SCÈNE XX
AZALAIS, CALANSON, AIMERI, carAe.
CALAASOX. La voilà!., bonté divine!..
je ne sais pourquoi je tremble...
AZALAIS. C'est vous, fra? il me tardait de vous voir.
CALANSON. De me voir... si j'avais pu deviner...
AZALAIS. Dites-moi donc ce qui a pu mettre le baron si fort en fureur ?
CALAXSOIV. Oh! rien... ce jongleur...
(Riant.) 11 en contait à la baronne... c'est bien naturel... mais le baron est jaloux..* c'est bien naturel aussi...
AZALAIS. >'aturel!..mais comment a-til pu être instruit?
CALAA'SON. Rien de plus aisé.
AZALAIS. Ah!
AIMERI, à part. Ecoutons.
CALANSON. Je vais vous le dire, car,pour vous, je n'ai rien de caché. (// regarde partout.) Invention de jaloux! D'après ses ordres, au moindre soupçon de galant, la cloche de la chapelle sonne l'alarme; tantôt, j'ai sonné; il était temps!
AZALAIS. Méchant homme! on le voit, vous n'avez jamais aimé.
CALANSOX. Jamais!., que vous savez peu lire dans les cœurs. {J part. ) Si j'osais...
AZALAIS. Si vous n'étiez pas insensible, vous auriez excusé un moment d'erreur, TOUS n'auriez pas jeté en un tel péril la baronne et ce pauvre jeune homme.
CALAïSSON. Ah! damoiselle, je sais compatir aux faiblesses d'autrui ! mais, je l'avoue, tous ces visiteurs me portent ombrage... et puis, j'ai vu des choses... oh! des choses...
AZALAIS. En êtes-vous bien sûr?
CALAKSON. J'en suis encore tout ému...
AZALAIS. En effet, je vous trouve un air...
CALAlîSON, à part. Qu'elle est belle!., je respire à peine.
AZALAIS. Fra, les apparences sont souvent trompeuses.
CALANSON. Bahî les apparences!., tenez, c'était dans cette même salle; la baronne était là, où vous êtes; le comte Ai-, meri à la place où je me trouve : je crois encore l'entendre ; il lui disait : o Ange de «beauté, je ne respire que pour vous ainmer; vous remplissez toutes mespensées; ))le jour, votre image me suit partout ; la nnuit, je vous rêve dans mes songes; pre- «nez pitié de mon amour, si vous ne vou- »lez que je meure! »
AZALAIS. Eh bien! est-ce là un crime?
CALANSOîV. Oh! non... mais ensuite, il s'est jeté à ses pieds, éperdu, hors de luimême... tout ainsi que je fais...
Il se jette aux pieds d'Azalaïs.
AIMERI, à part. Ah! le traîlre?
AZALAIS, avec inquiétude. C'est alors que vous avez sonné ?
CALAASOIV, éperdu. Non! non ! pas encore... [Il lui prend la main.) puis il lui prit la main, et la serra avec transport...
ainsi...
AZAhMS y effrayée. Assez fra...
CALANSOIV, hoi^s de lui, et l'attirant de son côté.) Connaissez tout son crime; celte main , il y portait ses lèvres avec amour et des baisers de feu...
Azalaïs s'efforce en vain de retirer sa main.
AIMERI, à part. Le scélérat!
Il sonne en se cachant.
AZALAIS , poussant an cri et s'enfayant. Ah!..
Calanson abasourdi rexte à genonx et ôte son chapeau. Il est saisi d'un tremblement. Le baroa entre éperdu.