si noire De nous ne doit attendre excuse ni pitié !

LE ROI

Et lui ravir sa helle est œuvre méritoire.

NOTTINGHAM

Le roi l'a dit '.

Li: ROI.

Je l'ai dit.

(En ce moment les favoris du roi rentrent en sctne,

revêtus de costumes diaboliques. Nottingham, à

voix basse, les a mis au fait de ce qui se passe.)

CIIŒin.

Trahison 1 Courons à la vengeance !

;i:M' yi

if

Pour une telle olTeiisr,

Ni grâce, ni pardon.

Non, non, point de pardon 1

(Fulby, sur un geste d'autorité du roi, lui a remis la clé de la chambre où est enfermée Géraldine. Le roi passe cette clé à Nottingham, puis il sort par le fond pour aller revêtir un costume. Nottingham, qui a jeté à la hâte sur ses épaules une espèce de dalmatique infernale, se précipite, suivi des seigneurs, dans la deuxième chambre à gauche, d'où ils ressortent aussitôt, eu entraînant Géraldine, qui, saisie d'effroi, se cache la tète dar^s ses mains.)

SCÈM- VI.

Les Mêmes, GÉRALDINE, FULBY, sur le devant du théâtre à droite.

GÉRALDINE, au comble de la frayeur.

Ah ! messieurs les démous, prenez pitié de moi I (Elle aperçoit Fulby, pousse un cri, et court se réfu-

gier près de lui.

Fulby ! !

(Lui montrant les seigneurs déguisés.)

Rien qu'en voyant ces vilaines ligures... FCLBY', aux seigneurs.

C'est aimable pour vous !

GÉRALDINE

Je tressaille d'effroi ; Et de l'enfer, déjà, je prévois les tortures!

fi;lby.

Ne craignez rien...

GÉRALDINE, se cachant les yeux avec là maitié Je n'ose ouvrir les yeux !

C'est l'enfer, n'est-ce pas?

(Dans ce moment on apporte de grands bols de punch enflammés, et Géraldine, enlr'ouvrant les yeux et regardant entre ses doigts, s'écrie : )

J'en vois aussi Ifs feux ! ! !

CHŒUR, Tif et bruyant.

De ce punch qui fume, La rougeâtre écume, En mes sens allume Le feu du désir! Sa lave brûlante M'enivre et m'enchante.

Je ris et je chante...

Délire et plaisir!!

(Les uns se versent des verres de punch, ou avec des cuillers agitent la flamme des bols, tandis que les autres entourent Géraldine qui fuit épouvantée.;

LE Pl'ITS D'aMOLR.

].!-: Pî rrs d' amour.

sciîNK VII.

Lr.s MkMICS, I.E ROI, en riche costume de diviniié infi rnale, une couronne sur la tète.

GÉRALDINE, courant au roi.

Ah! monseigneur, protégez-moi!

LF, ROI, la regardant.

O ciel !

NOTTINGHAM, la regardant aussi.

Elle est ma foi jolie!

LE ROI

C'est elle qu'ici je revoi!

NOTTINGHAM

Qu'est-ce donc';'

t,E itoi, à voix basse.

La beauté qu'hier j'avais suivie !

GÉHALDISE, examinant le roi, à Fulby.

Quel est donc ce nouveau démon Qui me regarde ainsi?

FUI.BY, lui faisant signe de se taire.

r/est monseigneur Pluton, Roi de ces lieux... Voyez sa brillante couronne!

GÉRAI.DIXE, interdite.

Un roi !

LE ROI

Qui veut sur vous régner par le plaisir. Quant à mon sceptre, je le donne A la beauté... C'est vous l'offrir!...

RiLPRISE DU CHOEUR.

De ce punch qui fume, La rougeâtre écume.

En mes sens allume Le feu du désir !

Sa lave brûlante M'enivre et m'enchante.

Je ris et je chante...

Délire et plaisir I !

GÉRALIMJÎE, regardant avec inquiétude autour d'elle. Mais je ne le vois pas !

LE ROI

Qui donc?

GÉRALDINE

Pardon, monseigneur Pluton !

Reverrai-je bientôt ici...

LE ROL Le brillant Salisbury?...

GÉRALDINE, étonnée.

Non pas! mais Tony, mou ami...

LE ROI, bas à Fulby, en riant.

Pauvre Salisbury !...

(Haut à Géraldine.) C'en est un autre! Et quel est ce Tony ?

GERAI.DISE.

PREMIER COUHLET.

Tony le matelot m'a prise pour maîtresse.

CHOEUR DES DÉMONS, avec un rire infernal. Ah ! ah ! buvons!

GÉRALDINE

Et moi j'avais juré de le chérir sans cesse...

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