ROSE-D'AMOUR , RODOLPHE
ROSE -d'amour, s' appuyant en tremblant contre un arbre.
Ah! mon Dieu !
RODOLPHE, entrant par la gauche.
H faut convenir que je n'ai jamais mieux mérité le nom qu'on me donne dans ces montagnes... me voilà rôdant dans le bois comme un loup... affamé... et par quel temps encore!... Rose d'Amour n'est pas à l'ermitage ; peut-être s'est-elle égarée... Si je pouvais la trouver !... (Gaîment.) je brûle d'exécuter les arrêts du destin.
ROSE-d'amOUR, gaîment.
Ah! me voilà bien éveillée, et j'ai fait un beau rêve!... l'orage est passé, allons bien vite à l'ermitage...
(Elle traverse le théâtre pour aller chercher le petit pot de beurre et la galette.)
RODOLPHE, l'apercevant.
O fortune ! la voilà.
ROSE-D'AMOIIR, après les avoir pris.
Je ne sais ; mais ce rêve m'a donné un courage!... il est singulier, ce rêve!... je me voyais... i- c'est que j'étais genlille... El monsieur Alain... et ma bonne mère... et mam'selle Nanelte, comme elle était belle!... et M. le magister... comme il
était laid !... Parlons bien vite, et ne disons à personne que je me suis endormie dans le bois; on me gronderait... M. le baron aurait pu passer par-là!... (Elle se retourne et l'aperçoit qui s'approche d'elle.) Ah ! mon Dieu ! le voilà.
RODOLPHE, s'approcliant d'un air patelin. Eh quoi ! c'est vous, ma belle enfant?
ROSE-D'AMOL'R, à part.
Eh bien! pourtant, voyez vous... quand on parle
du loup...
RODOLPHE
OÙ allez-vous donc comme cela... toute seu-
lette?
rose-d'amolr.
Je vais à l'ermitage, mon doux seigneur, porter
à l'ermite ces petites provisions.
(Elle veut sortir.)
RODOLPHE, l'arrêtant doucement.
Ètes-vous donc si pressée? Causons un pelil
moment.
rose-d'a.mour.
Je ne demande pas mieux, mon doux seigneur.
RODOLPHE
Savez-vous que vous èles jolie... à croquer!...
rose-l'amour.
Alain me le dit souvent.
LODOLPHE.
Mon enfant, il faut vous méCer de ce jeune Alain : c'est un trompeur.
rose-d'amour.
Mon doux seigneur j'attendrai qu'il m'ait trompée pour le croire.
RODOLPHE
La sagesse , mon enfant , c'est le trésor d'une jeune fille. (D'une voix plus pateline encore.) Avezvous du penchant pour l'amour ?...
ROSE-D'AMOUR
Je ne sais pas ce que c'est.
RODOLPHE
L'amour, mon enfant, c'est le bonheur, et je puis vous rendre heureuse.
J'aime mieux en charger Alain.
RODOLPHE
Alain n'a pas les mêmes moyens que moi. Je possède un anneau miraculeux...
rose-d'amour.
Un anneau miraculeux!... Voyons donc cela, mon doux seigneur.
RODOLPHE, à part, riant.
Elle y vient d'elle-même.
FINALE
rose-d'amour.
Mon doux seigneur, je vous en prie.
RODOLPHE, à part.
Elle m'en prie, heureux moment !
rosf.-d'amolR.
Que mon attente soit remplie ; Montrez-moi cet anneau charmant.
RODOLPHE
Non, non, vraiment.
rose-d'amour.
Je vous en prie.
RODOLPLE, à part.
Heureux moment !
Si jeune et si jolie, Faut-il contenter son envie ?
rose-d'amoub.
Ah ! d'aignez combler mon espoir. RODOLPHE, d'un ton patelin.
Non, vous ne devez pas le veir.
ROSE-d'AMOUR, plus pressante.
Mon doux seigneur, je vous en prie.
RODOLPHE, à part.
Elle m'en prie, heureux moment !
rose-d'amoir.
Je vous en prie, Montrez-moi cet anneau charmant.
RODOLPHE , à part, riant.
Puisque telle est sa destinée, Et qu'elle souscrit à son sort, Puisque le ciel l'a condamnée, Pourquoi donc différer encor ?
ROSE-D'AMOUR
Mon doux seigneur, je vous en prie.
RODOLPHE
Vous le voulez?
rose-d'amour.
Oui, je le veux.
RODOLPHE, lui tendant la main.
Que votre attente soit remplie !
ROSE-d'AMOLR, regardant l'anneau sans émotion. Il n'a rien de miraculeux.
RODOLPHE, fap|)é d'étonnement.
Que vois-je?... ô surprise cruelle !
Comment se fait-il que sur elle Ce talisiTian soit sans pouvoir?
LE PETIT CHAPERON ROUGE
rose-d'amour, avec malice. Mon doux seigneur, au revoir.
RODOLPHE
Ma belle enfant, je vous en prie...
ROSE-D'AMOUR
Non, non, car l'ermite m'attend.
RODOLPHE
Que mon attente soit remplie !
Demeurez encor un moment.
rose-d'amour.
Non, il m'attend.
RODOLPHE
Je vous en prie.
(On entend le son du cor.) rose-d'amour.
Mon doux seigneur, entendez-vous ?
Il faut, il faut que je vous quitte ; Et d'ici, vous-même, entre nous, Si vous m'en croyez, partez vite.
RODOLPHE
Et pourquoi cela, ma petite ?
rose-d'amour, avec malice.
C'est que l'on fait la chasse aux loups ! (Elle lui échappe, et disparaît dans la forêt.) RODOLPHE, seul.
Elle me fuit; vraiment j'enrage!
Son talisman, je le vois bien, A plus de vertu que le mien.
Mais courons vite à l'ermitage. '
(On entend le son du cor, mais plus rapproché. — Reprenant sa gai té.)
De cette enfant l'avis est sage :
Sauvons— nous, allons, sauvons-nous, Puisque l'on fait la chasse aux loups.
(Il s'enfonce dans la forêt.)