‹ Recueil d'opérasChapitre 640 sur 1141 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

LE BARON, MABILIE.

MABILIE. Seigneur, me dircz-vous pourquoi cet ordre?

LE BARON, avec ironie. Cela vous inquiète ; ce n'est rien, une simple précaution, une idée, que sais-jc?.. il pourrait être entré quelqu'un ici pendant mon absence.

MABILIE, Quoi! vous soupçonneriez...

LE BARON. Fi donc! soupçonner... je n'aurais garde , ce serait vous faire outrage; je ne soupçonne pas : seulement il est possible que quelqu'un se soit introduit dans mon château... [Elevant lavuix.) Je réponds qu'il n'en sortira pas.

MABILIE. De semblables discours...

LE BAROX. Vous étonnent, n'est-ce pas?

ce que c'est que l'innocence! votre simplicité est si grande ! vous ignorez qu'il est des audacieux... et des femmes plus hardies encore... malheur à eux, malheur à elles, si l'époux mieux averti a un cœur pour ressentir l'injure, et un bras pour la venger!., malheur, vous dis-je!

MABILIE, à part. 11 est instruit!

LE BAROX. Mais, mon Dieu, qu'avezvous donc, baronne? je vous trouve un air de préoccupation...

MABILIS, Ah! c'est que je me rappelle maintenant... la chose m'avait paru si peu digne d'attention, qu'elle s'était presque entièrement effacée de mon esprit; il s'tst présenté, en effet, quelqu'un ici pendant que vous étiez à la chasse... oh ! mais celui-là ne vous donnera pas d'inquiijluJe j c'est un de ces jongleurs qui vont demandant asile à tous les châteaux... un vagabond...

LE BARO^,affectant deri)-e.\ojei comme on rencontre juste quelquefois.

MABILIE, iil. Oui, la chose est plaisante. {A part.) Que je souffre !

LE BAROX, sérieux. J'ai encore imaginé autre chose, madame, et il se peut que j'aie deviné... Oui, j'ai idée que ce jongleur, ce vagabond, comme vous l'appelez, n'est autre que le comte Aimeri de barlat. Qu'en dites-vous ?

MABILIE, à part. Je suis perdue !..

LE BAROX, avec fureur. Vous pâlissez!..

[Lui prenant vive7nent la main.) Votre main tremble!..

MABILIE, avec effroi. Moi!.,

LE MAGASIN THÉÂTRAL

LE BARON. Et d'où rient que yos yeux n'osent s'arrêter sur les miens?

j\L\BlLlE Ce langage... cette colère...

TOUS m'elïVayez , seigneur.

LE BxVROX, Expliquez-moi ce trouble , ce désordre!.. Vous gardez le silence... indigne épouse!.. Il est donc vrai!.. Le comte Aimeri est en ces lieux !..

ALIBILIE. De grâce!..

LE BARON. iNe cherchez pas à le nier; je sais tout; mais qu il tremble!.. Tremblez rous-m me!.. Ma juste Tcngeance...

OTi est-il?., répondez?..

MABILIE. Je vous le dirai, seigneur; mais, auparavant, daignez m'écouter un moment avec calme.

LE BARON. Ducalme!.. J'étouffe de fureur!., du calme!., l'audacieux!

MABILIE. Je vous jure que ses intentions n'avaient rien que de pur... Mais vous ne voulez pas m'écouter.

LE BARON. Parlez, parlez, madame, je suis curieux de voir quel tour vous saurez donner à cette affaire; mais, je vous en préviens, je suis sur mes gardes; et en cherchant à me tromper, vous ne ferez qu'aggraver vos torts et ma colère.

MABILIE, d part. Quel embarras cruel !

LE B.\RON. Eh bien ! madame , j'attends!..

MABILIE. Il est vrai, seigneur, le comte Aimeri a osé s'introduire dans ce château, sous le déguisement d'iui jongleur. ..

LE BARON. Sous un déguisement!..

MABILIE. Mais son espoir n'était pas tel que vous le sujîposez.

LE BARON, avec ironie. Oui, il n'aspirait qu'à vous voir et à mourir après : c'est ce qu'on voit dans les sirventes, madame.

MABILIE. Mais, seigneur, suis-je la seule femme au château ?

LE BARON. En effet, il venait... pour Azalaïs, qu'il n'a jamais vue ?..

MABILIE, à part. Azalaïs!.. quelle idée il me donne!.. (Haut et feignanl l'embarras.) Seigneur, je n'osais pas vous l'avouer, connaissant vos projets sur Azalaïs : c'est elle qu'il aime!..

LE BARON. Eh ! madame, nous ne sommes plus an temps de la chevalerie. On ne s'éprend plus d'amour sur de vains bruits, une vague renommée. Il ne sait pas même si Azalaïs existe.

MABILIE. Seigneur, il l'avait vue à la dernière cour d'amour de Romanin, et lui avait juré sa foi. Il n'a pas pu résister à l'idée de la perdre pour jamais; n'écoutant que Se» douleur, il a pris la dange-

reuse résolution de pénétrer jusqu'ici, à votre insu. Vous savez le reste.

LE BARON. Mensonge!., impostux'e !. .

on l'a vu à vos pieds. . .

MABILIE. Sans doute, il me suppliait d'intercéder pour lui auprès de mon époux ; il a cru que j'avais encore quelque pouvoir sur votre cœur. Hélas ! il se trompait bien ; mais je ne lui ai pas laissé ignorer qu'il n'avait rien à espérer ; que votre résolution était irrévocable... Je m'étais même promis de ne jamais vous parler d'une démarche qui pouvait vous déplaire.

LE BARON. Bien trouvé, madame... à merveille! et vous avez pu penser que je donnerais dans cette fable?..

MABILIE, atec une larme. Ah! je le vois, j'ai perdu toute votre confiance!.. Voilà le prix démon amour!.. Par quels sermens vous faut-il assurer?..

LE BARON. Des sermens!.. eh! madame!.. {A part.) Trahison!.. Maudit comte! c'est toi qui porteras la peine de cette perfidie! {Haut.) Ah! c'est Azalaïs qu'il aime!..

MABILIE. Seigneur...

LE BARON, avec ironie Vous m'avez persuadé... ohl.. sans peine... Il suffit... je reviens dans un instant. [A part.) Traître! tu seras pris à ton propre piège!

Il sort.

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